Une épopée née de la soif de bois de Paris
Il existe des itinéraires qui ne se contentent pas de relier des villages ou des monuments. Ils racontent une aventure humaine. Pour comprendre toute la richesse de cet itinéraire, il faut remonter au XVIe siècle. À cette époque, Paris grandit rapidement. La capitale a besoin d’immenses quantités de bois pour se chauffer et alimenter ses fours. Les forêts du Morvan apparaissent alors comme une ressource providentielle. Encore faut-il acheminer ce bois jusqu’à Paris. C’est là qu’intervient l’ingénieuse technique du flottage.
Chaque hiver, les bûcherons coupent les arbres dans les forêts morvandelles. Les bûches sont marquées puis jetées dans les cours d’eau lors des grands lâchers d’eau printaniers. Elles descendent alors les rivières jusqu’à Clamecy, où elles sont triées, regroupées et assemblées pour former les célèbres « trains de bois ». Ces radeaux géants pouvaient atteindre près de 75 mètres de long et transporter environ 200 stères de bois.
Le voyage jusqu’à Paris durait une dizaine de jours. Les flotteurs guidaient ces embarcations fragiles à travers pertuis, barrages et passages délicats. Leur métier était dangereux. Les courants, les collisions et les accidents étaient fréquents. Pourtant, ces hommes ont façonné pendant près de quatre siècles l’économie de toute une région. Pour en apprendre plus consulter notre page : Clamecy, capitale du flottage du bois.
Aujourd’hui encore, la mémoire de ces travailleurs héroïques accompagne le visiteur tout au long de la route.
Cette route touristique partira de Clamecy dans la Nièvre ancienne capitale du flottage du bois. Aujourd’hui à Clamecy venez revivre cette épopée en arpentant les rues de cette cité sous le regard protecteur du flotteur en pierre qui s’élève près de Notre-Dame de Bethléem.
Clamecy, la capitale des flotteurs
Nichée au confluent de l’Yonne et du Beuvron, cette charmante cité bourguignonne semble avoir été dessinée par l’eau. Les canaux, les quais et les ruelles anciennes composent un décor plein de caractère. Certains la surnomment même la « Venise nivernaise ». Dès votre entrée dans l'ancienne ville médiévale l’imposante tour de la collégiale Saint-Martin attirera votre regard avec ses délicates dentelles de pierre, sa rosace centrale et ses gargouilles d’un autre temps. L’histoire de Clamecy a pendant près de 4 siècles été liée au flottage de bois, cette activité faisant vivre une grande partie de la population locale.
Visitez sur place, la salle consacrée aux flotteurs au Musée Romain Rolland et l’écomusée des flotteurs de la confrérie Saint-Nicolas qui fit jadis la prospérité de la cité. À noter que les joutes nautiques restent une manifestation phare organisée chaque 14 juillet et au mois d’août ; "la descente bidon", sorte de procession d’objets flottants parfois non identifiés, rappelle cet épisode du flottage.
Après avoir arpenté les bords du Beuvron et flâné au rythme des rues pittoresques du quartier historique, dirigez-vous du côté de la rivière Yonne, et, non loin de là, vous promener le long du chemin de halage du canal du Nivernais.
Quittez cette première étape pour prendre la direction de Châtel-Censoir via la D21 et N151 (17 km), traversé par l'Yonne et le canal du Nivernais.
Le canal du Nivernais, compagnon de voyage
Quitter Clamecy, c’est suivre l’un des plus beaux fils conducteurs de Bourgogne : le canal du Nivernais. Longtemps considéré comme l’un des canaux les plus pittoresques de France, il accompagne le voyageur sur une grande partie du parcours. Ses eaux calmes contrastent avec l’agitation que connut autrefois la région lors des grandes périodes de flottage.
À vélo, à pied, en bateau ou simplement en voiture, chaque portion offre un nouveau tableau. Les écluses fleuries ponctuent le paysage. Les anciens chemins de halage invitent à la flânerie. Les hérons guettent leur proie dans les roseaux tandis que les péniches glissent silencieusement entre les arbres. Le canal est devenu aujourd’hui un véritable paradis pour le tourisme doux. Les cyclistes y trouvent des itinéraires sécurisés et ombragés, tandis que les amateurs de navigation découvrent la région à un rythme apaisé. Le charme opère instantanément.
Châtel-Censoir, là où l’histoire prend vie
En poursuivant vers Châtel-Censoir, le voyageur atteint l’un des lieux emblématiques de l’histoire du flottage. Le village apparaît comme un décor de carte postale. Dominé par son église perchée sur un promontoire rocheux, il offre de magnifiques panoramas sur la vallée. Au pied du bourg, le port de plaisance apporte une animation tranquille et conviviale.
C’est depuis Châtel-Censoir que la première expérience fructueuse de flottage de bois eut lieu le 21 avril 1547. Aujourd’hui, ce charmant petit village accueille un port de plaisance au pied du promontoire rocheux sur lequel se dresse l’église Saint-Potentien. Le village va prospérer par le commerce de bois flotté, à la halte nautique, vous pourrez y louer un bateau pour partir en balade sur les flots tranquilles. Là, vous traverserez les écluses, ces ascenseurs nautiques qui se manœuvrent encore à la main. Châtel-Censoir saura vous séduire pour votre passage de ce circuit touristique.
Les quais invitent à s’arrêter quelques instants pour contempler le passage des bateaux. Il est facile d’imaginer les gigantesques trains de bois descendant autrefois le cours de l’Yonne. À proximité, les amoureux de nature peuvent découvrir la mystérieuse Grotte des Fées. Ses galeries souterraines, ses dômes naturels et ses cheminées géologiques ajoutent une dimension presque fantastique à l’étape.
Revenez sur vos pas par la N151, puis prenez sur votre droite vers Taingy via la la D21 (46 km), pour voir la carrière de pierre d’Aubigny.
Les carrières d’Aubigny, la pierre voyageuse
La Route des flotteurs ne raconte pas seulement l’histoire du bois. Elle révèle aussi celle de la pierre. À proximité de Taingy, les anciennes carrières d’Aubigny témoignent d’une autre activité qui a longtemps utilisé les voies d’eau comme moyen de transport privilégié.
La pierre de cette carrière exploitée depuis des centaines d'années a été utilisée pour la construction de l'Opéra et de l'Hôtel-de-ville de Paris, du Conservatoire national des arts et métiers, des cathédrales d'Auxerre et de Sens et de nombreux édifices publics. L'extraction des blocs de pierre a laissé place à d'impressionnantes grottes portant les traces des lances et des aiguilles, seuls outils utilisés par les carriers pendant des siècles. Les blocs de pierre étaient transportés jusqu’à l’Yonne pour être ensuite emportés par voie d’eau à Paris. Le lieu est ouvert au public depuis 1992.
La visite des anciennes galeries impressionne. Les volumes souterrains sont immenses. Les traces laissées par les outils des carriers racontent un travail exigeant et minutieux. Dans la pénombre fraîche des carrières, le visiteur découvre un patrimoine industriel souvent méconnu mais fascinant.
Reprenez vers Courson-les-carrière et tournez sur votre gauche vers Vincelles via D85, N151 et D9 (72 km).
Vincelles, sur les traces des pertuis
En rejoignant Vincelles, la mémoire des flotteurs réapparaît plus concrètement encore. Le long du canal du Nivernais, une ancienne passerelle de pertuis rappelle les infrastructures utilisées autrefois pour retenir et canaliser les bûches flottantes. Des panneaux pédagogiques permettent de comprendre le fonctionnement de ces ouvrages ingénieux. Cette étape est particulièrement appréciée des familles et des passionnés d’histoire. Elle permet de visualiser concrètement ce que fut l’organisation complexe du flottage du bois.
Le paysage alentour contribue également au charme de la découverte. Les chemins bordés d’arbres, les prairies humides et les reflets du canal composent un cadre propice à la promenade. Depuis 2007, les amis du canal du Nivernais ont installé à proximité du camping le long du chemin de hallage, une ancienne passerelle de pertuis, ces sortes de barrages autrefois utilisés pour retenir les bûches de bois jetées à l’eau.
Ainsi, de manière permanente, on rappelle par le biais de panneaux et schémas pédagogiques, la tradition des flotteurs de bois dans un lieu qui les a vus autrefois passer sur leurs trains de bois.
Continuez votre parcours touristique vers les Caves de Bailly ou caves Bailly-Lapierre (hameau de Saint-Bris-le-Vineux) via D362 (75 km).
Les Caves de Bailly-Lapierre, quand la pierre rencontre le vin
L’un des grands plaisirs de cette route réside dans la diversité des découvertes. À Saint-Bris-le-Vineux, les impressionnantes Caves de Bailly-Lapierre offrent une parenthèse œnotouristique particulièrement séduisante. Installées dans d’anciennes carrières souterraines, elles mêlent histoire, patrimoine et gastronomie bourguignonne.
L’endroit garde encore la mémoire du travail des hommes. L’exploitation des carrières souterraines de Bailly remonte au moins au XIIe s. La pierre calcaire de très bonne qualité a servi jusqu’au XXe siècle. à la construction de monuments tels châteaux et églises comme l’abbaye de Pontigny et de villes. Le transport était facilité par la rivière Yonne qui coule au pied des carrières. Depuis 1972, ces carrières abritent les Caves Bailly-Lapierre, fondées par les vignerons de l’Auxerrois, pour élaborer le crémant de Bourgogne de renommée internationale : 4 ha de caves, 5 millions de bouteilles stockées.
Dès l’entrée, le visiteur est frappé par les dimensions spectaculaires des galeries. La fraîcheur naturelle des lieux constitue un environnement idéal pour l’élaboration et la conservation des crémants de Bourgogne. La visite raconte à la fois l’histoire des carriers et celle des vignerons qui ont redonné vie à cet immense labyrinthe souterrain. Entre les rangées de bouteilles et les récits des guides, on découvre une autre facette du génie humain qui a façonné cette région. La dégustation finale constitue souvent l’un des moments forts du parcours.
Le site des Caves Bailly Lapierre est le plus grand centre œnotouristique de l'Yonne, ouvert à la visite guidée tous les après-midi de mi mars à mi novembre pour les particuliers et sur rendez-vous pour les groupes. Les visites retracent l’histoire des caves et des hommes qui l’ont façonnées, des carriers appelés "pierreux" jusqu’à Soufflot né à Irancy et architecte du Panthéon.
Après cette visite œnotouristique votre chemin sur passera par Auxerre ville d’Art et d’histoire, via la D606 (87 km). Auxerre est une ville au patrimoine très riche. Près de 700 maisons à pans de bois y sont classées. On en trouve de très belles dans le quartier de la Marine aux pieds de l’abbaye Saint-Germain et du pont de la Tournelle.
Auxerre, joyau de l’Yonne
Impossible d’emprunter la Route des flotteurs sans consacrer du temps à Auxerre. La capitale de l’Yonne apparaît comme une synthèse parfaite de tout ce que la Bourgogne sait offrir : patrimoine, gastronomie, culture et douceur de vivre.

La place du Coche-d’Eau conserve la mémoire de l’embarcation qui reliait Auxerre à Paris, permettant aux passagers et marchandises de circuler. Une maison retient l’attention du visiteur : belle demeure en pierre et en bois datant du XVIe siècle, les décors de sa sablière, ancre et navire, rappellent que le commanditaire était négociant par voie d’eau.
Toute proche, la place Saint-Nicolas, ouverte sur la rivière, rappelle, elle aussi, l’importance de l’activité marinière à Auxerre. La confrérie des mariniers y avait d’ailleurs fait installer, au XVIIIe siècle, une magnifique statue de Saint-Nicolas en bois polychrome. Saint protecteur des mariniers, Nicolas bénit encore les passants.
Les rues tortueuses d'Auxerre et son riche patrimoine font de la capitale de la basse-Bourgogne une ville d'art et d'histoire captivante.À quelques kilomètres seulement s’étendent les vignobles mondialement connus de Chablis. Cette proximité renforce encore l’attrait touristique de la ville, qui constitue une étape idéale pour prolonger le séjour, une destination à explorer et à savourer sans modération...
Pour finir cette route touristique des flotteurs de bois poursuivez sur la D606 et N6 en direction de Appoigny (98 km). Par sa situation à la limite de la Bourgogne et de la Champagne, traversé par une importante voie romaine, Appoigny connut depuis ses origines l’existence mouvementée des cités de passage.
Appoigny, dernière escale des flotteurs
La route s’achève à Appoigny. Ce village paisible conserve lui aussi un lien fort avec l’histoire du flottage. C’est ici que le « p’tit homme de derrière », le second conducteur du train de bois, quittait généralement son embarcation avant de rentrer à pied vers sa région d’origine. Le lieu marquait également une étape importante dans l’assemblage des convois de bois avant leur poursuite vers Paris.
A l’époque du flottage du bois, Appoigny était le lieu où l’un des deux « conducteurs » du train de bois, « le p’tit homme de derrière », quittait l’embarcation pour rentrer chez lui. C’est aussi là que plusieurs trains de bois étaient assemblés pour former un convoi plus important et plus stable. profitez de votre passage pour visiter aussi la collégiale Saint-Pierre d'Appoigny qui possède un des très rares jubés du département.
Aujourd’hui, Appoigny séduit par son patrimoine discret mais remarquable. La collégiale Saint-Pierre, notamment, mérite largement la visite. Son architecture élégante et son rare jubé en font un édifice exceptionnel dans le paysage bourguignon.
Fin de cette route touristique dans l'Yonne.