Il existe, au centre de la France, une terre qui semble avoir échappé au tumulte moderne. Une terre de forêts profondes, de collines granitiques, de lacs silencieux et de villages où le temps prend encore le temps. Entre la Bourgogne et les premiers reliefs du Massif central, la Nièvre et le Morvan offrent un visage plus intime, plus sauvage, presque confidentiel du voyage.
La route touristique « À la découverte de la Nièvre et du Morvan » déroule ses kilomètres comme un long roman d’aventure douce. Ici, on ne traverse pas seulement des paysages : on entre dans une atmosphère. Chaque virage ouvre sur une vallée boisée, un clocher roman, une maison de pierre blonde ou un miroir d’eau enveloppé de brume matinale.
Cette escapade est une invitation à ralentir. À écouter le vent dans les sapins du Morvan. À goûter les fromages fermiers dans une auberge de campagne. À flâner le long d’un canal paisible ou dans les ruelles médiévales d’une petite cité bourguignonne. Du promontoire d’Avallon aux eaux du lac des Settons, des forges royales de Guérigny aux maisons à colombages de Clamecy, ce voyage compose une Bourgogne profondément humaine, généreuse et authentique.
Avallon, la porte du Morvan
Le voyage commence à Avallon, suspendue au-dessus de la vallée du Cousin. Dès les premiers pas, la ville séduit par sa silhouette médiévale et son atmosphère de vieille cité bourguignonne. Les remparts dominent les jardins en terrasse, les tours de pierre surveillent encore les vallons boisés, et les ruelles pavées invitent à la promenade. Au petit matin, lorsque la lumière dorée caresse les façades anciennes, Avallon révèle toute sa poésie. Les cloches de la collégiale Saint-Lazare résonnent doucement tandis que les habitants ouvrent les volets de leurs maisons anciennes. On traverse la Grande Rue comme on feuilleterait un livre d’histoire : maisons à tourelles, hôtels particuliers Renaissance, passages étroits et escaliers de pierre racontent des siècles de vie bourguignonne.
Avallon (km 0), du haut de son éperon de granit, domine la vallée du Cousin. Ceinture pittoresque de la ville, la vallée du Cousin et sa multitude de sentiers accrochés à la pente, offrent sur la vallée une infinité de points de vue différents sur le Morvan. Cette vallée fut aussi le coeur industriel et artisanal de la ville jusqu'au début du XXesiècle. De nombreux moulins et tanneries, aujourd'hui reconvertis, témoignent encore de ce passé. Dans cette cité fondée par les Romains, faites un saut dans le temps. Admirez ses remparts médiévaux, ses tours, puis sillonnez la vieille ville d'Avallon à travers ses rues pavées. Une grande partie de ses remparts, dont les derniers travaux cessèrent à la fin du XVIe siècle, existent toujours. Ils offrent une vue splendide sur les verdoyants jardins étagés vers la vallée.
Dans le centre ancien, en parcourant la Grande-Rue vraiment très pittoresque, on observera de très belles maisons à tourelles du XVe et des demeures du XVIe et XVIIe. Parmi les différents monuments que vous ne devez pas manquer, citons la collégiale Saint-Lazare et la tour de l'Horloge. Sans oublier les petites rues du vieil Avallon, les tours, bastions et échauguettes, à découvrir à pied en se promenant le long des remparts de la ville.
Mais Avallon est aussi une ville de nature. La vallée du Cousin, en contrebas, forme un écrin de verdure spectaculaire. Les sentiers serpentent le long de la rivière, traversent des sous-bois humides et longent d’anciens moulins. Le murmure de l’eau accompagne le marcheur dans une ambiance presque féérique.
Cette entrée en matière donne immédiatement le ton du voyage : ici, patrimoine et nature ne s’opposent jamais. Ils dialoguent en permanence. Le soir venu, les terrasses s’animent doucement autour d’un verre de vin de Bourgogne. On goûte les spécialités locales : jambon persillé, œufs en meurette, escargots au beurre persillé ou bœuf charolais mijoté au vin rouge. La Bourgogne des grands crus existe ici sous une forme plus rustique, plus sincère, mais infiniment savoureuse.
Quittez Avallon en direction Quarré-les-Tombes par la D10 (19 km) dernier bastion icaunais avant la Nièvre.
Quarré-les-Tombes, entre mystère et légendes
En quittant Avallon, la route s’enfonce progressivement dans les paysages vallonnés du Morvan. Les forêts deviennent plus denses, les routes plus sinueuses, les villages plus rares. Puis apparaît Quarré-les-Tombes, étrange village entouré de mystères. Autour de l’église Saint-Georges reposent des dizaines de sarcophages de pierre datant du haut Moyen Âge. Le lieu impressionne immédiatement. Les tombes alignées semblent sorties d’une légende ancienne. On évoque ici les invasions vikings, les batailles oubliées, les récits de chevaliers et les croyances médiévales. Le silence qui règne autour de l’église accentue encore cette sensation d’étrangeté.
La légende veut que ces tombes aient été disposées là pour accueillir les dépouilles des soldats tombés au cours de la bataille de Champ-Culan. Cette bataille, âprement disputée se serait soldée par la déroute de l’'envahisseur. Saint Georges, patron des chevaliers, désireux de récompenser tant de bravoure aurait envoyé une multitude de sarcophages, afin que les soldats puissent avoir une sépulture chrétienne, et ainsi gagner le paradis. Le Morvan aime les histoires mystérieuses. Ses forêts profondes, ses brumes matinales et ses reliefs isolés nourrissent depuis toujours l’imaginaire populaire. On comprend rapidement pourquoi tant de voyageurs parlent ici d’un territoire « à part ».
Dans les cafés et les petites boutiques artisanales, on découvre aussi une autre facette du Morvan : celle des savoir-faire locaux. Miels de forêt, confitures artisanales, poteries, objets en bois ou gaufres bourguignonnes témoignent d’un art de vivre rural encore très vivant. Non loin de là, le souvenir de Sébastien Le Prestre de Vauban plane encore sur la région. En reprenant la route, on se souviendra que le grand architecte Vauban (1633-1707) est né à Saint-Léger-Vauban jadis Saint-Léger-de-Foucheret, à seulement 6 km d'ici. Son héritage historique donne au territoire une profondeur supplémentaire.
Poursuivez sur la D10, puis la D236 vers Montsauche-les-Settons (41 km). Au coeur du territoire des Grands Lacs, Montsauche-les-Settons s'étend la forêt du parc du Morvan. Profitez de votre passage pour une pause bucolique au le lac des Settons qui culmine à 600 m d'altitude.
Le lac des Settons, cœur bleu du Morvan
Quelques kilomètres plus loin, la forêt s’ouvre soudain sur une immense étendue d’eau : le lac des Settons. Le lac de 367 hectares retenu par une digue en pierre, classée monument historique est unique en France. Le lac est aménagé pour la plaisance et les sports nautiques. On y pratique également la pêche, la randonnée et de nombreuses activités de plein air.
Le Lac des Settons, dans le Morvan prend des airs de Scandinavie. Bordé de sapins et de collines boisées, ce vaste lac artificiel offre l’un des paysages les plus emblématiques de la région. Dès les beaux jours, les voiles blanches glissent sur l’eau sombre. Des familles pique-niquent au bord des plages aménagées tandis que les randonneurs partent explorer les sentiers forestiers. Kayak, paddle, voile, baignade ou pêche : le lac devient un immense terrain de jeu naturel. Mais même hors saison, le lieu conserve une beauté saisissante. Les brumes automnales flottant sur l’eau au lever du jour composent des tableaux presque irréels. En hiver, lorsque le silence enveloppe les rives désertes, le lac semble appartenir uniquement aux oiseaux et aux nuages.
La route poursuit ensuite son ascension vers Château-Chinon, perchée sur les reliefs du Haut-Morvan. Château-Chinon est bâtie sur les flancs d'une colline culminant à 609 m. Compte tenu de sa situation stratégique, son histoire est chargée depuis les époques gauloise et gallo-romaine.
Château-Chinon, capitale du Haut-Morvan
Continuez vers Château-Chinon par la D37 (67 km), considérée comme la capitale du Haut-Morvan, "Petite ville et grand renom", disait-on jadis de Château-Chinon. Au cœur du massif du Morvan, découvrez Château-Chinon et ses maisons de granite couvertes d'ardoises. La ville surprend par son atmosphère montagnarde. Les maisons de granit aux toits d’ardoise rappellent presque certaines régions du Massif central. Ici, le climat est plus rude, les hivers plus longs, les paysages plus sauvages. Château-Chinon est intimement liée à la figure de François Mitterrand, qui fut maire de la ville pendant plus de vingt ans. Son empreinte culturelle demeure visible à travers le musée du Septennat et plusieurs aménagements urbains.
La célèbre fontaine de Niki de Saint Phalle apporte une touche artistique inattendue au cœur de cette petite cité montagnarde. Ses couleurs éclatantes contrastent avec le granit sombre des maisons et rappellent que le Morvan est aussi une terre de création. Mais la ville ne vit pas dans le passé. Elle possède une énergie discrète, nourrie par son identité morvandelle forte. Les marchés locaux regorgent de produits régionaux : miel de sapin, charcuteries artisanales, fromages fermiers et vins bourguignons. Autour de Château-Chinon, les panoramas deviennent spectaculaires. Les collines ondulent à perte de vue, couvertes de forêts épaisses et de prairies bocagères où paissent les vaches charolaises. Le Haut-Folin, point culminant du Morvan, n’est jamais très loin. À un peu plus de 900 mètres d’altitude, il domine toute la Bourgogne intérieure.
Poursuvez votre route à la découverte de la Nièvre et du Morvan vers Châtillon-en-Bazois via la D978 (91 km).
Châtillon-en-Bazois et les élégances du Nivernais
Après les reliefs boisés du Morvan, la route redescend doucement vers des paysages plus ouverts. Châtillon-en-Bazois apparaît au bord de l’Aron et du canal du Nivernais, dans une atmosphère paisible typiquement nivernaise. Le château domine le village depuis un promontoire rocheux. Habité depuis plus de mille ans, il raconte à lui seul une grande partie de l’histoire régionale. Tours médiévales, jardins remarquables, douves et dépendances composent un ensemble d’une grande élégance.
La lumière de fin d’après-midi donne au lieu une douceur particulière. Les pierres blondes se réchauffent au soleil tandis que les eaux tranquilles du canal reflètent les arbres centenaires. Le canal du Nivernais constitue l’un des grands fils conducteurs de cette région. Long de près de 180 kilomètres, il relie la Loire à l’Yonne et figure parmi les plus beaux canaux d’Europe. Aujourd’hui, péniches de plaisance, cyclotouristes et promeneurs se partagent ses berges ombragées. Le rythme des écluses invite naturellement à la contemplation.
Le voyageur découvre ici une autre Bourgogne : plus aquatique, plus bucolique, presque romantique. Visitez l'église Saint-Jean-Baptiste : de style néo-roman, achevée en 1868. Puis, admirer le Château de Châtillon-en-Bazois : construit sur un piton rocheux, il est habité depuis les années 900. Son site est une ancienne place forte, située dans la boucle de la rivière Aron et celle du canal du Nivernais. La tour de défense, le cellier et des pièces souterraines du xiiie siècle sont encore visibles. Une sortie du château menait à la crypte de l'église d'Alluy, commune proche de Châtillon-en-Bazois. Aujourd'hui le château se visite. Les jardins sont labellisés « jardin remarquable ». Le parc a été dessiné par le comte Lavenne de Choulot. Le tout est inscrits aux monuments historiques.
Suivez la D978 et la D26 en direction de Guérigny (134 km).
Guérigny et la mémoire des forges royales
Plus au sud-ouest, Guérigny raconte une page fascinante de l’histoire industrielle française. Au XVIIIe siècle, les forges royales de Guérigny participaient à la construction de la marine française. Ancrée au cœur des forêts, la ville profitait de l’abondance du bois et de l’eau pour alimenter ses activités métallurgiques. L'histoire de Guérigny est liée à celle de Pierre Babaud de la Chaussade (1706-1792), qui, au XVIIIe siècle, implanta ici les forges royales, également connues comme Forges de la Chaussade. Ces dernières, totalement liées à la construction navale, fonctionnèrent jusqu'en 1971. Aujourd’hui encore, l’empreinte industrielle reste visible dans l’urbanisme de la ville et les anciens bâtiments des forges.
Mais Guérigny ne se résume pas à son passé industriel. Tout autour s’étendent les immenses forêts des Bertranges, parmi les plus vastes hêtraies de France. Ces bois majestueux offrent des paysages magnifiques en toute saison. Au printemps, les jeunes feuilles diffusent une lumière vert tendre presque irréelle. En automne, les couleurs flamboyantes transforment les sentiers en cathédrales dorées. Les amateurs de patrimoine apprécient également les nombreux châteaux disséminés dans les environs : demeures Renaissance, manoirs nivernais et anciennes gentilhommières ponctuent la campagne.
Ne manquez pas le le château de Villemenant construit au XIVe siècle, Classé Monument Historique en 1930, se situe dans un paysage typiquement nivernais. À quelques pas de la Nièvre, sa tour d'escalier polygonale à colombages et ses deux tours semi-circulaires sont très pittoresques. Le château propose des chambres d'hôtes. Aux alentours de Guérigny, on trouve en outre les châteaux de Bizy, de Poiseux, de Mimont, et le château des Bordes à Urzy, le château de Luanges néo-Renaissance, le château des Évêques, le château de la Chaussade. À quelques centaines de mètres de Guérigny s'étend la forêt des Bertranges qui,fait partie des plus grandes étendues boisées de France. Cette partie du voyage révèle toute la diversité de la Nièvre : nature préservée, patrimoine historique et mémoire ouvrière se mêlent sans jamais se contredire.
Votre périple se poursuit vers Menou via la D117 (169 km) où se trouve le Château de Menou, édifié en 1672. Il a appartenu à Jacques Garcia. La commune possède un Fanum (petit temple), à triple enclos et cella centrale, entourée de sa galerie et encadrée par le mur du péribole, placé sur une des branches de l'Y formant le site de l'agglomération antique (site enfoui).
Clamecy, la cité du flottage du bois
Puis vient Clamecy, probablement l’une des plus belles surprises de cet itinéraire. Ce parcours touristique passera à Clamecy ancienne capitale du flottage du bois par la N151 (196 km). Partez à la découverte de la cité médiévale de Clamecy. Dans une ambiance pittoresque venez flâner dans les ruelles de cité médiévale avec ses maisons à colombages et remonter le temps à l’époque du flottage du bois… N'oubliez pas de visiter la collégiale Saint-Martin, de style gothique bourguignon, et le musée aux collections variées.
Ancienne capitale du flottage du bois, la ville possède un charme médiéval irrésistible. Les maisons à colombages se reflètent dans les canaux, les ruelles pavées débouchent sur de petites places ombragées et les façades anciennes racontent la prospérité passée de la cité. Pendant plusieurs siècles, les bûches coupées dans le Morvan étaient acheminées jusqu’à Paris grâce à un ingénieux système de flottage sur les rivières et les canaux. Clamecy jouait alors un rôle stratégique dans cet immense commerce du bois.
Aujourd’hui, cette mémoire demeure partout visible. Les quais, les ponts, les maisons de marchands et les anciens entrepôts rappellent cette époque où la ville vivait au rythme des trains de bois descendant vers la capitale. La collégiale Saint-Martin impressionne par son élégance gothique. À l’intérieur, la fraîcheur des pierres contraste avec l’animation douce des rues extérieures. Clamecy possède aussi une vraie douceur de vivre. Les cafés installés sous les arcades, les marchés de producteurs et les petites librairies indépendantes créent une ambiance particulièrement agréable. Le soir, lorsque les lumières se reflètent dans les canaux, la ville prend des allures de décor de cinéma.
Le circuit touristique arrive via la D951 (219 km) vers un village sur une colline, et pas n'importe quel village... Vézelay, haut lieu du christianisme aux portes de l'Avallonnais, Vézelay est aussi un charmant village perché. La montée vers la basilique est une expérience quasi initiatique. Au fil des siècles, artistes et écrivains n'y ont-ils pas trouvé l'inspiration ? Spirituel, littéraire, ou poétique, ici souffle l'esprit de l'art roman.
Vézelay, l’âme spirituelle de la Bourgogne
Impossible d’évoquer cette route sans parler de Vézelay, même si le village se situe légèrement à l’écart de l’itinéraire principal. Perché sur sa colline éternelle, Vézelay attire depuis des siècles pèlerins, artistes et voyageurs. Sa basilique Sainte-Marie-Madeleine, classée au patrimoine mondial de l’UNESCO, domine les paysages bourguignons avec une majesté incomparable.
En montant la rue principale, bordée de galeries d’art, de maisons anciennes et de restaurants gourmands, on ressent immédiatement quelque chose de particulier. Une forme de sérénité intemporelle. À l’intérieur de la basilique, la lumière joue avec les colonnes romanes dans une harmonie presque mystique. Les concerts de musique sacrée organisés en été renforcent encore cette émotion. Autour de Vézelay, les paysages alternent entre vignobles, collines et vallées boisées. Le regard porte loin sur la Bourgogne intérieure.
Le village constitue une conclusion idéale à ce voyage : un lieu où nature, spiritualité, histoire et art de vivre se rejoignent avec une rare intensité. Retour vers Avallon par la D957 (236 km). La route redescend vers Avallon, refermant une boucle riche, variée, profondément humaine. On revient transformé, apaisé, nourri de paysages, d’histoires, de rencontres.