Le château d'Osmont date du XIXe siècle, construit par le marquis d'Osmond, Charles Eustache Gabriel. imposante demeure de style Louis-Philippe domine la vallée et marque par l'importance de ses volumes, le désir de grandeur de la famille Osmond. Il délaisse alors le premier château au XVIIIe, relégué en simples communs. La famille d'industriels de Vimoutiers Laniel acquiert ensuite le tout. L'ensemble est divisé en de nombreuses parcelles. Si certaines terres appartiennent encore à la famille Laniel, le château XIXe a été plusieurs fois vendu, devenant tour à tour une colonie de vacances puis un couvent.
Quelques batisses (propriété privées) groupées au lieu-dit les Mouthiers sont les restes d'un prieuré roman attaché à l'Abbaye Saint-Evroult. La Route du Camembert traverse l’un des plus beaux paysages ruraux de France. Le Pays d’Auge est une mosaïque de collines, de vergers, de manoirs à pans de bois, de rivières sinueuses et de chemins bordés de haies. C’est une Normandie sensuelle, où l’on respire l’herbe humide, où l’on entend le vent dans les pommiers, où les villages semblent figés dans le temps.
Revenez sur vos pas, puis trounez sur votre droite en direction de Roiville, via la D242 (24 km). Jolie commune escarpée et vallonnée située dans le Pays d’Auge, Roiville, dispose de nombreux atouts. Elle offre une magnifique vue dégagée sur la vallée et de nombreuses possibilités de promenades pédestres à la découverte de manoirs, bâtisses anciennes en colombages, fermes augeronnes. Une mare permet aux promeneurs de déjeuner en toute tranquillité et de profiter de l’instant présent au milieu des nénuphars et de la verdure, une table de pique-nique étant à leur disposition.
Le bourg de Roiville n’est pas en reste et ne manque pas de richesses patrimoniales : son église notamment construite à flanc de coteau sur la rive droite de la Vie à l’emplacement d’une motte féodale est d’une forme rectangulaire. Le clocher, placé latéralement au Nord , est une tour carrée massive à toiture pyramidale des XVIe et XVIIe siècles. Le Manoir du Chauvin forme un magnifique ensemble des XVIe, XVIIe et XIXe 1iècle avec ses dépendances, son pressoir à cidre agrandi au cours du XIX siècle. S’agissant d’une propriété privée fermée à la visite, nous vous conseillons de l’admirer depuis le cimetière d’où vous pourrez également bénéficier d’une superbe vue sur la Vallée de la Vie. A voir aussi : le manoir du Mesnil du 4e quart du XVIe siècle.
A présent filez vers Le Sap (32 km). Le Sap est situé à environ 10 kilomètres de Vimoutiers, c'est un village qui n'a pas été touché lors des bombardements américains de juin 1944. Il a conservé toutes ses maisons du Moyen-Âge au XIXe siècle. L’histoire de la commune est connue depuis l’an Mil, et son histoire semble liée à la présence de la forêt (Sappus, Sappum qui signifie sapin). Au temps du duché de Normandie, Le Sap était une place fortifiée, qui plus tard prend le nom de Fort Montpellier. Il subsiste encore les traces du grand fossé qui suit le tracé d’une partie des douves, un reliquat du mur d’enceinte et deux lieux-dits. Durant la guerre de Cent Ans, Le Sap, tour à tour française et anglaise, continua de prospérer.
Garez votre voiture, puis allez vous perdre dans la petite cité de caractère, vous y découvrirez des trésors d'architecture. Remontez le temps dans les ruelles du Sap, petit bourg typique, maisons de maître en briques du XIXe siècle... Toute l'architecture du pays d’Ouche et du pays d’Auge y est représentée. Fait unique à Le Sap : dans le Grand Jardin, une chaumière à colombages marie harmonieusement les deux styles du Pays d’Auge et du Pays d’Ouche. Ici, les trois styles de toitures coexistent (chaume, plâtre et ardoise). Elles s’y sont succédé depuis le XVIIe siècle, et ce, jusqu’à ce que le chemin de fer importe durablement les ardoises dans la région.
En flânant dans la cité, l’église Saint-Pierre avec sa nef du XVIe siècle attire le regard par sa robuste architecture, elle mérite une attention particulière. Ce lieu de culte, témoin des siècles passés, a bénéficié d’une belle restauration et offre souvent des concerts et des événements culturels dans le cadre du réseau “Églises Ouvertes”. La mairie est installée à l’étage de la halle au grain construite en brique et datant du XIXe siècle, autrefois halle de « grande coutume». Les rues et ruelles sont bordées de maisons à colombages et pans de bois, mais également de bâtisses en brique à deux étages. Ces ruelles occupent le coeur de cité et desservent les quartiers périphériques et plus particulièrement le site du « Grand Jardin». A découvrir aussi : le fort Montpellier, ancien château féodal et la grotte du Sapmesle.
Remontez vers Orbec, via la D49 (49 km). Nichée dans une vallée verdoyante, Orbec séduit d’emblée par ses ruelles pavées, ses maisons à colombages et ses manoirs des XVe et XVIe siècles qui composent un décor digne d’une carte postale. Son exceptionnel patrimoine médiéval lui a permis d’être reconnue parmi les “Petites Cités de Caractère” de Normandie. Bien que des objets datant de la préhistoire et de la période gallo-romaine aient été trouvés dans la région proche d'Orbec et qu'une voie romaine (reliant Harfleur au Mans) passant dans la vallée est attestée, le site, propice à l'implantation humaine, n'a été exploité régulièrement qu'à partir de la période normande.
Au XIe siècle, les terres d'Orbec appartiennent aux ducs de Normandie. En 1030, le duc Robert Ier cède Orbec et ses dépendances à son cousin Gilbert de Brionne. Son fils Richard, seigneur d'Orbec, participe à la conquête de l'Angleterre et y reçoit d'importants domaines dans le Sufolk et le Kent, ses descendants prennent le titre de comtes de Clare. Orbec devient alors le siège d'une vicomté. En 1153 Galéran IV de Meulan, qui usurpe le château de Montfort, alors qu'il se rend à une conférence à Bernai, sera enlevé et emprisonné dans le château d'Orbec par son neveu Robert de Montfort, jusqu'à ce que Galéran promettre de rendre Montfort à son neveu.
Cette cite raconte son histoire, au fil des siècles, Orbec a su préserver son essence. En arpentant ses ruelles, vous serez naturellement émerveillés par l’église Notre-Dame, qui veille sur la ville. L'église Notre-Dame d'Orbec a été entièrement reconstruite après la guerre de Cent ans. Dominée par une tour défensive de style anglais avec des contreforts en angles, elle dévoile également un clocher de plus de quarante mètres de haut. À l'intérieur, les visiteurs découvrent avec plaisir un buffet d'orgue, des vitraux du XVIe siècle, ainsi qu'une très belle statuette représentant le Christ.
En vous baladant dans la petite cité normande, laissez-vous séduire notamment grâce à son architecture traditionnelle qui se retrouve dans tout le centre grâce à des maisons à colombages qui ne manquent pas d'attrait. Poursuivez votre exploration jusqu’au Musée du Vieux Manoir datant du XVIIème siècle, véritable plongée dans l’art de vivre normand. Ce bâtiment du XVIe siècle avec ses pans de bois et ses façades aux personnages sculptés présente désormais des collections dédiées aux arts et traditions populaires ainsi qu'à l'histoire locale. L’occasion de découvrir le quotidien d’antan !
Après avoir admiré ce manoir reconverti en musée, laissez-vous séduire par l'ancien couvent des Augustines transformé en centre culturel, l'ancien hospice et sa chapelle du XVe siècle ou encore l'hôtel de Croisy. Édifié au XVe siècle, ce bâtiment inscrit aux Monuments Historiques dévoile un magnifique jardin qui a inspiré au célèbre compositeur français, Claude Debussy, son Jardin sous la pluie. Ne manquez pas également la maison du Bailliage, le lavoir, lieux de mémoire essentiels à la vie orbécquoise ou encore la visite guidée du Petit Moulin qui retrace l’histoire de ce site depuis le XIIe siècle jusqu’à son rôle d’alimentation en eau de la ville inauguré en 1883. Admirez la rare “machine à élever l’eau” conçue par l’ingénieur Ernest Bollée, unique exemplaire visible et conservé en France parmi les huit construites. La commune abrite également le château de Launay, une construction de villégiature datée de la seconde moitié du XIXe siècle.
Pour finir cette déhambulation dans le Pays d'Auge, prolonger cette route touristique “du camembert” dans la cité de Livarot, via la D4 (72 km). Livaro rappelle que la Normandie ne se résume pas au Camembert. Son fromage éponyme, reconnaissable à ses cinq bandelettes, offre une pâte plus corsée, une croûte orangée, un caractère affirmé. Comparer Camembert et Livarot, c’est explorer deux expressions différentes d’un même terroir. Vous prendrez également plaisir à flâner dans les rues du bourg et à découvrir le charme suranné des vieilles maisons et placettes.
Deux fois millénaire, la ville de Livarot conserve le souvenir de l'époque gallo-romaine où elle était renommée pour sa production de fer. A visiter absolument à Livarot : l'ancienne usine Leroy de 1841, l'église Saint-Ouen du XVe siècle, très remaniée. et son orgue de tribune du XIXe siècle. L'ancienne fromagerie Bisson (1902), reconvertie en musée des Ateliers de l'art du fer. Le manoir de l'Isle ou château Bisson est une ancienne résidence privée des Bisson. Le manoir de l'Isle doit son nom à la rivière la Vie, qui fut détournée de son lit, et son canal d’irrigation, le bief qui entourent la propriété, la transformant en une presqu'île.
Crouttes : manoirs et douceur rurale
Pour finir, dirigez-vous vers Crouttes (84 km), le village surplombe la vallée au cœur du Pays d’Auge. Dans les vallonnements du bocage, les pommiers à cidre abritent les célèbres vaches normandes. Au détour d'un chemin où vous randonnez à pied, à cheval ou à vélo, vous découvrez manoirs et fermettes à pans de bois, si pittoresques. La région offre aux gourmands son panel de produits du terroir : cidres, pommeau et calvados, ainsi que fromages, volailles, viande bovine et produits de la ferme. C’est un territoire propice à la contemplation, à la photographie. À la lenteur !
Vous découvrirez dans le village de Crouttes un riche patrimoine, de nombreuses maisons à colombages, le Prieuré Saint-Michel et sa grange dîmière du XIe siècle, son pressoir et ses jardins. Depuis le parking situé devant la mairie vous découvrirez un magnifique panorama. Au fil de votre balade, vous serez surpris de découvrir des maisons troglodytes dans la rue principale. Ces différents bâtiments avaient des usages divers : four à pain, granges, habitations, commerces…
L’église Saint-Michel quant à elle surplombe le village de Crouttes. C’est en son sein que fût baptisée Marie Harel « l’inventrice » du camembert. A l’intérieure, sont exposés une réplique d’une partie de la tapisserie de Bayeux et un chemin de croix, tous deux réalisés par des habitants de la commune. Le prieuré Saint-Michel, ancien prieuré bénédictin, fondé au X siècle par l’abbaye de Jumièges est situé à 800 mètres au nord-ouest de l'église Saint-Michel de Crouttes. Alimenté en eau par une source vive, érigé à l’abri des vents dominants, à mi-pente du versant ouest d’un petit coteau et à portée raisonnable de l’humidité du ruisseau de Crouttes,.
De nos jours, sept bâtiments : logis prieural, grange monastique, chapelle, laiterie, boulangerie, pressoir à pommes et cellier demeurent dans l’enceinte autour d’une cour claustrale transformée en jardin paysager dotée d’une pièce d’eau. Un huitième bâtiment, la grande écurie du XVIIIe siècle est extérieur à cette enceinte. Les vestiges du mur d’enceinte laissent deviner l’ancienne entrée du prieuré face au logis prieural. Au pied du mur d’enceinte, subsiste le vivier alimenté par la source captée en amont du prieuré et qui abonde tous les bassins du lieu.
Le corps de logis, caractérisé par son entrée en anse de panier, a été essentiellement transformé deux fois depuis le XIVe siècle. L’imposante grange aux dîmes rectangulaire comprend un large vaisseau central autorisant les manœuvres de chariots et deux bas-côtés. Son toit à deux pentes est recouvert de tuiles plates. La chapelle du XIIIe siècle au clocheton revêtu d’ardoises depuis 1768 repose sur un ancien cellier compensant la déclivité du terrain. La laiterie, la boulangerie, le pressoir à pommes et le cellier sont à pans de bois et torchis et parfois soubassements de roussier. Retour à Vimoutiers, via la D916 (91 km).
La Route du Camembert marque les esprits
Parce qu’elle n’est pas une simple route touristique. C’est un voyage dans le temps, dans un paysage préservé, dans une culture du goût. On en repart avec quelques fromages dans le coffre, certes. Mais surtout avec une compréhension nouvelle de ce que signifie le mot « terroir ». La Route du Camembert n’est pas spectaculaire. Elle est authentique. Et c’est précisément ce qui la rend inoubliable.
La Route du Camembert se parcourt comme un voyage au cœur d’une France intime, gourmande, profondément rurale et pourtant universelle. C’est une immersion dans un paysage de bocage où les pommiers dessinent des arabesques, où les vaches normandes paissent dans une lumière laiteuse, où les villages semblent avoir été posés là pour raconter une histoire. C’est aussi une rencontre avec un fromage devenu mythe, un symbole de terroir et de savoir-faire : le camembert de Normandie AOP.
Conseils pratiques pour organiser son voyage
- Durée idéale : 2 à 3 jours pour profiter pleinement des visites et des rencontres.
- Meilleure saison : le printemps pour les pommiers en fleurs, l’automne pour les couleurs et les cidres nouveaux.
- Hébergements : gîtes ruraux, chambres d’hôtes dans des fermes, petits hôtels de charme.
- Transport : voiture recommandée, mais vélo possible pour les plus sportifs.