Le nouveau monastère sera consacré en 937 par Bernard, évêque de Clermont, sous le double vocable de Saint-Pierre et Saint-Austremoine. Le renouveau du culte de saint Austremoine, vers la fin de la période mérovingienne, semble à l’origine de l’abbaye, connue dès 927. Au Moyen-âge, Issoire dût son développement à l'abbatiale Saint-Austremoine. Au XIe siècle, le monastère d’Issoire est uni à celui de Charroux (Vienne). La possession d’une relique assimilée au chef (crâne) du saint, favorise la renommée du monastère et suscite sa reconstruction dans le second tiers du XIIe siècle. Situés au sud de l’église, les bâtiments conventuels s’organisaient autour d’un cloître trapézoïdal. De cette période romane subsistent l’abbatiale Saint-Austremoine et les vestiges de la salle capitulaire.
Au Moyen-Age, le territoire est marqué par la fondation d’importantes abbayes : Issoire, Sauxillanges, Mégemont et la construction de nombreuses églises romanes, qu’elles soient de vastes sanctuaires prestigieux, comme Saint-Austremoine d’Issoire, des édifices ruraux plus modestes mais homogènes et très ornés, comme l’église de Mailhat, ou encore d’anciennes chapelles castrales construites à l’aplomb du vide comme Roche-Charles la Mayrand, Saint-Hérent, Dauzat-sur-Vodable…
Les guerres de Religion répandent leur lot de destructions en Auvergne. Les protestants s'emparent d'Issoire en 1575, saccagent l'abbatiale en tuant quelques moines, détruisent chartrier et mobilier. Avec les combats de la Ligue (1585-1589), c'est la surenchère de destructions et d'appauvrissement. L'abbatiale ne s'en sortira pas. Au XVIIe siècle, la prospérité n'est plus qu'un souvenir et la ruine est au bout du chemin. Même si l'abbatiale rejoint la Congrégation de Saint-Maur en 1665, le manque de fonds empêche toute réparation sérieuse. La Révolution, en supprimant les ordres religieux, clôt l'histoire du monastère. Les bâtiments sont alors désaffectés et restent à l'abandon.
Les fouilles réalisées en 1982-1989 ont révélé plusieurs phases de reconstruction des bâtiments. A la fin du Moyen-âge, on attribue à l’abbé Antoine Bohier (1482-1517) les travaux nécessités par un manque d’entretien et des épisodes sismiques. Endommagés pendant les guerres de Religion, les bâtiments sont modifiés au 17e siècle puis entre 1702 et 1724, avec la disparition du cloître et la reconstruction de l’aile est (réfectoire et dortoir des moines).
Au XIXe siècle, l’ancienne église paroissiale Saint-Paul qui occupait l’emplacement de l’actuel parking Altaroche est détruite en 1804. Dès lors l’abbatiale, qui figure sur la première liste des monuments classés (1840), mobilise toute l’attention. Elle fait l’objet d’une importante restauration conduite par les architectes Aymond-Gilbert Mallay et Auguste Bravard. Les travaux menés de 1835 à 1860 poursuivent le dégagement de l’église, orientent de façon décisive sa sauvegarde et contribuent à son unité actuelle. Point d’orgue de la restauration : le décor peint intérieur, exécuté en 1859 sous la direction du peintre Anatole Dauvergne.
De 2016 à 2019, la grande dame du XIIe siècle a connu un immense chantier de restauration. Désormais, l'abbatiale Saint-Austremoine nous dévoile ses plus beaux atours. D'abord à l'extérieur, les volumes du chevet s'étagent telle une pyramide. Le tout est sublimé par un ensemble de mosaïques de pierres bicolores et un étonnant zodiaque sculpté. Repeint entièrement au XIXe siècle, l'intérieur est saisissant de couleurs.
L'Abbatiale Romane Saint-Austremoine est élevée en pierre dorée : l’arkose provenant de Montpeyroux. Il s’agit de la plus vaste des églises romanes d’Auvergne : 65 mètres de long, 18 mètres sous voûte et 23 mètres sous la coupole. La richesse de la décoration est d'abord obtenue par l'emploi de plusieurs types de pierres sorties de l'univers volcanique auvergnat. Ces pierres garantissent d'ailleurs la variété des teintes. On trouve aussi de la pierre de lave noirâtre et de la trachyte (pierre volcanique explosive). Quand on combine ces pierres avec les motifs géométriques et les scènes sculptées en bas-relief, on aboutit à un chevet qui est présenté comme l'un des chefs-d'œuvre de l'art roman en Auvergne.
A l’extérieur, c’est d’abord le chevet qui saute aux yeux du visiteur. L'église d'Issoire est avant tout réputée pour son magnifique chevet, un chevet typique du style roman tel qu'on l'observe dans les grandes églises médiévales : une succession d'absidioles en arrondi, avec un petit vitrail sur chaque face et des modillons sous la corniche des toitures. Cela rappelle le chevet de la Charité-sur-Loire et celui de Saint-Martin-de-Boscherville. La caractéristique d'Issoire est que la chapelle axiale est de plan rectangulaire et non circulaire. Composé de 5 chapelles rayonnantes, d’un déambulatoire, du chœur, du massif barlong et de la tour lanterne, ces différents volumes s’étagent vers le ciel et forme une pyramide typique des églises romanes d’Auvergne. Un ensemble de mosaïques de pierres bicolores et un cycle du zodiaque sous la forme de treize médaillons sculptés complètent cette décoration.
A l’intérieur de l'Abbatiale Saint-Austremoine, la polychromie des fresques murales qui recouvrent la totalité des murs de l’abbatiale et les chapiteaux historiés surprennent le visiteur. Quand on rentre dans l'abbatiale, on est surpris par le profusion de couleurs qui envahissent la nef. Seule la crypte, non peinte, offre aux visiteurs une structure brute. L'aspect général de l'Abbatiale est celui d'une grande homogénéité architecturale, ce qui porte à penser que l'édifice a été bâti d'un seul tenant. En fait, la nef recèle de nombreuses petites disparités : d'abord au niveau de la forme des piliers à massif carré ou circulaire ; ensuite sur les colonnes engagées intérieures à la nef ou internes à l'arcature. Elles sont présentes ou non d'une manière qui semble tout à fait aléatoire ; enfin au niveau de l'arcature des tribunes, au second niveau, qui présente des baies triples ou jumelées.
Les chapiteaux du chœur illustrent différents moments vécus par le Christ entre le jeudi Saint et le dimanche de Pâques. Ils sont probablement le fruit de sculpteurs expérimentés venus du Languedoc. Sous le chœur se trouve une crypte. On y trouve une belle châsse du XIIIe siècle en émail de Limoges. Elle fut achetée par l'abbé Daguillon en 1853 pour y placer les reliques de saint Austremoine. Ses faces décrivent la visite des saintes Femmes au Tombeau et l'apparition du Christ à Marie-Madeleine. Volée en 1963, la châsse a été retrouvée à Hawaii en 1990 après un périple dans le monde. Elle est de nouveau dans la crypte depuis 1992.
Le transept est l'un des endroits de l'abbatiale qu'il convient d'observer attentivement, les yeux levés. Les bas-côtés du transept qui jouxtent la coupole sont voûtés en quart de cercle. Leur voûte est située très en hauteur afin de contrebuter la coupole. Cet agencement se traduit, à l'extérieur, par un massif barlong qui constitue l'une des caractéristiques du roman d'Auvergne. Les croisillons nord et sud possèdent une hauteur moindre. Leur voûte est en plein cintre perpendiculaire à celle de la nef.
La cité d'Issoire est une étape prestigieuse sur la route des terres romanes d'Auvergne, elle ouvre aussi les portes de son pays d'Art et d'Histoire, le Dauphiné d'Auvergne. Au cours de votre visite, découvrez les ruelles de la cité labellisée "Plus beau détour de France" sont bordées d'hôtels particuliers du XVe au XVIIIe siècle. Issoire est une ville aux multiples facettes qui saura ravir les amoureux de la gastronomie comme du patrimoine et de l’histoire. Alors n’hésitez pas à y venir flâner quelques jours.