Saint Jean Pied de Port classé "Plus beau village de France" sera votre point de départ de ce parcours touristique. Saint-Jean-Pied-de-Port n’est pas seulement un point de départ géographique pour cette route : c’est une ville chargée d’histoire et de sens. Classé parmi les “Plus Beaux Villages de France”, il fut un carrefour essentiel des pèlerins sur la voie de Saint-Jacques-de-Compostelle. En arpentant ses ruelles pavées, en caressant du regard ses remparts immémoriaux, on perçoit déjà la vibration d’un territoire où la mémoire du monde ancien se mêle à la vie quotidienne.
Au petit matin, lorsque les premières lueurs illuminent la citadelle, un parfum de pain chaud s’échappe des boulangeries, mêlé à l’arôme du café fumant. Les hautes maisons à colombages, peintes de teintes chaudes, semblent raconter, à qui veut bien l’écouter, les histoires d’antiques voyageurs et de pèlerins silencieux, en marche vers Compostelle. C’est une introduction parfaite à la mystique de la Soule.
Prendre la D933 en direction de Saint-Jean-le-Vieux. La route serpente vers Saint-Jean-le-Vieux, un village posé au bord du Laurhibar, entouré par des eaux vives et les contreforts des Pyrénées. Là, au milieu des prés et des oliviers basques, on est invité à ralentir. Entouré d’eaux vives et de montagnes jalonnées de vestiges protohistoriques, Saint-Jean-Le-Vieux occupe une position stratégique à l’entrée de la plaine de Cize. La nature y déploie déjà sa palette : verts profonds des prairies, gris cendré des roches anciennes, or brillant des herbes sèches. Dans l’air flotte le parfum des fougères humides et de la terre encore fraîche de rosée, tandis que le chant d’une pie résonne depuis le haut des toits de tuiles. S’arrêter ici, c’est déjà quitter le monde ordinaire pour entrer dans une atmosphère presque mystique.
L’architecture se fait humble, les vieilles pierres parlent de temps immémoriaux. Les lieux de culte des pèlerins de Saint-Jacques-de-Compostelle, les auberges et hostelleries y furent particulièrement nombreux; il en subsiste quelques-uns. Sur la rive gauche du Laurhibar, vous trouverez la chapelle en ruines de Saint-Jean-d’Urrutia, c'est l’ancienne église paroissiale de ce qui fut la capitale du Pays de Cize du XI au XIIIè siècle. La chapelle en ruines de Saint-Jean-d’Urrutia, ancienne église paroissiale de l’antique capitale du Pays de Cize, semble garder le silence de siècles révolus, une invitation à toucher du doigt les racines historiques de la région.
Outre la modeste chapelle de Saint-Jean-d’Urrutia, vous visiterez Saint-Pierre-d’Usakoa, l’actuelle église paroissiale avec son très beau portail roman, la chapelle Saint-Blaise d’Aphat Ospitalia, ainsi que l’église de la Madeleine ou « Recluse ». Le cimetière de la chapelle de La Madeleine recèle deux stèles discoïdales du XVIIe siècle. Un parcours fléché d’environ 10 km vous mènera sur ces différents sites, vous pouvez vous procurer le dépliant à la mairie.
Continuer par la D18 vers Mendive, village de montagne du Pays de Cize. La route prend maintenant de l’altitude, grimpant vers Mendive, un village de montagne niché dans la vallée de l’Hergarai. Chaque virage offre de nouvelles perspectives sur un paysage qui se fait plus escarpé, plus sauvage. À Mendive, l’église Saint-Vincent, avec son portail roman du XIIIe siècle, s’impose comme un point de repère entre ciel et terre. Les pierres de l’édifice semblent absorbées par la vie pastorale des montagnes environnantes, où bergerie et troupeaux dictent le rythme des saisons.
Aux abords, la nature se déploie sans retenue : vastes forêts de hêtres, prairies alpines et rochers abrupts, tous sculptés par un temps lent et patient. C’est ici que l’on commence à comprendre le caractère véritablement montagnard et indépendant de la Soule. ll existe également autour de Mendive des dolmens, le plus célèbre étant celui de Gasteinia sur propriété privée.
Poursuivez vers Saint Sauveur, sur la route d’Iraty par la D18 se trouve la Chapelle de Saint Sauveur du 13ème Siècle et surtout sa fôret la plus grande hêtraie d'Europe. Passer le col de Burdinkurutxeta « la petite croix de fer » en basque, il culmine à une altitude de 1 135 m. Le col est un des accès à Larrau via la forêt d'Iraty puis au reste de la Soule par le col d'Organbidexka littéralement « le petit chemin des charrettes » en basque et à la Navarre d'autre part, par la rivière d'Irati (ou Iraty). Au Col de Burdinkurutxeta, l’horizon se déploie en une immensité de verts, de gris et de bleus. Ce col — “la petite croix de fer” — marque une transition : au-dessus, l’air se fait plus vif,
plus léger, et on a l’impression d’être à la porte d’un autre monde.Ici, sous un ciel immense et changeant, on peut presque entendre la respiration de la montagne. Comme si la nature elle-même vous invitait à gravir les sentiers qui partent vers les hauteurs, vers les sommets de la Soule, dont le plus emblématique reste le Pic d’Orhy, gardien silencieux de toute la région.
Suivre la D19 puis la D113 vers Larrau, un petit village montagnard accueillant et parfaitement entretenu niché au pied du Pic d'Orhi et recroquevillé autour de son fronton et de son église. À l’approche de Larrau, le paysage se fait plus intime, plus domestique. Il s'agit d'un village traditionnel de la Soule. Le village, lové autour de son fronton et de son église, est un véritable bijou d’authenticité. Ses maisons aux toits d’ardoise pentus respirent la simplicité basque, avec des ruelles bordées de fleurs sauvages et de vieux murs où le lierre grimpe avec majesté. L’église Saint-Jean-Baptiste du XIIe siècle, classée monument historique, raconte à travers chaque pierre l’attachement viscéral des Souletins à leur territoire. Ici, le voyageur ressent une harmonie profonde entre l’héritage civil, l’architecture sacrée et la vie quotidienne des habitants. Belle petite balade au coeur des ruelles du village.
Peu après Larrau, une des étapes les plus spectaculaires de la route s’impose : les gorges d’Holzarte. Ces gorges karstiques, creusées par des millénaires d’érosion, offrent un spectacle naturel d’une intensité rare.Le chemin d’accès, taillé dans la roche, serpente à flanc de montagne avant de déboucher sur une passerelle suspendue à 140 mètres au-dessus du vide. Traverser ce pont est une expérience unique : sous vos pieds, le torrent rugit dans un canyon étroit, tandis que les parois calcaires semblent défier l’effort du temps. La sensation est à la fois exaltante et humble : ici, l’homme n’est qu’un visiteur dans un monde façonné par des forces bien plus anciennes que lui. Chaque pas sur la passerelle est un moment de communion avec la nature sauvage de la Soule.
Parcourez aux alentours la route du col d'Erroymedi, pays de la chasse à la palombe à la saison, visitez non loin de Larrau (8km) les gorges de Kakouetta... Le col d'Erroïmendi, le col d'Iratzabaleta, les gorges d'Holzarté, le pic de Bizkarzé et le pic d'Orhy sont accessibles à partir de Larrau, ainsi que la Forêt d'Iraty.
Possibilité de randonner aux gorges d'Holzarte, pendant des millénaires, les torrents ont creusé des gorges dans le calcaire du massif pyrénéen. Celle d’Olhadubi, affluent d’Holzarté, est franchie par une impressionnante passerelle qui s’élève à 150 m au-dessus du torrent. Construite à l’origine pour les besoins de l’exploitation de la forêt d’Holzarté, elle ne sert plus aujourd’hui qu’aux seuls randonneurs. Suspendue 140m au-dessus du vide, la passerelle d’Holzarté est la plus spectaculaire de toutes celles que vous pourrez renconter entre l’Atlantique et la Méditerranée. Le panorama est saisissant, il ne faut pas avoir le vertige pour traverser tant on a l’impression de marcher dans le vide.
Vous trouverez aussi une belle balade à effectuer aux gorges de Kakouetta. Au programme des falaises vertigineuses, végétation luxuriante, refuge de rapaces majestueux, le cœur de la montagne basque réserve bien des surprises aux amoureux de la nature. Les Gorges de Kakuetta, Amazonie des latitudes tempérées, vous invitent à sillonner un canyon de 2 km de long, en suivant une rivière tortueuse sur sentiers et passerelles aménagés. Les sentiers aménagés serpentent le long de la rivière, passant par des ponts et des passerelles, jusqu’à une cascade qui tombe en un rideau d’embruns scintillants. L’éclairage naturel filtré par le couvert végétal donne à l’ensemble un air de forêt primaire, une jungle douce et humide nichée au cœur des montagnes basques. Clou de la balade, la fameuse cascade qui chute d’une vingtaine de mètres.
Après ces balades, retour par la D26 en passant par Licq Atherey, en continuant votre route vers l’est, la vallée s’élargit à nouveau et mène à Licq-Atherey, un village où la vie s’écoule au rythme des saisons. Le paysage est désormais dominé par les eaux tranquilles du Saison, rivière qui serpente paresseusement au milieu des prairies.Licq-Atherey est un lieu de détente et de découverte. Ici, on peut pêcher la truite dans des eaux claires, s’essayer au canoë sur le Saison ou simplement s’asseoir au bord de l’eau pour écouter le chant des libellules et le souffle du vent dans les arbres.
c'est dans un magnifique paysage montagneux à l'entrée du village de Licq, formé d'étroites vallées que se mêlent les eaux du gave de Larrau et de l'Uhartzia venant de Sainte Engrâce pour former la principale rivière de Soule : le Saison. Licq et Atherey s'étire le long du Gave, réunis en 1843, il forme un petit village dynamique où il y fait bon vivre, niché au pied du mythique Chapeau de Gendarme de 572 m avec son point de vue et une table d'orientation.
Ne manquez pas de visiter l'Église Saint-Julien de Licq dont les origines remontent au milieu du Moyen Âge et qui a été fortement remaniée au XIXe siècle et L'église d'Athéry. Poursuivez sur la D26 et la D918 jusqu'à Gotein Libarrenx. Gotein et Libarrenx possèdent tous les deux une église au clocher-mur dit "trinitaire" c'est-à-dire que la crête du mur, percé de baies où tintent les cloches, s'y achèvent par trois grandes pointes à peu près d'égale hauteur, figurant la Trinité. La colline Gastelugain est occupée par une enceinte dite protohistorique, dotée d'un parapet qui en fait le tour, ainsi que d'un système d'éperon barré, composé de plusieurs parapets et fossés successifs.
En continuant sur la D918, Mauléon sera la prochaine étape de cette route touristique. Mauléon capitale de la Soule, vieille ville féodale, est bâtie sur la rive droite du Saison ou gave de Mauléon, au pied d'une colline où s'élèvent les ruines du château. La ville neuve s'étale dans la vallée. Marcher dans ses rues, c’est passer du Moyen Âge aux temps modernes. Les façades anciennes, les places pavées et les maisons historiques se mêlent à des boutiques d’artisans locaux, des cafés chaleureux et des ateliers où se perpétue une tradition unique : la fabrication de l’espadrille basque. Commencer votre balade dans cette ville féodale par la mairie, située sur la place des Allées, a été construite pour le comte Philibert de Gramont par François Mansart dont on reconnaît le style avec l’alternance des lucarnes à fronton arqué et triangulaire et les larges fenêtres espacées.
La Maison de la Fée, 8 rue du Fort, réputée la plus ancienne de Mauléon. Elle porte la date de 1485 mais date plus probablement de 1785. Elle reflète l'habitat paysan traditionnel, avec une grande porte au rez-de-chaussée pour le bétail et l'appartement à l'étage. La maison de Bela ou manoir de Bela qui domine la Haute-Ville avec sa tourelle ronde. Elle est particulièrement connue parce qu'en 1587 son propriétaire, Gérard de Béla, décida d'instaurer des impôts, innovation qui déplut particulièrement aux habitants de la ville.
La halle datée de 1765, était réclamée par les habitants depuis le terrible incendie de 1641 qui avait détruit une vingtaine de maisons, n'en laissant que onze pouvant encore correctement abriter le marché sous leurs auvents. Le château de Maytie dit d'Andurain a été édifié à la fin du XVIe siècle par Pierre de Maytie. Le logis rectangulaire cantonné de pavillon est orné de fenêtres à meneaux et de lucarnes ouvragées de style Renaissance. Inscrit monument historique en 1925, il a été partiellement classé.
Ne manquez pas lors de votre passage la chapelle de Saint-Jean-de-Berraute est attestée dès 1220. Elle faisait partie de la commanderie gérée par les chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem ou chevaliers de Malte. Cette commanderie hébergeait les pèlerins de Saint-Jacques venant d'Oloron par l'Hôpital Saint-Blaise et se dirigeant par Ordiarp vers Ostabat.
Mais aussi l'Église Notre-Dame de la Haute-Ville : c'est un parchemin du 4 juin 1373 qui donna l’autorisation de l’évêque d’Oloron pour construire une nouvelle chapelle et l'église Saint-Jean-Baptiste qui a été construite à la fin du XIXe siècle. L'ancien couvent des Dominicaines, rue de Belzunce, transformé aujourd'hui en résidence autour du cloître mérite votre attention.
Après toute ces visites, continuer sur la D918 vers le Col d'Osquich. Après Mauléon, la douce montée vers le col d’Osquich prolonge l’invitation à l’émerveillement. Là où les lignes d’horizon s’ouvrent vers les collines lointaines et où le regard peut suivre les courbes sinueuses de la campagne basque, on ressent une paix profonde. Le col, réputé pour la chasse à la palombe, s’ouvre sur des panoramas apaisants, qui semblent inviter à la contemplation. La chasse à la palombe qui s'effectue à l'aide de "pantières". Cette activité semble être attestée depuis l'époque d'Henri IV. L'accès à la chapelle Saint-Antoine à 706 m se fait par le col d'Osquich.
Prochaine halte sur le parcours le village de Gamarthe en suivant la D918 et D933 avec son église Saint-Laurent du Moyen Âge. Gamarthe se présente comme un village paisible où le patrimoine médiéval se lit dans ses églises anciennes et ses fermes traditionnelles. La croix de Galcetaburu date du XVIIIe siècle. Les fermes Bidegainea et Bordaburua datent du XVIIe siècle.
Continuez sur la D933 vers Larceveau au cœur de l'Oztibarre, petite vallée de la province basque de Basse Navarre. D'un coté, au sud de Lantabat, l'Oztibarre représente une voie de passage très ancienne en direction des Cols des Pays de Cize où les intendants du XVIIIe siècle purent faire exécuter la seule route en ligne droite du Pays Basque de part et d'autre de Larceveau.
A l'origine le bourg de Larceveau était une ville neuve construite sur le chemin de St Jacques de Compostelle. Elle constituait un passage obligé pour les pèlerins venant d'Ostabat et gagnant St Jean Pied de Port. Le bourg a été victime de guerres de religion et a été totalement détruit par un incendie au XVIe siècle. Les collines autour semblent veiller sur les champs, les pâturages et les vignobles doux, tandis qu’à l’horizon se dessinent les montagnes qui, depuis des millénaires, guident les conditions climatiques et culturelles de la Soule.
Le hameau d'Utziat, sur la route de St Jean-Pied-de-Port, se compose de quelques maisons, héritières des maisons des donats du prieuré-hôpital Sainte-Madeleine. La route a scindé la formation hospitalière : à l'ouest, la maison prieurale contre laquelle s'adossait l'église romane, le cimetière désaffecté et le moulin récemment rénové; à l'est, les quatre dernières maisons des donats relevés de leurs vœux à la suppression de l'hôpital en 1784.
Retour par la D933 à Saint Jean Pied de Port.
Ce voyage le long de la Route de la Soule la Mystérieuse ne serait pas complet sans plonger dans la culture vivante de la Soule. Cette province a su préserver un patrimoine immatériel d’une richesse rare, fait de traditions, de musiques, de danses et de fêtes. Parmi ces manifestations, la maskarada occupe une place unique. Il s’agit d’un carnaval traditionnel itinérant, où chaque village organise — au rythme du calendrier — des danses, des pièces théâtrales et des parades qui mêlent humour, satire sociale, musiques et chants. Véritable esprit communautaire incarné, la maskarada est une expression profonde de l’identité souletine. Autre tradition majeure, la pastorale, un genre théâtral fondé sur des récits épiques et symboliques, tout en musique et en costumes, qui célèbre l’âme collective et la mémoire du territoire.
Un itinéraire pour l’âme
La Route de la Soule la Mystérieuse est plus qu’un simple itinéraire touristique : c’est une invitation à la lenteur, à la contemplation, à l’écoute d’un territoire profondément vivant. Chaque virage, chaque vallée, chaque village est une respiration, une pause dans le rythme effréné du monde. C’est une route qui transforme, qui invite au dialogue avec la nature, avec l’histoire, avec soi-même. Et au terme de ce parcours, quand le soleil décline derrière les montagnes basques, on repart avec un sentiment d’appartenance à une terre encore intacte, où le mystère et la beauté restent encore inscrits dans chaque pierre, chaque chant, chaque sourire.