Dans le village de Boudin, on distingue immédatement 2 types de constructions. De grosses maisons massives et de toutes petites qui les accompagnent. Elles n'ont pas la même utilité. Les maisons plus grandes ou chalets servent de logement pour les habitants, alors que les mazots servent à ranger les objets de valeur.
En effet, les villageois avaient peur que leurs maisons brûlent avec leurs vaisselles, leurs bijoux, leurs beaux vêtements ou plus simplement avec leurs réserves alimentaires. Ils préféraient donc les entreposer dans ces "espèces de coffre-forts ruraux" que sont les mazots...
Cette peur de l'incendie dans la maison principale plus que dans le mazot peut sembler irrationnelle puisque les deux constructions utilisent à peu près les mêmes techniques et matériaux.
Tout juste les mazots bénéficiaient-ils parfois d'une base maçonnée alors que très souvent les chalets sont construits sans fondations directement avec les pierres que l'on trouvait sur place. La réponse est à chercher dans le mode de vie.
Le chalet n'est pas qu'une habitation c'est aussi le bâtiment de l'exploitation agricole. Les paysans y vivent avec leus animaux et ces derniers ont besoin de foin et de litière. Celle-ci est en partie stockée dans le chalet et c'est un produit hautement inflammable.
Les chalets sont construits en espalier. C'est une utilisation rationnelle de la pente. La différence de hauteur entre l'arrière du chalet à l'amont et la façade principale en aval est parfois spectaculaire. Les chalets sont adossés à la pente de façon à ce qu'une façade bénéficie de la meilleure exposition possible. On y installait des séchoirs et des pièces d'habitation. L'arrière est enterré ce qui permet à l'habitation de bénéficier de la chaleur quasi constante de la terre en hiver même si l'ambiance peut y être humide.
La pente peut être astucieusement utilisée pour amener de niveau sur l'arrière du bâtiment le foin à entreposer pour les animaux. Elle est aussi utilisée pour évacuer l'eau des toits vers l'aval, les pans débordant de part et d'autre de la façade principale.
Les chalets et les mazots sont construits avec des matériaux locaux si possible pris à proximité. Un soubassement de pierre sert de base à un empilement de madriers de sapin ou d'épicéas emboités les uns sur les autres à mi-bois c'est à dire après qu'on ait fait des encoches pour qu'ils soient plus solidaires les uns des autres.
La couverture est faite de lauzes : grandes dalles de schistes. Le toit déborde donc sur les pignons latéraux ce qui permet l'écoulement des eaux. Autrefois, les hameaux du Beaufortain vivaient isolés surtout en hiver. La vie s'organisait alors autour de plusieurs pôles que sont l'abreuvoir, le four à pain, l'école et la chapelle.
Le village de Boudin est classé site protégé depuis 1943. Parmi ses trésors : le four à pain du XIXe siècle, les chalets et surtout la chapelle.
La chapelle du hameau de Boudin
Érigée en 1630, de style baroque, elle a été pensée et bâtie par les habitants de Boudin, Cette chapelle se distingue des chalets classés qui l'entourent par son clocher à deux bulbes et à la flèche acérée. Celle-ci a été construite en bois et en pierre afin de conserver les mêmes matériaux de construction que ceux des chalets du hameau. La construction d'une chapelle Baroque est souvent liée à la contre réforme catholique particulièrement active en Savoie.
Le clergé encourageait villages et hameaux à posséder leur propre lieu de culte, isolé du bâtiment existant. Il contrôlait rigoureusement toute l'édification des chapelles, du lieu choisi pour la construction à la décoration intérieure. L'encadrement serré du renouveau catholique laisse cependant aux populations locales la possibilité de s'investir dans cette reprise en main religieuse.
La chapelle de Boudin possède en effet un clocher à deux bulbes, signe de prospérité du village de Boudin. Le culte des saints est fortement réactivé : Les chrétiens croient en un seul dieu mais ils sont persuadés qu'il existe au paradis des saint(es), c'est-à-dire des hommes et des femmes qui ont atteint durant leur vie la perfection chrérienne et qu'ils peuvent donc les prier pour qu'ils ( elles ) les aident.
C'est pour cette raison que le choix du nom d'une chapelle n'est jamais un hasard, il correspond à une préoccupation majeure de la population de l'endroit. Saint Jacques est à la fois un des saints les plus vénérés et les plus conplexes.
Il en existe plusieurs, il présente donc un visage composite mais généralement il est un saint guérriseur et protecteur. Cela est utile pour les hommes et les troupeaux qui les font vivre !
Errigée en 1630, la chapelle Saint Jacques de Boudin en a sans doute remplacé une plus ancienne en bois. Les habitants ont participé à sa construction et à sa décoration en fournissant argent, matériaux et force de travail.
Elle a été restaurée récemment et on peut la visiter. Un incendie a détruit trois magnifiques chalets en décembre 2010. Ils sont reconstruits dans le respect de l'architecture initiale.
La chapelle saint Jacques du hameau de Boudin à Beaufort est ouvert aux voyageurs qui pourront prier, s'abriter ou signer le livre d'or sous son toit d'ancelles (tuiles d'épicéa).
Le four à pain de Boudin
Le four à pain de Boudin a été fabriqué au XIX°s. Construit en pierres pour résister aux fortes températures . Il me senble abîmé. Il est de forme carrée mais le four lui-même arborre une forme en demi-cercle.
Il est construit avec les même materiaux que ceux des chalets du village. Le toit d'ardoise est supporté par une charpente de bois qui repose sur structure en pierre : molasse et pierres du village.
Cette dernière permet de résister aux fortes températures et de conserver la chaleur. Une porte métallique donne accès au four : "la gueule". Le four est séparé des bâtiments du village et des chalets par souci de sécurité. C'est un four particulier car il n'a aucun cendrier : récipient qui récupère les cendres, pas de cheminée : en absence de celle-ci, la fumée sort par la porte, ni de "oura" : principale aération du four.
Il a deux petits bancs en pierre qui permettent d'attendre la fin de la préparation du pain, et deux autels qui servent à poser toute sorte d'objets. Le feu est allumé près de l'entrée avec des copeaux et du petit bois. Puis ce dernier est poussé au fond du four, pendant au minimum deux heures jusqu’à ce que la paroi de mollasse blanchisse.
On ramène les cendres et les braises vers l'ouverture avec un "racle", puis on nettoie le four à "l'écové" : sac de jute humide fixé au bout d'une perche. On passe d'abord à la cuisson du pain puis à celle des tartes et des gâteaux...
A l'époque, un four était une construction indispensable au village : cuire le pain, préparer les gâteaux... au même titre que la chapelle : croyances religieuses. Il est le signe d'une certaine prospérité de Boudin.
A l'époque, toutes les familles du village l'utilisaient. Le four de Boudin reprend vie chaque été autour du 15 août pour la fête du pain.
Monter en voiture au hameau de Boudin pour une promenade dans le village à pied en commençant par la chapelle, puis le four à pain et le haut. En été, reprendre la voiture en direction du Col du Pré, le Barrage de Roselend et redescendre par Beaufort.