Le Pays d’Ouche, terre de rivières et de bocage
Avant même de prendre la route, il faut comprendre le territoire que l’on s’apprête à traverser. Le Pays d’Ouche est un plateau vallonné où les rivières ont creusé des vallées douces, bordées de prairies et de forêts profondes. Parmi elles, la Risle, longue d’environ 145 kilomètres, prend sa source dans l’Orne avant de rejoindre l’estuaire de la Seine et la Manche.
La rivière Iton, quant à elle, serpente avec un caractère imprévisible : son cours sinueux lui a valu le surnom de « rivière folle ». Ces deux cours d’eau ont profondément marqué le territoire. Ils ont alimenté des moulins, permis l’essor d’activités métallurgiques et dessiné des paysages paisibles qui font aujourd’hui la beauté de cette route touristique. Dans ce pays de bocage, les haies protègent les prairies où paissent les chevaux et les vaches normandes. Les vergers s’accrochent aux collines, et les villages se nichent près des rivières, comme s’ils cherchaient la compagnie de l’eau.
Le voyage commence généralement dans la ville de L'Aigle (km 0), véritable cœur historique du Pays d’Ouche. Fondée il y a plus de mille ans, cette cité normande possède une identité forte, façonnée par les siècles. Ses rues racontent une histoire faite de commerce, d’artisanat et d’influence aristocratique.
Riche de son histoire et de son patrimoine, cette cité millénaire vous propose des visites guidées tout au long de l'année (pour plus d'information contacter l'Office de Tourisme). En se promenant dans le centre-ville, le regard s’arrête naturellement sur les églises anciennes. Commencez votre visite par l'église Saint-Martin, construite et modifiée du XIe au XXe siècle, classée au titre des monuments historiques. Elle abrite de nombreuses œuvres classées à titre d'objets. L'église Saint-Jean, remarquable témoignage de l’architecture religieuse des XVe et XVIe siècles. Elle recèle également quelques œuvres classées et enfin l'église Saint-Barthélemy, héritage médiéval du XIIe siècle.
Admirer le Château de L'Aigle, actuellement hôtel de ville, domine la ville avec élégance. Construit au début du XVIIIᵉ siècle, il rappelle le rôle des grandes familles aristocratiques dans l’histoire locale. a voir aussi l'hôtel Colombel de la Rousselière, ainsi que le petit hôtel Colombel. Avant de poursuivre la route, on peut flâner le long de la voie verte de la Risle, une promenade douce qui longe la rivière et traverse forêts et zones humides. Le murmure de l’eau accompagne alors les premiers kilomètres du voyage.
Autant d'attraits à découvrir au fil de la promenade avant de poursuivre vers Saint-Sulpice sur Risle via la D930 (3 km). À quelques kilomètres seulement de L’Aigle apparaît le village de Saint-Sulpice-sur-Risle. Dans ce petit bourg discret se cache un lieu étonnant : la Manufacture Bohin, dernière usine d’Europe produisant encore des aiguilles à coudre selon un procédé traditionnel. Fondée au XIXᵉ siècle, cette manufacture témoigne d’un patrimoine industriel souvent oublié. Derrière les murs de briques rouges, des machines anciennes fonctionnent encore avec une précision fascinante.
La visite révèle une succession d’ateliers où l’acier devient aiguille, épingle ou épinglette. Chaque geste, chaque machine, raconte l’histoire d’un savoir-faire transmis de génération en génération. En sortant de l’usine, le visiteur découvre un paysage paisible : la rivière coule lentement entre les arbres, et l’on comprend pourquoi tant d’industries se sont installées autrefois le long de ses rives.
Poursuivre votre flanerie vers Église de l'ancien prieuré de Saint-Sulpice, elle abrite quelques œuvres classées à titre d'objets. Puis passez voir le manoir de La Brunetière, sauvé de la ruine par M. J. Suet en 1939, après des années d'abandon, le manoir de La Brunetière des XVIe-XVIIe siècles est un brillant exemple d'architecture Louis XIII, avec son décor de briques rouges à croisillons bleus et son haut toit pentu, caractéristique des demeures aristocratiques du XVIIe siècle. Agrémenté d'un jardin à la française, le manoir appartient toujours à la famille Deramoudt-Suet.
Prenez la direction de Chandai via la D293 et D926 (11 km). En quittant la vallée de la Risle, la route rejoint les paysages de l’Iton, le village de Chandai abrite un lieu singulier : un musée consacré à l’énergie, installé dans une ferme du Pays d’Ouche, au lieu-dit le Petit moulin à Chandai. Ici, on découvre l’histoire des sources d’énergie : l’eau, le vent, la vapeur, puis l’électricité. Des machines restaurées rappellent l’époque où les moulins rythmaient la vie des vallées. La visite révèle une vérité simple : pendant des siècles, la rivière fut la première énergie de la région.
Autour du village, les chemins bordés de haies offrent de belles balades à pied ou à vélo. Les prairies ondulent sous le vent, et les pommiers dessinent les contours du paysage normand. Profitez de votre passage pour visiter le monastère de l'Église syro-orthodoxe-francophone. Les remarquables fresques de style syro-copte, la splendide iconostase de bois sculpté, les icônes et l'orgue de l'église méritent une visite. Ce monastère accueille toute l'année « retraitants », vacanciers et pèlerins sur le chemin du mont Saint-Michel.
Revenez sur vos pas, puis tournez sur votre gauche vers Saint-Michel-Thubeuf et son château de 1646 (15 km) . Le parc du domaine, du XVIIe et XIXe siècles, est également classé : orangerie, mur de clôture, jardin potager, clôture de jardin. Le parc a fait l'objet d'un pré-inventaire aux jardins remarquables. Le domaine se distingue par ses jardins, ses murs d’enceinte et son ancienne orangerie, éléments typiques des grandes demeures aristocratiques de Normandie. Se promener dans les environs du château, c’est imaginer la vie des familles nobles qui occupaient ces terres il y a plusieurs siècles : les chasses dans les forêts voisines, les réceptions dans les salons et les longues promenades dans les jardins.
Vous trouverez aussi les vestiges de la tour du télégraphe de 1798, dite « tour du Buat », sur le circuit de randonnée n° 5, du Pays d’Ouche Nord, à La Bulnelière. La route poursuit ensuite sa course à travers champs et vallons.
Votre itinéraire de la Route "Au fil de la Risle et de l'Iton" se poursuit vers Saint-Ouen-sur-Iton (18 km). Cette halte est l’un des lieux les plus insolites du parcours. En entrant dans le village, un détail attire immédiatement l’œil : les cheminées des maisons semblent torsadées comme des spirales. Cette particularité est le résultat d’une décision étonnante prise par un ancien maire, Désiré Guillemarre, qui exigea que les cheminées soient construites sous cette forme originale. Aujourd’hui encore, lorsqu’une cheminée est restaurée, elle doit respecter cette tradition. Au centre du village se dresse également une étrange colonne de quatorze mètres de haut, couverte d’un texte à l’orthographe fantasque célébrant l’ancien maire. L'ancien maire Désiré Guillemarre dirigea la commune durant plus de cinquante ans.
Ce genre d’anecdote donne à la route touristique tout son charme : ici, l’histoire se mêle souvent à la fantaisie. Continuez sur la D3 passer Moulins-la-Marche (42 km). La route traverse les paysages ouverts de Moulins-la-Marche. Dans ce secteur, les collines du Pays d’Ouche dévoilent de larges panoramas. Les prairies s’étendent à perte de vue, ponctuées de fermes isolées et de haies bocagères. Le village est également connu pour son hippodrome, baptisé en hommage à l’acteur Jean Gabin, passionné de chevaux et très attaché à la région. Ici, le paysage incarne parfaitement l’image traditionnelle de la Normandie rurale : des fermes anciennes, des routes bordées de pommiers et un silence seulement troublé par le vent.
La route mène ensuite à Aube, via la D252 (55 km), petite commune qui témoigne de l’histoire industrielle de la région. On y découvre le musée de la Grosse Forge, consacré à la métallurgie locale. Autrefois, les vallées de la Risle et de l’Iton accueillaient de nombreuses forges alimentées par la force hydraulique des rivières. Les marteaux, actionnés par l’eau, façonnaient le fer et participaient à la prospérité économique du territoire. Aujourd’hui, ces ateliers ont disparu, mais leur mémoire subsiste dans les bâtiments et les objets conservés.
Le village d’Aube est également lié à une figure majeure de la littérature française : Sophie Rostopchine, comtesse de Ségur. L’écrivaine, célèbre pour ses romans destinés à la jeunesse, vécut pendant de nombreuses années au Château des Nouettes. C’est dans cette demeure qu’elle écrivit plusieurs de ses livres, dont les célèbres récits mettant en scène les malheurs et les bêtises de l’enfance. La visite du domaine et du musée consacré à l’écrivaine permet d’entrer dans l’univers de cette figure littéraire qui a marqué l’imaginaire de générations de lecteurs.
Admirer l'église Notre-Dame du XVIe. Elle abrite trois statues classées à titre d'objets aux Monuments historiques (Vierge à l'Enfant, saint Benoît et saint Denis).
Continuez sur la D252 et la D13 vers Saint-Evroult Notre-Dame du Bois pour voir les ruines de l'abbaye de Saint-Évroult des XIe et XIIIe siècles et le plan d'eau. Le moment le plus poétique de la route arrive sans doute à Abbaye de Saint-Évroult. Au cœur d’une vallée boisée se dressent les ruines majestueuses de cette abbaye médiévale fondée au XIᵉ siècle. Les murs de pierre, envahis par la végétation, racontent une histoire de spiritualité et de grandeur. Autrefois, l’abbaye était un centre religieux important où vivaient des moines bénédictins. Aujourd’hui, les visiteurs peuvent se promener parmi les vestiges de l’église, du cloître et des bâtiments monastiques. Le site possède une atmosphère particulière : le vent dans les arbres, les pierres anciennes et le silence créent une ambiance presque mystique.
Visitez le Musée de l'abbaye de Saint-Évroult. Profitez de votre passage pour voir le château de Saint-Évroult et la chapelle Saint-Hubert (XIXe siècle) à la source de la Charentonne. Visitez l'église paroissiale Saint-Évroult du XIXe siècle, abritant trois retables classés à titre d'objets aux Monuments historiques. Le Château des Houlettes, à l'extrême sud du territoire, près de Saint-Pierre-des-Loges mérite votre attention. Retour vers l'Aigle par la D13 (81 km).