Qui dit abbaye dit reliques. On en fit venir de Touraine, ou de Tournus, celles de saint Léonard et Corbigny devint Corbegni-les-Saint-Léonard. Quelques miracles survenant à point, les pèlerins affluèrent. Le territoire de Corbigny devint l'une des premières étapes sur le chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle pour les pèlerins partis de Vézelay. Sur la maison des échevins, une conche de Saint-Jacques est sculptée en haut-relief. Elle témoigne du passage des pèlerins dans le village, sur la voie de Vézelay. Pourtant une querelle des reliques fait rage. Dès le XIe siècle, les moines de Corbigny ont développé une économie du pèlerinage autour des prétendues reliques de saint Léonard du Limousin, dont la présence à Corbigny est contestée dans un texte en latin du XIIe siècle, écrit à l’usage des pèlerins de Saint-Jacques-de-Compostelle. « Erubescant igitur Corbiniacenses monachi qui dicunt se beati Leonardi corpus habere… » (Que les moines de Corbinia aient donc honte de dire qu'ils ont le corps du bienheureux Léonard...).
Laissons aujourd'hui de côté les polémiques pour partir en balade dans le village de Corbigny, où vous pourrez apprécier ses rues pittoresques et apprécier son riche patrimoine architectural. Vous trouverez sans problème une place pour stationné votre véhicule. Ceci fait, dirigez-vous vers la Rue des Tepins, au n°15 admirez une belle porte ancienne en bois sculpté, qui est datée des XVIIe – XVIIIe siècles. Cette porte avec son porche de pierre calcaire jaune, appartient a une ancienne demeure de la ville bâtie de plan rectangulaire, nommée la maison du boulevard. En 1815, cette maison appartient à Mr Paul-François Héreau. Elle passe ensuite a d’autres propriétaires, tel que la famille Guénot-Granpré, puis par héritage à Madame Charié Marsaines.
Dirigez-vous ensuite en direction de la Rue du Presbytère, sur votre droite le long de l’Anguison se trouve un petit lavoir. Situé au bout d’une impasse, il est placé sur la rive de l’Anguison, avant d’arriver sur le lavoir, vous laissez sur votre gauche trois abreuvoirs en escalier alimenté par une petite source, qui finit dans le ruisseau. Il était autrefois un lieu de rencontre animé où se retrouvaient régulièrement les habitantes. Le petit lavoir possède deux plans de lavage, sûrement pour pallier à une montée des eaux, il est à ciel ouvert. Les lavoirs représentent tout un pan de notre mémoire populaire, à ce titre il doit être respecté, comme le nom de certaines rues.
Poursuivre en direction de l'église Saint-Seine, de style gothique flamboyant à trois nefs, a été édifiée au début du XVIe siècle après plusieurs destructions d'une église primitive de 1134. Elle fut consacrée en 1537. L'édifice est composé d'une nef à chevet plat, sans transept, soutenue par des piliers ronds sans chapiteaux, elle comprenait trois chapelles dont une transformée en sacristie. A l'intérieur, on découvre le maître autel en marbre rose et blanc, provenant de l'Église de l'Abbaye de Corbigny, un lutrin en bois sculpté de style Louis XV provenant de l'ancienne chartreuse du Val-Saint-Georges, ainsi que 22 stalles du XIIe siècle bordant le chœur. Il y a également deux bénitiers en fonte dont un datant de 1584, deux statues en bois polychrome représentant Saint-Seine et Saint-Augustin, les fonds baptismaux du XVIIIe siècle en marbre rose et cuivre et le triptyque central représentant le Sacré Cœur entouré de Saint Léonard et Saint Seine.
Tournez à droite dans la Rue du Saulet, où se trouve le lavoir du Saulet. Il est protégé par une toiture à deux pentes couverte d’ardoises. Les deux rangées de margelles du lavoir du Saulet sont en pierre de taille, elles plongent directement dans le ruisseau de l’Anguison. Les margelles en pierres de tailles sont en escalier pour pallier aux crues du ruisseau. Le lavoir est pourvu de barre en bois pour étendre le linge. La toiture du devant est plongeante protégeant ainsi les lavandières lors de mauvais temps, cette toiture est couverte de petites tuiles plates en terre cuite.
Revenez sur vos pas, passez devant la Mairie, Place de l'Hôtel de ville, avec ses chapiteaux romans sculptés, prendre sur votre droite la rue du Petit Fort pour arriver Quai du Petit Fort. Corbigny était doter de très nombreuses fortifications, car la ville possédait par moins de quatorze tours et cinq portes. Au n°3 Quai du Petit Fort se trouve les restes des anciens Remparts du XIIe et XIVe siècle. Au début du XVIe siècle, les remparts de la commune furent reconstruits afin de prendre en compte les progrès de l’artillerie dans l’attaque et la défense des places de guerre. Les fortifications comprenaient alors quatorze tours dont “La Madeleine”, qui existe encore; dédiée à l’habitation depuis le XVIIIe siècle.
Continuez sur votre droite par la rue de la Madeleine, et nouvelle fois à droite par la rue des Capucins. Le mot capucin, vient du nom qui a été donné aux religieux catholiques. Ces religieux dont la bure comportait une grande capuche. Ils appartenaient à une des nombreuses réformes de l’ordre de saint François d’Assise. Ces frères mendiants se caractérisent par un aspect, pauvre et austère, une barbe et un habit à capuchon de couleur brun-marron, d’où, l’attribution du même nom à des animaux ou objets ayant un aspect similaire. L'œuvre Hospitalière est situé au n°2 de la rue des Capucins. Celui-ci est placé aux abords du ruisseau des tanneurs, et de la rivière de l’Anguison. Cet hospice est créé en 1851, puis, il est transféré à ce nouvel emplacement en 1912. Cela grâce aux dons des familles Guillemain de Talon et Guillemain Déchon. L’architecture de l'ancien couvent de l’hospice de Corbigny est de plan en croix. Il comprend trois bâtiments conjoints. Les bâtiments sont construits ou réhabilités à différentes époques. Au centre du bâtiment une petite chapelle est placée et, au premier étage du celui-ci, de magnifiques vitraux sont à découvrir.
La prochaine étape de votre parcours touristique à Corbigny sera l'ancienne abbaye bénédictine Saint-Léonard. L'abbaye doit son origine à la vénération des reliques de Saint-Léonard (882) , dont le pélerinage fut jumelé avec celui de Vézelay. Ce magnifique monument, reconstruit à l’époque baroque a perdu sa fonction d’abbaye après la révolution. Loin d’être laissé à l’abandon, elle a abrité les Haras nationaux, la mairie, la gendarmerie, la prison, le petit séminaire, le juge de paix et bien d’autres encore avant de s’ouvrir à partir de 1850 à l’enseignement, d’abord religieux puis laïque jusqu’en 1983. L'abbaye est devenue un haut lieu de création et de diffusion artistique "Centre d’arts culturels Abéïcité", abritant plusieurs associations culturelles. Elle accueille chaque année de nombreux évènements artistiques d'envergure. L’abbaye Saint Léonard, renferme à elle seule de nombreux trésors à découvrir.
Située au huit de la rue de l’abbaye, vous trouverez les vestiges de l’ancienne entrée fortifiée de l’abbaye bénédictine Saint-Léonard, renommée Abéïcité (Ancien château de Corbigny). Cette ancienne entrée fortifiée, protégeait les dépendances de l’abbaye, elle ce dotera par la suite d’un portail monumental d’entrée. Le site à été autrefois hospice militaire durant la première guerre mondiale, puis, comme on peut encore le distinguer sur le fronton de gendarmerie. L'Ancien château de Corbigny, faisait partie d’un système de défense de la ville, d’autres vestiges de fortifications sont encore bien visible.
Sur la route de Cropigny, vous trouverez la tuilerie de la Chapelle de Sarre, son nom est issu de la petite chapelle qui se trouve à proximité. Briqueterie-tuilerie à l'ancienne du XVIIIe siècle, c'est la seule de la Nièvre à avoir fonctionné sans interruption. La tuilerie a été la propriété de la famille Garnier-Monot depuis 1892, jusqu’en février 2002. À cette date, elle a été léguée à Bernard Henriot, issu d’une famille de tuiliers-briquetiers. Les briques, tuiles et tomettes, sont principalement produites à partir de la terre de la carrière voisine, elles sont cuites au feu de bois. La terre, est extraite sur les hauteurs de Sarre, c’est une argile plastique jaunâtre disposée en lambeaux à la surface des plateaux. Après la cuisson au feu de bois, kaolin et oxydes de fer lui donnent des teintes de "coucher de soleil".
Non loin de la tuilerie, la chapelle Notre-Dame de Sarre faisait partie du prieuré de Corbigny. Au XIIe siècle, après l'incendie de 1180, elle renferma les reliques de saint Léonard. Ce petit édifice, très humble, possède un autel en pierre qui aurait contenu les reliques du saint. Constitué d’une seule pièce, le petit oratoire ne possède qu’un autel de pierre dans lequel auraient été déposés les reliques du saint et un tronc à offrandes à l’entrée. D’après la tradition et le récit légendaire de la vie de saint Léonard, écrit au XIème siècle, Léonard est né dans une famille franque d’officiers de la cour de Clovis à la fin du Ve siècle. Baptisé par saint Rémi, évêque de Reims, il a comme parrain Clovis lui-même, et devient disciple de saint Rémi. Comme celui-ci, il visite les pauvres et les malades.
Un oculus ( œil-de-bœuf ) situé au dessus de la porte d’entrée de la chapelle Notre-Dame de Sarre permet d’éclairer cette petite chapelle, vous pouvez encore apercevoir derrière le bâtiment les traces d’un ancien emplacement d’entourage d’une porte voûtées. Sa toiture à deux pans est couverte de petite tuile de terre cuite de la tuilerie de la Chapelle de Sarre. La pierre des morts de la chapelle de Sarre à Corbigny permet de déposer temporairement les cercueils transportés au lieu de culte ou à la maison mortuaire. Cette pierre des morts, aussi appelées reposoirs possède deux pierres de taille qui supporte la pierre servant de réceptacle aux cercueils. La pierre des morts est située devant la chapelle de Sarre sur la gauche a coté d’une croix de pierre. Les croix hosannières dites hosannaire ou croix de l’hosannaire sont des édicules funéraires construits entre les XIIe et XVIe siècles.
Tout près, la fontaine Sainte-Agathe également du XIIe siècle était réputée pour donner du lait aux nourrices. Sainte-Agathe de Catane ou Agathe de Sicile est une sainte chrétienne, vierge et martyre, née en 231, décédée en 251, et fêtée le 5 février. Sainte-Agathe est la patronne des nourrices, des bijoutiers, des fondeurs de cloches. Son nom signifie "bonté". Les femmes trempaient ou aspergeaient leurs poitrines dans Les Fontaines pour obtenir en quantité le lait qui va nourrir les enfants. La source de la Fontaine Sainte Agathe est protégée par un ouvrage en pierre. Sur le mur du fond, une niche, close par une grille, est aménagée pour recevoir la statuette de la sainte, mais à l’intérieur seul le socle est encore visible.
La chapelle Notre Dame de Sarre et la fontaine Sainte-Agathe étaient le lieu d’un pèlerinage important au XIIe siècle. Elle est toujours située sur le chemin de Compostelle, on remarquera les coquilles de Saint-Jacques, aussi bien sur la fontaine que sur la dernière marche de l’escalier menant à la chapelle. (pèlerinage : Démarche personnelle ou collective effectuée par un croyant, un pèlerin, vers ou dans un lieu saint à des fins religieuses et dans un esprit de dévotion). Revenez dans le centre de Corbigny, derrière la Porte rouge, au n°7 de la rue de l'Anguison, Alter Ego / Musée des mondes imaginaires expose des œuvres peintes, écrites, fabriquées, assemblées... et un ensemble de 6 circuits ferroviaires à l'échelle du 1/87e irriguant le monde légèrement dystopique de la SNCF, dans l'esprit de l'art brut.
À l'ouest de Corbigny se dresse également le monument commémorant l'accident du Dewoitine D.332 Émeraude. La nuit du 15 janvier 1934, l'avion Émeraude, qui rentre d'un voyage inaugural entre Saïgon et Paris, avec à son bord quelques personnalités d'Indochine et de la compagnie Air France, s'écrase sur Corbigny. Les dix passagers, dont le pionnier de l'aviation Maurice Noguès et le gouverneur général de l'Indochine Pierre Pasquier, sont tués. L'avion venait d'établir un record de vitesse entre Paris et Saïgon. Édifié en 1938, le monument commémoratif est constitué de quatre colonnes pointées vers le ciel adossées à une stèle inclinée. Sur celle-ci sont placés dix médaillons rappelant les noms de chacune des dix victimes. La stèle, large de vingt-six mètres, représente l'envergure de l'appareil. Sur le site commémoratif du crash, une signalétique vous racontera étape par étape l'histoire tragique de ce vol inaugural. Une table d'orientation vous indiquera entre autre la direction de Saïgon.
Même si vous n’êtes pas en pèlerinage, vous trouverez sur la commune de Corbigny des chemins de randonnées aménagés autour de sites naturels remarquables. Le sentier du Héron Cendré vous mènera par exemple, le long des rives d’un étang où vous pourrez profiter d’un observatoire permettant d’admirer en totue discrétion la faune et flore préservées. Les amateurs de tourisme fluvial seront ravis car Corbigny est une plaisante ville étape du canal du Nivernais. Aux alentours de Corbigny, des monuments à l’architecture originale valent le détour. Citons notamment Le Château de Villemolin à Anthien, le Château de Lantilly à Cervon ou le Château de Chitry-les-Mines qui abritent une collection de meubles anciens et des tapisseries d’Aubusson..