Entre deux places de la cité de Saint-Urcize, vous verrez se dresser la magnifique église Saint-Pierre-et-Saint-Michel, construit au XIIe siècle. La seule à posséder dans son clocher à peigne une des plus anciennes cloches de France datant de 1583. Elle est bâtie dans un style roman en lieu et place d'un premier lieu de culte érigé vers l'An Mil. Le prieuré de Saint-Urcize, dépendant de la Chaise-Dieu créé vers 1167. Une bulle du Pape Lucius III, datée du 27 mars l184, le mentionne parmi les possessions de la célèbre abbaye fondée par Saint Robert de Turlande.
Vers 1339 ce prieuré est uni à l'Hôtellerie de la Chaise-Dieu, de même que ceux de Champagnac-le-Vieux et de Champagnac-le-Jeune, car l'hôtelier casadéen a des charges financières assez lourdes pour recevoir et héberger les nombreux fidèles venus en pèlerinage sur le tombeau de Saint Robert. Cet ancien prieuré de dimensions modestes, est le seul monument à déambulatoire que possède la Haute-Auvergne. L'abside de l'église Saint-Pierre et Saint-Michel entourée des trois chapelles rayonnantes et la nef trapue dominée par le clocher à peigne donne à l'ensemble une certaine élégance. Le chœur édifié au début du XIIème siècle est de style roman.
Le mur circulaire du chevet est percé de trois baies et décoré de neuf arcatures supportées par des colonnettes; il domine le toit tournant du déambulatoire. Une corniche à corbeaux sculptés supporte le toit en schiste du pays qui vient couronner le tout. Les absidioles semi-circulaires sont percées d'une petite baie romane. Quatre baies plus importantes séparent les chapelles et éclairent le déambulatoire. La polychromie des pierres confère à l'édifice un effet des plus heureux. En effet, si l'appareil de construction de l’église est généralement en granit gris, les pierres d'ornementation du chœur et des chapelles rayonnantes sont, soit en granit, soit en tuf rougeâtre ou brun méthodiquement ordonnés.
Le clocher à peigne, percé de quatre baies, domine le mur ouest. Détruit en 1794, il a été reconstruit après la Révolution. La cloche la plus petite datant de 1583 porte les initiales du fondeur F.P. et l'inscription : " Dieu veulhe préserver la Crestienté de tous périlz et ennemis ". Il s’agirait d’une des plus anciennes cloches de France.
Intérieurement, la nef gothique surprend par ses dimensions réduites puisqu’elle est plus large que longue (11 m sur 9 m) et ne comporte que deux travées séparées par un arc doubleau reposant sur un chapiteau de colonnes. La voûte est couverte de lambris. Depuis 1991, de nouveaux vitraux représentant des animaux bibliques ornent les baies romanes du déambulatoire.
Deux chapelles latérales s'ouvrent en avant du déambulatoire. Celle de gauche, chapelle funéraire dédiée à Saint-Michel est voûtée d'ogives. Les retombées de ses arcs s'appuient sur deux consoles figurant des moines. Sur le mur, une fresque du XVème siècle découverte lors de la restauration de 1969, représente Saint-Michel terrassant le dragon. A la clé de voûte figuraient autrefois les armes des Beaufort-Canilhac, seigneurs de Saint-Urcize à qui cette chapelle servait de sépulture. C'est là qu'auprès de son épouse repose Marquès de Beaufort-Canilhac, neveu du pape Clément VI et frère consanguin du dernier pape français Grégoire XI, qui ramena le siège de la papauté d’Avignon à Rome.
Dans la chapelle rayonnante centrale, on peut admirer un Christ au Tombeau avec Piéta, en pierre peinte, d’un réalisme naïf remarquable qui proviendrait de la domerie d'Aubrac.
Parmi les trésors soigneusement conservés figure un calice armorié en argent, qui selon la tradition aurait servi pour célébrer la dernière messe de Louis XVI au Temple avant sa mise à mort en 1793. Réalisé en or et en vermeil orné d'armoiries, il fut très précieusement transmis de prêtre en prêtre. Donné à Pierre-Jean lpcher, prêtre de Saint-Urcize par l'abbé Saint-Pée d'Amon, il proviendrait du confesseur du roi, Henry Edgeworth de Firmont, prêtre irlandais qui accompagna le souverain à l'échafaud le 21 janvier 1793. Ce calice en argent et vermeil est l'œuvre d'un orfèvre parisien ; les poinçons de charge et décharge situent sa fabrication entre les années 1713-1715. Au revers du pied sont gravées des armoiries qui seraient celles de la famille de Randon, originaire du Languedoc et qui pourraient se lire ainsi : d'azur à la face d'argent chargée d'un cœur de gueules, accostées de deux gerbes d'or liées du même et en pointe d'une ancre d'or.
La coquille figurant au dessus de la porte d'entrée de l’église, sous le porche, rappelle que Saint-Urcize fut au Moyen Age une étape du pèlerinage à Saint-Jacques de Compostelle. Selon M. Raymond Oursel, un itinéraire de pèlerinage placé sous le contrôle de l’abbaye de la Chaise-Dieu, passait la Margeride à la Croix du Fau, puis de Saint-Chély d'Apcher, se dirigeait vers Saint-Urcize, Laguiole , le château du Bousquet et Entraygues avant de rejoindre Conques. Pour cet auteur, les dispositions de l'église de Saint-Urcize, en particulier l'ampleur de son chevet, ne s'expliquent guère que par ce trafic. Cet itinéraire le plus ancien de l’Aubrac a été emprunté par Godescalc, Evêque du Puy, lors de son pèlerinage effectué vers Saint-Jacques de Compostelle en 951.