En parcourant la propriété, plus exactement la « station », classée monument historique en 1980, vous ne perçevrez pas la lutte pour sa reconnaissance. Au lendemain de la guerre, tout cela n’était qu’à l’état virtuel…Non, ce n'est pas qu'un alignement de vieilles pierres, c'est le site
mégalithique le plus prestigieux de l'île de beauté...
Une allée clairement dessinée sous les oliviers, l’entrée de l’enceinte cyclopéenne bien dégagée, qui enserre la torre : une construction en pierre sèche mesurant 6 à 8 mètres de haut, puis des vestiges de cabanes de l’âge du bronze, et un alignement de statues-menhirs.
En 1946, Charles-Antoine Cesari achète un terrain plutôt agréable : une cinquantaine d’hectares vallonnés, traversés par un ruisseau et une forêt de chênes et d’oliviers. Il veut l’aménager et faire un peu de ménage dans toutes ces pierres disséminées partout sur ses terres. Mais en soulevant un long bloc, il découvre le visage d’un homme sculpté dans le granit. Immédiatement, il pense avoir fait une découverte exceptionnelle. Pourtant ses ouvriers peu convaincus veulent l’utiliser pour marquer les bornes du domaine.
Charles-Antoine Cesari s’exclame alors : « je n’ai jamais mis de chaine au cou d’un homme, je ne vais pas commencer à le faire, même avec un homme de pierre ». D’un tempérament obstiné, le Corse, persuadé d’avoir fait une grande trouvaille, n’eut dès lors qu’une obsession : mettre au jour son «trésor» et, surtout, le protéger contre les bergers qui espéraient trouver de l’or dans ces guerriers de pierre.
Il fallut toutefois attendre la nomination, en 1954, sur l’île, de Roger Grosjean, chercheur au CNRS, pour que Filitosa soit étudié en profondeur. Roger
Grosjean, archéologue et chercheur au CNRS entreprend alors les fouilles de Filitosa qui lui permirent de découvrir un vaste ensemble architectural composé d'une enceinte cyclopéenne, de trois monuments torréens, de seize statues-menhirs sculptées, d'un village de cabanes et aussi différents objets vestiges de fouilles comme des fragments de céramique ou d'armes.
Les recherches déterminent l'occupation du site préhistorique de Filitosa du VIème millénaire avant notre ère jusqu’à l’occupation romaine. Roger Grosjean avança, le premier, une hypothèse romanesque : ces statues représenteraient les Shardanes, «peuples de la mer», dont on retrouva des traces jusqu’en Egypte et qui conquirent, un temps, la Corse.
Les statues-menhirs travaillées dans le granite, aux formes le plus souvent humaines conservent encore une part de mystère quant à leur signification. Le circuit dans la nature qui y est proposé est vraiment passionnant dans la mesure où il permet de bien observer les statues-menhirs.
Puis, au sommet d'une butte, une série de sept monolithes alignés telle une armée, dont «Filitosa VI», l’air sévère, coiffé d’un casque hémisphérique, et «Filitosa IX», au visage sculpté, d’un réalisme troublant. Plus loin, en contrebas, disposées en arc de cercle, cinq statues raides comme des lances, terriblement expressives.
C’est avec les fouilles de Filitosa que débuta l’exploration de la préhistoire corse et la mise au jour de merveilles, comme le site mégalithique de Cauria, dans la région de Sartène, ou les alignements de menhirs d’Apazzu dans la vallée de l’Avena…