Les premières traces de présence humaine remontent au Néolithique. Si la présence de l’homme est également attestée à l’âge du bronze et du fer, les premiers grands travaux d’aménagement datent de la période gallo-romaine avec l’implantation d’un vicus romain (vaste exploitation agricole). Son emplacement a pu être identifié grâce à la découverte de vestiges remontant au Ier siècle : une villa romaine et des thermes ornés de très belles fresques et mosaïques ont été mis au jour sur la place de la République. Ces vestiges sont actuellement visibles au musée du Bailliage.
Suite aux grandes invasions barbares du IVe au VIe siècle, les rois d’Austrasie viennent s’installer dans la cité et y font construire une résidence palatiale surplombant l’ensemble des habitations : le château d’Isenbourg. En l’an 662, le roi d’Austrasie Dagobert II cède la ville à l’évêque de Strasbourg, Arbogast. La légende raconte que le seigneur des lieux a ainsi remercié l’évêque pour avoir miraculeusement sauvé son fils, le prince Sigebert, victime d’un accident de chasse. C’est en 1106 qu’est décidé l’agrandissement de la première enceinte, une simple palissade de bois aux abords de l’église. Rouffach est de ce fait l’une des rares villes à être fortifiée aux XIe et XIIe siècles. Ce renforcement des remparts n’est pas vain : en 1198-1199, Philippe Duc d’Alsace et de Souabe ravage la cité.
Rouffach se développe grâce à l’Ordre teutonique qui y installe sa commanderie d’Alsace-Bourgogne et à la notoriété de l’école latine du couvent des Récollets. La cité devient la capitale administrative des possessions de l’évêque de Strasbourg en Haute-Alsace, aussi appelée Haut-Mundat. La gestion de la ville et de la seigneurie est déléguée au bailli, représentant de l’autorité épiscopale résidant au château d’Isenbourg. Au cœur d'une région magnifique, l'Alsace regorge de villages typiques aux maisons de bois colorées, nichées entre valons et vignobles. Rouffach, ce grand village au centre historique enchanteur saura vous charmer lors de votre visite et vous faire voyager à travers le temps. Les collines sous-vosgiennes en arrière plan, cette visite à Rouffach, vous surprendra à coup sûr.
Rouffach est la ville de la pierre. Le matériau roi est le fameux grès jaune exploité dans les carrières du Strangenberg dès l'époque romaine et qui fut utilisé pour la construction de tous les monuments de la région comme Colmar, Thann, Ensisheim,... Une visite à travers les rues du vieux Rouffach et au pied des Remparts permet de découvrir un ensemble architectural hors du commun. Le château d’Isenbourg construit par les Mérovingiens, aujourd’hui transformé en Hôtel-Restaurant 5*, surplombe la cité à flanc de coteaux en donnant à Rouffach un élément phare de son identité patrimoniale.
De ces splendeurs passées, Rouffach a su conserver bien des trésors. Votre promenade dans la cité peut commencer par la place de la République, devant l’église Notre-Dame de l’Assomption. De loin, la flèche de l’église fait signe au visiteur toujours surpris de trouver un monument aussi important dans une petite ville, avec ce noble matériau qu’est le grès jaune du Strangenberg, réflecteur de lumière. Rouffach, ancienne capitale du haut-Mundat, possession des princes-évêques de Strasbourg, se devait de posséder une église à l’échelle de ses puissants seigneurs et maîtres. L’’église Notre-Dame de l’Assomption digne fille de la cathédrale de Strasbourg demeure l’un des joyaux de l’art roman-ogival et domine une immense place au charme unique en Alsace.
Pénétrez dans l’église Notre-Dame de l’Assomption. La nef est en style gothique du XIIIème siècle, le transept est, quant à lui, roman, vestige de la première église du XIème siècle. Sur le côté gauche de la nef, une belle Vierge à l’enfant, sous un ensemble décoratif en pierre. Dans le chœur, l’ancienne porte de la sacristie est entourée de deux très beaux visages sculptés, d’une jeune fille et d’un jeune garçon. Ce sont sans aucun doute les plus belles sculptures de l’église. Cet ensemble est connu sous le nom du sourire de Rouffach.
Faites le tour de l’église Notre-Dame par le Sud. Le portail Sud, roman, date de la première église il est surmonté d’une tête de Christ. Au-dessus du portail, quelques bas-reliefs romans ornent la façade. Poursuivez vers l’arrière de l’église. Au niveau du chevet, de profondes marques dans la pierre, sont les vestiges d’une ancienne pratique des vignerons, qui aiguisaient leurs serpettes ici, ce qui devait leur assurer de bonnes vendanges.
La place de la République est entourée des principaux monuments de la ville. L’ancienne Halle aux Blés a été construite au XVIe siècle. L’escalier extérieur date de 1924. Le bâtiment avec pignon en escalier servait de dépôt et de centre du commerce des grains. De 1819 à 1960, il a abrité l’école des garçons. A l’étage se trouve le musée du Bailliage de Rouffach. Le Musée du Bailliage de Rouffach présente les richesses de l’ancienne capitale du Haut-Mundat. Les collections muséales sont principalement composées des vestiges archéologiques découverts lors des fouilles menées à Rouffach et dans ses environs depuis le XIXe siècle. Toutes les époques y sont représentées, depuis la période préhistorique jusqu’au XIXe siècle.
Située derrière la halle aux blés, la maison de l'Œuvre Notre-Dame (1490), actuellement restaurant, au N°7 de la place de la République, abritait à l’origine les ateliers des tailleurs de pierre de l’église, avant d’être transformée en tribunal de l’Inquisition, ce qui lui donne son nom de Haxakessel (le chaudron des sorcières). A proximité se trouve l'ancien Hôtel de ville : il s’agit de deux beaux bâtiments de style renaissance. L’aile droite date du XVe siècle, remaniée en 1721. L’aile gauche a été réalisée par Franz Baur, maître d’œuvre municipal, en 1581. Au rez-de chaussée se trouve une grande salle avec de belles colonnes soutenant les arcatures des fenêtres. Les pignons sont décorés et surmontés d’une coquille, tandis qu’à l’arrière l’un des pignons est resté dans son style initial, à redans. Au XIXe siècle, ce bâtiment a abrité le collège communal, puis l’école d’agriculture, d’où est issu le lycée agricole actuel. Les bâtiments restaurés servent à des activités socioculturelles.
Accolée à l'ancien Hôtel de ville, admirer la Tour des sorcières. C’est la dernière tour subsistant des fortifications de Rouffach, toujours surmontée de son traditionnel nid de cigognes. La base ronde, qui est la partie la plus ancienne, date du XIIIe siècle : les étages carrés sont des XIVe et XVe siècles. Comme souvent, la tour a servi de prison pendant des siècles. Elle doit son nom à de prétendues sorcières, les "auxiliaires du diable", comme on les appelait, qui y furent enfermées à l’époque de l’Inquisition. Dans la cité de Rouffach, des archives racontent les protocoles interrogatoires de quinze sorcières exécutées entre 1585 et 1627. Rouffach n’était pas un cas isolé. A intervalles réguliers, durant près de deux siècles, l’Alsace eut à subir ces frénésies inquisitrices.
Prendre la direction de la promenade des remparts en direction de la rue du Maréchal Lefebvre pour une balade agréable le long des remparts. Vous pourrez découvrir un enclos aux cigognes. La cigogne blanche, emblème de l’Alsace, était en voie de disparition dans les années 1980. Grâce aux enclos, tels que celui de Rouffach, les cigognes recommencèrent à se multiplier rapidement, au rythme qui est le leur de 4 à 6 œufs par an.
Les cigognes qui restent dans la région sont des animaux sédentaires, ceux qui ont passé au moins trois ans en enclos. Relâchées, elles se réimplantent aux alentours, en particulier dans les anciens nids abandonnés. Les cigogneaux nés en liberté de parents sédentarisés recouvrent leur instinct migrateur. Seules 20 % d’entre elles vont encore jusqu’en Afrique, les autres s’arrêtent en Espagne. Heureusement la migration est devenue moins dangereuse qu’avant, elles sont moins souvent chassées ou électrocutées sur des lignes haute tension.
Arrivés au N°15 de la rue du Maréchal Lefebvre, vous trouverez la maison des Trois-Dames, cette belle maison du XVIème siècle doit son nom aux trois piliers qui soutiennent les étages supérieurs. En face, se situe l’ancien abattoir et la teinturerie. Poursuivez dans la rue du Maréchal Lefebvre, puis sur votre droite la rue Ullin jusqu'àu 8 et 10 de la Rue Rettig, où une belle Maison de vigneron du XVIe et XVIIIe siècle se situe. Suivez la rue Retting pour rejoindre la rue du Maréchal Joffre, plusieurs belles maisons jalonnent le parcours. Au carrefour, poursuivre sur la rue Claude-Ignace-Callinet, au N°2 se trouve l'ancienne commanderie de chevaliers teutoniques du XVIe et XVIIe siècle.
Revenez sur vos pas et tournez à droite rue du 4ème Spahis Marocain, au niveau d’une maison à oriel. Vos pas vous meneront à l'église des Récollets dédiée à Sainte Catherine d'Alexandrie. Elle faisait partie du complexe conventuel qui se situait entre la rue des Récollets et les remparts sud. Il faut faire abstraction des immeubles actuels se trouvant à droite de l'église, cet espace formant l'ancien cimetière. Cette belle église Sainte Catherine du XIIIe siècle, est typique des églises des ordres mendiants, ici des Franciscains. La communauté franciscaine s'est établie à Rouffach vers 1250 dans une propriété qui venait de leur être offerte.
L'église primitive, construite entre 1280 et 1300 connut plusieurs transformations. L'église des Récollets est une des très rares églises d'ordre mendiant en Alsace à avoir été conservée avec sa chaire extérieure. A l’extérieur du mur sud, dans la cour de cloître, se trouve un cadran solaire à système géo-centrique d’avant Galilée et Kepler de 1617, exemplaire unique du genre en Europe. L’église conventuelle des Récollets, fut à l’époque de l’Humanisme, une école de renom, tremplin spirituel pour divers savants théologiens et lettrés. Rejoignez la place de la République par la rue de la Prévôté puis rue du Fromage : quelques belles maisons sur le parcours. Pour finir, repassez derrière l’église pour aller impasse des Orfèvres : bel ensemble d’anciennes maisons.
Cette cité de Rouffach est une destination de choix pour le visiteur en quête de qualité de vie et de splendeurs préservées dans une Alsace à la fois dynamique et authentique. En soirée, testez un winstub, littéralement, un "salon de vin". Aujourd'hui c'est le nom des restaurants traditionnels, dans lesquels vous goûterez une gastronomie riche et généreuse. Une dégustation de vin s'impose aussi avec modération. Les marchés de Noël sont aussi une très belle période même si l'affluence est maximum. Laissez-vous émerveiller par les nombreux artisans et animations dans la chaleureuse ambiance du village de Noël : démonstrations, ateliers bricolage, chorale et pour les plus gourmands, dégustation de bredala et de vin chaud !