Privas, est située, comme Annonay et Aubenas, dans une dépression des gradins intermédiaires qui font la jonction entre les hauteurs du Massif central et le couloir rhodanien. La ville est située dans un cirque montagneux où domine le Montoulon (436 m). La colline de Privas occupe une belle position défensive protégée par l'Ouvèze affluent du Rhône et deux de ses affluents.
Il faut remonter au Ier siècle de notre ère pour trouver les premières traces d’habitat sur ce territoire. Le hameau du Lac est la première zone d'occupation de la ville, dès l'Antiquité : une zone d'habitat isolé, près de la frontière naturelle du Rhône et sur la voie de communication entre Rhône et Puy. Un coin de pays propice à la culture des céréales. Puis la roche volcanique de la Clef du Sac va s'écrouler et fermer le passage au Coiron, formant une poche d'eau stagnante que l'on va appeler le Lac. D'où la Clef du Lac. Mais point de lac à Privas, tout juste un marécage, favorable à la polyculture.
Possession des comtes de Valentinois, Privas est très tôt marquée par la Réforme, puis devient une des places de sûreté garanties par l'édit de Nantes. Elle se révolte en 1621, refusant de devenir possession du seigneur de Lestrange, catholique. Assiégée par l'armée royale en 1629, elle tombe en mai et Richelieu veut en faire un exemple : brûlée, pillée, elle perd ses remparts et ses clochers. Il s'ensuit une période de marasme à laquelle la Révolution met fin en donnant à la ville le rang de chef-lieu, du fait de sa position centrale et de sa résistance à l'absolutisme. Le commerce de la soie et l'exploitation de mines de fer assurent son développement au XIXe siècle, avant leur déclin pendant la première moitié du XXe siècle. Elle devient, au cours de la Seconde Guerre mondiale, un foyer de résistance et le premier chef-lieu de France libéré par les F.F.I., le 12 août 1944.
Privas conserve encore quelques témoignages architecturaux de sa gloire passée, éléments de patrimoine datant pour certains de la reconstruction voulue sous Louis XIV. Un patrimoine à apprécier le long d'un parcours historique jalonné de 24 panneaux informatifs. Découvrez, au fil d'une promenade dans cette petite ville tranquille, ses places, ses rues commerçantes et ses témoignages du passé tels la tour Diane de Poitiers du XVe siècle de style Renaissance. En s’arrêtant une seconde sur l’architecture, les parois, porches et autres ferronneries des bâtisses du centre-ville, il n’est pas rare de remarquer une date, un insigne, un témoignage du riche passé de la ville.
Dirigez-vous vers l'office de tourisme "Privas Centre Ardèche", situé au 2 Cr du Palais. C'est au Moyen-Âge, entre le XIIe et le XIIIe siècle, que l'habitat s'est déplacé jusqu'à l'actuel centre-ville pour bénéficier de la hauteur et s'abriter derrière d'épais remparts. On peut encore en voir les traces, en tournant le dos au belvédère. Privas était acheminée par quatre portes, aux coins des remparts, dont chacune a une histoire secrète. En sortant de l'office de tourisme, prendre à droite la Rue Pierre Filliat, pour découvrir la Porte du Ranc, une ancienne porte de la ville fortifiée qui existait du temps des guerres de religions et du siège de Privas.
Poursuivre sur votre gauche, en direction de la Place du Mazel et de l'Hôtel de ville. L'Hôtel de Ville date de 1935, remarquez les armoiries de la ville et sa devise : "celle que la violence a détruite, sa force l'a reconstruite". Le quartier du Masel, autour de l’hôtel de ville, accueillait les hôtels particuliers et autres maisons bourgeoises, les bâtiments y sont espacés.
Engagez-vous dans le passage de la Cour des Miracles, tournez à gauche dans la rue Elie Reynier, puis vers la Place Albin Mazon. Charles-Albin Mazon est né à Largentière le 20 octobre 1828. Son père étant médecin, Albin Mazon a commencé des études de médecine à Paris. Mais en 1851, le docteur Victorin Mazon, républicain convaincu, doit s'exiler avec sa famille, dans les États de Savoie, appartenant alors au royaume de Sardaigne. À sa retraite, en 1890, il se consacre à l'histoire de son pays natal, le Vivarais, devenu le département de l'Ardèche, écrivant de nombreux livres sur Privas, Aubenas, Tournon, Laurac-en-Vivarais, Uzer, Largentière… Mais il est surtout connu sous le pseudonyme de Docteur Francus, au travers de livres de "Voyages…" Ses archives constituent le fonds Albin Mazon aux archives départementales de l'Ardèche, au début du XXe siècle, ce fonds est mis en valeur par la création d'une "Académie du Vivarais".
Suivre la Rue du Pouzin, théâtre d’un piège mortel. Pour passer de la place de l’Hôtel-de-Ville à celle du Pouzin, il suffit d’emprunter un passage couvert, surmonté d’un arceau et d’effectuer quelques pas tranquilles. Cette ruelle n’a cependant pas toujours connu la sérénité. Vous voici dans le passage couvert où fut assassiné un seigneur de Privas en 1671. Henry de Saint-Nectaire fut criblé de balles par les mercenaires recrutés par sa propre mère, Marie d’Hautefort, fille de Paule de Chambaud. Au début de la Rue de la republique se trouve la porte de Limbert ou Imbert. Porte d’entrée sud de Privas, porte du soleil, d’où son nom d’origine « limbert » qui signifie le lézard. Les habitants avaient pour habitude de s’y rendre afin de se réchauffer. C’était la porte d’accès aux routes menant vers Baix et le Pouzin, deux ports importants du Rhône.
Dans la rue de la République et son four banal, vous pouvez y voir également une plaque commémorative apposée au-dessus de la porte d'entrée du n°14, en hommage à Louis et Anna Govers. Ce couple de résistants belges s'est installé à Privas au début de la Seconde Guerre mondiale, et a été arrêté par la police allemande le 29 septembre 1943. Louis Govers a été libéré de Buchenwald le 11 avril 1945, son épouse n'est pas revenue du camp de Ravensbrück.
Le bourg primitif de Privas se développe, à partir des XIe-XIIe siècles, au niveau de la ville actuelle, autour de la première église Saint-Thomas située sur l’actuelle Place de la République.
Occupant un angle de la jolie place de la République, l'ancien Hôtel de Diane de Poitiers dite la tour « Diane de Poitiers », un autre fleuron historique de la ville, fut construite au milieu du XVe siècle par la famille des comtes de Poitiers, ducs de Valentinois et barons de Privas. De belle facture Renaissance, la tour Diane de Poitiers desservait les appartements des baillis de la ville qui s’y sont succédé. Elle servait d'escalier de communication avec l'hôtel des Dauphins plus connu pour sa porte dite "aux diamants" située rue Hélène Durand. La tour Diane de Poitiers fut offerte par Henri II à Diane de Poitiers appelée par ses contemporains la belle dame de Privas. La jeune femme, baronne de la ville-préfecture, n’a jamais posé pied ni dans la cité ardéchoise, ni dans la tour qui porte son nom. La fille du puissant Jean de Poitiers ne fit que passer par Privas. Avec l’éclatante beauté de ses 15 printemps, Diane de Poitiers (1499-1566) avait été admise à la cour de François Ier comme demoiselle d’honneur de la reine.
De l'autre côté de la place, la maison aux volets rouges à côté du bar, fut la deuxième église du centre-ville, aux alentours du XIe siècle. La première, datant du VIIIe siècle, se situait dans la zone du Lac. Malheureusement il n'en reste rien. La troisième église n'est autre que la médiathèque, datant de 1680, et dont il manque un étage. On en voit encore le clocher. La quatrième est l'église Saint-Thomas, encore sanctifiée, dont la construction remonte à l'année 1880.
Suivez la Rue de la republique jusqu'à la porte de Tournon, puis tournez Rue de l'ancien hôpital. Les îlots situés au nord et au sud de la rue de l’Ancien Hôpital, pouvaient nous donner plusieurs enseignements concernant le bourg ecclésial, le castrum, les enceintes, les circulations et le type de construction. Toutefois, aucun vestige de rempart urbain n’a été conservé dans le bâti observé après sondages.
A présent prendre la direction de l'église catholique Saint-Thomas. Il y a donc trois églises Saint Thomas à Privas : l'ancienne église Saint Thomas devenue la médiathèque, une autre devenue le théâtre actuel en 1885, mais surtout, cette église paroissiale Saint Thomas construite en 1884. Massive, elle est en forme de croix latine, mais sa décoration est simple et sans fioritures. Elle remplace l'église détruite par les protestants au XVIème siècle. En façade, un clocher-porche monumental, aux baies géminées, abrite un portail au tympan triangulaire, surmonté d'une archivolte. Le chevet est à pans coupés. Il est éclairé de baies de style roman, et orné dans sa partie supérieure, d'une frise d'arcatures. L'église abrite une huile sur toile du XVIIIème, l'Assomption, une chaire en bois sculptée et très ouvragée, de nombreuses statues : St Curé d'Ars, St Antoine de Padoue, St Pierre, St Roch, St J F Régis, Ste Anne, Ste Thérèse...
Autour de l’église Saint-Thomas, le quartier de Clastres était insalubre, surpeuplé, voire malfamé. On le remarque notamment grâce aux ruelles escarpées, comme la rue des Poireaux. L’une de ces ruelles, aujourd’hui bouchée, ne permettait le passage que d’un seul homme à la fois. Il y a aussi le porche d’une échoppe, parfois toujours visible, qui renseigne sur le passé déjà très commerçant de la cité.
À travers les ruelles étroites du centre-ville, la visite suit son cours vers la Porte du Tour, la rue des poireaux, puis vers les Récollets via la rue Hélène-Durand. L'ancien couvent des Récollets appartient à l'histoire de la ville de Privas. Le Couvent des Récollets de Privas s'élève depuis la fin des guerres de religion au-dessus du centre ancien de la ville. Tout commença par un château (La ville a possédé jusqu'à trois châteaux supplémentaires : au Montoulon à la place des 3 croix, au Petit-Tournon, et le Fort St-André à Ternis).
En 1599, Jacques de Chambaud, capitaine huguenot, rachète au petit-fils de Diane de Poitiers la baronnie de Privas. Sur les ruines d'un fortin du XIe siècle, il fait édifier un château. C'est Aymar III, comte de Poitiers, qui aurait fait élever une forteresse féodale au-dessus du bourg de Privas. Achevé en 1620, mais au cœur d'une rivalité passionnelle entre catholiques et protestants, « la guerre des amoureux », il sera entièrement détruit par les Privadois en 1621. Après le siège de Privas, les Récollets s'installent en 1644. En 1652 et 1681, les États du Vivarais accordent une somme d'argent afin de lancer l'édification d'un couvent et une chapelle. Le Marquis de Saint-Nectaire donne le site du château ruiné et accorde l'usage des pierres qui peuvent s'y trouver.
La chapelle des Récollets, de style classique avec un décor intérieur de style baroque, a été construite entre 1684 et 1692, sous le règne de Louis XIV. Le clocher à lanternon, de style baroque également, possède une coiffe de pierre en forme de calotte de Jésuite, symbolisant la domination catholique à l’époque. De chapelle des religieux de l’ordre des Récollets au XVIIe siècle, elle est devenue Tribunal Criminel et Temple de la Raison sous la Révolution, dépôt d’armes, pour retrouver sa fonction initiale d’édifice religieux à partir de 1822. La chapelle des Récollets n’est plus utilisée depuis 1966. Une importante collection d’art religieux du XIXe, une tapisserie sortie des manufactures d’Aubusson et plusieurs grands tableaux d’y sont entreposés depuis 1980. Il est prévu qu’elle redevienne également un lieu de vie avec l’organisation de concerts et d’expositions.
Le clocher à lanternon, de style baroque, figure une coiffe de pierre en forme de calotte de Jésuite, symbolisant la domination catholique. Il ne reste que quelques arcades de l'ancien cloître, à proximité du clocher de la chapelle. C'est un monument globalement de style classique, dont la façade est peu décorée, très sobre. On peut y voir une niche abritant une statue de la Vierge. Le parement est un très beau grès ocre. Derrière la chapelle des Récollets, le jardin des Récollets, "cet ancien jardin de curé", procure aux visiteurs un havre de paix.
Actuellement, le site accueille la maison des associations, l'école municipale de musique, ainsi que le siège de la Communauté de communes Privas – Rhône et Vallées. Votre visite sera l’occasion d’aller jeter un œil sur l’impressionnante maquette de la maison des associations. Le siège de Privas par les troupes de Louis XIII, en 1629, est reconstitué à petite échelle. La scène, qui s’étend de la vallée du Mézayon jusqu’à la plaine du Lac, offre un aperçu de ce qu’a pu être ce temps fort des guerres de religions.
Le temple protestant du XIXe siècle, symbole d'une pratique religieuse apaisée, sera la prochaine étape de votre promenade. À partir de 1820, après la période noire des persécutions religieuses, un vent de liberté souffle enfin.Situé au cœur de la ville, près de l'esplanade, le temple de Privas fait partie du paysage Privadois. Plus près de l'esplanade, sur l'emplacement qu'occupe aujourd'hui un temple protestant et le collège, se trouvait l'un des ancien château de Privas, il ne reste plus rien aujourd'hui de ce château, si célèbre dans les fastes des guerres de religion du Vivarais. Admirez aussi la porte neuve : rue porte neuve !
À voir également, du côté des pittoresques bords de l'Ouvèze, le remarquable pont sur l'Ouvèze dit aussi "pont Louis XIII". Appelé également "Pont des Chauchiers", car situé dans le quartier des des tanneurs et mégissiers de Privas, qui chauchaient -piétinaient- les peaux de bêtes pour les assouplir. L'ouvrage existait déjà au XIIe siècle et à ce titre peut se prévaloir d’être le plus ancien des témoins de l’histoire de la ville. Au XIIe siècle est situé sur une voie de communication très importante, entre le Baix sur Rhône et les Monts Ardéchois. Très endommagé par les combats du siège de Privas en 1629, le roi ordonna en effet au XVIIe siècle la réparation du pont dans un esprit de conciliation mais aussi pour faciliter d'éventuels mouvements de troupe en cas de nouvelle rébellion. L'ouvrage a conservé sa noblesse mais en terme de circulation, il est délaissé au profit d'un viaduc construit en 1855, en amont. Aux alentours du pont Louis XIII on découvre des maisons aux toits pentus, vestiges de l'ancien quartier des tanneurs. Il passe au dessus de la rivière Ouvèze, la seule rivière qui traverse Privas.
Pour conclure cette découverte du patrimoine de Privas, grimpez en direction du site du Montoulon, sur lequel on jouit d'un superbe panorama sur les toits de la ville et une vue dégagée sur toute la région, du mont Charray et du Rocher de Gourdon (Ouest) aux premiers contreforts des Alpes (Est). Le site fut le théâtre de l'ultime combat qui opposa, en 1629, les gardes suisses de Louis XIII aux derniers Huguenots qui s'étaient réfugiés dans le fort qui le couronnait alors. Une congrégation y a fait élever trois croix monumentales et, plus récemment, une Piétà du sculpteur Carlo Sarrabezolles y a été installée à même la roche (1955). Le site du Montoulon, quelquefois retranscrit « Mont-Toulon » ou « Mont Toulon » abrite notamment la chapelle Notre-Dame-des-Douleurs, située sur le sentier qui mène au sommet de la colline.