Pour vous rendre à Boucieu-le-Roi au départ de Tournon-sur-Rhône (20 km), suivre les D532, D534 puis la D238. A partir de de Lamastre (13 km) prendre la D534, il s'agit de l'ancienne route nationale 534 qui relie la commune de Lamastre à la commune de Tournon-sur-Rhône. Ces routes passent au sud du territoire communal. Le territoire de la commune est situé dans le Haut-Vivarais oriental de la vallée du Doux, bordé au sud par le massif des Boutières, au nord par le massif du Pilat, à l'ouest par les monts du Velay et à l'est par la vallée du Rhône. Cette région est aussi appelée Haute Ardèche, Ardèche Verte ou Bec d'Òc. Blotti dans une cuvette du Doux, le paysage sur votre route est une juxtaposition de petits plateaux d'altitude moyenne séparés par des vallées encaissées formant des gorges étroites et sauvages. Ces plateaux du Haut-Vivarais sont garnis de prairies et de forêts, tandis que les parties moins élevées portent des châtaigniers et des cultures diverses. La vigne et les arbres fruitiers occupent les vallées et les pentes bien exposées.
Ici et là des habitations groupées en hameaux composé de maisons traditionnelles édifiées en pierres du pays, élégantes avec leurs perrons recouverts d'une toiture, "l'aître", comme dans le hameau de Montchal avec son four à pain et son ancien puits. A l’époque préromaine, la région située autour de Valentia (Valence) se dénommait "regio Segovellaunorum". Il s'agit en fait d'un peuple gaulois dénommé les Segovellaunes, ils étaient, géographiquement, situés de part et d'autre du Rhône moyen, et toute la plaine de Valence, l'actuel Valentinois. Vous pouvez encore constater sur le territoire de la commune des vestiges de l'époque gallo-romaine avec les ruines d'un vieux pont antique. L'histoire de Boucieu commencera au XIIIe siècle, lorsque les rois de France chercheront à affirmer leur suzeraineté dans le Vivarais septentrional et pour cela, s'efforceront d'obtenir le soutien des petits seigneurs locaux.
Le 7 novembre 1291, Gérenton, seigneur de Saint-Romain-Valmordane, fait hommage à roi Philippe-le-Bel de son château de Saint-Romain moyennant le montant d'une année de revenus de tous ses biens compris dans cet hommage. Par ce même contrat, appelé paréage, Gérenton vend à Philippe le Bel un terrain "suffisant et convenable" pour la construction d'une ville "Boceio" (Boucieu). Le roi Philippe-le-Bel fit de Boucieu le siège d'une cour de bailliage, c'est à dire une cour royale de justice s'étendant sur tout le Haut-Vivarais et en fit une ville royale qui relevait directement de lui d'où le nom de Boucieu-le-Roi. La juridiction du Bailli (juge royal) s'étendait de la Vallée de l'Eyrieux jusqu'au nord du département actuel.
En 1294, Philippe-le-Bel octroie à la "villa nova de Boceio" (nouvelle ville de Boucieu) une charte de franchise par laquelle ses habitants sont exempts de tous les impôts d'alors (péage-taille) sauf la gabelle. Cette situation privilégiée voit accroître l'augmentation de la population et en 1368, le bourg compte onze notaires royaux. Sa charte de franchise enrichit les boucicois qui édifièrent de magnifiques monuments en pierre de taille. Mais pendant la guerre de Cent Ans des bandes armées pillent la région ; c'est pourquoi décision est prise de fortifier la butte de Boucieu. Une partie de la ville-basse sera démolie et reconstruite plus haut suivant un plan bien défini pour servir de remparts.
Quand la guerre de Cent Ans se termine, aux alentours de 1446, le calme revint et une période de reconstruction commença. Les habitants de Boucieu, trop à l'étroit, dans ces maisons conçues la plupart comme des abris sommaires, redescendent au pied de la butte pour bâtir la ville de Boucieu, telle que nous la voyons aujourd'hui, presque intacte. L'église est bénie en 1492. S'ouvre alors pour Boucieu une période de relative prospérité, jusqu'à ce que surviennent, dans la seconde moitié du XVIe siècle, les guerres de religion qui ravagent tout le Royaume.
En 1565, François Ier transfère le Baillage à Annonay, ville la plus importante du Haut-Vivarais et qui le réclame depuis plusieurs années. En 1574 l'église de Boucieu-le-Roi perd alors de sa notoriété, amputée de son chœur détruit la même année, devient temple réformé pour une quarantaine d'années. À partir de cette période, en raison des effets désastreux des guerres successives, du départ des nobles et de leurs familles, Boucieu perd alors de son importance de petite ville prospère et devient un paisible petit village.
Le village de Boucieu-le-Roi a été profondément marqué par Pierre Vigne (1670-1740), prêtre missionnaire du Vivarais, dont le tombeau se trouve dans l'église. Durant la Révolution française, la commune portera le nom de Boucieu-le-Doux. En 1886, une ligne de chemin de fer conçue en voie métrique est initiée. Son tracé qui reliera les communes de Tournon à Lamastre empruntera la vallée du Doux. La gare de Boucieu est crée. En 1940, sur la rive droite du Rhône, côté ardéchois, l'arrêt des combats contre la Wehrmacht eut lieu au nord de Tournon-sur-Rhône, la rivière Doux marquant ainsi la limite entre les forces allemandes et l'armée française.
Ce riche passé historique a laissé des témoignages visibles de son passé d'ancienne capitale du Haut Vivarais qui séduisent tout visiteur amoureux d’histoire et de belles pierres. Le bourg de Boucieu-le-Roi se niche dans un méandre de la rivière du Doux, la rue centrale de Boucieu-le-Roi est réservée à la circulation piétonne et des parkings aménagés pour recevoir un grand nombre de véhicules dont des autocars de tourisme ont été installés à proximité du bourg central ainsi que de la petite gare de l'ancien réseau de chemin de fer local et qui sert de point de départ pour les visites des voyageurs empruntant le train à vocation touristique.
Vous trouverez un parking, à côté du Boulodrome de Boucieu-le-Roi pour stationner votre véhicule. Ensuite, il sera temps de se balader dans le joli village perché et vous comprendrez d’où lui vient ce nom de "Village aux mille secrets" ! Pour vous accompagner dans votre visite, des panneaux d'informations sont installés dans tout le village. Les rues et ruelle du village exposent le prestige d’antan : visages médiévaux, chapiteaux et linteaux renaissance, pierre de mesure à grain, chapelles du chemin de croix. Ici, il ne faut pas hésiter à pousser les portes pour découvrir les trésors que cache le village. La maison Passas par exemple relate l’histoire de celui-ci à travers photos et documents anciens. Au détour des ruelles, en observant les façades de pierre : vous y découvrirez encore bien d’autres histoires…
Comme cette petite chapelle Notre-Dame-des-Douleurs, située à l'entrée du village, en face de l’école. Chapelle aux dimensions modestes, elle fut édifiée en 1712 en même temps que le chemin de croix, par le prêtre et missionnaire Pierre Vigne, celle-ci a bénéficie d'un travail de restauration en 1935. Construite sous le vocable de "chapelle de la Méditation de la Sainte Vierge", elle était plus grande qu'aujourd'hui et pouvait contenir une trentaine de personnes. Elle fut relevée, comme les autres stations, en 1880. Elle fut démolie en 1937 et reconstruite plus petite. Continuez votre promenade vers la maison dite "La cure", accès par le magnifique jardin situé à coté du belvédère. Pendant la période estivale, des artisans d’arts exposent leurs œuvres dans la maison de la cure de Boucieu le Roi. Des démonstrations et/ou des explications seront communiquées aux visiteurs qui pourront naturellement faire l’acquisition de l’objet pour lequel ils auront eu un coup de cœur.
Laissez la Mairie de Boucieu-le-Roi sur votre droite et prendre sur votre gauche la rue du Belvédère jusqu'à la maison du Bailli du XVe siècle. Cette très belle maison est flanqué d'une échauguette, petite tourelle construite en encorbellement, munie de petites ouvertures qui permettaient de surveiller les alentours, était le siège de la cour royale de justice. Ce bâtiment, propriété privée, n'est pas ouvert au public. Prendre la petite ruelle, elle vous menera dans la rue du château et en haut du village, l’ancienne Maison forte présenté comme le château seigneurial, abrite aujourd’hui le Musée de la Maison Pierre Vigne, célèbre prêtre missionnaire.
Arrivé dans le village en 1712, le Père missionnaire Pierre Vigne, né à Privas en 1670, est une figure importante dans le passé religieux de Boucieu-le-Roi. Le père décida de s'arrêter après y avoir vu des similitudes topographiques avec Jérusalem, il y fonda l'ordre du Saint-Sacrement en 1715. Pierre Vigne est saisi par la "conformité" topographique de Boucieu avec les lieux saints de Jérusalem ; il ne s’agit pas d’une similitude parfaite entre Jérusalem et Boucieu mais d’une "ressemblance morale et mystique".
Le Père missionnaire Pierre Vigne va rapidement construire le "grand chemin de croix" ou "le grand voyage" avec l’aide des habitants. Le Serviteur de Dieu suscite l’enthousiasme et la participation de son entourage ainsi que celle de paysans de quinze paroisses voisines, pierres, tuiles, poutres, etc... affluent, avec les écus des uns, les bras et le temps des autres. Après le gros oeuvre, Pierre Vigne fait venir de Tournon l’artiste peintre Sévin pour les tableaux représentant un moment particulier de la Passion et, de Lyon, le sculpteur Dumont pour sculpter le Christ du Calvaire et du sépulcre. Rondement menés, les travaux sont réalisés en quelques mois.
Edifié avec ou sans édicule, dans l’église ou en dehors, constitué de trente stations de la Passion et neuf surnuméraires, ce chemin de croix est un chemin pascal qui conduit de la Cène à Pâques et à Pentecôte. La nécessité d’accompagner les pèlerins sur ce parcours donnera naissance à une première communauté. Celle-ci deviendra par la suite la communauté des "Sœurs du Saint Sacrement". Mais les monuments et leur peinture ont été détruits, les monuments actuels de ce site ont été reconstruits après le saccage survenu au cours de la Révolution française en 1789. Reconstruites en 1883, elles seront restaurées en 1918 puis en 1965 où les chapelles reçoivent les sculptures en relief actuelles de Dante Donzelli. Sur l’ensemble des stations originelles, quatre n’ont jamais été retrouvées.
Son œuvre missionnaire se perpétue à travers le monde grâce aux Sœurs du Saint-Sacrement (religieuses hospitalières et enseignantes), congrégation religieuse née à Boucieu-le-Roi. Pierre Vigne a été béatifié le 3 octobre 2004 par le pape Jean-Paul II. La congrégation est toujours présente dans cette maison forte (centre d'hébergement touristique pour groupe) et abrite le musée Pierre Vigne. Celui-ci est consacré à la vie de Pierre Vigne et à la communauté des Sœurs du Saint Sacrement. Le Vendredi Saint, de nombreux chrétiens suivent ce chemin. De station en station, cette promenade dans la campagne ardéchoise qui se termine au calvaire de la Maison Pierre Vigne, fait revivre une histoire vieille de plus de 2.000 ans.
Pour continuer l'histoire de Boucieu-le-Roi au fil des pierres, passez par l’église Saint-Jean l'Evangéliste mise à mal durant les Guerres de Religions. Une première église fut construite au XIIIe siècle de style roman puis détruite. De l’église primitive il ne reste que la partie centrale de la façade. Elle fut alors reconstruite en style gothique par sa façade, sa nef et son chœur et consacrée en 1492 sur le même emplacement, lorsque le village est à l'apogée de sa puissance. Par la suite de nombreux changements ont été effectués : des chapelles votives ont été ajoutées de chaque côté de la nef ; le chœur a été détruit au cours des guerres de religion pour en faire un temple réformé en 1574 ; le chœur a été reconstruit… L’église Saint-Jean l'Evangéliste devint à nouveau église en 1617. Dans cette église, lieu de pèlerinage, repose le "Bienheureux Pierre Vigne". À l’intérieur, en plus d’un impressionnant baptistère taillée dans un bloc de granit, elle abrite les armoiries des seigneurs passés et vous viendrez aussi à la rencontre d’une illustre figure religieuse de l’Ardèche : Pierre Vigne. L'église Saint-Jean l'Evangéliste est le meilleur témoin du riche passé de Boucieu-le-Roi car dans ses pierres se sont inscrits les terribles guerres de religions.
Plus discrètement, rendez-vous à présent à la gare de Boucieu-le-Roi. Le village de caractère positionné sur la ligne du Mastrou propose une activité vélorail qui permet de suivre les rails de cette ligne pittoresque en pédalant. Embarquez également à bord du Mastrou, train à vapeur historique, et découvrez la totalité de notre ligne, depuis la gare de Tournon Saint Jean jusqu’à Lamastre. La voie ferrée constitue le seul moyen d’admirer les paysages sauvages de la Vallée du Doux, rivière qu’elle remonte sur 28 kilomètres en franchissant ponts, viaducs et tunnels. A mi-parcours, un arrêt de 15 minutes permet à la locomotive à vapeur de se ravitailler en eau et au terminus, la machine de 44 tonnes est retournée à la force des bras sur le pont tournant. Des Gorges du Doux au plateau ardéchois, traversant vergers et châtaigneraies, vous ne manquerez rien de l’Ardèche verte !
À la sortie de Boucieu-le-Roi, prenez le temps de voir le Pont du Roi, probablement construit au XVe siècle. Le pont permettait le contrôle de la circulation des personnes car des gardes en surveillaient les entrées. Enfin c’était aussi un apport économique puisque toute personne le traversant devait payer un droit de passage. Ce vieux pont a été en grande partie reconstruit au cours du XVIIIe siècle, une troisième arche ayant été rajouté durant cette période. Capable de résister à l’impétuosité de la rivière du Doux, il est toujours emprunté par la circulation des véhicules franchissant le Doux et permet de rejoindre le bourg voisin de Colombier-le-Vieux. Ancienne liaison avec le nord du département, autrefois appelé Vivarais. Un pont à arche unique dit "Pont Romain" existait 500 pas en amont du "pont du Roi", il a été détruit au début du XVIIIe siècle, il n'en reste plus que deux culées sur la rive gauche du Doux situées à 300 mètres du pont de Boucieu, en limite de la commune de Bozas.