Sur un promontoire dominant l’estuaire de la Gironde, cette ancienne bastide a conservé son plan de ville close médiévale. Le visiteur devient évidemment piéton lorsqu'il pénètre sur la presqu'île en venant du grand parking.
L'isthme est étroit, on voit l'eau de part et d'autre du chemin, déjà le dépaysement pour le touriste est assuré. Une grande place, quelques arbres et on pénètre par la rue de la Porte de Talmont-sur-Gironde dans ce qui fut autrefois une citadelle, une « Ville Close » du Moyen-Âge. Vous ne risquez pas de s'y perdre car le site étant autrefois une île, on peut en faire le tour en se guidant sur le plan distribué au Point Information de l'office de tourisme.
Ponctuées de fleurs, jalonnées de puits monolithes et de cadrans solaires, rues et venelles, qu’animent artisans et commerçants, conduisent vers la pointe de la presqu’île de Talmont-sur-Gironde. A droite, la rue de l'Ancien Château conduit au Promontoire d'où le regard s'étend vers la côte de Meschers et, de l'autre côté de la Gironde, vers la Pointe de Grave.
La place de la petite cité de caractère est bordée par les restes des remparts édifiés sur l'ordre du roi d'Angleterre Edouard Ier en 1284. avec un point de vue inédit sur l’estuaire et sur les côtes du Médoc, situé sur l’autre rive. En les suivant, on va vers l'église Sainte-Radegonde, dont on aperçoit la masse trapue au-dessus des maisons.
Surplombant l’estuaire de la gironde, l’église de Talmont, consacrée à sainte-Radegonde, est un édifice de style roman en figure de proue, classé monument historique. L’église était autrefois une étape pour les pèlerins se rendant à Saint-Jacques de Compostelle. Son intérieur est sobre mais l’extérieur présente une ornementation particulièrement riche.
Elle fût construite au XIIème siècle par les moines de l'abbaye de Saint-Jean-d'Angély. Juste après la guerre, une violente tempête fait s’effondrer une partie de la falaise entraînant avec elle une partie de la nef ainsi qu’une partie de la crypte. La façade ouest de l'édifice fut reconstruite en style gothique au XVème siècle après qu'une travée de la nef soit tombée à la mer.
Depuis lors, les travaux de protection contre les colères des eaux se sont répétés avec une régularité nécessaire. La devise de la ville n'est-elle pas « Talmont au péril des flots » ? Le furieux raz-de-marée du 29 décembre 1999 avait creusé une caverne sous le chevet de l'église. C'était le seul endroit qui n'ait jamais été défendu par la falaise ou un rempart.
Il fallut entreprendre des travaux d'urgence et terminer ainsi en 2000 la muraille commencée 700 ans auparavant par les Anglais. Derrière l'église, la promenade des remparts, bordée par les restes d'un chemin de ronde, offre des points de vue uniques sur l'estuaire et les côtes du Médoc. En cet endroit, la Gironde atteint sa plus grande largeur, 12km. Bordeaux est à 80 km par la rivière.
Le visiteur marche lentement, il a le temps d'apprécier les senteurs marines si particulières à cette presqu'île ressemblant à un navire. A l'entrée du cimetière un panneau donne des indications succinctes sur l'église. Près de cette dernière, le Musée propose les compléments indispensables pour comprendre le curieux vocabulaire du portail de style roman Saintongeais, ou bien l'histoire de la frégate ex voto classée Monument Historique suspendue à la voûte. Une librairie régionaliste vous permet de consulter et d'acheter des livres sur l'histoire locale.
En suivant la falaise, le visiteur arrive aux vestiges les plus visibles et les mieux conservés de la citadelle, ceux de la Tour Blanche, ainsi nommée par les Anglais en souvenir de la « White Tower », la célèbre Tour de Londres. Sa porte ouvre sur l'estuaire, et l'on peut ainsi mesurer le recul de la falaise, sans savoir toutefois à quelle époque la tour s'est écroulée dans les flots.
On sait par contre que les espagnols, forts dépités d'être chassés de la ville en 1652, ont largement contribué à sa ruine avant de partir. Elle constitue le vestige le plus visible et le mieux conservé de l’ancienne citadelle. Sa porte ouvre sur l’estuaire, ce qui permet de jauger du recul stupéfiant de la falaise.
Depuis la Tour Blanche, on profite d'une vue imprenable sur la Roche du Caillaud, ses vignobles et ses carrelets. Les carrelets sont des installations de pêche, constituées d’une passerelle sur pieux, d’un cabanon et d’un filet carré retenu par un treuil. Il existe 17 carrelets à Talmont dont 13 à la pointe nord du Caillaud et 4 à la tour Blanche. Les carrelets permettent de disposer d’un cabanon en bord de mer et de pratiquer une pêche de loisirs.
C'est là où les Américains, en 1917, avaient commencé à construire un immense port en eau profonde afin de recevoir hommes et matériel pour la guerre. Les falaises furent dynamitées et reculèrent de 30m. L'armistice de 1918 mit fin à l'entreprise.
Mais les galeries et les puits de mines ayant été laissés en place, l'énorme vague de 1999 s'est engouffrée dans les ouvertures, fit exploser la falaise et avec elle les 25 carrelets retrouvés entassés au fond de la baie, aux portes des maisons du Caillaud. Aujourd'hui, la plupart d'entre eux ont été reconstruits, courageusement...
Après la Tour Blanche, le sentier débouche sur le port. Avec des quais inclinés construits en 1835, il a conservé l'aspect ancien des petits ports de l'estuaire. Les pontons de bois accueillent, de mai à juillet, les canots des pêcheurs de maigres, un poisson étonnant que l'on pêche « à l'oreille » en se guidant sur les grognements qu'il émet au moment de la reproduction.
Certains des canots sont des yoles, embarcations traditionnelles pointues à chaque extrémité munies d' un tau, une toile triangulaire de couleur protégeant des embruns. Dans la cour du Musée de la pêche, près de l'église, est ancrée pour toujours l'une des dernières yoles en bois construites sur l'estuaire.
Avec la visite du port, le visiteur aura achevé son tour de l'île du début des âges. Il lui restera à s'égarer un peu dans le damier des rues et des ruelles de la Ville Close. Des artisans et artistes, peintres, potiers, stylistes, des magasins de cartes postales et de souvenirs, des cafés et des restaurants attendent les chalands, apportant en toute saison une vie paisiblement animée à ces lieux qui ont traversé les siècles en domptant les périls.
Sur la place de la Priauté, un tilleul flamboyant, planté en 1895, protège la Mairie. Enfin, à deux pas de là, sur le chemin du retour vers le parking, le visiteur pourra monter sur la Roche du Caillaud, afin de bénéficier d'un panorama exceptionnel sur la presqu'île, l'église et l'embouchure de l'estuaire. En prime, les vignes y produisent d'excellents vins, foi de Bernard Pivot et de son "Dictionnaire amoureux du vin".