La région fut évangélisée aux IIIe et IVe siècles, dans le sillage de saint Austremoine, premier évêque de Clermont. L'un de ses compagnons, Nectaire, s'installa sur le mont Cornadore pour y prêcher, sans doute à l'emplacement d'un ancien sanctuaire païen. Sa sépulture devint un lieu de vénération, sur lequel on édifia peut-être une première chapelle. Le pèlerinage autour de la tombe et des reliques du Saint a participé à la renommée et au développement du village. L'église Notre Dame du Mont-Cornadore aurait été construite sous l’impulsion des moines bénédictins de la Chaise Dieu en Haute-Loire. à l’emplacement du sanctuaire élevé par Nectaire d'Auvergne.
À partir du XIe siècle, on observe la construction d’une multitude d’édifices qui seront qualifiés de "romans", dans la mesure où ils s’inspirent de l’architecture gallo-romaine et en particulier des basiliques. La terre de Saint-Nectaire est mentionnée en 1178 dans une bulle du pape Alexandre III, énumérant les dépendances de l'abbaye de la Chaise-Dieu. L'église n'apparaissait pas dans une bulle similaire du pape Eugène III, datant de 1146. C'est peut-être entre ces deux balises chronologiques qu'il nous faut rechercher la fondation de l'actuelle église romane, sans que l'on sache s'il s'agit de l'œuvre du comte d'Auvergne Guillaume VII, ou des moines casadéens. Saint-Nectaire devint ensuite un prieuré de la Chaise-Dieu.
Endommagée à la Révolution, son clocher fut démoli et une partie de son trésor fondu. Au milieu du XIXe siècle, l'église était encore entourée de murailles, d'un cimetière, d'un château et d'une petite chapelle. Ces éléments furent détruits peu après, lors d'une restauration de l'église. L'édifice fut transformé pour devenir l'archétype même de l'église romane. Bien que de petite taille, son emplacement surplombant toute la vallée et le talent de ses bâtisseurs donnent à l’édifice une certaine monumentalité. Pour jouir d'une belle vue sur cette église de Saint-Nectaire, gagner le chemin de la Parre.
Bâtie en une seule campagne, en lave trachyte et tuf poreux, elle mesure 38 mètres de long, 11 mètres de large sous 20 mètres de haut sous la coupole. Son plan est assez typique de l’art roman auvergnat : deux tours de façade, un narthex, une nef de 4 travées, deux collatéraux, un transept avec chapelles orientées, le chevet avec un déambulatoire à trois chapelles rayonnantes.
La façade de l'église de Saint-Nectaire est très simple : une porte en plein cintre s’ouvre dans un avant-corps un montant jusqu’au niveau des tribunes, puis s’élève le pignon ajouré d’une fenêtre et surmonté d’une antéfixe. De chaque coté se dresse une tour carrée cantonnée de contreforts. Le chevet a été établi dans la belle-ordonnance des chevets auvergnats. Les absidioles soutenues par des contreforts, colonnes sans chapiteaux et qui laisse un vide entre leur sommet et la corniche, forment, avec les chapelles rayonnantes, un harmonieux ensemble. L’église révèle dans ses voûtes, ses arches et ses chapiteaux, le génie des bâtisseurs.
A l’intérieur de l’église de Saint-Nectaire, le spectacle continue, on retrouve des baies en plein cintre, des voûtes d’arêtes pour les bas-côtés, une voûte en berceau pour la nef et dévoilent pas moins de 103 magnifiques chapiteaux sculptés, œuvre d’un sculpteur auvergnat dans un style hérité de la tradition gallo-romaine. Prenez votre temps, pour les admirer.
Les six chapiteaux de rond-point constituent l’un des plus beaux ensembles de la région, certains ont conservé leurs couleurs d’origine, ils forment un catéchisme de pierre. Ce livre de pierre reflète une symbolique religieuse traditionnelle. Parmi les scènes représentées, des thèmes reviennent, fréquents en Auvergne comme les saintes femmes au tombeau. D’autres plus rares, comme plusieurs scènes de la Passion du Christ (l’arrestation, la flagellation, le portement de croix), voire inédits (la Descente aux Limbes et la Transfiguration).
Mais le chapiteau le plus singulier concerne un personnage dénommé Ranolphe (Ranulfo). Ce supposé généreux donateur est représenté s’agrippant à la colonne de l’église ; un homme coiffé d’un casque s’escrime à l’extraire de la maison de Dieu en le tirant par sa tignasse, tandis qu’un ange vole à son secours en le retenant par le poignet et en lui tendant le glaive de l’Esprit saint (éternel combat du Bien et du Mal). Aux côtés des sujets évangéliques traditionnels (vie de Jésus...), l’illustration des miracles du saint patron et les épisodes de l’Apocalypse reçoivent un traitement iconographique original. On ne s’étonnera pas de rencontrer sur l’un des chapiteaux du chœur, la vie minutieusement racontée de celui qui évangélisa le pays : Saint-Nectaire. Quelques chapiteaux intéressants également dans la nef : l’âne à la lyre, Moïse sauvé des eaux…
Le chevet possède une décoration remarquable par sa polychromie. En comparaison avec Issoire, la décoration est nettement plus sobre et la polychromie combine les tons noir, brun et beige que le noir et le blanc. Le chœur, le déambulatoire et les chapelles rayonnantes possèdent chacun une corniche largement débordante soutenue par des modillons à copeaux.
Sous la corniche du chœur se déploie une mosaïque de rosaces polychromes, sous la mosaïque, les fenêtres du chœur alternent avec des loges rectangulaires abritant chacune trois colonnettes. Chacune des chapelles rayonnantes est adossée à un pignon surmonté d'un fronton triangulaire bordé d'un cordon de billettes et couronné d'une croix de pierre faisant office d'antéfixe. Les arcs des fenêtres du déambulatoire et des chapelles sont ornés de claveaux polychromes et bordés d'un cordon de billettes. Le massif barlong est, quant à lui, très peu orné.
Dans le transept nord repose le trésor de l'église de Saint-Nectaire avec une superbe Vierge à l’Enfant, en bois marouflé polychrome du XVe siècle), aussi connue sous le nom de Notre-Dame du mont Cornadore. La Vierge tient son enfant sur les genoux. Dans la pensée du sculpteur, elle est le trône de la sagesse éternelle. On appelle ce type de représentation : Vierge en majesté...
Mais cette église de Saint-Nectaire abrite un autre trésor, le buste reliquaire de saint Baudime. Confectionné au XIIe siècle, il est en cuivre sur une âme de bois. Sa tête et ses mains, qui sont fondues, sont en parfait état de conservation. Sur son corps il manque la plupart des cabochons. Au Moyen Âge, il conservait les ossements du saint et était vénéré par les foules. Ces statues étaient souvent réalisées à partir d’éléments plus anciens. Certains historiens ont émis l'hypothèse que la tête et les mains pouvaient être plus anciennes, voire même antiques. Néanmoins, la coiffure de saint Baudime, composée d'une tonsure et de boucles en escargot, se retrouve sur une représentation de Saint-Nectaire, sur l'un des chapiteaux de l'église.
Les vitraux sont du XIXe siècle. L’église a fait l’objet d’une restauration complète très récemment : intérieure et extérieure qui met d’autant plus en valeur son architecture et ses décors. Tout simplement splendide !