La Route du Granit, dans le Calvados, serpente dans un pays rude et magnifique, entre bocages, vallées profondes et plateaux battus par les vents, où la pierre affleure partout, comme si la terre elle-même voulait rappeler son ossature. Ici, le granit n’est pas seulement un matériau : c’est une identité, une mémoire, une présence. Suivre cette route, c’est entrer dans un monde où chaque maison, chaque muret, chaque église, chaque croix de chemin porte la marque de la roche. C’est sentir sous ses doigts la rugosité d’un matériau millénaire, entendre dans les villages l’écho des marteaux des anciens tailleurs de pierre, et découvrir comment cette matière brute a façonné les paysages autant que les hommes.
À la découverte de la Route du Granit : Immersion dans le Bocage normand !
Avant d’avancer plus loin sur la route, arrêtez-vous un instant pour sentir la pierre. Le granite qui affleure ici n’est pas un décor : c’est une mémoire profonde, une roche magmatique vieille de plusieurs centaines de millions d’années. Ce matériau robuste, riche en quartz, feldspath et mica, s’est formé dans les profondeurs terrestres avant d’être mis au jour par l’érosion. Le “Bleu de Vire”, reconnaissable à sa teinte grise tirant vers l’azur, est une variété locale qui fut très prisée pour la construction, tant pour sa durabilité que pour sa capacité à être façonnée par les artisans locaux. Il raconte l’histoire d’une économie rurale qui fut longtemps basée sur l’extraction, le commerce et le façonnage du matériau.
L’itinéraire pas à pas : une route pour les sens
Votre voyage commence à Saint-Michel-de-Montjoie (km 0), où se trouve le Parc-Musée du Granit : première halte incontournable ! Ici, dans ce jardin de sculptures naturelles et travaillées, l’histoire du granite s’écrit encore. Les anciennes carrières, les outils exposés, les plaques explicatives et les démonstrations de taille de pierre (en saison) rendent palpables les gestes des anciens carriers. Une carrière reconstituée et d'anciens outils vous donnent une idée du mode d'extraction des blocs et du travail des carriers : la taille, le bouchardage, le polissage. Un vaste parc boisé vous fait découvrir plus de 130 pièces sculptées et leurs usages dans l'habitat, l'agriculture, l'architecture, etc...
Le parc-musée propose deux parcours de découverte : des panneaux d’interprétation très complets sur l’origine du granit, ses techniques de taille, ses usages et un tout nouveau parcours à destination des familles avec enfants sous la forme de questions, réponses qui font appel au toucher et à l’observation. Promenez-vous entre les bancs de pierre, observez les textures du granit sous vos doigts, écoutez les récits des artisans anciens et modernes. C’est un lieu qui donne au visiteur autant de clés de lecture que de sens tactile, une véritable entrée en matière sensorielle.
Votre déambulation dans Saint-Michel-de-Montjoie vous mènera devant des monuments remarquables tels que l'église Saint-Michel des XVIIe, XVIIIe et XIXe siècles. Elle abrite des autels latéraux du XVIIIe, un groupe sculpté saint Roch et son chien du XVIIIe, les statues de saint Michel du XVIIIe, une Vierge à l'Enfant du XVIIIe, saint Joseph du XVIIIe, une verrière du XXe de Paul Bony. Une maison datée 1836, près de l'église. Remarquez le petit square exposant une meule et un pressoir en granit. Deux croix de cimetière du XVIIIe siècle, plusieurs calvaires et croix de chemin en granit dont la Croix des Grandes Andouillières de 1612. La Fontaine en granit à l'entrée du village. La Chapelle des Nouettes.
Après ces premières visites, prendre la direction de Champ-du-Boult, via la D150 (4 km). En prenant la route vers Champ-du-Boult, vous pénétrez plus profondément dans le bocage. Les haies se densifient, les prairies se dressent par-delà des murs de pierre, et partout surgissent des blocs granitiques, jadis gênants pour les paysans mais aujourd’hui témoins silencieux d’un paysage façonné.
À la fin du XIVe siècle, le fief de Champ-du-Boult, appartient à Guillaume d'Argouges. Dès le Moyen Âge, le granite bleu de Vire est extrait et fait vivre une paroisse dont la terre est pauvre. À partir du XVIIe siècle, Champ-du-Boult appartient aux Le Chappelain, puis aux Bilheust jusqu'à la Révolution. Joseph Hilliou, chef d'un groupe de résistants de Champ-du-Boult, a été fusillé à Saint-Jean-du-Corail en 1944, Jacques Cercleux, un autre membre du groupe, a réussi à s'enfuir après avoir subi des tortures au château de Bourberouge (sans céder), mais il a été abattu sur la route de Mortain à Barenton. Le bourg est en grande partie détruit en août 1944 entre la percée d'Avranches et la contre-attaque de Mortain.
Comme beaucoup de villages à Champ-du-Boult, l’église, les puits et les calvaires racontent l’architecture vernaculaire locale : chaque construction est un poème sculpté, chaque détail une promesse d’authenticité. L'église Sainte-Anne du XIIIe siècle, a eu une reconstruction presque intégrale au début XXe siècle. Admirez les Clôtures-palissades en granite, caractéristiques des quelques communes au sud de Saint-Sever-Calvados. Arrêtez-vous pour sentir l’épaisseur des murs, écouter le chant des oiseaux sur les toits et, pourquoi pas, partager un café avec un habitant pour entendre les légendes locales attachées à ces pierres vivantes.