Le prieuré de Lavoûte-Chilhac n’a pas été construit sur l’emplacement d’un ancien château comme il est écrit souvent sur certain site, mais d’une ancienne chapelle qui menaçait ruines. Il n’y a jamais eu de château à Lavoûte-Chilhac, tout au plus une grosse maison bourgeoise du XVIIIe siècle. C’est à Saint-Cirgues de l’autre côté de l’Allier, qu’un château médiéval fut détruit en 1365 par Nicolas Dagorne et ses 2000 routiers anglais. Mais qu’est-ce qu’un prieuré ? C’est un monastère, géré par un prieur et dépendant d’une abbaye plus importante. Ici, il s’agissait de l’abbaye de Cluny, en Saône-et-Loire.
Le prieuré Sainte-Croix de La Volte est fondé par Odilon de Mercœur, issu d'une importante famille de la noblesse auvergnate possédant les terres de Saint-Cirgues et Lavoûte-Chilhac, Odilon de Mercœur est élu cinquième abbé de Cluny en 994 et sera à l'origine du rayonnement et de la montée en puissance de cet ordre. Odilon de Mercœur cède, avec l'appui de sa famille, ses terres de Lavôute-Chilhac, le 14 septembre 1025 pour y fonder le prieuré Sainte-Croix. A cette date est signé la charte de fondation du monastère par Odilon de Mercœur et les membres de sa famille le jour de la fête de l'Exaltation de la Sainte-Croix : « Moi, Odilon, je désire et je veux que dans la suite des temps, ce coin de terre, mon pays natal, soit connu de mes concitoyens mais aussi des étrangers. Nous avons décidé, avec mes frères, d'y construire un petit monastère sur une de nos petites propriétés qui s'appelle "La Volte".
L'influence du Prieuré Sainte-Croix de La Volte était conséquente puisque son pouvoir s'étendait sur treize prieurés situés dans la vallée de l'Allier, et sur la Margeride, et quarante églises. Le seigneur de La Volte, le Prieur détenait alors les justices haute, moyenne et basse. Mais, à la fin du XIIIe siècle, les Mercœur revendiquèrent la garde et les droits de justice à Lavoûte, et les religieux furent obligés de partager le pouvoir. Vers le milieu du XIVème siècle, les remparts furent réparés et les nouvelles habitations reconstruites. Ces nouvelles défenses furent nécessaires, car la fin de ce siècle fut marquée par la menace que firent peser les bandes de routiers. Les bâtiments du Prieuré furent déclarés ruinés en 1406, et il ne resta alors plus que onze moines.
En 1411, lors d'un chapitre général, Dom Guillaume d'Auvergne présente un programme de réparations urgentes à faire à l'église dont un angle menace de s'effondrer. Mais le prieuré de Lavoûte-Chilhac n'a pas de moyens pour entreprendre les travaux. En 1496, la découverte, par deux jeunes enfants, d'une petite vierge en miniature sur les rives de l'Allier influença fortement le devenir du prieuré qui se transforma en prieuré marial, et devint l'objet d'un pèlerinage local. Le XVème siècle fut marqué par une intense campagne de reconstruction du prieuré et du bourg qui fut doté alors de nouvelles fortifications.
A partir du XVIème siècle, le Prieuré Sainte-Croix de La Volte connut une longue période de relâchement. Seule la réforme dite de "l'Étroite Observance" qui prônait un retour à la tradition, introduite en 1669-1671, permit de restaurer la discipline, et d'entretenir les bâtiments. Les travaux, réalisés par l'architecte clermontois Antoine Deval, commencent vers 1779. Arrêté à la veille de la Révolution, l’avancement des travaux est très irrégulier. A la Révolution ne vivaient que cinq religieux qui se dispersèrent lors de la vente du prieuré comme Biens Nationaux. Lavoûte devint alors une commune et une paroisse distinctes, possédant l'un des territoires le plus exigu de tout le département.
Aujourd'hui, il ne reste rien de l'ancien prieuré de Lavoûte-Chilhac fondé par Odilon de Mercœur. Modifiée à plusieurs reprises, la plus grande partie des bâtiments visibles, date de la fin du XVIIIème siècle. La particularité architecturale de l’édifice réside dans sa façade principale de plan semi-circulaire qui semble répondre à la courbe naturelle de la rivière Allier. Un bâtiment symétrique devait lui faire face, afin de constituer au centre une cour circulaire, mais il ne fut jamais réalisé. Si l'aile sud était complètement achevée, la seconde partie de la cour en fer à cheval, côté Allier, ne fut pas mise en chantier. Il en est de même du double escalier qui, à partir de la cour intérieure donnait accès à l'église, et de l'aménagement intérieur des locaux situés en étage dans l'aile nord.
Le projet initial prévoyait une vaste cour de forme ovale, et un accès aux bâtiments conventuels par un escalier à quatre volées. Aujourd'hui, seul existe au centre de la façade, un passage en plein-cintre permettant d'accéder à la cour intérieure. Les nouveaux bâtiments du prieuré s'insèrent dans les fortifications de la fin du Moyen-âge. Ils sont disposés autour de l'église prieurale, l'église Sainte-Croix, et de cette cour intérieure.
L'église Sainte-Croix décrite comme ruinée en 1406, l'église prieurale est une reconstruction du XVe siècle commanditée par Vénérand, puis Barthélemy de la Farge, prieurs de Lavoûte-Chilhac. L’église Sainte-Croix a été financée en partie par l'évêque du Puy et abbé de Cluny, Jean de Bourbon. La façade principale est percée d'une rose et d'un portail où apparaissent dans le tuf volcanique de Saint-Roch, pinacles et choux frisés. Le décor sculpté est surtout présent sous forme de culots figurés, disposés sans ordre cohérent. Feuillages, têtes et figures d'hommes aux poses et costumes plus ou moins énigmatiques peuplent l’édifice. L'église conserve une porte romane dite de Saint Odilon, un Christ en croix polychrome du milieu du XIIe Siècle, et plus surprenant une miniature de la Vierge façonnée dans un galet de la rivière.
C'est depuis le 8 juillet 1496, que se perpétue le culte de "Notre Dame Trouvée", date à laquelle, deux petites filles jouent à casser des galets au bord de l'Allier. L'une d'elle, Marguerite Romeuf, découvre alors dans l'un des cailloux cassés une petite image de Notre-Dame tenant son enfant sur le bras gauche qui fait penser aussitôt à la Vierge. Les religieux bénédictins voient dans cette image une bénédiction divine, elle est alors conservée religieusement à l'église Ste Croix de Lavoûte-Chilhac. Plusieurs faits miraculeux ont été attribués à l'intercession de la Vierge invoquée depuis lors sous le nom de Notre Dame Trouvée. Les bénédictins firent confectionner par un habile orfèvre de Saint-Flour un reliquaire dans lequel fut placée et conservée l'image miraculeuse. Puis, ils firent la demande auprès de l'évêque de Saint-Flour que soit autorisé dans leur église de Lavoûte, le culte de Notre-Dame Trouvée, c'est ainsi que fut instituée la commémoration de cette découverte providentielle, que l'on fixa au 2 juillet, fête de la Visitation de Marie à sa cousine Elisabeth, date qui demeura inchangée. Ce jour là est devenu localement chômé, jusqu'à environ 1950, puis a été ensuite célébré chaque année, le premier dimanche de juillet.
Les Bâtiments conventuels en hémicycle du Prieuré de Lavoûte-Chilhac, sont dominés par l'église et ceinturés par le reste des anciennes fortifications médiévales de l'abbaye. Le plan original du prieuré est daté de 1779 et signé d 'Antoine Deval. La partie inachevée de l'aile ouest a été comblée au XIXe siècle par un bâtiment servant de mairie. L'essentiel de la distribution a été conservé : les caves voûtées, la chambre du prieur, les couloirs. La chambre du prieur a conservé son décor du XVIIIe siècle : plafond, cheminée avec trumeau à stucs, boiseries, alcôve fermée par une cloison et des portes.
En vous baladant dans Lavoûte-Chilhac, vous pourrez également découvrir les vestiges d'une porte fortifiée et d'une enceinte du XVe siècle, les extérieurs du château de Saint-Maurice, édifice privé, ou encore la très belle place des Vieux-Moulins bordée par l'Allier et les murs médiévaux du prieuré. Ne manquez pas de visiter le jardin de l'abbaye, riche en espèces diverses et variées, ou d'aller découvrir le pont du XVe siècle. Il présente des parties plus anciennes du XIe et des parties plus modernes du XVIIIe.