La cathédrale Saint-Pierre, monument médiéval au cœur du centre-ville de Lisieux, est très présente dans l’histoire de la Normandie et même dans l’histoire de l’architecture française. Elle ne doit pas être confondue avec la basilique Sainte-Thérèse, édifice du XXe siècle. C'est en 538 qu'est cité Thibault, premier évêque de Lisieux, ce qui suppose l'existence d'une cathédrale dès le VI siècle, à l’ère de la christianisation de Lisieux. Cependant, peu d'informations nous sont parvenues, et c'est véritablement à partir de sa reconstruction au XI siècle que l'histoire de la cathédrale commence à être connue.
Sous l'impulsion des évêques comtes Herbert et Hugues d'Eul, une cathédrale romane est construite au IXe siècle selon un plan similaire à l'église actuelle. Nommés par le roi, les évêques comtes étaient garants de l’autorité civile et spirituelle de la cité, comme des alentours. C’est à l’époque médiévale que ce titre apparaît. Cependant les interprétations diffèrent. Certains situent l’apparition des premiers évêques-comtes de Lisieux au début du Xe siècle, d’autres aux alentours du XIIe siècle, mais il est certain qu’avec ce titre, le statut des évêques se rapproche alors plus de celui de seigneur de la ville.
Proches des Ducs de Normandie, les évêques-comtes de Lisieux eurent également un rôle politique majeur. Plus tard, après la conquête du Duché de Normandie par le roi de France, les évêques-comtes gardèrent toujours leur suprématie en s’alliant au roi. Certains évêques de Lisieux jouèrent un rôle important dans l’histoire de France, comme : Nicolas Oresme, évêque de Lisieux au XIVe siècle, à qui l’on doit l’appellation "Franc" de notre ancienne monnaie. Pierre Cauchon, qui participa au procès de Jeanne d’Arc, et Jean Le Hennuyer qui aurait évité le massacre de protestants de la ville, la nuit de la Saint-Barthélemy. C’est seulement après la Révolution que les pouvoirs des évêques-comtes prirent fin, au moment de la suppression du siège épiscopal de Lisieux en 1801.
Revenons sur l’origine de la Cathédrale Saint-Pierre de Lisieux. Victime d'un incendie en 1136, lors de la succession des fils de Guillaume-le-Conquérant, quand les petits-enfants de Guillaume se disputent sa succession pour gouverner le duché de Normandie. Au milieu du XIe siècle, la cathédrale romane est en piteux état. On décide d’en reconstruire une sur les bases de l’ancienne. Le chantier est lancé en 1150 par l’évêque de Lisieux appelé Arnoult. La cathédrale jouit tout de même d'une certaine renommée car elle accueille les noces d'Aliénor d'Aquitaine et d'Henri II Plantagenêt en 1152.
Dans les années 1170, l'évêque Arnoul lance la construction d'une cathédrale de style gothique, qui vient remplacer la cathédrale romane : il s'agit du bâtiment que l'on peut encore admirer aujourd'hui. Proche des rois de France et d’Angleterre, ce prélat fait intervenir des bâtisseurs au fait des nouvelles techniques d’Ile-de-France. : l'église bénéficie ainsi de toutes les nouveautés élaborées à Paris au XIIe siècle. Le fait qu'Arnoul ait été présent lors de la consécration de l'abbaye de Saint-Denis en 1149, explique sans doute ce choix. De plus, il connaissait l'abbé Suger, ainsi que l'évêque Maurice de Sully qui lance les travaux de la la cathédrale Notre-Dame de Paris. Le maître-maçon, ancêtre de l’architecte, introduit pour la première fois en Normandie des arcs-boutants pour soutenir les voutes, comme à la Basilique Saint-Denis et Notre-Dame-de-Paris.
Au cours des XIVe et XVe siècles, les chânoines font détruire les murs des bas côtés, pour y accoler des chapelles de style flamboyant. Les chapelles latérales à gauche sont ajoutées au XIVe siècle, puis les chapelles à droite, au XVe siècle. L'évêque Pierre Cauchon fait construire les chapelles rayonnantes, notamment la chapelle axiale. Bâtie dans un style flamboyant et consacrée à la vierge, elle est surprenante par sa profondeur (17m) et ses neuf grandes verrières. Pierre Cauchon est par la suite inhumé dans la chapelle, surnommée "chapelle de Pierre Cauchon".
Sous l'occupation anglaise, Monseigneur Pierre Cauchon, collaborateur zelé des occupants anglais qui briguait l'archevêché de Rouen, est en fait élu à Lisieux en 1432 ; il venait, l’année précédente, de faire condamner Jeanne d’Arc à être brûlée vive comme hérétique. Il occupera le siège épiscopal de Lisieux, de 1432 à 1442. Les mauvaises langues penseront a une récompense pour cette condamnation.
Dans sa lutte acharnée contre les anglais, Jeanne d’Arc est faite prisonnière par les Bourguignons, alliés des Anglais, aux portes de la ville de Compiègne. De longues négociations s’engagent alors pour récupérer Jeanne. Pierre Cauchon est au cœur de ces discussions. Jeanne d’Arc est finalement vendue aux anglais et emprisonnée à Rouen. Un long procès se met alors en place sous la présidence de l’évêque Cauchon. Missionné par les anglais, il n’aura de cesse de discréditer Jeanne et sa foi. Finalement, après une longue séance d’abjuration, les anglais et l’évêque auront raison de Jeanne. Le 30 mai 1431, la pucelle d’Orléans est brûlée vive sur la place du vieux marché de Rouen.
C’est à la suite de ce procès, que Pierre Cauchon, auparavant évêque de Beauvais, sur les terres françaises, devient évêque-comte de Lisieux, alors en territoire anglais. Il meurt brusquement à Rouen à l’âge de 71 ans et son corps est transporté à Lisieux. Pierre Cauchon est alors inhumé dans la cathédrale. Son tombeau, réalisé en marbre noir et surmonté d’un gisant en marbre blanc, est détruit en 1705. Retrouvé au XIXe siècle, le tombeau fut reconstitué et placé dans la chapelle du croisillon sud du transept.
En 1793, avec la Révolution Française, la Cathédrale Saint-Pierre de Lisieux devient le siège des fêtes révolutionnaires, et ses cloches sont fondues. Rendue au culte en 1802, elle perd cependant son titre la même année, suite à la suppression du diocèse de Lisieux. A la fin du XIXe siècle, l'église accueille la future sainte Thérèse et sa famille lors des messes dominicales. L'église fait parti des rares monuments lexovien ayant échappé aux bombardements qui ravagent Lisieux en 1944
Retour dans le présent : vous voici sur le parvis de la cathédrale Saint-Pierre. Un large escalier menant à une terrasse monumentalisent la façade. Trois tours dominent le bâtiment : la tour-lanterne, fréquente dans les grandes églises normandes, et deux tours de façade. La tour-lanterne, aux proportions trapues, de base carrée, est percée sur ses quatre côtés de deux baies en plein cintre, encadrées d'arcatures. Des motifs de quadrilobes ajourés ornent ses écoinçons. Celle du nord, élancée, remonte au XIIIe siècle. Sa voisine fut reconstruite entre 1579 et 1600 après effondrement. Terminée par une flèche, elle culmine à 72 mètres. Son style est difficilement définissable : gothique flamboyant avec quelques caractères Renaissance : des arcs plein-cintres, des ouvertures assez petites, une horizontalité marquée.
Comme beaucoup d’églises normandes, la décoration externe de la cathédrale de Lisieux se veut sobre. Il n’y a par exemple aucune statue sculptée sur les façades des portails. Seuls, des motifs géométriques, de feuillages, des colonnettes ou des arcatures animent la pierre. De petits visages sculptés forment les seuls éléments fantaisistes à l’extérieur. Les parties les plus anciennes de la cathédrale de Lisieux s’inspirent des premières réalisations de l’Île-de-France : les cathédrales de Laon et de Paris voire de Sens. Les colonnes des grandes arcades de la nef ont en effet un sérieux air de ressemblance.
Admirez la façade de la cathédrale, c’est la partie la plus récente de l’édifice. Terminée en 1250, il s’agît d’une façade dite “harmonique” : les trois portails nous laissent deviner la division intérieure de l’église avec sa nef centrale et ses bas-côtés. Observez le portail central : très ancien, il a été réalisé au XIIe siècle. Il faut noter que l'édifice est flanqué au palais épiscopal au niveau des deux premières travées, ainsi il y manque deux chapelles latérales d'origine.
Entrez maintenant à l’intérieur de cet édifice, et placez-vous dans la nef principale. Cette partie de l’édifice a été construite durant la période de transition entre l’art roman et l’art gothique, dans la 2ème moitié du XIIe siècle. Au-dessus de ces grandes arcades, se trouve l’étage des fausses tribunes. Il est composé de petites ouvertures divisées en deux, que l’on appelle les baies géminées. Derrière vous, au-dessus du portail d’entrée se trouve l’orgue de Cavaillé-Coll, le célèbre facteur d’orgue du XIXe siècle. Cet orgue, inauguré en 1874, devait être installé à l’origine, au Palais des Congrès d’Amsterdam, ce qui explique l’exceptionnelle qualité des matériaux utilisés. Mais si la cathédrale de Lisieux a pu acquérir un tel joyau, c’est grâce à un généreux donateur, Jean Herbet Fournet, industriel et maire de la ville à cette époque.
Rejoignez ensuite la croisée du transept, cette croisée est couronnée par une tour lanterne. Tel un puits de lumière, cette tour permet l’éclairage du bâtiment. C’est aussi un des traits caractéristiques des églises normandes, qui se retrouve à la cathédrale de Rouen par exemple. Le transept possède, quant à lui, une singularité : à chaque extrémité, il est bordé de bas-côtés, nommés collatéraux, qui se poursuivent de chaque côté du chœur, ce qui donne une grande profondeur à l’édifice.
Poursuivez à présent à droite de l’autel : dans la troisième travée, sur votre droite, se trouve un vitrail montrant Thomas Becket, archevêque de Canterbury. Il représente l’assassinat de Thomas Becket par les chevaliers d’Henri II Plantagenêt, roi d’Angleterre et duc de Normandie. Ce vitrail a été réalisé au XIXe siècle. Revenons sur cette tragique histoire… Chancelier d’Angleterre et archevêque de Canterbury, de 1162 à 1170, Thomas Becket s’oppose à la politique d'Henri II Plantagenêt.
En effet, il refuse de soumettre la justice religieuse à la justice royale. En disgrâce, il se réfugie à Sens où Arnoul, alors rattaché à la cathédrale de Lisieux, le rencontre plusieurs fois. Mais les tensions entre l’archevêque et le roi sont trop fortes. Le roi exaspéré, aurait même prononcé ces paroles : « n'y aura-t-il personne pour me débarrasser de ce prêtre turbulent !?! » Réalité ou rumeur, le sort de Thomas Becket est scellé. En 1170, de retour en Angleterre, après être passé par la ville de Lisieux, où il retrouve Arnoult, l’archevêque est assassiné par quatre chevaliers anglo-normands. Son assassinat soulève alors une grande indignation. Très vite, Thomas Becket est canonisé, tandis que son bourreau, Henry II, est obligé de faire pénitence publiquement sur sa tombe.
Dirigez-vous maintenant vers la chapelle absidiale de l’église est dédiée à la Sainte Vierge, au fond de la cathédrale Saint-Pierre. Cette chapelle de la Vierge du XVe siècle est un très bel exemple d’architecture gothique flamboyante. Les armes du chapitre et de Pierre Cauchon figurent sur les clés de voûtes. N’hésitez pas à vous approcher des bas-reliefs sur les murs : ces bas-reliefs datent de la fin du XVe siècle. Regardez bien : dans cinq d’entre eux, vous pouvez distinguer à chaque fois un personnage, à genoux, face à l’autel il s’agit d’un chanoine. Le chanoine est accompagné d’un saint, qui tend un parchemin à une Vierge à l’enfant, assise. Mais à gauche, côté Nord, le sixième bas relief est différent. Il représente une Pietà, la 7ème douleur de la Vierge, le moment où elle tient dans ses bras son fils mort, rappelant ainsi les malheurs des hommes.
Si Sainte-Thérèse de Lisieux n’a jamais connu la basilique Sainte-Thérèse, la cathédrale Saint-Pierre lui était familière. Thérèse Martin est la fille de Louis Martin et de Zélie Guérin, tous 2 originaires d’Alençon. C’est dans la chapelle de la Vierge qu’elle assistait à la messe le dimanche avec son père, ses sœurs et la gouvernante. En juillet 1887, âgée seulement de 14 ans, Thérèse se recueille dans la chapelle de la Vierge. Alors qu’elle prie en regardant une image de Jésus en croix dans un missel, elle ressent soudain un étrange sentiment, qu’elle décrit selon ces mots : " Je résolus de me tenir au pied de la croix. Le cri de Jésus sur la croix retentissait dans mon cœur : " j'ai soif ". Je me sentais dévorée par la soif des âmes ". Thérèse vient de découvrir la voie qu'elle doit suivre : sauver les âmes par la prière et le sacrifice.
Le père de Thérèse, Louis Martin, offrit le maître-autel du chœur. Une statue et une inscription dans une chapelle du chœur rappellent l’endroit où la famille était exactement placée pendant les offices religieux. C’est ici que la future sainte eut la révélation de sa mission : sauver l’âme des pécheurs. Depuis le XXe siècle, Sainte Thérèse est la troisième patronne de la cathédrale, après Pierre et Paul. Elle figure à ce titre sur l’un des vitraux du fond du chœur.
Pour profiter pleinement de l’édifice, des visites nocturnes et musicales y sont organisées. Un circuit intitulé « Sur les pas de sainte Thérèse » et indiqué par une ligne bleue peinte sur les trottoirs permet de voir l’ensemble des édifices religieux de la ville de Lisieux.