Lorsque l'abbé de Jumièges évangélisa la région, la Risle l'empêchait de passer sur l'autre rive. Mais Philibert réussit à traverser la rivière à bord d'une barque apparue comme par miracle. Un lieu cultuel sera érigé à cet endroit. Le nom de la localité est attesté sous les formes Sanctus Filibertus vers 1060 dans la charte de Guillaume, duc de Normandie, Sancti Filiberti en 1066, Sanctus Philibertus juxta Montem Fortem en 1147 dans la charte d’Arnoul, évêque de Lisieux, Sanctus Filibertus de Monte Forti en 1154 dans le cartulaire du Bec.
Il faut savoir découvrir Saint-Philbert-sur-Risle, qui jouxte la commune de Montfort-sur-Risle, en visitant son patrimoine. Une charte souscrite par Hugues II de Montfort mentionne pour la première fois l’église de Saint-Philbert en 1076. D'après les fouilles archéologiques de 1993, l'église de Saint-Philbert, dédiée à Saint-Ouen, était une collégiale au XIe siècle, avant d'être réutilisée par les moines au XIIe siècle comme église prieurale et paroissiale. Au XIIIe siècle, l'église aurait été détruite et une deuxième église aurait été reconstruite en forme de croix. Le XVe siècle est un tournant important dans l'histoire de l'église de Saint-Philbert : le choeur du deuxième édifice est détruit, et une chapelle est construite sur ses fondations dans le style gothique flamboyant. Cet événement marque la séparation de l'église paroissiale et de la chapelle attribuée aux moines jusqu'à leur départ au XVIIIe siècle.
Aujourd'hui, l'église de Saint-Philbert du XIIe siècle s'orne d'une tour carrée et massive du XIIIe. Elle contient deux belles statues : un Saint-Philbert en pierre du XVe et un curieux Saint-Nicolas du XVIe. Sur le mur Sud, on a retrouvé une fresque murale polychrome datant de l'époque romane et représentant la vie de Saint-Ouen, ainsi que deux fenêtres romanes du XIIe siècle. On y trouve aussi la belle pierre tombale de Nicolas Dubosc, Prieur de Saint-Philbert, décédé en 1588 et qui en 1562, dans la tour de l'église, soutint victorieusement l'assaut d'une bande de huguenots armés.
Après avoir attaqué Montfort le 17 mai 1562, les huguenots s’en prennent à Saint-Etienne-l’Allier puis se rendent au Prieuré de Saint-Philbert le 14 juillet 1562. Le prieur, Nicolas du Bosc ne dispose pour forces que de trois hommes d’armes dont son frère Martin du Bosc, homme d’armes de la compagnie de M. de Brissac. Les huguenots de Pont-Audemer dirigés par le capitaine Aigneaux de Sainte-Marie disposant de forces considérables et de trois pièces d’artillerie décident de s’emparer du Prieuré de Saint-Philbert. À leur approche Nicolas du Bosc distribue les munitions et décide avec son frère Martin de se retrancher dans le haut de la tour de l’église paroissiale.
Après les sommations alors en usage, des escarmouches mettent hors de combat un capitaine et deux soldats protestants par un coup d’arquebuse. Les combats font rage et alors que l’enceinte du prieuré tombe aux mains de l’ennemi, le prieur et ses hommes parviennent à semer le trouble parmi les ennemis, les déroutant par la même occasion. Mis à mal les assaillants, arrivent à forcer la porte de l’église et entreprennent d’accéder au sommet de la tour empruntant l’escalier à vis à moindre bruit. Le prieur survient alors jetant des projectiles importants sur les huguenots qui se précipitent dévalant les marches de l’escalier dans l’effarement et le désordre le plus total. Les huguenots, désemparés, se retirent en incendiant granges et maisons.
Jouxtant l'église de Saint-Philbert se trouve la propriété «le Prieuré» que la commune a acquis aux soeurs de Saint-Vincent de Paul. L'histoire nous apprend que Les Montfort établirent à Saint-Philbert une collégiale desservie par huit chanoines séculiers sous le vocable de Saint-Pierre. Ils dotèrent la collégiale de terres exploitables et autres bâtisses. Ces fondations de communautés de religieux séculiers, contrairement aux moines, sont le fait de familles aristocratiques installées à proximité.
En 1097 Robert 1er de Montfort fait don à l’abbaye du Bec-Hellouin de l’édifice culturel et des prébendes canoniales et confirme les possessions des églises de Saint-André d’Appeville, Saint-Pierre de Montfort et Saint-Ouen de Flancourt. À ces biens s’en ajoutent d’autres situés en Angleterre, issus de la conquête et sans doute donnés par Hugues III de Montfort : l’église de Saltwood et la chapelle de Hea. Ces libéralités sont sans doute dues au fait que Guillaume de Montfort, 3ème Abbé du Bec ( 1093 / 1124 ) était alors lié de parenté à Robert et Hugues de Montfort.
Vers 1112, la collégiale est transformée en prieuré, les chanoines sont remplacés par une communauté monastique régie d’après la règle de Saint-Benoît. Le prieuré s’agrandit et acquiert de nouveaux biens grâce à différents dons. Une fois ces biens acquis, le prieuré va s’attacher à les mettre en valeur. En 1198, l’archevêque de Canterbury confirme au prieuré de Saint-Philbert une rente qu’il reçoit de l’église de Saltwood et de la chapelle de Hea. Durant les XIIIe et XIVe siècles, le prieuré continue de prospérer. Mais en 1398, la guerre de Cent Ans a pour incidence de retirer Saltwood du patrimoine détenu par le prieuré.
En 1414, les biens du Bec situés en Angleterre sont confisqués et redonnés aux Anglais. Malgré tout, en 1494 le prieuré tient toujours l’école et le prieur « Jacobin Detin, y enseigne les humanités, la rhétorique et la philosophie ». Durant le XVIe le prieuré perd de l’influence. Les prieurs ne sont plus nommés en fonction de leurs qualités, mais en fonction de leur rang et de leur naissance. De nombreux évêques vont être prieurs de Saint-Philbert sans jamais y résider, considérant l’établissement comme une source de revenus. Ils s’enrichissent abondamment en vendant les biens du prieuré…
En 1789, le prieuré de Saint-Philbert entame un long déclin et ne possède qu’une centaine d’hectares, la ferme des granges et un moulin. À l’origine, l’église et le prieuré formaient un unique édifice. Par la suite, la chapelle prieurale fut édifiée sur les bases du choeur de l’église primitive. Les raisons de la séparation du sanctuaire monastique de l’église paroissiale restent obscures. On suppose que la paroisse de Saint-Philbert est passée dans la dépendance de l’abbaye de Saint-Ouen de Rouen. Ceci est peut-être la cause de la rupture avec le prieuré qui dépendait d’une autre abbaye.
De nos jours, subsistent le mur d'enceinte du XIIe siècle, dans un pré voisin une belle porte monumentale avec fronton en pierre et briques, le logis à pans de bois parfaitement restauré avec un escalier extérieur d'époque du XVIIe siècle, un four à pain doublé d’un colombier XVIIe siècle, ainsi qu'une chapelle du XVe siècle à usage de cellier. Non loin du four à pain, se trouve une fontaine dite de "Radegonde" fréquentée autrefois pour la guérison des maladies de peau.
A signaler aussi sur la commune de Saint-Philbert-sur-Risle, une croix probablement du XVIe siècle dans le cimetière de l'église Saint-Ouen, le château de la Cour du XVIe siècle : très belle construction, parfaitement conservée présentant des chaînages en pierre du XVIe siècle, et une partie du ancienne datant du XIe siècle. Ancien domaine des évêques d’Avranches, au lieu-dit la Baronnie : de cette résidence, il reste trois tours rondes du XIIIe siècle en pierre et silex, dressées aux angles du mur d'enceinte en partie conservée. "La Butte à Feu" : éminence sur la colline qui était autrefois une redoute isolée de la plaine par un fossé profond.
Prenez le temps de vous perdre sur les chemins et de vous laisser charmer par la forêt sur les collines environnantes. Prenez la côte du cimetière, vous découvrirez tout en haut de cette pente de la bruyère sous les arbres de la forêt. Par ailleurs, en 1885, Augustin Hébert, charpentier de moulins et homme très industrieux, mit en place la première installation électrique, faisant de Saint-Philbert la première commune de France à être électrifiée !