Surplombant Caen, dans le Calvados, l'abbaye aux Dames est l'un des joyaux de la capitale normande. En 1050 ou 1051, Guillaume le Bâtard (futur Guillaume le Conquérant), duc de Normandie épouse Mathilde, fille du comte de Flandre. Leur mariage est prohibé par le pape Léon IX, peut-être pour des raisons de consanguinité et, selon les chroniqueurs de l'époque Milon Crespin et Orderic Vital, le souverain pontife les excommunie. En contrepartie du pardon accordé par le pape Nicolas II, ils fondent à Caen à une date proche de 1059-1060 deux abbayes bénédictines : l'abbaye aux Hommes, dédiée à saint Étienne, et l'abbaye aux Dames, dédiée à la Trinité.
Il existe également des raisons plus politiques. Guillaume doit combattre pendant toute la première partie de son règne les barons de Normandie. Il cherche donc à asseoir davantage son autorité sur la basse Normandie où la rébellion a été la plus forte. Cela passe par la construction de châteaux, mais également par la fondation d'abbayes, selon un schéma classique en Normandie depuis le Xe siècle. La fondation de l'abbaye aux Hommes et de l'abbaye aux Dames s'inscrit donc dans un dessein politique plus large qui vise à faire de Caen, pour les Ducs de Normandie, un point d'appui plus proche de la zone de sédition que Rouen qui se trouve dans la partie orientale du duché.
Les travaux de l'église de l'abbaye aux Dames commencent en 1062 et sont achevés en 1130. On commence par le chevet, au XIe siècle, puis on ajoute de petits arcs-boutants à l'extérieur pour renforcer l'édifice. Le 18 juin 1066, a lieu la dédicace de l’abbatiale de la Trinité encore en travaux, la célébration coïncidant avec l'assemblée des barons et prélats réunis à Caen au printemps de 1066 pour préparer l'expédition en Angleterre. Comme la fondation de l'Abbaye-aux-Hommes, c'est un acte politique majeur qui marque aussi l'attachement de Guillaume à Caen.
Durant des siècles, l’abbaye aux Dames accueillera des Bénédictines. Celles-ci étaient chargées de l’éducation des jeunes filles de familles nobles de Normandie. La pensionnaire la plus célèbre de l’abbaye aux Dames est Charlotte Corday, qui marquera ensuite l’Histoire de France en commettant l’assassinat de Marat le 13 Juillet 1793. En Août 1792, en pleine révolution Française, alors que le cloître reste encore en construction, les Bénédictines doivent fuir l’abbaye aux Dames et le bâtiment est alors utilisé comme caserne, tandis que l’église est aménagé en entrepôt de fourrage.
En 1823, l’abbaye revient à sa première utilisation, et accueille des religieuses Augustines. On en fait l’Hôtel-Dieu de Caen, puis, en 1908, elle devient l’hospice Saint-Louis. En 1865, de grands travaux de rénovations sont entamés. Durant la seconde guerre mondiale, alors que Caen est rasée par les bombardements, l’abbaye aux Dames ne subit que quelques dégâts. Restaurés dans les années 1980, ils accueillent aujourd'hui le siège de la région Normandie.
Mélangeant les styles roman et classique, l'abbaye aux Dames à Caen se compose de deux parties : l'église de la Trinité et les bâtiments conventuels. Les dimensions de l'église abbatiale de la Trinité sont plus modestes que celles de l'abbaye aux Hommes, l'abbatiale Saint-Étienne. L'emprise au sol de l'église abbatiale est de 1 594 m² : 80 m de long, 19 m de large dans la nef, 32 m entre les deux bras du transept. La nef de l'église de la Trinité est plus courte, moins large et plus basse que celle de son illustre compagne, mais elle est plus ornementée.
L'église de la Trinité est un chef-d'œuvre d'art roman normand, remaniée au XIXe siècle, l'église séduit par la beauté de son architecture. Les chapiteaux de l’abside dévoilent notamment une importante variété d’animaux fantastiques tirés d’un bestiaire médiéval, sculpté dans la pierre de Caen connue pour sa clarté et sa luminosité. Sa nef dépouillée s'orne de magnifiques élévations à deux niveaux. Son chœur sans déambulatoire abrite le tombeau de la reine Mathilde depuis le 1er novembre 1083 sous une impressionnante dalle de marbre noir.
Sur sa dalle funéraire est gravée une inscription latine dont voici la traduction :
« Cette belle tombe abrite dignement
Mathilde, issue de souche royale, d’une insigne valeur morale.
Son Père fut duc de Flandre, et sa mère Adèle
Fille du roi de France Robert
Et sœur de Henri qui occupa le trône royal.
Unie en mariage au magnifique roi Guillaume,
Elle a fondé une abbaye et fait construire cette église,
De tant de terre et de biens prestigieux
Dotée par elle et consacrée à son initiative.
Elle fut la providence des malheureux, pleine de bonté.
En distribuant ses trésors, elle fut pauvre pour elle-
Même et riche pour les indigents.
C’est ainsi qu’elle a gagné les demeures de la vie
Eternelle,
Le premier jour de novembre, après l’heure de prime ».
L'office de prime est le premier office religieux célébré aux premières heures du jour. L'ensemble des bâtiments est accessible en visite guidée, à l'instar de la crypte du XIe siècle avec sa forêt de colonnes ou les tapisseries dévoilant de grandes saintes. Ces visites guidées permettent notamment de découvrir l’architecture remarquable des lieux. Des visites nocturnes et théâtralisées sont proposées dans l’année. Des expositions temporaires sont également régulièrement organisées, et le parc est lui aussi librement accessible pour une promenade. Le parc de 5 hectares et son cèdre du Liban offre un panorama unique sur la ville de Caen.