Nichée dans un écrin de verdure au sein du Parc Naturel Régional des Volcans d’Auvergne, la basilique Notre-Dame d’Orcival se dresse, sobre et majestueuse, au-dessus des toits de lauze du village de caractère d'Orcival. Quant à l'origine du nom Orcival, une théorie domine : "Orcival viendrait d'une racine pré-celtique ourche qui veut dire "la source" et val pour la vallée, ce qui donne "la vallée de la source". "On retrouve cette mention ailleurs dans la toponymie locale comme à Orcines ou à Saint-Ours-Les-Roches". A l'origine, une source coulait d'ailleurs à l'intérieur de la basilique, mais elle a été détournée.
Orcival, dans la vallée étroite du Sioulet, fut de tout temps un lieu sacré bien avant la construction de la basilique. On n'a pas une certitude exacte mais on estime qu'il y a un peu plus de 2.000 ans, il y avait un lieu de culte celte ici. La source qui a été utilisée au niveau du narthex pour le baptême était utilisée bien auparavant par ces Gaulois, comme lieu de culte. Ils érigèrent là des pierres de fécondité à côté d’une source guérisseuse, placées sous la protection de la grande Déesse-Mère. Le pèlerinage trouve sans doute là son origine. Puis vint le christianisme.
Selon une chronique provençale du XIIIe siècle, une relique de la Vierge aurait été apportée à Orcival en 378. Il est fait mention d’autres reliques en 878, provenant de Pont-l’Abbé. Sous la pression des invasions normandes, des reliques de la Vierge Marie en provenance de "Pont l'Abbei" sont apportées au lieu-dit "Orcivaus". C’est sans doute pour les abriter qu’une première église fut construite sur la colline, au-dessus du village actuel, là où se trouve maintenant le lieu appelé le "Tombeau de la Vierge" et où se trouvait la source sacrée. Cette église fut détruite par les Normands à la fin du IXe siècle.
En raison de l’importance du pèlerinage, une nouvelle église fut construite sur les terres des comtes d’Auvergne, avec l’appui de l’évêque de Clermont. L'existence du village et de cette nouvelle église n'est attestée que depuis 1166, avec la mention de la donation de l’église faite par le comte d'Auvergne, Guillaume VII, au monastère de la Chaise-Dieu. C’est vers 1170 que la Vierge en majesté fut réalisée. Le clocher, quand à lui, date vraisemblablement, d'après son style, de la fin du XIIe siècle.
Un chapitre de chanoines fut créé en 1243, qui compta jusqu’à 25 moines. la Basilique Notre-Dame d'Orcival se développa, accueillant les pèlerins et les revenus que cela impliquait. En 1333, la Basilique fut rattaché au prieuré Saint-Robert de Montferrand. En 1478, un tremblement de terre endommagea le clocher et au XVIe siècle, à la suite d’un incendie, la toiture en tuiles fut remplacée par des lauzes. Le pèlerinage marial connut un grand essor au XVIIe siècle. Le chapitre disparut à la Révolution, mais le pèlerinage reprit de plus belle au XIXe siècle. En 1894, elle fut élevée au rang de basilique par le pape Léon XIII.
Blottie dans un ceux des montagnes, emplacement inhabituel pour un édifice religieux, la Basilique Notre-Dame d'Orcival pose toujours de nombreuses questions. Lors de sa construction, pour respecter cette règle, les hommes ont contraint la nature à quelques modifications: entaillement de la montagne à l’ouest, énormes travaux de terrassement à l’est... On a même détourné le ruisseau. C’est ainsi que l’église apparaît au creux d’une vallée entre deux autres monuments, naturels ceux-là : les Monts Dôme et les Monts Dore.
Le relief accidenté du site dicta aux hommes qui la construisirent la proportion particulière de l'édifice : le flanc de la vallée dut être entamé pour permettre de construire la façade occidentale. Le fait d'avoir construit la basilique à flanc de montagne la prive d'un portail ouest. Comme l'immense majorité des églises, elle est donc orientée à l'est, vers le lever du soleil, vers la lumière du soleil levant, symbole de Dieu, que Notre-Dame d’Orcival est ainsi encastrée dans le site.
Les caractéristiques architecturales et décoratives de la basilique d'Orcival sont comparables à celles des autres églises majeures de Basse-Auvergne. Avec son chevet aux proportions élégantes, nettement hiérarchisé, sa crypte archaïque, inspirée de celle de la cathédrale Notre-Dame de l'Assomption de Clermont et sa nef aux chapiteaux richement décorés, la basilique Notre-Dame d'Orcival est en revanche l'une des rares églises d'Auvergne à avoir conservé sa tour de clocher d'origine.
Le chevet de la basilique possède une décoration polychrome en opus reticulatum qui ressemble à celle du portail carolingien de l'abbaye de Lorsch. Cette décoration est cependant nettement plus sobre que celle que l'on trouve au chevet de l'église Saint-Austremoine d'Issoire: on n'y trouve pas de mosaïque (opus sectile) de rosaces polychromes sous la corniche du chœur.
Le chœur, le déambulatoire et les chapelles rayonnantes possèdent chacun une corniche largement débordante soutenue par des modillons à copeaux. Les fenêtres du chœur sont surmontées de mosaïques polychromes de losanges réalisés avec du trachyandésite et alternent avec des loges rectangulaires abritant chacune trois colonnettes. Les arcs des fenêtres du déambulatoire et des chapelles sont bordés d'un cordon de billettes. La structure des façades latérales de la nef est en tout point semblable à ce que l'on peut observer à la basilique Notre-Dame-du-Port, à l'église Saint-Austremoine d'Issoire ainsi qu'à l'église de Saint-Nectaire : les fenêtres des façades latérales de la nef, bordées d'un cordon de billettes, sont logées sous de grands arcs de raidissement surmontés de triplets de baies aveugles.
L'extérieur de basilique d’Orcival est d'une merveilleuse ordonnance : les volumes arrondis et étagés de l'abside sont dominés par l'étonnante masse rectangulaire du transept, surmonté d'un clocher. L'exiguïté du terrain n'a permis à l'architecte ni de développer la nef qui n'a que quatre travées, ni de dresser une façade occidentale. La basilique Notre-Dame d'Orcival présente une particularité : la porte Saint-Jean, principale porte de l’édifice, est latérale : l’église étant adossée à la montagne. Ses vantaux de cèdre sont antérieurs au XIIIe siècle et portent de splendides ferronneries et pentures se terminant par des têtes animales et humaines. La basilique d’Orcival est la seule église romane majeure ayant conservé son clocher pratiquement intact.
L'intérieur de la basilique Notre Dame d’Orcival n'est pas polychrome comme à Issoire, mais il a la même structure que dans les autres églises romanes majeures de Basse-Auvergne. Les symboles religieux sont riches et nombreux : le chœur, voûté en cul de four, est entouré de huit colonnes couronnées de chapiteaux sculptés de motifs végétaux, d’animaux fabuleux, de démons ou d’oiseaux supportant des arcs surhaussés surmontés d'une deuxième série de baies, alternativement ajourées et aveugles. De proportions remarquables, elle contient quelques très beaux chapiteaux, autrefois peints.
On remarquera celui décrivant le châtiment de l’Avare, représenté par un homme avec une bourse suspendue au cou. L’enfilade de piliers de la nef porte le regard vers le chœur inondé de lumière où trône une Vierge en majesté. Recouverte de feuilles d’argent et de vermeil, cette statue en bois de noyer daterait de 1170 et surprend par la finesse de son expression. Esquissant un sourire, elle présente son enfant au monde en l’encadrant de ses mains.
La basilique Notre Dame d’Orcival a certainement abrité des reliques, vers les années 900, vénérées au même titre que la statue de la Vierge à l’Enfant lors de très importants pèlerinages attestés depuis le VIème siècle. Aujourd'hui, elle renferme une statue de Notre Dame, datant d’environ 1170. La seule, parmi les nombreuses Vierges romanes d’Auvergne, à être encore recouverte d’un travail d’orfèvrerie. Cette statue a été conçue pour contenir des reliques.
La statue a été trouvée dans l’ancienne église qui se trouve plus haut sur la colline à l’est du village, près d’une source sacrée. C’est depuis cet endroit que l’on nomme « le tombeau de la Vierge » que son créateur aurait lancé son marteau pour qu’il lui indique l’endroit où la statue devait être conservée. Ce dernier aurait atterri là où se trouve la basilique actuelle.
Jusqu’en 1885, la statue était conservée et vénérée dans la niche centrale de la crypte. Aujourd’hui visible au centre du chœur, son implantation est telle qu’elle est frappée par un rayon de soleil le 15 août à midi, heure solaire, provenant du vitrail de Saint-Jean. Elle a été conservée grâce au courage de quelques moines qui l’ont cachée pendant les destructions de la Révolution. Elle est en bois peint recouvert de plaques d’argent et de vermeil et rehaussées de pierres précieuses. On notera que la vierge n’adopte pas l’attitude d’une mère : l’enfant Jésus n’est pas blotti contre elle, mais assis sur ses genoux, et n’a aucun contact avec les deux mains de la vierge. Ce qui frappe lorsqu'on l'observe, c'est la grandeur de ses mains. Parmi les légendes qui entourent la statue, on dit qu’elle aurait été sculptée par l’évangéliste saint Luc.
Chaque année, le jour de l’Ascension, la vierge est portée en procession sur un brancard par les habitants mâles d’Orcival qui pieds nus, empruntent le chemin de croix jusqu’au calvaire. Elle est couronnée de bijoux, qui comme ceux de l’enfant Jésus, sont normalement exposés dans la vitrine à gauche du chœur. Elle est ensuite redescendue dans le chœur de l’église afin que les croyants puissent l’implorer et obtenir les grâces de Notre-Dame en touchant ou en embrassant la statue. Actuellement le pèlerinage de l’Ascension compte toujours parmi les plus importants.
A l’extérieur de la basilique on remarquera des chaînes et boulets fixés sur la façade. Ce sont des ex votos offerts par des prisonniers libérés, grâce à l’intercession de la vierge "Notre Dame des Fers". Au dessus du cadran solaire sculpté sur cette façade au XVIème siècle on retrouve d’ailleurs un prisonnier enchaîné en prière à genoux sous le trône de la vierge. C’est de l’époque moderne que datent les premières mentions de libérations miraculeuses de prisonniers innocents ou de bagnards délivrés par l’intercession de la Vierge d’où le vocable de Notre Dame des Fers.
Orcival est également très fréquentée par les géobiologistes qui s'intéressent au courants magnétiques et aux courants d'eau souterrains. Ils affirment que c'est un lieu très chargé.