Implanté autour de la plus ancienne abbaye du Velay fondée par Calminius, le Monastier s'est développé parallèlement à la montée en puissance de cet édifice bénédictin qui connut son apogée au XIIe siècle, d'abord nommé "Calminiacum" puis plus tard Saint-Chaffre. Au IXe siècle est bâtie l'église paroissiale dédiée à saint-Jean le Baptiste. Le bourg subit le pillage de "routiers" en 1361 lors de la guerre de Cent Ans, à la suite de quoi un château fut construit, qui fut ravagé en 1525 par un incendie lors des Guerres de Religion, puis reconstruit par la volonté de l'abbé Charles de Sennecterre. Au XVIIe siècle fut créée sur la commune une antenne de l'institution des Béates, qui permit au village d'avoir une proportion importante de personnes sachant lire et écrire. La fermeture de l'abbaye à la fin du XVIIIe siècle porta un rude coup à cette école.
Placé sur l'un des premiers itinéraires reliant le Massif central à la vallée du Rhône et au Midi, Le Monastier-sur-Gazeille a assuré longtemps un rôle de bourg-centre très important. L’héritage architectural médiéval reste très présent au cœur du bourg. Dirigez-vous vers la place du Vallat, où vous trouverez un parking pour stationner votre véhicule. L'office de tourisme intercommunal de Monastier-sur-Gazeille se trouve sur cette place, l'occassion de prendre toute les informations pour préparer votre visite. C’est une petite cité de caractère qui se dévoile petit à petit au fil de la promenade, ruelle après ruelle, de fontaine en fontaine.
Dans Le Monastier-sur-Gazeille vous trouverez de nombreuses fontaines : sur la place du Vallat, rue de la Conque, devant l’église St Jean, rue Saint Pierre et dans beaucoup de Hameaux du Monastier. Les nombreuses fontaines et lavoirs faisaient partie intégrante de la vie du village. Les fontaines de type abreuvoirs ou "lou bacha" : Ces fontaines étaient composées d’un ou plusieurs bacs selon l’importance du village et le nombre de bœufs et de vaches. Le Lavoir ou "lou lavadje" : Il était alimenté par une source. Protégé des vents par une murette en pierre, il permettait à 6 ou 8 femmes de laver collectivement.
Poursuivre vers le Château, solidement bâti en pierres basaltiques, le château se remarque par ses 4 tours circulaires massives et la petite tour d’escalier sur le mur sud avec la porte d’entrée. Le Monastier-sur-Gazeille étant une ville fortifiée, un donjon a dû exister très tôt. Après l’occupation du Monastier par les Anglais au XIVe siècle, un premier château abbatial fut construit en 1364 puis incendié pendant les guerres de religion. Le château actuel fut reconstruit au XVIe siècle et servit de demeure pendant 130 ans à la puissante famille des Sennecterre (Saint Nectaire) qui fournit plusieurs abbés.
La porte de la tourelle d'escalier allie gothique et Renaissance. Vers 1550, des modifications furent apportées à la tour d'entrée, dans les salles du rez-de-chaussée, et les fenêtres avec leur encadrement mouluré sur colonnettes prismatiques qui transformèrent la forteresse féodale en une habitation plus confortable. A l'intérieur, une cheminée et deux salles voûtées d'ogives sont les seuls vestiges intéressants. Les tours furent arasées entre 1782 et 1786 pour éviter de les réparer. Au XIXe siècle, le premier étage fut transformé en classes et logement d'instituteur.
Aujourd’hui, le rez-de-chaussée est utilisé par l’association "L’œil de la Salamandre" qui y gère un très intéressant Musée des Croyances Populaires. Cet espace muséal, vous propose de découvrir l’histoire du Monastier et de l’Abbaye Saint-Chaffre. Vous découvrirez le quotidien des moines bénédictins et une partie du trésor Abbatial (buste reliquaire de Saint Chaffre du XIIème siècle, 6 tableaux du XVème siècle, des tissus byzantins des VIIème et IXème siècles). Vous partirez sur les traces des moines bénédictins, de personnages qui ont marqué l’histoire de ce territoire (Robert Louis Stevenson, Laurent Eynac, Saint François Régis) mais aussi des béates, des dentellières, des bâtisseurs de la Transcévenole, avec de nombreux objets et documents d’époque.
Le reste du bâtiment est utilisé par les associations pour y pratiquer des activités socio-culturelles. La cour du château accueille la plupart des concerts pendant le Festival des Cuivres du Monastier au mois d’août. Continuez en direction de l'ancienne église abbatiale Saint-Théofrede, chef d’œuvre de l’art roman en Velay, a été construite entre le XIème et le XIIIème siècle. L'église était auparavant dédiée à saint Chaffre. L'abbé du Monastier de 950 à 982, entreprend une nouvelle construction au sud de l'oratoire dédié à Saint-Pierre bâtit vers 680 par Calminius, gouverneur d'Auvergne. L'édifice, construit sur de mauvaises fondations, est reconstruit à partir de 1086 et s'achève dans la première moitié du XIIe siècle. Fin XVe - début XVIe siècle, réfection des voûtes de l'église, construction de la grande tour des cloches, de l'escalier devant l'église et du jubé. La règle primitivement suivie dans le monastère est celle de Saint-Honorat, remplacée ensuite par celle de Saint-Benoît. Le cloître est rebâti vers le milieu du XVIIIe siècle. Quelques restaurations à la fin du XIXe siècle.
L’intérieur de l'église abbatiale Saint-Théofrede peut surprendre dès l’abord par l’élancement de ses voûtes, le mélange agréable de l’architecture surtout romane, mais aussi gothique, et la diversité de ses pierres ainsi que de ses coloris. En face de la porte du midi, se trouve le buffet d’orgues : le plus vieil orgue d’Europe, datant de 1518. Sa récente restauration lui a permis de retrouver sa polychromie originelle. Ses dimensions sont remarquables : c’est la seconde église de la Haute Loire par sa taille, après la cathédrale du Puy en Velay. Les spécialistes de l’art médiéval considèrent l’abbatiale comme l’une des plus belles églises du centre de la France. L’espace muséal du centre culturel du Monastier conserve un buste reliquaire qui représente Saint Chaffre, buste daté du XIIe siècle, sculpté dans du chêne, recouvert de vermeil et orné de cristal de roche.
Aujourd’hui, la place du Couvent est situé sur l’emplacement de l’ancien cloître, et le bâtiment conventuel de l’Abbaye, devenu le Pôle culturel, nous rappellent la présence de la communauté monastique qui, pendant des siècles, a marqué la vie et l’économie de la cité du Monastier-sur-Gazeille. Votre déhambulation, vous emmène à présent à la maison Grangette situé au 79 Rue Saint-Pierre. Les rois de France obtinrent des marchés hebdomadaires près de l'église Saint-Jean, entraînant l'allongement de la ville vers le sud. Les routes de Montpezat prennent alors le nom de "rue Saint-Pierre", vocable de la première chapelle abbatiale au 9e siècle, et les maisons de notables s'y succédèrent, dont les maisons Grangette et de la Chirouze comptent parmi les principales.
L'élément essentiel de la maison Grangette est sa porte monumentale sur rue. Un ordre de pilastres doriques canelés supporte l'entablement et le fronton dont le tympan est orné d'une pointe de diamant et d'une sculpture de fruits. Un arc en anse de panier marque l'entrée. La porte extérieure sur rue ouvre sur un vestibule voûté conduisant par une porte à bossages et pointe de diamant, sur la tour carrée de l'escalier en vis. L'intérieur n'a rien conservé de ses dispositions et ornementations anciennes. Seule une cheminée a conservé un piédroit à chapiteau sculpté.
A quelques centaines de mètres, vous trouverez sur une petite place, l’ancienne église Saint-Jean-Baptiste, datant du IXe siècle. L’église a été reconstruite et agrandie au cours des siècles et sa dernière restauration date des années 1980. L’église sert aujourd’hui de lieu d’exposition et de concerts mais conserve des vestiges de décors peints sur ses voûtes d’ogive et un intéressant retable à la décoration luxuriante. L'église romane fût incendiée en 1362 et reconstruite au XVe siècle, la façade d'origine subsistant. La partie occidentale est restée romane, ou d'esprit roman, avec son clocher peigne.
L'édifice se compose d'une travée romane en berceau brisé accompagnant la façade, et trois travées gothiques, la dernière accompagnée de deux chapelles latérales formant transept, elle-même formant choeur. A l'intérieur, voûtement gothique. L'église a survécu aux guerres de Cent ans et de Religion. Peu d'éléments de décor intérieur, hormis des chapiteaux figurés et à feuillages à la naissance des ogives de la chapelle sud et du croisillon nord. Cet édifice représente l'une des rares églises gothiques du Velay.
Reprendre votre véhicule, prendre la direction du Viaduc de la Recoumène, via la route de la Rousselle et la D500. Construit en 1925, le viaduc de la Recoumène n'a jamais vu passer de train. La ligne est aujourd’hui un chemin de promenade du Puy à Présailles (environ 25 km). Très belle randonnée à travers la nature, ponts, viaducs et tunnels. Le viaduc est aujourd’hui un site de saut en élastique.
Un événement considérable a marqué le début du XXe siècle au Monastier : la construction de la ligne de chemin de fer Le Puy - Niègles - Prades, dite "la Transcévenole", qui devait désenclaver le Monastier en lui fournissant un accès vers l'Ardèche. Elle devait être « unique en Europe », rassembler une quantité rare d'ouvrages d'art : 12 viaducs et 35 tunnels pour 89 kilomètres, et la fameuse "spirale de Montpezat" autour du Suc de Gravenne, permettant de descendre du tunnel du Roux (altitude 994 mètres) à Thueyts (420 m). Ayant subi de nombreux retards de construction, cette ligne ne sera jamais achevée ni mise en service.
Prolonger votre escapade en suivant la D500 en direction de la Maison d'assemblée du Mont appelée Béate. Dans de nombreux villages altiligériens, il y avait jadis une « Demoiselle de l’instruction » encore appelée Béate. La béate était une femme célibataire, non religieuse mais placée sous la responsabilité du curé. Elle était chargée d’enseigner le catéchisme, mais aussi d’apprendre à lire, écrire et calculer. Elle enseignait également l’art de la dentelle aux femmes et aux jeunes filles. Plus rarement, la béate pouvait donner quelques soins aux malades.
Cette pratique se répandit dans tous les petits villages et hameaux, à charge aux habitants de fournir à la béate le logis et le couvert. Souvent, une construction spécifique, généralement petite avec un étage, a été construite et meublée sommairemen. On en voit encore et on les reconnaît à la cloche située au-dessus de la porte. Aucune autre maison ne peut prétendre en avoir une. La cloche permettait, en l’absence d’église, de sonner l’angélus et permettait de rassembler les enfants pour l’instruction. Les béates étaient très nombreuses en Haute Loire (près de 900 béates en 1880). Les dernières béates œuvraient encore dans les années 1930.
Pour les sportifs et les amoureux de la nature, de nombreux sentiers de randonnée traversent où partent du village de Le Monastier-sur-Gazeille, comme le GR 430 Chemin de Saint Régis ou du GR 70 Chemin de Stevenson, ainsi nommé en référence au Voyage à travers les Cévennes qu’effectua l’écrivain écossais R. L. Stevenson, qui partit du Monastier pour rejoindre St-Jean-du-Gard accompagné de son ânesse Modestine en 1878. Pour l'anecdote, c'est au Monastier-sur-Gazeille que l'écrivain fit l'acquisition de son ânesse, Modestine.