Chef-d’œuvre de l’architecture gothique anglo-normande du début du XIIIe siècle où la rigueur cistercienne prend toute sa pureté, l'abbaye Notre-Dame de Fontaine-Guérard fut rattachée à l'ordre de Cîteaux. Quand en 1098 le moine bénédictin Robert de Molesme quitte son abbaye pour fonder celle de Cîteaux, dans une vallée marécageuse couverte de roseaux (cistelles), il revient à la stricte observance de la règle de saint Benoît et remet au premier plan le travail, qui s’accorde aux vœux de pauvreté et d’humilité, dont s’était affranchie l’abbaye de Cluny en s’enrichissant. Bernard de Clairvaux renforce cette règle. D’ailleurs au nom de l’austérité, il s’oppose à tout décor sculpté dans les abbayes. C’est ce style de vie que vous découvrez en pénétrant dans les différents bâtiments de l’abbaye Notre-Dame de Fontaine-Guérard à Radepont.
L’ensemble de l'Abbaye Notre-Dame de Fontaine-Guérard est un témoignage significatif à la fois de l’architecture monastique anglo-normande et du plan généralement adopté dans les abbayes cisterciennes. Comme dans toutes les abbayes cisterciennes la présence de l'eau est primordiale. Construite avec un matériau qui se trouve sur place, l'Abbaye Notre-Dame n’a pas été remaniée au cours des siècles, et offre donc un bon témoignage de cette architecture, en particulier avec la salle capitulaire qui s’ouvre sur l’ancien cloître, aujourd’hui disparu, avec une aile de l’abbaye. Le visiteur découvrira le cellier troglodytique, l’église et son choeur voûté, la salle capitulaire, la salle de travail, le dortoir des moniales à la magnifique charpente en coque de navire renversée, et enfin les jardins monastiques habités de sculptures évoquant les femmes qui ont vécu en ce lieu de quiétude et de sérénité. Le dortoir à l’étage est remarquable par sa charpente du XVIIe siècle et son ensemble de baies étroites qui correspondaient chacune à une cellule de moniale. Au nord, le cellier voûté, d’une grande fraîcheur tout l’été, est surmonté d’une chapelle restée intacte, alors que la voûte de la nef de l’église abbatiale a disparu.
Église abbatiale
Comme toute église abbatiale de moniales, celle de Fontaine-Guérard est un simple vaisseau rectangulaire de quatre travées, orienté est-ouest, de 30 m par 7,30 m de large, terminé, selon l’usage habituel chez les cisterciens, par un chevet plat percé de trois fenêtres à lancette dont celle du milieu est plus haute. Deux évidements sont creusés dans le mur. L'un correspond à l'armoire renfermant les Vases Sacrés et les Saintes Huiles ; l'autre, un bénitier. Les évidements creusés dans les murs latéraux correspondent à l'emplacement d'anciens tombeaux.
L’église est éclairée par des baies à lancette, de moindre dimension au sud qu’au nord à cause de l’implantation du comble de la galerie du cloître. Elle n'avait pas de transept. Le voûtement était sexpartite. Seules les voûtes du choeur sont encore visibles. La façade ouest et une partie de la première travée ont été détruites. La voûte de la nef a disparu. Cependant, les différences de niveau des culots qui recevaient les retombées de la voûte de part et d’autre de l’édifice, montrent qu’il s’agissait d’une voûte sexpartite. On accédait à l'église abbatiale Notre-Dame de Fontaine-Guérard par trois portes : la porte des converses située au sud, permettait aux sœurs converses de se rendre dans le cloître et dans leurs bâtiments réservés. La porte des moniales donnait, elle aussi, sur le cloître. Cette porte leur était réservée. Au nord, la « porte des morts ». Celle-ci communiquait directement avec le cimetière de l'abbaye.
Un gisant repose dans la chapelle sud de l'église et porte les costumes du milieu du XIIIe siècle. À ses pieds, deux chiens se disputent des os. La tête de la défunte repose sur un oreiller tenu par deux anges quelque peu brisés. Ce gisant représenterait Marie de Ferrière. Marie de Ferrière était l'épouse de Guillaume de Léon, chevalier, seigneur d'Hacqueville. Cette union ne fut pas heureuse, car Guillaume maltraitait sa femme. Celle-ci se retira dans le monastère de Fontaine-Guérard. Son mari lui portant une haine implacable, conçut le projet de la faire assassiner. Une nuit, il envoya donc des hommes qui s'introduisirent dans l'abbaye. Marie de Ferrière tenta de fuir mais en vain ; elle mourut la gorge tranchée.
Au sud, on trouve également la sacristie, voûtée d'un berceau en plein cintre et éclairée par deux baies.
Sacristie
La sacristie est la salle où pouvait s'habiller le chapelain. La porte de celle-ci donne directement dans le chœur de l'abbatiale afin que le prêtre ne puisse croiser les moniales cloîtrées. Voûtée en berceau plein cintre, elle est éclairée vers l'est par deux baies rectangulaires. Sous l'une d'elles, deux piscines ou lavabos sont creusées dans la pierre. Au ras du sol, à l'angle du mur opposé aux ouvertures, on peut observer la pierre de Consécration ornée d'une croix.
Dortoir
De petits escaliers pentus mènent dans le grand dortoir qui se situe au premier étage. Cette vaste pièce rectangulaire est éclairée par de nombreuses petites fenêtres qui correspondaient aux cellules dans lesquelles dormaient les moniales. Au temps des moniales, un plafond couvrait l’ensemble des cellules disposées de chaque côté du couloir central. L’étage, comme presque toutes les salles de l’abbaye, n’était pas chauffé. Cette salle possède une très belle charpente en coque de bateau renversée. La charpente, modifiée vers la fin du XVIIe siècle, comporte encore un certain nombre d’éléments très anciens, surtout vers le nord, datant du XIIIe siècle. On peut aussi observer les extrémités moulurées des poutres. Au nord, on trouve une pièce isolée du reste de la salle : il s'agissait de la chambre de l'abbesse, mère supérieure de l'abbaye Notre-Dame de Fontaine-Guérard.
Salle capitulaire
La salle capitulaire est la salle de réunion où se lisait et commentait chaque jour un chapitre de la Règle. C'est là, également, que se faisaient les consultations concernant la vie spirituelle et matérielle de l'abbaye, d'où la présence de banquettes en pierre sur les trois côtés. Les converses ne délibéraient pas mais suivaient le déroulement debout depuis le cloître. Élégante et harmonieuse, la salle capitulaire de l'abbaye Notre-Dame de Fontaine-Guérard est considérée par les spécialistes comme l’un des plus beaux exemples d’architecture gothique anglo-normande. C’est une des plus belles salles monastiques encore conservées.
Elle donnait sur le cloître par trois arcades largement ouvertes. La salle capitulaire comporte trois vaisseaux de trois travées. L’espace intérieur est divisé en neuf travées par quatre colonnes monolithiques qui reçoivent sur leurs chapiteaux les départs des voûtes quadripartites. Au plafond, les clés de voute sont formées de feuillages sculptés. Cependant, l'une d’elles montre une chouette entourée de deux petits oiseaux. Elle possède de fines colonnettes qui offrent un abri à la méditation, à la lecture et aux consultations sur la vie spirituelle et matérielle du monastère.
A côté de la salle capitulaire se trouve le parloir, voûté en plein cintre, puis un passage vers le jardin. Enfin, au bout du bâtiment, on trouve la salle de travail avec deux vaisseaux de quatre travées.
Parloir
Contigu à la salle capitulaire, le parloir, local étroit, servait aux échanges indispensables à la bonne marche de l'abbaye car, selon les règles cisterciennes, à l'article 42 : « les moines doivent en tout temps s'appliquer au silence ».
Passage
Un passage vers le jardin des simples fait suite au parloir. La différence avec le parloir réside dans la forme du berceau qui le couvre. Au parloir, le plein cintre et pour le passage, le berceau brisé.
Infirmerie
À l'angle sud du dortoir se trouvait le bâtiment de l'infirmerie, le long du cours d'eau.
Salle de travail
La salle de travail était le domaine des enlumineurs, des relieurs, des copistes et des calligraphes jusqu’à l’invention de l’imprimerie au XVe siècle. Dans les abbayes de femmes, la salle de travail sert d’ouvroir, atelier spécialisé dans les travaux de couture et de broderie. D’un décor plus simple que celui de la salle capitulaire, la salle des moniales comporte une colonnade centrale la divisant en deux nefs voûtées d’ogives, de quatre travées, avec des chapiteaux à tailloir octogonal. On remarquera que, le long des parois, les retombées de la voûte sont reçues ici par de simples culots à crochets. Sur les murs et sur les voûtes, il y a quelques traces de peintures d’origine en excellent état et qui n’ont jamais été restaurées.
Chauffoir
Situé dans l'aile sud de l'abbaye, en face de l'abbatiale, le bâtiment abritant le chauffoir n'existe plus. Toutefois, en sortant de la salle de travail par la porte donnant sur l'emplacement de l'ancien bâtiment, il est possible de voir les traces de la cheminée. Le chauffoir était la seule salle chauffée de l'abbaye.
Réfectoire
Situé à côté de la cuisine, sur l'aile sud de l'abbaye, en face de l'église, le réfectoire a disparu. Il comportait à son extrémité une chaire dans laquelle une sœur faisait la lecture, tandis que les autres prenaient leur repas en silence.
Cuisine et l'aile des sœurs converses
Les bâtiments n'existent plus. L'emplacement de la cuisine répond à la logique du travail. Elle jouxte le réfectoire et se trouve à proximité immédiate du bâtiment des sœurs converses. La source qui s'écoulait directement vers la rivière faisait tourner les broches des foyers. Le bâtiment des converses qui fermait à l'ouest le cloître comportait un réfectoire au rez-de-chaussée et leur dortoir à l'étage.
Cloître
Il ne reste que des traces de cloître : les veines creusées dans le mur de l'église pour accueillir les poutres de la charpente, quelques corbeaux étagés le long du mur de la salle capitulaire.
Logis abbatial
Le logis abbatial n'existe plus. L'abbaye de Fontaine-Guérard étant une abbaye de femmes, le logis abbatial correspondait au quartier des hommes. Il permettait ainsi d'héberger le « père-immédiat ». C'est un moine qui fait le lien avec l'extérieur. Le logis accueillait aussi un prêtre séculier choisi par l'abbesse. Ce prêtre est le chapelain de l'abbaye. Enfin, le logis servait d'habitation pour le « procureur » qui s'occupe de la gestion matérielle du domaine. De style moyenâgeux à l'origine, le logis fut reconstruit durant la seconde moitié du XVIIIe siècle, dans le style Renaissance.
Cellier et caves
Le cellier, datant de 1135, a été construit lors de l’installation du prieuré et a été conservé lors de la construction de l’abbaye. Face à la source, on pénètre dans une vaste salle rectangulaire sur laquelle se branche une galerie étroite voûtée en plein-cintre, qui s’insinue profondément sous la colline jusqu’à 30 m. Les 14 alvéoles creusées de chaque côté étaient destinées à entreposer le vin.
Chapelle Saint-Michel
La chapelle Saint Michel ne se visite pas puisque c’est ici que le propriétaire des lieux habite. Au-dessus du cellier, l’étage est occupé par une chapelle sous le titre de saint Michel. Cette chapelle comportant des modifications du début du XVe siècle : contrefort à triple glacis, ouverture de type flamboyant, a succédé à la chapelle primitive, conservée après la fondation de l’église abbatiale. Ces travaux sont dus à Guillaume de Léon, époux de Marie de Ferrière, en expiation du meurtre de sa femme. Autre époque, autre mœurs …
Porterie
Une pierre du fronton s'orne de la date de 1742, année de sa restauration maladroite. Formée par un mur percée d'une grande porte charretière et d'une porte piétonne, elle était autrefois surmontée d'un corps de logis dans lequel se tenait le logement de la concierge.
Les jardins monastiques
Le grand parc, dans lequel sont installés des bancs, abrite des jardins monastiques. L’esprit cistercien se retrouve jusque dans les jardins. L’abbaye Notre-Dame de Fontaine-Guérard en compte 3 : Le jardin du Savoir comporte des carrés de plantes médicinales implantées entre des carrés de pierres, comme un damier. Le jardin du Travail présente 4 carrés thématiques : l’eau, l’air, la terre et le feu. Le jardin de la méditation reflète l’harmonie de la création et préfigure le paradis. Au centre des jardins, on découvre des sculptures évoquant les femmes qui ont vécu ici.
L’abbaye Notre-Dame de Fontaine-Guérard avait sur l’Andelle un moulin à blé et jouissait d’un droit exclusif de pêche. De plus, Louis IX , dit Saint Louis, lui avait accordée l’exemption perpétuelle de tout droit de péage pour les marchandises.