Débute alors la romanisation de la région bien que la conquête gallo-romaine à ses débuts ne bouleverse pas fondamentalement les habitudes des Lémovices. Seules les villes sont déplacées pour faciliter les échanges et le contrôle sur la population. C'est ainsi que vers 10 av. J.-C., l'empereur Auguste crée Augustoritum, qui deviendra Limoges, afin de faciliter la traversée de la Vienne. Un réseau routier de long parcours se dessine, et des ponts sont construits sur la Vienne. Augustoritum possède des thermes antiques, un amphithéâtre et un forum. La prospérité dure jusque vers 250. En 270, les Alamans détruisent Tintignac près de Tulle.
La christianisation débute vraisemblablement au IIIe siècle avec l'arrivée de saint Martial, qui aurait été envoyé par l'évêque de Rome. Elle s'accentue au IVe siècle. L'église fait alors du territoire de l'ancienne cité romaine des Lémovices un diocèse et de son chef-lieu Augustoritum le siège de son évêque. La cité de Brive aurait été évangélisée par saint Martin, lapidé à mort par les habitants encore païens. La région demeurera longtemps païenne et résistera au christianisme avant que ce dernier ne s'installe complètement à la fin du Ve siècle.
En 406, les Wisigoths fondent le royaume d'Aquitaine, dont le Limousin fait partie. En 507, à Vouillé, les Francs dominent les Wisigoths et passent sous la coupe des rois francs bien qu'ils gardent une certaine indépendance. Le Limousin devient donc franc, et l'évangélisation progresse dans les campagnes. Au VIe siècle, l'Aquitaine et le Limousin se révoltent à plusieurs reprises contre une administration épiscopale franque assez dure.
L'époque mérovingienne est marquée par l'essor de l'érémitisme. De nombreux ermites, venus du nord de la Gaule et des îles britanniques s'installent en Limousin pour prier et vivre seul. Au niveau politique, de la mort de Clovis en 511 jusqu'à l'avènement de Dagobert en 629, les Mérovingiens se disputent le pouvoir. Gondovald, fils de Clotaire et petit-fils de Clovis, devient roi de Brive avec l'aide de l'Aquitaine. Il sera assassiné en 584.
En 630, saint Eloi et Dagobert fondent l'abbaye de Solignac. En 639, après la mort de Dagobert, intrigues et assassinats continuent chez les Mérovingiens, qui délèguent leur pouvoir. C'est l'époque des rois fainéants. Battus par Charles Martel à Poitiers en 732, les Sarrasins envahissent à nouveau l'Aquitaine trente ans plus tard et font le siège d'Uzerche pendant sept ans, selon la légende.
Les défenseurs, à bout de ressources après sept ans de siège, trompent leurs assiégeants par un stratagème : ils lâchent dans le camp sarrasin, par un souterrain, leurs deux derniers taureaux nourris de leurs dernières rations de grain. Désespérant de prendre une ville encore si bien pourvue en vivres, les Sarrasins lèvent le siège.
Hunald et Waïfre, ducs d'Aquitaine, dont le Limousin fait partie, luttent contre Charles Martel et Pépin le Bref, qui veulent s'en emparer. Cette longue guerre, terminée seulement sous Charlemagne, enregistre à son passif la destruction de Limoges à deux reprises. Charlemagne, empereur, organisa son empire en royaumes et les royaumes en comtés. Il donna à son fils Louis le Débonnaire le royaume d'Aquitaine.
Celui-ci, à son avènement au trône, en 814, abandonne l'Aquitaine à son fils Pépin Ier, qui meurt à Poitiers en 838. Pépin II, fils de Pépin Ier, est proclamé roi d'Aquitaine par les seigneurs du pays, qui aspirent à une nationalité indépendante. Charles le Chauve, par le traité de Saint-Benoît-sur-Loire, en 845, lui cède l'Aquitaine, à condition qu'il reconnaisse sa suzeraineté. L'abbaye Saint-Martial est fondée en 848.
Pépin se révolte en 850 mais est défait par Charles, qui, en 853, le fait enfermer à Senlis et sanctionne la région. Les Normands, profitant de ces troubles, envahissent le pays, qu'ils pillent et incendient. Les derniers Carolingiens, ébranlés par les dévastatrices invasions normandes, ne parviennent plus à maintenir l'unité du royaume.
Pour se protéger, les comtes, barons ainsi que les évêques et abbés commencent à élever des remparts, à construire des forteresses. Partout se créent des domaines féodaux. En 927, le Limousin est sous la coupe des comtes de Poitiers, qui délèguent Limoges à un vicomte. Puis, devenus ducs d'Aquitaine, ils créent les vicomtés d'Aubusson, Comborn, Turenne et, vers l'an mille, contrôlent aussi le comté de la Marche.
En 994, victimes du " mal des ardents " (intoxication mortelle due à l'ergot de seigle contenu dans le pain), les Limousins se réunissent sur le mont Jovis, où reposent les reliques de saint Martial. Ce sont les premières ostensions ; les gens prient et jeûnent, ils sont sauvés : c'est le " miracle des ardents ! ".
Les territoires féodaux continuent de s'organiser. La vicomté de Rochechouart est issue de celle de Limoges, et la vicomté de Vantadour provient de Comborn. Les seigneuries ecclésiastiques éveillent la convoitise des seigneurs laïcs. Seul l'évêque de Limoges parvient à conserver intact son patrimoine. L'important parcellement du territoire, dû à la division nombreuse des terres, entraîne la construction de nombreux chateaux, tours et autres abbayes aux IXe et Xe siècles.
Au XIe siècle, l'abbaye de Cluny réussit à annexer les abbayes de Saint-Martial en 1062 et de Beaulieu, mais Tulle ne se laissera pas faire. Les effets de la réforme grégorienne commencent à se faire sentir. Outre les chanoines réguliers (Bénévent, Le Chalard...) apparaissent des communautés de moines - Dalon, Obazine -, qui plus tard feront partie de l'ordre cistercien. Les frères ermites ne sont pas en reste, comme en témoignent l'ordre de Grandmont et le prieuré de l'Artige.
En 1137, Aliénor d'Aquitaine épouse Louis VII dit le Jeune. Elle apporte en dot tout le sud de la " France ", de l'Atlantique au Rhône, de la Loire aux Pyrénées, donc le Limousin et la Marche. Mais la belle Aliénor, princesse cultivée, poétesse égérie des troubadours (Bernard de Ventadour) est répudiée par son époux en 1152 (sous prétexte de consanguinité). Qu'à cela ne tienne, elle épouse la même année Henri Plantagenêt, futur Henri II, roi d'Angleterre.
Elle en aura deux fils, Richard Cœur de Lion (qui sera couronné duc d'Aquitaine en 1169 en l'abbaye Saint-Martial à Limoges), et Jean sans Terre. Richard parti pour la troisième croisade, les seigneurs limousins en profitent pour s'allier avec Philippe Auguste. Venu sans doute quérir quelques explications, Richard Coeur de Lion assiège le château de Châlus où il est mortellement blessé en 1199.
Au début du XIIIe siècle, tandis que Philippe Auguste reprend la Normandie et la vallée de la Loire aux Plantagenets, les ordres militaires, Templiers et Hospitaliers, accroissent leurs possessions. Les ordres religieux " mendiants " (Franciscains et Dominicains) cohabitent timidement : Limoges, Brive, Saint-Junien, Donzenac avec un clergé très présent. En 1226, le futur Antoine de Padoue crée un couvent à Brive. L'oeuvre de Limoges : œuvres en émail des ateliers limousins Saint-Martial, Grandmont est diffusée dans toute l'Europe via les chemins de pèlerinage de Compostelle.
1259 : traité de Paris. Henri III, roi d'Angleterre, en tant que duc d'Aquitaine, devient vassal de Louis IX, dit Saint Louis. En contrepartie, plusieurs territoires méridionaux dont une partie du Limousin sont donnés aux Anglais. Saint Louis se réserve une entière souveraineté sur Brive, Turenne et Ventadour. Son fils, Philippe III le Hardi, récupérera la totalité du Limousin en 1271.
Les villes affirment leur indépendance, et la construction de la cathédrale Saint-Etienne débute en 1273. L'évêché de Tulle est créé en 1317. En 1305, le pape français Clément V s'installe en Avignon. Des papes limousins lui succéderont : Pierre Roger, originaire des Rosiers, devient Clément VI en 1342, Etienne Aubert, qui vient de Beyssac, devient Innocent VI en 1352 et Pierre Roger de Beaufort, des Rosiers lui aussi, sera Grégoire XI en 1370.
La guerre de Cent Ans pointe à l'horizon en 1337. La guerre de Cent Ans entraîne le Limousin dans une grave crise sanitaire, économique. Tulle passe aux Anglais en 1346 avant d'être décimée par la peste. Les campagnes sont dévastées et pillées par des mercenaires comme Geoffroy Tête Noire et Aymerigot le Marchois. 1360 : traité de Brétigny.
Le Limousin fait partie des territoires cédés à Edouard III, roi d'Angleterre. La peste noire impose une " trêve " provisoire, mais le prince de Galles, fils du roi d'Angleterre, surnommé le prince Noir, multiplie les raids en Guyenne et Limousin. En 1370, il détruit Limoges. Un an plus tard, Du Guesclin s'empare d'Ussel (1371) et Jean de Bourbon, de La Souterraine (1371). En revanche, en 1373, Tulle et Brive passent à l'anglais Jean de Gand, duc de Lancastre.
Au XVe siècle, les tapissiers s'installent à Aubusson et Felletin. La population se réfugie dans le culte des saints, les églises s'agrandissent (gothiques), en 1500 il y a plus de 10 000 prêtres en Limousin, et on assiste en 1512 aux ostensions de Saint-Martial, en faisant référence au " miracle des ardents ". Ces ostensions qui se généralisent dans de nombreuses paroisses sont des manifestations septennales qui consistent à célébrer les reliques des saints.
Au milieu du XVIe siècle, Henri II décide de restreindre les pouvoirs des seigneurs. Limoges se soulève et se retrouve punie d'une lourde amende. Au cours du dernier tiers du XVIe siècle, les guerres de Religion mettent le Limousin à feu et à sang. En 1569, l'amiral de Coligny rosse les catholiques armées royales à la Roche-l ‘Abeille (le futur Henry IV est dans les rangs des vainqueurs). Le vicomte de Turenne devient un ardent défenseur de la Réforme en 1576. Guéret en 1580 et Tulle en 1585 sont aux mains des protestants. En 1589, Limoges est saccagée par les armées du roi. Les Monédières, haut lieu de résistance des réformés, sont ravagées par des incendies.
Le XVIIe siècle commence en 1602 avec l'émeute de la Pancarte à Limoges. Henri IV, dernier vicomte de Limoges, rattache ses possessions dont le Limousin à la couronne en 1607. La peste s'abat à nouveau en 1631. De nouveaux ordres religieux apparaissent, collèges de jésuites, hôpitaux, et surtout confréries de Pénitents.
Au cours d'une redistribution administrative (seconde moitié du XVIIe siècle), le Limousin est divisé en élections et en généralités gérés par les intendants du roi. Sous Colbert, les artisans d'Aubusson en 1665 et de Felletin en 1689 se regroupent en manufactures royales de tapisseries. La manufacture d'armes de Tulle est créée en 1690.
C'est également durant ce siècle que les Creusois ont construit à la sueur de leur front le château de Versailles. Au XVIIIe siècle, en 1722, le cardinal Dubois est chargé par le régent de participer à l'éducation politique du jeune Louis XV. Il mourra peu après mais eut le temps d'organiser un vrai cycle de leçon pour le jeune souverain. En 1738, Louis XV achète la vicomté de Turenne, une des dernières principautés seigneuriales.
Après Orsay, Tourny, Macheval, Turgot est nommé intendant de Limoges en 1761. Il transformera le Limousin de manière brillante. De vraies routes apparaissent. En 1766, le chirurgien Darnet découvre du kaolin à Saint-Yrieix-la-Perche, et, 5 ans plus tard, c'est la création de la première manufacture de porcelaine à Limoges. Durant la seconde partie du XVIIIe siècle, le pouvoir de l'église diminue. C'est aussi à cette époque que l'important ordre de Grandmont est dissous.
Pendant la Révolution les châteaux sont pillés, et, hélas pour les générations futures, les archives seigneuriales sont brûlées. 1790 : création des départements de la Corrèze, de la Creuse et de la Haute-Vienne. Sous le Directoire, le Consulat et l'Empire, le Limousin payera un lourd tribut en hommes au cours des batailles napoléoniennes.
Au début du XIXe siècle, Louis-Joseph Gay-Lussac fait de nombreuses découvertes dans le domaine de la chimie. Sous la Restauration, en 1815, les conditions de vie des Limousins sont très précaires. Les migrations culminent au milieu du XIXe siècle. En 1829, les premières mutuelles ouvrières voient le jour à Limoges, et les premières grèves ouvrières des porcelainiers débutent en 1833. En 1842, l'Américain Charles-Edouard Haviland se lance dans la porcelaine.
En 1844 : la diffusion des idées contestataires et progressistes s'accentue en Limousin. Pierre Leroux édite la Revue sociale. Dans un même temps, dans l'objectif de répondre à la fameuse question sociale, le socialiste chrétien crée un phalanstère à Boussac en Creuse en compagnie de Georges Sand et de la féministe Pauline Roland. Celle-ci comporte 80 membres. En 1848, au moment des crises sociales, éclate l'affaire de Limoges : la garde nationale est désarmée à Limoges, où un comité provisoire prend le pouvoir. Vingt jours plus tard, l'armée reprend le pouvoir.
Le 4 décembre 1851, Denis Dussoubs, avocat et journaliste républicain, fils d'un boulanger de Saint-Léonard, est abattu en pleine rue à Paris à l'âge de 33 ans alors qu'il protestait contre le coup d'Etat du futur Napoléon III. En réponse à une opposition très marquée à Limoges, on procède à de nombreuses arrestations.
En 1856 : des industries de la porcelaine et de la chaussure se développent. Haviland construit sa première usine. Cette même année, le chemin de fer arrive en Limousin. Au moment de la Commune, en 1871, bon nombre de migrants limousins sont aux premières loges à Paris, pour défendre leurs idées. Vers 1889, Bourganeuf sera la première ville électrifiée. Le siècle s'achève avec la création de la CGT à Limoges, en 1895. En 1905 : le début du XXe siècle est marqué par la mort de Camille Vardelle, jeune manifestant tué lors des grèves et émeutes insurrectionnelles historiques à Limoges.
En 1914, le maréchal Joffre met 134 officiers à résidence à Limoges pour incapacité. Depuis, la langue française s'est enrichie du verbe " limoger ", qui signifie disgracier, destituer. La Première Guerre mondiale compte dans ses rangs 100 000 hommes du Limousin. Les jeunes partent les premiers au front, et le nombre des naissances chute considérablement. La crise de 1929 affecte durement la région, dont les exportations étaient très importantes du fait de sa notoriété de son savoir-faire en divers domaines.
Pendant l'entre-deux-guerres, des grands barrages sont construits sur le Taurion. En 1938, la tapisserie marchoise connaît un nouvel essor, grâce notamment à Jean Lurçat. Terre d'accueil, le Limousin double sa population au moment de l'exode de 1940. Parmi les maquisards, très présents mais difficiles à fédérer, Georges Guingoin devient une figure emblématique de la Résistance en 1943. La terre limousine n'est pas épargnée par les massacres. Le 9 juin 1944, à Tulle, une division SS pend 99 hommes et adolescents.
Le 10 juin 1944, c'est à Oradour-sur-Glane, désormais un haut lieu de la barbarie nazie, que 643 personnes dont 500 femmes et enfants seront brûlés vifs dans l'église incendiée. Au moment de la Libération, les combats d'Egletons, du mont Gargan et d'Ussel resteront inscrits dans l'Histoire. Après la guerre, l'entreprise Legrand ne fabrique plus de la vaisselle mais des isolants en porcelaine. C'est l'époque des grands reboisements des forêts, de la découverte de l'uranium et des aménagements hydrauliques, comme à Vassivière.
En 1999, le Centre de la mémoire ouvre ses portes à Oradour-sur-Glane. En 2001, le musée du président Jacques Chirac est créé. Il rassemble de nombreux objets reçus par l'ancien président au cours de ses deux mandats.