Voyage au cœur de l’histoire et des paysages normand : Un paysage paisible chargé d’histoire
Pour saisir l’émotion de ce parcours, il faut d’abord s’imprégner de la géographie du lieu. La vallée de la Dives, qui serpente doucement entre les collines du pays d’Auge et du bocage ornais, est un paysage typiquement normand. Les prairies s’étendent entre les haies, les fermes anciennes se dressent derrière leurs vergers de pommiers, et les petites routes départementales relient des villages de pierre blonde. Au premier regard, rien ne laisse deviner que ces collines furent l’un des théâtres les plus violents de la Seconde Guerre mondiale.
Et pourtant… En août 1944, après plus de deux mois de combats en Normandie depuis le Débarquement, les armées alliées cherchent à encercler les forces allemandes qui battent en retraite vers l’est. L’objectif stratégique est clair : refermer un gigantesque piège autour de l’armée allemande dans la région comprise entre Falaise, Argentan et Chambois. C’est ce piège que l’histoire retiendra sous le nom de « poche de Falaise-Chambois ».
Pendant plusieurs jours, cette vallée tranquille devient un immense champ de bataille. Des colonnes entières de soldats, de blindés, de camions et même de charrettes tentent de fuir sous les bombardements. L’artillerie alliée pilonne les routes. Les avions mitraillent les colonnes. Les villages sont ravagés. Lorsque l’on parcourt aujourd’hui le circuit touristique, ces événements prennent une dimension presque irréelle. Les collines couvertes d’herbe semblent paisibles. Les chemins sont bordés de fleurs sauvages. Les troupeaux de vaches paissent tranquillement dans les prés. Et pourtant, sous cette apparente tranquillité se cache l’une des pages les plus dramatiques de l’histoire de la Normandie.
Le Mémorial de Mont-Ormel : porte d’entrée du circuit
Pour comprendre en détails ce circuit et le déroulé de la bataille, une visite au Mémorial de Monrtormel est conseillée. L'itinéraire est fléché et balisé de panneaux informatifs, passant par le Mémorial de Montormel, Chambois, le couloir de la mort à Saint-Lambert-sur-Dives, Coudehard, Auby-en-Exmes, Tournai-sur-Dives...
Toute découverte du circuit commence idéalement par un lieu emblématique : Mémorial de Mont-Ormel. Perché sur une hauteur dominant la vallée, ce mémorial offre une vue panoramique spectaculaire sur le champ de bataille. Le site n’a pas été choisi au hasard. La colline de Mont-Ormel, appelée « cote 262 » sur les cartes militaires alliées, constituait un point stratégique majeur. Depuis ce promontoire, les troupes polonaises pouvaient observer et contrôler la seule voie de retraite des forces allemandes. C’est ici que la bataille atteignit son paroxysme.
A l’entrée du Mémorial Il est environ midi ce 19 août 1944, quand un premier détachement du 1er régiment blindé polonais parvient à l’emplacement de ce parking, et surprend une colonne allemande en repli. En quelques instants celle-ci est anéantie. La dernière route de repli vient d’être momentanément coupée. Mais les Allemands vont contre-attaquer pour rouvrir le passage.
Durant plusieurs jours, les soldats polonais de la 1re division blindée résistèrent aux assauts allemands pour empêcher l’ouverture d’un corridor de fuite. Assiégés, presque à court de munitions, ils tinrent leurs positions jusqu’à l’arrivée des renforts alliés. Deux jours de combats d’une violence inouïe, vont être nécessaire pour refermer définitivement le piège sur l’armée allemande.
Aujourd’hui, le mémorial raconte cette histoire avec une grande intensité. Les visiteurs y découvrent : des cartes et maquettes retraçant la bataille, des objets retrouvés sur le champ de bataille, des témoignages de soldats et de civils, une scénographie immersive qui restitue l’atmosphère des combats. À l’extérieur, une table d’orientation permet de situer les différents lieux du circuit dans le paysage. On comprend alors combien la topographie — collines, vallées, routes étroites — a joué un rôle déterminant dans l’issue de la bataille. Le mémorial n’est pas seulement un musée. C’est une véritable introduction au voyage que l’on s’apprête à entreprendre.
Prenez la direction du village de Chambois - Fel à quelques kilomètres de là, via la D710 (7 km). Petit bourg paisible dominé par son donjon médiéval, Chambois fut le théâtre d’un moment symbolique de la bataille. Le 19 août 1944, les troupes américaines remontant du sud rencontrent les soldats polonais Cette jonction marque la fermeture de la poche de Falaise-Chambois. Aujourd’hui, en se promenant sur la place du village, il est difficile d’imaginer l’intensité de cet instant. Les terrasses de café accueillent les visiteurs, les maisons anciennes bordent les rues tranquilles et le donjon médiéval veille silencieusement sur la place. Mais derrière cette tranquillité se cache un moment décisif de la libération de la France.
Chambois - Fel, sur la place du donjon
Il est environ 19h, ce 19 août 1944, lorsque les Américains qui remontent du sud, et les Polonais, descendant du nord se rencontrent : la poche de Falaise-Chambois est fermée. Cette fermeture est symbolisée par la poignée de mains entre le major Zgorzelski de la 1ère division blindée polonaise et le capitaine Waters de la 90ème division d’infanterie américaine. Il faudra attendre le 21 août et la destruction ou la réddition des dernières unités allemandes pour fermer la poche physiquement.
Chambois : la poignée de main de l’histoire
La scène restera dans l’histoire : une poignée de main entre un officier américain et un officier polonais scelle l’encerclement de l’armée allemande.
En poursuivant la route, le paysage s’ouvre sur la vallée de la Dives. On arrive alors au gué de Moissy, un lieu qui fut l’un des passages les plus dramatiques de la bataille.
Chambois Gué Moissy, au niveau du Gué.
Le gué de Moissy : la fuite dans le chaos
Avec les ponts de Saint-Lambert, au 19 août 1944, il ne reste plus que ce gué pour franchir le fossé anti-char naturel que représente la Dives. Sous les bombardements incessants de l’aviation alliée, des milliers de soldats et de véhicules convergèrent vers ce passage étroit. Le spectacle devait être apocalyptique : des colonnes interminables de camions, de chars et de chevaux blessés tentaient de traverser la rivière sous le feu de l’artillerie. Sous les tirs d’artillerie et les attaques incessantes de l’aviation alliée, des milliers de soldats allemands s’engouffrent sur cet étroit passage.
Les esprits s’échauffent et il n’est pas rare de voir les hommes en venir aux mains pour forcer le passage. Des officiers SS, arme au poing, tentent de donner un semblant d’ordre au chaos qui règne alors. Aujourd’hui, le lieu est paisible. La rivière coule doucement entre les herbes hautes. Les oiseaux chantent dans les haies. Rien ne trahit l’intensité dramatique des événements qui s’y déroulèrent. Et c’est précisément ce contraste qui rend la visite si émouvante.
Suivez la D 113 vers Aubry-en-Exmes (8,5 km).
Aubry-en-Exmes : la nuit sur le champ de bataille
Aubry-en-Exmes, près de l'église
Terrés dans la journée en forêt de Gouffern, c’est essentiellement la nuit que les Allemands tentent leur chance pour échapper à l’artillerie et aux chasseurs bombardiers. Le spectacle est dantesque, le génie allemand a ouvert des passages dans les haies pour permettre aux convois de passer. Tout n’est qu’épaves fumantes. Déjà les cadavres se décomposent, des chevaux affolés et blessés sillonnent en tous sens la plaine. Avec la nuit, il devient impossible de se déplacer sur le champ de bataille, seule l’église en flammes sert de repère. Les convois se déplaçaient alors dans l’obscurité à travers les haies du bocage. Des passages étaient ouverts dans les talus pour permettre aux véhicules de circuler. Le champ de bataille se transformait en un paysage chaotique : véhicules détruits, chevaux affolés, incendies et explosions.
Aujourd’hui, Aubry-en-Exmes est un village paisible. L’église, reconstruite après la guerre, domine un paysage rural typique de l’Orne. Pour le visiteur, c’est un moment de pause dans le parcours : un lieu où l’on mesure la capacité des villages à renaître après la destruction. Revenez sur vos p as, puis tournez à droite via la D717 vers Tournai-sur-Dives (13 km).
Tournai-sur-Dives : le lieu des redditions
Tournai-sur-Dives, place de la mairie
Ici se produisit l’un des épisodes les plus étonnants de la bataille. Un prêtre du village, l’abbé Launay, décida de tenter une médiation pour mettre fin aux combats. C’est au sommet du clocher que l’abbé Launay fait fixer un drap en guise de drapeau blanc (visible au Mémorial). Comme celui-ci est sans effet, il part alors à la rencontre des Alliés. De retour à Tournai avec un seul canadien, ils font prisonniers 300 Allemands, dans ce qui va devenir la cour de la réddition. Le signal est donné, et dans l’après-midi, 1 500 autres Allemands se rendent au même endroit. Des colonnes entières de soldats déposèrent les armes. Partout les rédditions deviennent massives, la bataille est terminée.
La cour où se déroulèrent ces redditions existe toujours. Elle est aujourd’hui connue sous le nom de « cour de la reddition ». En visitant le village, on ressent fortement la dimension humaine de la guerre. Derrière les grandes manœuvres militaires se cachent aussi des gestes individuels, parfois décisifs. Continuez votre escapade sur le circuit Août 44 vers Saint-Lambert-sur-Dives via la D718 et D13 (19 km).
Saint-Lambert-sur-Dives et le « Couloir de la mort »
L’un des lieux les plus marquants du circuit est sans doute Saint-Lambert-sur-Dives. C’est ici que se trouvait l’un des passages obligés pour les forces allemandes tentant de s’échapper de la poche. Les combats y furent particulièrement violents. Les ponts de la Dives furent détruits ou défendus par les troupes canadiennes, ralentissant la retraite allemande. Entre Saint-Lambert-sur-Dives et Coudehard s’étend ce que les soldats allemands eux-mêmes surnommèrent le « Couloir de la mort ». Sur plusieurs kilomètres, les colonnes allemandes tentaient de fuir sous les tirs d’artillerie et les attaques aériennes. Les routes étaient encombrées de véhicules détruits, d’équipements abandonnés et de chevaux morts.
Saint-Lambert-sur-Dives, place de la mairie
En coupant les ponts sur la Dives, à Saint-Lambert-sur-Dives, le petit groupe de Canadiens de Major Currie ralentit la retraite allemande. Mais face à la pression des 100 000 Allemands encerclés, le détachement doit se replier sur la cote 118 à la sortie nord de la commune. Le Major Currie recevra pour son action à Saint-Lambert, la Victoria Cross, plus haute distinction de l’Empire britannique, première que les troupes canadiennes se verront décerner pendant la campagne du nord-ouest de l’Europe.
Saint-Lambert-sur-Dives, devant l'église
Devant l’église Dans un chaos indescriptible, plus de 50 000 soldats allemands franchissent la Dives, en particulier au pont situé au pied de l’église. Sur cet étroit pont, les blindés et les véhicules de toutes sortes, y compris hippomobiles, se pressent dans un immense embouteillage, régulièrement écrasés par les salves d’artillerie alliée. Le général Von Lüttwitz, commandant la 2ème Panzer division, décrit dans ses mémoires le passage de la Dives à Saint-Lambert : «La traversée du pont de la Dives était tout particulièrement horrible, les corps des soldats tués, des chevaux morts, des véhicules et d’autre matériel qu’on avait précipités depuis le pont dans la rivière, y formaient un enchevêtrement macabre»
Saint-Lambert-sur-Dives - Bourgogne, entre Saint-Lambert-sur-Dives et Coudehard
Baptisé par les Allemands «Couloir de la Mort», c’est sous ce nom que va rentrer dans l’histoire l’étroite bande de terre qui part de la Dives et aboutit à la cour du Bosq, au pied des positions polonaises. Il faut alors de longues heures pour parcourir sous les tirs d’artillerie, ce couloir de 5 km de long sur quelques centaines de mètres à 3 km de large, unique voie de salut de l’armée allemande en repli.
Aujourd’hui, cette route traverse simplement une campagne paisible. Mais pour qui connaît l’histoire, chaque kilomètre devient un lieu de mémoire. Poursuivez votre itinéraire vers Coudehard ( 25 km) via la D13 et D242.
Coudehard et la cote 262 : le verrou de la bataille
Le circuit s’achève sur les hauteurs de Coudehard. C’est là que se trouve la fameuse cote 262, tenue par les forces polonaises. Les soldats polonais surnommèrent cette colline « Maczuga », la massue, en raison de sa forme et du rôle stratégique qu’elle joua dans la bataille. Pendant plusieurs jours, ils résistèrent aux attaques allemandes venant de toutes parts. Épuisés, presque encerclés, ils tinrent pourtant leurs positions jusqu’à la fermeture définitive de la poche.
Coudehard - Côte 262 Nord, près de la stèle des Polonais
«262 Nord» : le nom donné à cette colline fait référence à l’altitude portée sur les cartes d’état major alliées de l’époque. Les Polonais lui ont donné le nom de Maczuga (la massue), à cause de sa forme, mais aussi à cause de l’impact que la prise de cette position va avoir sur l’armée allemande. Pendant 3 jours, les Polonais installés sur cette colline, qui contrôlent la sortie du «Couloir de la Mort», vont gêner et ralentir la retraite des Allemands. Assaillis de toute part, ils résistent jusqu’à l’épuisement aux assauts allemands.
Du sommet de la colline, le panorama est saisissant. Les vallons s’étendent à perte de vue. On distingue les routes et les villages qui furent autrefois les axes de la bataille. C’est ici que l’on mesure pleinement l’ampleur de l’événement historique.
Coudehard - La cour du Bosq
La cour du Bosq, à la sortie du «Couloir de la Mort», voit converger plusieurs milliers d’Allemands en repli. Ils s’y regroupent, avant de franchir le dernier obstacle qui les sépare de leurs lignes. Le général Meindl, commandant le 2ème corps parachutiste qui a pour mission de réaliser la percée, y a installé son PC et tente d’organiser la sortie.
Revenez vers le Mémorial de Montormel via la D242 et le D16 (30 km).