Le nord-est de l'Agenais est au XIIIe siècle une marche frontière du comté de Toulouse. Alphonse de Poitiers est comte de Toulouse depuis 1249 par son mariage avec Jeanne de Toulouse, fille de Raymond VII de Toulouse. Il va alors construire quatre bastides pour coloniser la région : Monflanquin en 1256, Castillonnès en 1259, Villeréal en 1267 et Eymet en 1270. Mais le 4 décembre 1259, Louis IX signe le traité de Paris avec le roi d'Angleterre Henri III.
Pour arrêter le conflit avec le roi d'Angleterre, le roi de France rétrocède la suzeraineté sur le Limousin, le Périgord, la Guyenne, le Quercy, la Saintonge, et l'Agenais si Alphonse de Poitiers meurt sans héritier, contre l'hommage féodal du roi d'Angleterre pour ses seigneuries en France et son renoncement à la Normandie, au Maine, à l'Anjou et au Poitou. Ce traité va amener Alphonse de Poitiers à développer la construction des bastides. Le 30 novembre 1267, Gaston III de Gontaut cède un terrain dans la forêt de Montlabour, de la juridiction de Biron, à Alphonse de Poitiers pour fonder la bastide de Villeréal mais s'y réserve un droit de péage et tout ce qui lui appartient hors de l'enceinte.
C'est en 1265 que Gaston de Gontaud-Biron dut concéder au Comte Alphonse de Poitiers, frère de Saint Louis une terre sise en sa forêt de Montlabour où allait être édifiée, en seulement 4 années, la nouvelle bastide de Villeréal, dont les limites de juridiction furent fixées par lettres patentes dès le mois de mars 1269. Fin août 1271, Jeanne de Toulouse et Alphonse de Poitiers meurent. Le roi d'Angleterre exige l'application des clauses du traité de Paris de 1259, le comté de Toulouse est réuni à la couronne Anglaise.
En application du traité d'Amiens, en 1279, le roi Philippe III cède l'Agenais, la Saintonge et le Ponthieu au roi d'Angleterre. Villeréal "ville royale" est anglaise pendant la guerre de Cent Ans. Elle a changé plusieurs fois de suzeraineté entre 1279 et 1453. En avril 1569, la bastide est prise et des habitants sont massacrés par un groupe de protestants venant de Bergerac. Le 25 octobre 1572, pendant les guerres de religion, la ville est prise par les protestants. Ils incendient l'église. La voûte s'effondre, elle est remplacée par un plafond lambrissé. Entre 1651 et 1652, pendant la Fronde, le marquis de Biron décide de faire occuper la bastide par une garnison de six compagnies de soldats qui saccagèrent la contrée.
Aujourd'hui, Villeréal rejoint officiellement la liste des "Plus beaux villages de France" grâce à son architecture et son patrimoine remarquable. Villeréal n'eut jamais de fortifications, on y creusa, tout autour, d'énormes fossés appelés "douves" qui, grosso-modo, occupaient l'emplacement des boulevards extérieurs actuels. Ils furent comblés au XVIIIe siècle mais l'existence de ces douves, larges de sept mètres environ, faisait de Villeréal une place forte malgré l'absence de remparts. Son plan régulier répond parfaitement à celui des bastides : huit rues principales s'y recoupent à angles droits, divisant la ville en ville haute et ville basse. des ruelles traversières, les cerrerots, permettent de séparer les parcelles et d'assurer une meilleure protection contre l'incendie. Au centre entourée de cornières une grande place carrée.
Ce village de Villeréal présente une architecture typique des "villes nouvelles" médiévales du Sud-Ouest de la France. Le stationnement est généralement disponible dans le centre de la bastide hors saison, ou sur les parkings extérieur pendant l'été. Vous vous retrouverez rapidement dans le coeur historique de Villereal. Des plans du village sont récupérables à l’Office du Tourisme qui se trouve sous une des arcades de la place de la halle. Au moyen age, on ne pouvait entrer dans la bastide que par la rue Saint-Michel où un pont permettait de franchir les douves côté ouest.
Comme de nombreuses bastides, au centre se trouvait la place entourée de couverts au-dessus desquels se trouvaient les maisons des marchands. Le rez-de-chaussée servait au commerce et à l'artisanat. Dans un angle, côté nord, une maison servait de tour de guet. Villeréal a conservé une superbe place à cornières, entourée d'arcades médiévales et des anciennes maisons. Remontée dans le temps garantie !
Sur la place de Villeréal, la majestueuse halle centrale à étage en bois du XIVe siècle vous surprendra, par sa grande taille et vous émerveillera lorsque le marché y prendra place. En effet, C’est là que se tient depuis 1305 un marché, lui aussi considéré comme l’un des plus beaux de France. La halle est surmontée d’un étage en torchis. L’escalier en bois est très bien conservé et entretenu. Il y aurait une radio locale aménagée à l’intérieur. La halle repose sur des piliers de chênes qui furent trouvés et équarris sur place puis mis à tremper pendant environ trente ans dans la rivière le Dropt toute proche, à 150 m des anciennes douves. Ce qui explique en grande partie le fait qu'elle fut érigée un peu plus tard que la bastide.
Ses dimensions sont conséquentes : un carré de 30 m de côté, une charpente magnifique et imposante et, chose rarissime, un étage qui à l'époque fut utilisé par les plus hauts responsables représentants directs du royaume puis qui servit de mairie, de baillage et de siège de la jurade qui gérait la cité. Les piliers, à l'origine, reposaient sur la terre bâtue. A la longue, au fur et à mesure de la détérioration de leur base, ils furent posés sur des pierres et cette opération dura fort longtemps car les derniers à être ainsi consolidés le furent voilà peu. Quant au carrelage il est lui aussi très récent. La couleur marron du carrelage rehausse les teintes des piliers. Il s’agit probablement de l’une des plus belles halles de France.
Face à l'étonnante halle à étage, l'église fortifiée du XIIIe siècle avec ses deux tours coiffées de clochetons s'impose aux regards. Cette église Notre-Dame fut construite en même temps que la bastide, à partir de 1265. Ses grandes dimensions, ses deux tourelles carrées reliées par un chemin de ronde crénelé et ses contreforts en font une véritable forteresse. Elle répondait à deux vocations : lieu de culte et ultime refuge. L'église pouvait recevoir une vingtaine de défenseurs. Elle était entourée d’un fossé profond et, pour y pénétrer, il fallait franchir un pont-levis. Cette protection a dû devenir obsolète quand les Anglais ont entrepris d'entourer la bastide d'une enceinte au début du xive siècle.
La tour de gauche renferme un escalier à vis éclairé par des meurtrières et celle de droite comportait en son sommet une chambre ayant servi de petite prison. Son tympan présente des sculptures malheureusement endommagées pendant les guerres de religions. Les deux "fenêtres" du tympan sont, pense-t-on, les seules preuves de l'existence du pont-levis. Les portes latérales ont été murées en 1789. L’intérieur est également surprenant : la décoration est assez monumentale surtout pour la porte d’entrée. En son sein, l'église Notre-Dame renferme quelques beaux spécimens de saints en bois sculpté de part et d'autre du choeur. De chaque côté, quatre chapelles sont abritées dans les aisselles des croisillons. La voûte fut endommagée à plusieurs reprises pendant les guerres de religions et a été restaurée et rehaussée en conséquence elle n'est pas d'époque tout comme le choeur. Les voûtes des chapelles latérales sont, elles, d'origine et donc du XIIIe siècle.
Le chemin de croix est en terre cuite peinte. La statue de la Vierge située au dessus du porche d'entrée a été creusée dans un tronc d'arbre. Près de l'église Notre-Dame, avec laquelle il communiquait, avait été construit un fort avec quatre tours, plusieurs fois attaqué. Il était l'habitation du bailli et la prison. Le fort a été rasé en 1786. Il n'en reste plus que le nom donné à l'endroit. Il est possible de faire le tour de l’église, cela me permet de découvrir les ruelles qui se prolongent à perte de vue.
Les styles d'architecture se mélangent à Villeréal. Les maisons ne se ressemblent pas, elles se distinguent par leur décoration ou leur bâti. L’architecture médiévale est marquée, certes, mais certaines maisons possèdent des sculptures ou reliefs sculptés qui me font penser au style antique. De jolies ruelles comme dans la rue Sainte-Colombe au fil desquelles cohabitent maisons à colombage ou en pierres, jardins clos à l’ancienne. L’une des maisons les plus intéressantes à notre avis se situe dans la rue Saint James : elle mélange colombages, torchis et pierres de taille. Une maison rue Sainte-Colombe, aurait pu servir d'asile pour les lépreux d'après la porte sculptée sur laquelle on peut lire « Deus noster refugium » (« Dieu est notre refuge »), mais il pourrait s'agir de pierres de réemploi.
Au 34 rue Saint-Roch se trouve une maison à deux niveaux a une très belle façade en pierre appareillée. On peut voir au premier étage une fenêtre à croisée de la fin du XVe siècle. Une autre fenêtre à deux quartiers plus petite se trouve au deuxième étage. La tradition locale l'appelait « maison du bayle ». Elle était probablement la maison d'un riche marchand.
L'ancien couvent des Filles de la Foy avait été créé sur le côté ouest de la place de la halle, en 1713, pour l'enseignement des filles. L'ensemble a été morcelé, en 1908, au moment de la construction de la mairie qui a aussi entraîné la disparition des trois maisons à cornière qui subsistaient.