La ville de Pont-de-l’Arche, désigné sous le nom de Archas, ou Pontem Archas, n’est réellement connu par les textes qu’au début du XIe siècle. attesté sous les formes : ad Archas à la fin du Xe siècle ; Pons Archas vers 1020 dans une charte de Richard II ; Pontem Archas en 1025... Il est même mentionné comme port de Damps, ville située à côté de Pont-de-l’Arche. Pour une raison inconnue, l'appellation Pont-de-l'Arche s'est donc substituée à celle de "Pont d'Arches" ou "Pont des Arches". La forme contemporaine Pont-de-l'Arche ne correspond pas à la plupart des formes anciennes qui donnent le mot Arches au pluriel.
Aux origines, il semblerait qu'il y eut une station sur la voie romaine allant de Rouen à Évreux où elle franchissait la Seine, à proximité de l'emplacement actuel de Pont-de-l'Arche désignée dans l'itinéraire d'Antonin sous le nom d'Uggade. La ville de Pont de l’Arche est née après la construction de fortifications militaires bâties sur le territoire du village des Damps en amont, c'est-à-dire Les Damps qui signifierait « les Danois ». Un pont de bois a été construit sur la Seine et l'Eure à partir de 862 et protégé par deux forts de part et d'autre. La ville n’aurait donc été à cette époque qu’un regroupement de quelques habitations autour du pont, l’un des tous premiers et l’un des rares sur la Seine, dépendant du village voisin.
Le chantier de ces défenses, qui marqua le règne de Charles II, dit le Chauve, fut décidé et officialisé lors des plaids de Pîtres. Vers 869, le pont et les deux forts semblent avoir été achevés. Le pont fut renforcé vers 870 par Charles le Chauve pour essayer de contrer l'avancée des Vikings sur la Seine. Le rôle politique de Pont-de-l’Arche découle de sa position sur la Seine et du pont qu’elle défend : elle devient en effet un point de passage quasi obligatoire pour qui voyage, faisant le lien entre la Normandie et le Royaume de France. Philippe Auguste établit à Pont-de-l’Arche son principal lieu de résidence en Normandie. Il fortifia la ville avec des remparts en pierre de taille de Vernon. Il fit de même pour le Fort de Limaie de l’autre côté du pont, rive droite, dont il bloquait l’accès, telle une barbacane.
Pont-de-l’Arche s'est développée autour du pont fortifié, ouvrage nécessitant le halage des bateaux et permettant de percevoir des droits de passage. À la fin du XVIIIe siècle, la ville était encore dans la limite des remparts centrés sur le pont. Pont de l'Arche est connu dans l'Eure comme capitale de la chaussure. En 1751, on y inventa le premier chausson avec des chutes de drap, puis la chaussure a fait de Pont de l'Arche une cité incontournable. S'il n'y a plus autant d'usines de chausses qu'auparavant, ce patrimoine industriel perdure aujourd'hui notamment à travers l'entreprise Marco.
Ville de patrimoine… La cité de Pont-de-l'Arche, mélange de Moyen Âge et de Renaissance, offre un bel ensemble de maisons historiques, datant pour la plupart des XVe, XVIe, XVIIe et XVIIIe siècles. On y trouve des encorbellements, des avant-soliers, des décorations gothiques, des panneaux de bois sculpté, des porches, l'une d'elles est connue sous le nom de l'auberge de la Tête noire, précédée d'un porche qui paraît appartenir au XIIIe siècle. Des vestiges de ses anciennes fortifications, notamment celles édifiées par Charles II dit le Chauve, sont encore visibles.
En arrivant à Pont-de-l'Arche, vous pourrez stationner votre véhicule au parking situé quai de Verdun. Commencez votre visite par l'église Notre-Dame-des-Arts, place du Maréchal Leclerc. L'église actuelle de Pont-de-l'Arche, construite au XVe siècle, près des remparts et sur un mamelon élevé qui domine à la fois l'Eure et la Seine, est restée inachevée ; mais elle ne compte pas moins parmi les beaux monuments du département. L'église Notre-Dame-des-Arts est un parfait exemple du style gothique flamboyant que l'on retrouve çà et là dans la vallée de la Seine.
Les fonts baptismaux, dont la cuve, faite d'une seule pierre, est attribuée à Jean Goujon, plusieurs vitraux et les pendentifs des voûtes, sont fort estimés. Le retable du maître-autel habite tout le fond du chœur. En bois taillé, doré, il présente toute la richesse décorative du baroque. Réalisé vers 1640, il apporte à l'église Notre-Dame-des-Arts une riche touche de la Renaissance. En son centre se trouve la Résurrection, toile de Le Tourneur (1642). Les 46 stalles datent du XVIIe siècle. Elles sont issues de l’ancienne abbaye de Bonport. Les lions sculptés font référence à Richard Cœur de Lion, fondateur de cette abbaye en 1190. A ne pas rater, les statues allant du XIIIe siècle à nos jours et l’orgue construit de 1608 à 1614 par Jean Oury dans l’atelier du facteur d’orgues rouennais Crépin Carlier. L'orgue et le maître-autel sont des dons d'Henri IV.
En sortant de l'église, prendre à droite dans la Rue de Crosne, tournez dans la première ruelle à gauche, puis à droite dans la Rue Blin où se trouve la maison du Gouverneur. Telle une tour de guet dans la ville, cette maison du XVIe siècle, était le siège de l’administration militaire du gouvernement de la ville. Henri IV y séjourna au XVIe siècle, et le cardinal de Richelieu fut gouverneur de Pont-de-l’Arche au XVIIe siècle. Au bout de la Rue Blin, vous retrouvez la Rue de Crosne.
Tournez à gauche pour admirer la Porte de Crosne, ancienne porte Saint-Jean, c’est le dernier vestige des 4 portes médiévales. La tour subsistant a une forme en « u ». Elle est percée de deux archères partiellement obstruées. On y voit la base d’une des tours d’entrée avec une meurtrière et le passage de la herse dans le mur. Sa partie basse a été enterrée lors du comblement du fossé. Devant la tour, il y avait un pont-levis qui rejoignait la Porte de Léry. Crosne est le nom de l’intendant de Rouen qui a ordonné la construction des premiers boulevards sur les anciens fossés au XVIIIe siècle.
Continuez sur votre droite dans la Rue Henri Prieur, vous voici devant la tour de Crosne. La tour de Crosne est une tour cylindrique située à l’angle nord-ouest. Seule est conservée sa partie basse jusqu’au rez-de-jardin intérieur. Une archère est visible depuis l’extérieur. A l’intérieur, les corbeaux et les départs d’une croisée d’ogive sont encore visibles. Ce premier niveau d’une des tours de la porte de Crosne a été sauvé par Marie-Auguste de Subtil de Lanterie (1789-1875) qui construisit une maison d’habitation au second niveau et autour. C’est sous ce nom qu’elle était connue il y a encore un siècle.
Sur les anciennes fortifications, la ville a transformé ses anciens remparts en promenades. Les remparts de la ville ont été bâtis en bois du temps de Charles le Chauve au IXe siècle. Cependant, les parties visibles, aujourd’hui, ont été érigées du temps de Richard Cœur-de-Lion, qui renforça les fortifications de Seine vers 1195-1196 et, surtout, par Philippe Auguste quand il se rendit maître de la Normandie en 1204. Ce n’est qu’au XVIIIe siècle que les remparts ont commencé à être démantelés. Leurs vestiges ont été cédés par le roi à la ville en 1779.
Les remparts de Pont-de-l'Arche longaient l’Eure et formaient un vaste demi-cercle tourné vers le sud. Les courtines étaient percées par quatre entrées protégées de tours jumelles : une donnait sur le pont ; une deuxième sur la route d'Elbeuf ; une troisième sur la place Aristide-Briand et une dernière vers Les Damps. En plus de ces portes d’entrées, la ville comptait 9 tours. Certaines d’entre elles étaient des tours d’angles cylindriques comme la tour de Crosne, la tour des Damps, la tour Louise, la tour du bailliage. Les autres étaient des tours hémicylindriques remplies qui flanquaient les courtines. Des fossés secs entouraient les remparts en arc de cercle.
Déhambulez jusqu'au rive de l'Eure, au bout de la Rue Henri Prieur sur la droite le Pont d’Arromanches. Ce pont a été installé par les troupes alliées en août 1944, à partir d’éléments du port artificiel « Mulberry » d’Arromanches dans le Calvados, qui servit à décharger le matériel à l’issue du Débarquement de Normandie. En prolongeant votre balade le long de la berge, vous aperçevrez une démarcation entre les îles : il s’agit d’un déversoir séparant les eaux de l’Eure au premier plan, des eaux de la Seine derrière les îles. Le déversoir permet de retenir les eaux de l’Eure quand la Seine est à marée basse, et de les déverser dans la Seine, en cas de crue. Depuis les années 1930, la rivière d’Eure, qui à l’origine, se jetait dans la Seine en amont de Pont-de-l’Arche, a été rallongée de 10 km. Elle se jette aujourd’hui plus loin en en aval, sur la commune de Martot.
Engagez-vous sur votre droite dans la Rue de la Petite Chaussée, cette ruelle débouche dans la Rue Alphonse Samain où se trouve au n°5 la maison natale d’Eustache Hyacinthe Langlois (1777-1837), peintre, dessinateur, graveur et écrivain français, surnommé le "Callot normand". Un buste à son effigie fut détruit lors des bombardements de 1939-1945, et remplacé par un médaillon sur la façade de sa maison natale en 1953. Continuez sur votre droite, traverser la place Hyacinthe Langlois, c’est la place du marché de la ville, qui a lieu le dimanche depuis le Moyen Âge. Il existait une halle en bois, détruite en 1856.
Tourner dans la Rue André Antoine. au bout de cette rue admirez la Salle d’Armes, près de l’église, près de l’église. De cet ancien Hôtel-Dieu du XIIIe siècle, il reste une vaste cave voûtée, qui abrite des expositions tout au long de l’année. La Salle d’Armes a été construite afin de servir de cave aux religieux, peut-être de Bonport. De cette époque, il reste de magnifiques arcs doubleaux chanfreinés en plein cintre qui décorent la voute ; un escalier à vis ; une petite ouverture au rez-de-chaussée ; des soupiraux murés ; des nervures, deux colonnettes et des chapiteaux à fleurs d’eau d’influence cistercienne sculptés dans le calcaire autour d’une porte du rez-de-chaussée. L’hôtel-Dieu passe ensuite sous la gestion des frères pénitents qui utilisent la Salle d’Armes comme entrepôt accueillant le grenier à sel durant quelques années.
Revenir vers la place Hyacinthe Langlois, sortez de cette place en empruntant la Rue du Président Roosevelt. Arrêtez-vous Cours du cerf sur la droite pour admirer le portique incliné et sa sablière sculptée. Dans la petite cour du Cerf se trouve une colonne avec un chapiteau sculpté, soutenant le portique et provenant de l’abbaye de Bonport. En haut de la rue Roosevelt, devant la grande place, était située la Porte de Paris, principale entrée de la ville, précédée d’un fossé.
Les portiques pour rejoindre l’arrière-cour étaient courants au Moyen Âge. La sablière sculptée sur la façade du bâtiment, découverte par hasard, représente un cortège fantastique avec des moines, des danseuses, des chevaux ailés… Ces sculptures renaissance exceptionnelles datent du XVIe siècle. Tournez à gauche dans la Rue Sainte-Marie, en prenant cette rue, on remarque les pittoresques maisons à pans de bois qui étaient adossées aux remparts. Traverser la Place Rouville, prendre à droite la Rue Jean Prieur, en chemin admirer la maison en avant-solier. Ce type de maison à encorbellements ayant pour spécificité de comporter des arcades était un type d’architecture courant au Moyen-Âge et jusqu’au XVIIe / XVIIIe siècle. Il disparut avec les guerres. Cet édifice est le dernier sur la commune. Ce type d’encorbellement a permis de faire passer le trottoir sous le 1er étage sans raser la maison lors de l’élargissement de la rue au XIXe siècle.
Au n° 6, 8, et 10 de la rue Jean-Prieur se trouve le Vieux Manoir ou Manoir de Manon. Le manoir de Pont-de-l'Arche, ainsi dénommé depuis le XIXe siècle, est une habitation urbaine, les termes de demeure, ou hôtel seraient plus adaptés. Comprenant à l'origine un grand corps central, probablement en pan de bois, du XVIe ou du XVIIe siècle. Plus tard, à la fin du XVIIe siècle ou au début du XVIIIe siècle, ont été construits des ajouts latéraux. La famille Le Cordier de Boisenval a transformé une nouvelle fois la demeure vers 1760, notamment pour la partie orientale : les façades en pierre de taille calcaire, baies plus larges, pièces à décors lambrissées et cheminées de marbre visibles aujourd'hui, correspondent bien aux goûts d'une noblesse de robe provinciale.
Hôtel particulier des Jeucourt, il fut habité de 1891 à 1897 par le compositeur Jules Massenet, puis jusqu'en 1909 par la famille du peintre et photographe Jacques-Henri Lartigue, la demeure est actuellement divisée. La partie est, la plus intéressante par son architecture et ses décors, appartient à un propriétaire privé ; la partie centrale, appartenant à la ville de Pont de l'Arche, est occupée par une crèche ; l'aile ouest a été transformée en habitation privée et acquise par la commune.
Prendre à gauche, en direction du quai de Verdun, il présente de beaux vestiges de remparts dont des meurtrières. Tournez à gauche dans la Rue de l’Abbaye sans Toile. La rue présente de belles et pittoresques maisons à pans de bois. Le nom d'Abbaye-sans-toile est une déformation de « basse sentelle », ce qui veut dire la petite sente d’en bas. Elle donnait accès à la Seine grâce à la poterne de la Grande chaussée qui traversait le rempart. Il n’en subsiste aucun vestige.
Pour finir, visitez l'ancienne abbaye de Bonport des XIIe, XIIIe, XVIIIe siècle est un joyau de l'architecture gothique cistercienne. Après une balade dans le centre ville de Pont-de-l’Arche, vous pourriez emprunter le sentier qui longe l’Eure depuis le pont d’Arromanches vers l’entrée de l’ancienne abbaye. Le site de l’abbaye est privé mais les berges sont publiques. L'abbaye royale Notre-Dame de Bonport, de l'ordre de Cîteaux est un lieu plein de charme. Fondée par Richard Cœur de Lion en 1189, elle eut à souffrir de la Commande qui la fit péricliter bien avant que la Révolution ne la transforme en Bien National. Utilisée comme carrière de pierre, elle perdit son église abbatiale et son cloître. Toutefois une grande partie des bâtiments furent préservés. A voir surtout le réfectoire et la cuisine (passe-plat et cheminée).