Le Perche : une terre de collines, de forêts et de silence
Avant même de prendre la route, il faut comprendre l’esprit du Perche. Ce territoire, situé à cheval entre la Normandie et le Centre-Val de Loire, est l’une des régions naturelles les plus préservées de l’ouest de la France. Au cœur de cet environnement se trouve le Parc naturel régional du Perche, vaste territoire protégé qui veille à préserver l’équilibre entre nature et activités humaines. Ses paysages sont une succession de collines douces, de bocages, de prairies et de massifs forestiers profonds. Le relief modéré crée une impression de vagues vertes, ponctuées de haies bocagères et de chemins creux. L’hiver y est brumeux, le printemps lumineux, l’été parfumé d’herbes et l’automne flamboyant. Les saisons transforment les couleurs du paysage, donnant à la route un visage différent à chaque visite.
Dans cette nature paisible, les étangs occupent une place particulière. Créés par l’homme dès le Moyen Âge pour la pisciculture ou pour alimenter moulins et abbayes, ils constituent aujourd’hui de véritables refuges écologiques. Oiseaux migrateurs, amphibiens et plantes rares y trouvent un habitat précieux. Cette présence constante de l’eau donne au paysage une atmosphère contemplative. Les étangs du Perche ne sont pas spectaculaires : ils sont discrets, parfois cachés au creux des bois, mais leur calme est une invitation permanente à l’observation et à la rêverie.
Longny-au-Perche : la porte d’entrée du voyage
Le voyage commence souvent dans la charmante commune de Longny-au-Perche (km 0), classée Petite Cité de Caractère. Nichée dans un vallon verdoyant, la petite ville semble sortie d’une carte postale. La Jambée parcourt Longny-au-Perche : une cascade de grande hauteur est visible rue du château : non loin de là elle alimente la roue d'un beau moulin ancien. Partout de vieux lavoirs ou de petits ponts qui relient les maisons aux rues par-dessus la rivière rappellent sa présence.
Les maisons à pans de bois bordent les ruelles, les ponts de pierre franchissent les cours d’eau, et la rivière Jambée traverse tranquillement le bourg. L’eau y est omniprésente : lavoirs anciens, moulins et petites cascades témoignent de son importance dans la vie locale. Des maisons anciennes à colombages sont visibles dans la rue Gaston-Gibory et la rue de l'Église, ainsi que, rue de l'Église, une très belle maison en pierre de roussard. Le Vieux Logis, situé au bord de la Jambée, présente une architecture originale avec un escalier à double révolution.
Visitez l'église Saint-Martin, construite au cœur du bourg, sur la Grand-Place, elle contient de beaux autels latéraux provenant de l'abbaye du Val-Dieu. Non loin, la chapelle Notre-Dame-de-Pitié constitue l’un des plus beaux exemples de chapelle Renaissance du Perche. Ces deux églises sont ouvertes à la visite tous les jours de 9 à 19 heures.
Le promeneur peut aussi y découvrir des maisons anciennes, des logis seigneuriaux et des bâtiments liés à l’histoire industrielle locale, notamment la villa Jumeau construite par l’industriel Émile Jumeau, célèbre fabricant de poupées de porcelaine. Ne manquez pas, la villa Jumeau, construite en 1866 par Émile Jumeau, directeur de l'usine de Montreuil en région parisienne qui fabriqua les célèbres « bébés Jumeau », ravissantes poupées de porcelaine aujourd'hui encore connues dans le monde entier et très recherchées par les collectionneurs.
Le château, dont les communs sont du XVIIe siècle, a été détruit puis reconstruit à l'identique au début du siècle. Façade XVIIe classique avec fronton, terrasse, beau parc ombragé. Propriété privée, ne se visite pas. L'hôtel de ville est construit sur l'emplacement d'un ancien hôtel-Dieu fondé en 1300 et rétabli en 1774 par M. Boisemont, baron de Longny au Perche, dont les armes figurant à la clé de l'arcarde centrale ont été adoptées par la ville de Longny. De très beaux manoirs peuvent être visités aux environs (Pontgirard, Feillet, La Vove) ainsi que l'abbaye de la Trappe, à Soligny. Le moulin de Rainville est situé au nord de la commune. Ce lieu est régulièrement ouvert pour des visites. Mais au-delà du patrimoine architectural, Longny séduit par son atmosphère paisible. Le matin, les cafés ouvrent leurs terrasses, les habitants échangent quelques mots sur la place et les randonneurs s’élancent vers les chemins forestiers. C’est ici que commence réellement la route.
À quelques kilomètres du bourg apparaît l’un des éléments les plus caractéristiques de l’itinéraire : les étangs du Haut-Perche. Parmi eux, l’étang des Personnes est l’un des plus emblématiques. Prenez la D918 et D8 vers l’étang des Personnes (8 km) situé sur Neuilly-sur-Eure et Le Mage, offre une vue magnifique depuis la RD 8. Il fait partie de deux sites Natura 2 000 dont le Parc naturel régional du Perche est l'opérateur.
Plan d'eau emblématique, l'étang des Personnes, dont l'origine du nom est probablement ancienne, reste un mystère, a choisi de couler tranquillement vers la Seine, via l'Eure. Seul grand rescapé des multiples plans d'eau qui s'étendaient sur le domaine de Feillet vers 1750, l'étang occupe actuellement 27 ha sur une zone particulièrement plate. Si sa surface en fait un des plus grands du Perche, l'étang des Personnes est aussi l'un des moins profonds. Autre singularité, il n'est alimenté que par des eaux de ruissellement de la forêt.
Au lever du soleil, la surface de l’étang devient un miroir parfait. Les silhouettes des arbres s’y reflètent, tandis que les cris lointains des oiseaux rompent le silence. Ces étangs, souvent privés et protégés, se contemplent depuis la route ou les chemins environnants. Ils constituent des sites privilégiés pour l’observation ornithologique. Canards, hérons, poules d’eau et autres espèces migratrices s’y reposent lors de leurs déplacements saisonniers. Pour les photographes et les amoureux de nature, c’est un véritable paradis.
En poursuivant la route, on atteint le village de La Lande-sur-Eure, via via la D36 et D15.1 (12 km). Village typique du paysage percheron, localement réputée pour ses haras. La commune est traversée par l'Eure qui, à 6 km de sa source, n'est qu'un petit ruisseau, son architecture est typique du Perche. L'Eure est formée de plusieurs ruisseaux venant des étangs du Chevreuil, du Bouillon, de Fétu, de la Fonte, des Demoiselles, des Gars, des Personnes, des Moines et de Rumien, qui unissent leurs eaux à celles de l'étang du Vieux Village.
Peu avant le bourg, à la sortie de la forêt, face à la propriété dite "Le manoir", se trouve le pigeonnier d'une ancienne demeure seigneuriale. En bordure de la D 243, la tour circulaire surmontée d'un toit conique est un ancien moulin à vent construit au XIX' s. II perdit ses ailes vers 1915. Visitez aussi l'église Saint-Jean-Baptiste. Ici, l’architecture traditionnelle se reconnaît immédiatement : murs de pierre claire, toits d’ardoise, fermes anciennes entourées de vergers et de prairies. Le territoire est également connu pour ses haras, témoignant de la tradition équestre du Perche. Car le Perche est aussi la terre du célèbre cheval percheron, puissant cheval de trait autrefois utilisé dans l’agriculture et le transport. Aujourd’hui encore, l’élevage équin fait partie intégrante de la culture locale.
Dans les villages du Perche, le temps semble suspendu. Les petites églises romanes, les pigeonniers et les moulins rappellent l’histoire rurale d’une région longtemps tournée vers l’agriculture et la sylviculture.
A présent direction La Ferté-Vidame, petite incursion dans le département d'Eure-et-Loir via la D36 et D15.1 (19 km). Vous vous trouvez dans la région naturelle du Thymerais. La Ferté-Vidame offre un patrimoine architectural remarquable. A La Ferté Vidame se dresse l’un des monuments les plus spectaculaires du parcours : le Château de la Ferté Vidame : les ruines d’un rêve aristocratique. Visitez l'église Saint-Nicolas édifiée en 1659 dans un style baroque, alterne brique et pierre. A l'intérieur, sous le bras droit du transept, se trouve la sépulture du duc et de la duchesse de Saint-Simon.
Prenez rue de Laborde et la rue du temple pour admirer le Château de la Ferté-Vidame, ancien domaine de Jean-Joseph de Laborde. Le château de la Ferté-Vidame est un château du XIVe siècle reconstruit au XVIIIe siècle et ruiné à la Révolution française.
Construit à l’origine au XIVᵉ siècle puis transformé au XVIIIᵉ siècle, le château appartenait au puissant financier Jean-Joseph de Laborde. Le domaine était alors l’un des plus fastueux de la région. Mais la Révolution française mit brutalement fin à cette splendeur. Le château fut partiellement détruit, laissant aujourd’hui d’impressionnantes ruines romantiques. Le bâtiment est construit en briques et pierres, comme les réalisations de la première moitié du XVIIe siècle, mais dans un style original, qui apparaît comme une sorte de sublimation de la grande architecture classique. Sur le jardin, la saillie ovale du corps central était manifestement inspirée du château de Vaux-le-Vicomte.
Le parc du Château de la Ferté-Vidame est ouvert au public toute l’année. Le parc, ouvert au public, offre une promenade spectaculaire. Les vastes pelouses, les bassins et les alignements d’arbres évoquent encore la grandeur de l’ancien domaine. À l’automne, lorsque la brume s’élève au-dessus des prairies, les ruines prennent une dimension presque théâtrale. Les bassins de Mousseuse, l'histoire de ces deux bassins creusés vers 1770, se confond avec celle du château du marquis de Laborde. Les belles allées de tilleuls, soulignent l'entrée de cette résidence prestigieuse. Sur les bords poussent des plantes remarquables, dont certaines rarissimes.
La route poursuit son chemin vers le petit village de Réveillon, via la D24 (24 km), où se cache une chapelle d’origine romane. Ce qui la rend exceptionnelle, ce sont les peintures murales du XVIᵉ siècle qui décorent encore ses murs. La chapelle de Réveillon figure parmi les rares églises qui ont conservé leurs peintures murales. Ces fresques constituent un témoignage rare de l’art religieux de la Renaissance dans la région. Un excellent aperçu de la production artistique de l'époque.
Un peu plus loin, le village de Marchainville, via les D117.7 et lD610 (29 km) évoque quant à lui l’époque médiévale. Situé à l’ancienne frontière du Perche, il fut autrefois une place forte stratégique. Protégé par de grands étangs, Marchainville est situé en marge du Perche, du pays chartrain et de la Normandie d'où son nom de Marchesvilla vers 1080, la "marche" signifiant la frontière. De l'ancienne forteresse détruite par les Anglais en 1424 il reste plusieurs tours effondrées (propriété privée). Le château fort fut élevé par le comte du Perche Geoffroy IV. Charles le Mauvais, roi de Navarre, qui menait la guerre aux côtés des Anglais contre Charles V. Le château conserve les vestiges de six tours et, à l'ouest et au nord, l'emplacement des anciens fossés et remparts. Les restes des tours et des fossés témoignent de l’importance de cette forteresse aujourd’hui disparue.
Au carrefour D 11 - D 243, le porche, à droite de la maison du gardien, est un vestige du rempart, maçonnerie grossière en silex et grison. L'église Notre-Dame-de-l'Assomption, en partie romane, est celle de l'ancien prieuré fondé par un certain Foucher, chanoine de Chartres, et donnée vers 1075 aux moines de la riche abbaye normande de Saint-Évroult.
Suivez la D243 en direction de l'étang du Moulin. C’est dans ce secteur que l’on découvre certains des étangs les plus sauvages du circuit. Bien que très voisin de Rumien, l'étang du Moulin déverse ses eaux, par la Jambée et l'Huisne, dans le bassin de la Loire. Il est de beaucoup le plus profond des étangs de la région. Sur les bordures marécageuses, parmi les "touradons" de de rates d'eau et de colverts. Des végétaux remarquables y survivent : rares touffes d'osmonde royale, bouquets d'ossifrage, de pédiculaire sylvestre et quelques pieds reliques de droséra à feuilles rondes. Continuez sur la la D243 vers l'étang de Rumien (32 km). Etang de plateau peu profond, Rumien voit sa surface en eau libre s'amenuiser chaque année par la conquête des "touradons" de carex et les saules. Ces paysages rappellent que les étangs du Perche sont des milieux vivants, en constante transformation.
La route des châteaux et étangs du Perche doit évidemment son nom aux nombreuses demeures seigneuriales qui jalonnent l’itinéraire. Revenez sur vos pas, puis à Marchainville prenez sur votre gauche vers le château de Persay via la D11 (39 km). Le château de Persay Plusieurs fois remanié et agrandi, ce château du XIXe siècle s'aperçoit de la route où s'ouvre une grille en fer forgé. Le corps de logis couvert d'ardoise est surmonté d'un clocheton central. Dans le parc, on distingue la tour du colombier et un beau cèdre du Liban.
La prochaine étape sur ce circuit des châteaux et étang du Perche sera le château de Brotz via Moulicent par la D289 puis la D609 (43 km). Le château de Brotz composée du château, de ses dépendances et des fermes du domaine. Grande construction du XVe siècle., remaniée au XIXe, le château de Brotz présente un haut pavillon carré, relié à un grand corps de logis. Une tour ronde surplombe et guette la vallée de la Jambée. En avant du château, se dresse le colombier, grosse tour octogonale en brique à décor de losanges. L'ancienne église paroissiale dédiée à Notre-Dame est constituée d'une nef contrefortée.
Via la D617, vous arriverez au Château de Miserai (44 km). Revenez sur Brotz puis suivez la D243 (48 km) pour voir les ruines du château de Gannes inscrites au titre des Monuments historiques. La tradition locale dit qu'il a été brûlé par les Anglais en 1428. Quesnay de Beaurepaire, dans La Normandie monumentale, a rapporté longuement le siège et la destruction de ce château et l'existence de la Dame blanche de Gannes.
Élevé sur une motte et défendu par des marécages qui l'isolaient, le château, qui d'après la légende était imprenable, dut sa destruction à la félonie de la fille du châtelain : éperdue d'amour pour un capitaine anglais, trahissant les siens, la « Dame blanche » ouvrit la poterne à l'ennemi. Elle aurait ouvert une porte secrète aux assaillants, entraînant la chute du château. Depuis, certains habitants évoquent l’apparition d’une mystérieuse « Dame blanche » errant près des ruines. Ces récits, transmis de génération en génération, contribuent au charme du Perche.
Les dernières ruines gardent fière allure. Les murs, dévorés par le lierre, plus de 2 m d'épaisseur. Ils sont renforcés aux angles par des pavés de grès et forment un quadrilatère irrégulier. Les ruines du château de Gannes sont une propriété privée. II est absolument interdit de franchir la clôture en raison des chutes de pierres. L’étang de Gannes est né de l'immersion de la partie haute du ruisseau de Gannes. Si ce milieu humide ne retient que quelques colverts et poules d'eau, ses bordures tourbeuses acides conservent des plantes devenues rares.
Revenez sur vos pas, puis prenez sur votre gauche en direction de La Ventrouze via le Billot (52 km). Dès le Moyen-Age, La Ventrouze fut, à la frontière de la Normandie, un château-fort important pour la défense du Perche. De profonds fossés en eau et d'épaisses murailles en moellons de silex, dont il reste des vestiges, assuraient la protection des abords et abritaient les constructions. À proximité, l’église Sainte-Madeleine du XVe siècle s’élève dans un paysage rural paisible. Sur le chemin passez le hameau de Sainte-Anne, sur l'ancienne route royale Paris-Brest, a été édifié un mémorial de la fidélité canadienne. II entend rappeler le pèlerinage, très populaire au XVIIe s., à une chapelle Sainte-Anne disparue, où venaient se recueillir les émigrants percherons en "partance" pour la Nouvelle-France. Et aussi marquer le lien spirituel avec la basilique Sainte-Anne de Beaupré, sur la rive du Saint-Laurent.
Direction Malétable via la D918 et la D291 (58 km). Visitez l'église Notre-Dame de la Salette qui ne manquera pas de vous surprendre. Construite à partir de 1867 par l'abbé Migorel, elle se fait remarquer par sa curieuse tour, élevée de 1866 à 1872, décorée d'un jeu de briques polychromes, et cantonnée de quatre tourelles abritant les trois archanges. La tour est illuminée chaque soir de l'année. Continuez votre balade vers le Château de Malétable et la Chapelle Saint-Laurent, ancienne église paroissiale, près du château.
Autour du village, plusieurs étangs forestiers rappellent l’importance de l’eau dans l’histoire locale. Poursuivez sur la D291 vers les étangs de la Courraierie et du Moulin de la Vigne (63 km). Les étangs de la Courraierie et du Moulin de la Vigne Aménagés et exploités pour la pêche par les moines de la Chartreuse du Val-Dieu, ces deux étangs forestiers, entre lesquels s'insère un troisième, de création récente, sont fréquentés par les promeneurs et les pêcheurs à la ligne qui apprécient leur cadre reposant.
L'étang de la Vigne permettait à un moulin à blé de fonctionner à longueur d'année, Sa roue à aube fut remplacée par une turbine vers 1948. Dans la queue de cet étang fut aménagé, au début de ce siècle un parc à écrevisses. Les digues empierrées qui le constituaient subsistent encore par endroits.
À proximité du parcours s’étend la majestueuse Forêt de Réno Valdieu, l’un des plus grands massifs forestiers du Perche. Cette forêt profonde est un paradis pour les randonneurs. Les sentiers serpentent entre chênes centenaires, hêtraies et clairières silencieuses. Au cœur du massif se trouve également l’ancienne Abbaye Notre Dame du Val Dieu, fondée au XIIᵉ siècle. Les moines chartreux qui y vivaient exploitaient les étangs environnants pour la pêche, contribuant à façonner le paysage hydraulique du territoire. Aujourd’hui encore, les digues et certains aménagements témoignent de ce passé monastique. Retour vers Longny-au-Perche.