D'après les éléments archéologiques trouvés, on suppose que les environs de Turckheim étaient déjà peuplés à l'époque romaine. Comme en témoignent les pièces de monnaie, les tombes et les poteries retrouvées sur place. Ces derniers y plantèrent à ne pas en douter les premières vignes peut être même sur la fameuse colline du Brand qui domine la Ville. Turckheim se développe véritablement autour du IXe siècle autour de l'abbaye de Munster. En 1312, la ville obtient le statut privilégié de ville libre et le droit de construire des remparts. Elle rejoindra alors la Décapole.
Il faut cependant attendre le XIVe siècle pour que la commune s'illustre sous le giron de la Maison d'Autriche en devenant ville d'Empire. Le XVIe siècle marque l’apogée de Turckheim, qui s’enrichit grâce à ses vins. Au XVIIème siècle, la ville est durement touchée lors de la guerre de Trente Ans. A l’issue de cette guerre, dont la dernière bataille décisive remportée par Turenne sur les Impériaux a eu lieu ici, la ville devient française avec l’Alsace. On a du mal à croire que c’est ici que le maréchal de Turenne (1611-1675) remporta l’une de ses plus éclatantes victoires face aux Impériaux en surnombre.
Touchée par les nombreuses querelles entre France et Allemagne, elle subit de nombreux dégâts au fil des siècles, sans pour autant perdre son charme et son élégance. Aujourd’hui, Turckheim est essentiellement viticole. La légende raconte qu’un jour un dragon livra bataille avec le soleil et depuis ce jour cette « terre de feu » produit des vins majestueux et d’une grande délicatesse. Aujourd’hui le patrimoine bâti que nous ont légué toutes ces générations nous permet de découvrir cette cité médiévale, raccourci de toute l’histoire de Turckheim. Turckheim se situe au pied d’un coteau couvert de vignes.
En venant de Niedermorschwihr par la D10.7, la descente au milieu du vignoble donne une belle impression du site. Lorsqu’on arrive à Turckheim, la cité médiévale s’ouvre à vous en passant sous par la Porte de France, possibilité de s’y garer. Cette tour-porte des années 1315 est la plus ancienne de la ville. C’est par cette porte que transitait le commerce. Les fortifications de la vieille ville de Turckheim ont été construites sous une forme triangulaire. Les remparts sont percés de trois portes qui permettaient l'entrée dans la ville par des ponts-levis qui enjambaient le fossé dont il reste quelques vestiges.
La porte de France est l'entrée principale de la ville et est orientée plein sud. La porte du Brand à l'est tient son nom de la colline qui la surplombe et la porte de Munster est, elle, orientée vers l'ouest en direction de la vallée de Munster. La porte de France mène à la place Turenne, place principale de la ville. Sur la gauche de la porte se dresse la façade rose du corps de garde. Tour à tour halles au grain (“Laube”) et hôtel de ville (“Herrenstube”), il devint en 1575 le siège des corporations de la cité.
C’est dans ses murs qu’on se réunissait et que se trouvait le poêle, mot générique pour décrire les ustensiles de cuisine et vaisselles nécessaires à la vie des corporations. On y trouvait également les objets pour les processions. Remarquez l’aigle impérial à deux têtes sur la façade qui rappelle le statut de Ville Libre d’Empire de Turckheim, également membre de la Décapole alsacienne. Et plus haut, la jolie petite horloge. Tout en haut du toit, le petit campanile abrite une cloche de 1658.
Le bâtiment abrite aujourd’hui l’office du tourisme. Vous pourrez obtenir tous les renseignements sur les richesses de cette petite ville de Turckheim, les promenades ou loisirs des environs. Le Corps de garde est le lieu de départ de la fameuse ronde du dernier veilleur de nuit d’Alsace. Turckheim est une des seules villes de France où subsiste encore un veilleur de nuit, qui effectue sa ronde tous les soirs de mai à octobre. Cet événement est mis en place pour se remémorer une page d'histoire qui avait lieu au XIIIe siècle quand subsistait encore un veilleur de nuit dans le but d'éviter les incendies.
La fontaine surmontée d’une Vierge à l’Enfant de la place Turenne qui se trouve devant le Corps de Garde porte le nom de “Stockbrunnen”. C’est le seul point d’eau alimenté par une source. Elle est citée dans un règlement municipal datant de 1667. On défendait aux habitants d’y laver leur linge et d’y abreuver les animaux. Il semble que la fontaine actuelle date du XVIIIe siècle. La jolie place Turenne est entourée de maisons anciennes à colombage, caractéristiques de l'Alsace au cachet fou !
De la place Turenne, empruntez la rue du Conseil dans laquelle se situent quelques-uns des plus beaux bâtiments de la ville comme auberge aux Deux Clefs. Cette magnifique maison à colombage date de 1620, en grès et colombage. Elle abritait l’hostellerie municipale, réservée aux hôtes de marque de la cité. Ce charmant logis possède un magnifique oriel en bois sculpté s’élevant sur trois niveaux. Hortense de Mancini y séjourna en 1671.
Poursuivre la visite vers l’Hôtel de Ville de Turckheim, beau bâtiment Renaissance à pignon de la fin du XVIème siècle. Le rez-de-chaussée abritait une cave et un pressoir. L’imposant bâtiment de l’hôtel de ville fut construit en 1598 pour abriter le siège du prétoire de la justice de l’ancienne ville impériale. Devant vous se dresse le clocher du XIIe siècle avec sa toiture en tuiles vernissées.
Traversez le petit parc pour rejoindre la rue Wickram dans laquelle se situe l’ancienne Auberge au Bœuf Rouge. On doit la construction de ce bâtiment Renaissance à un marchand savoyard en 1620. Remarquable pour son très bel oriel renaissance qui décore sa façade, orné d’écus aux noms de ses anciens propriétaires.
Votre promenade vous emmenera devant l'église de Saint-Anne avec son clocher de style gothique et sa façade de style baroque. L’église Sainte-Anne remonte à 1190, de la précédente église ne subsiste que la tour romane et gothique, intégrée au bâtiment actuel lors de sa reconstruction au XIXème siècle. La nef et le chœur sont une reconstruction de style néo-classique de 1838. Le clocher supporte une flèche pointue couverte de tuiles vernissées de couleur vert et jaune qui brille dans la lumière du soleil. L’orgue Silbermann de 1755 provient de l’ancienne abbaye cistercienne de Pairis.
Revenir sur la rue du Conseil pour admirer l'hôpital, ancienne demeure privée de la famille Resch, les parties les plus anciennes datent du XVIIe siècle. Dans la cour du bâtiment de droite, se trouve une curieuse fenêtre du XVe siècle. La Chapelle et les vitraux datent du XVIIe siècle. A quelques pas l'ancien Manoir du Prévôt Royal de 1653, était la demeure de l’administrateur royal. Elle vit naître Charles Grad, publiciste et homme politique, aujourd'hui propriété d'un viticulteur.
Au bout de la rue du Conseil, le musée mémorial des combats de la poche de Colmar, méritent un arrêt. Installé au cœur d'un ancien caveau du XVIIIe siècle qui servi notamment d'abri aux habitants durant la Seconde Guerre mondiale, le musée mémorial des combats de la poche de Colmar permet de découvrir le récit de ces deux mois d'enfer, présentant un point de vue des soldats, sans oublier le sort de la population.
Au bout de la rue du Conseil, prenez à droite dans la rue des Vignerons jusqu’à la Porte du Brand (Öltor), l’une des trois portes restantes des fortifications de cette cité médiévale. La porte du Brand est la plus défensive des trois portes de Turckheim, c’est ainsi la plus austère. Massive et sans décoration particulière, la porte était équipée d’un herse et d’un pont-levis franchissant un fossé qui est toujours visible aujourd’hui. L’édifice doit son nom au vignoble du Brand auquel elle donne l’accès. Pendant les vendanges, on laissait ses portes battantes exceptionnellement ouvertes. En 1850, elle échappa à la démolition grâce à la mobilisation des habitants. Vous aurez ainsi une très belle vue sur Turckheim et ses remparts.
Repassez la Porte du Brand pour remonter la rue des Vignerons jusqu’à la troisième porte de la ville, la Porte de Munster (Obertor). Sur le parcours, vous découvrirez de belles maisons à colombages et des porches avec des écussons représentant des métiers ou des animaux. La Porte de Munster est la troisième porte de la ville encore debout. Elle ouvrait l’accès à la vallée de Munster, et au-delà, par le col de la Schlucht, à la Lorraine. C’est par
cette porte que passaient les condamnés à mort pour être exécutés à l’extérieur de la ville.
La Porte de Munster fut associée au triste sort des 26 femmes accusées de sorcellerie entre 1572 et 1626. D’où son surnom de “Porte des Supplices”. C’est de la porte de Munster qu’elles quittaient la ville pour rejoindre le lieu-dit Wann, où elles étaient brûlées vives. Plus tard, en 1675, c’est par cette porte que le maréchal Turenne et son armée entrèrent à Turckheim. Enfin, la petite cloche qui se trouve tout en haut dans le campanile servait à donner l’alerte en cas d’orage. Elle est toujours intacte. Observez les fenêtres : elles sont ornées de coquilles Saint-Jacques, elle se situait sur la chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle.
De la Porte de Munster remontez la Grand Rue, avec un nombre impressionnant de maisons alsaciennes des XVIe et XVIIe siècles à colombages colorées et fleuries égayant votre promenade. Il faut prendre le temps d’observer les petits détails du petit patrimoine : poteaux corniers, statues sculptées en bois, etc... Au cœur du centre historique de Turckheim admirer la maison du chapelain du XVIe siècle, la maison Huen de 1568 dite du Maréchal Ferrant, l'auberge "À L'Homme Sauvage" du XVIIe siècle, située 19, Grand-Rue. La Maison Schiehle avec Oriel de 1567, située 62, Grand-Rue. La maison de Vigneron (1596-1713), située 85, Grand-Rue.
La Grand’Rue s’étire toute en longueur jusqu’à la place de Turenne. La Grand’Rue est reliée à une série de ruelles pittoresques qui rejoignent la rue des vignerons : rue des Bénédictins, rue des forgerons, rue brûlée, rue étroite. Une très belle statue en bois d’un forgeron se trouve au carrefour de la Grand’Rue et de la rue des Forgerons. En vous baladant dans les ruelles aux maisons pleines de couleurs et à colombages, vous pourrez également découvrir la chapelle des Frères, la cour domaniale de l'ancienne abbaye de Münster du XIIIe siècles, l'ancien hospice du XVIe siècle, ou encore une fontaine et un puits du XVIIIe siècle. La Cour Dîmière, ou Cour colongère rue des Bénédictins, était le lieu de résidence du contrôleur des poids et mesures de l'Abbaye bénédictine de Munster jusqu’à la Révolution. Cette demeure appartient également à un propriétaire privé.