A proximité d'Honfleur, votre escapade partira de Fiquefleur-Équainville (0 km). La commune a conservé un patrimoine remarquable qui justifie une promenade en forme de découverte. Le parcours de cette route touristique de l’Héritage Médiéval peut débuter par l'église paroissiale Saint-Georges de Fiquefleur, située sur la route départementale (D180). L'église Saint-Georges est considérée comme un des plus anciens monuments romans de Normandie. Elle fut donnée durant la première moitié du XIe siècle au Prieuré de Beaumont-en-Auge par Robert Bertrand, dit le Tort, l'un des grands féodaux de la Normandie ducale, et sa femme Suzanne. Robert Bertran, sire originaire de Bricquebec dans le Cotentin, est devenu un grand baron, après avoir participé activement, avec Guillaume le Conquérant et son cousin Hugues II de Montfort, à la conquête de l’Angleterre en 1066.
Malgré plusieurs remaniements effectués aux XIe, XVe et XVIe siècles, l’édifice a conservé son architecture romane originelle. Une grande partie de l'église Saint-Georges date en effet du XIe siècle, présentant un plan en forme de croix latine. La nef et le chœur demeurent d'origine, mais la croisée du transept a été reprise au XIIIe siècle (elle supporte le clocher). Par ailleurs, au XVIe siècle, la tour lanterne fut arasée et la nef, raccourcie, fut pourvue de baies. On remarque que les murs extérieurs comme intérieurs sont pourvus de plaques sculptées aux décors géométriques ou animaliers du XIe siècle.
De style préroman, l’édifice est orienté sur un plan en croix latine avec un transept saillant, composé d'un vaisseau unique et terminé par un chevet plat. Des éléments de décor sont visibles sur les maçonneries extérieures : un lion et un agneau sur la porte latérale ; deux agneaux et entrelacs sur le chevet. L'église est environnée d'un cimetière au sein duquel se dresse un if millénaire qui participent au charme du site. À l'intérieur, l'église abrite une importante statuaire, des autels, retables et un mobilier de très belle facture.
La localité est composée de deux villages situés en retrait de la Seine, Fiquefleur et Équainville, un peu plus au sud, et qui ont fusionné dès 1844 pour former une commune unique. Le territoire compte encore des manoirs sur les lieux-dits du Favril du XVIIIe siècle, de la Rue du XVIe siècle et de la Loge du XVIe siècle, remanié par la suite, mais aussi des maisons villageoises de caractère et pour certaines très anciennes ou encore des fermes à l'architecture traditionnelle préservée. Sur le village d'Équainville, l'ancienne église paroissiale Saint-Pierre se révèle également un site d'intérêt et protégé, avec le cimetière qui l'entoure. Elle date du XIIe siècle pour ses parties les plus anciennes (le chœur), alors que la nef et la tour clocher sont du XIIIe, le porche du XVIe, les baies de la nef ayant été reprises par la suite. On observe des modillons et des éléments sculptés faisant saillie sur les murs. On mentionnera aussi des croix de chemin et un puits ancien.
Prenez la direction de Fatouville-Grestain, via la D180 (3 km). Située au bord de l'estuaire de la Seine, le paysage demeure rural et verdoyant, la campagne présente un charme typique entre bocages, zones boisées et vergers… témoignant de son appartenance au Pays d'Auge. Au XIe siècle, un village assez considérable existait auprès de l'abbaye sous le nom de Saint-Ouen-de-Grestain. Détruit en partie par un incendie en 1122, il disparut en 1750 sous de violents coups de mer. Aujourd'hui encore, il existe deux parties bien distinctes sur cette commune. En haut de la falaise, sur la colline, est perché le village de Fatouville, entouré de nombreux petits hameaux. En bas, au bord de l'estuaire de la Seine, se dressent les hameaux de Grestain, Carbec ou encore Jobles.
Découvrez l'ancienne abbaye de Grestain, haut lieu du moyen-âge anglo-normand, fondée en 1050 par Herluin vicomte de Conteville et son épouse Arlette de Falaise, veuve du duc Robert le Magnifique et mère de Guillaume le Conquérant. Arlette de Falaise donne deux demi-frères à Guillaume : Odon de Bayeux et Robert de Mortain ainsi qu’une une sœur, Adélaïde. Alors qu'Herluin était atteint d’une grave maladie de peau, la Vierge lui apparut en songe et lui prescrivit de se purifier dans l’eau d’une fontaine située très précisément à Grestain. Guéri, Herluin fonda alors l’abbaye en qu'il dédia à Notre-Dame en témoignage de reconnaissance.
Le fils d’Herluin, Robert de Mortain dote à son tour l’abbaye d’un ensemble de terres situées sur Jobles, Fiquefleur, Cremanfleur et Honfleur. Pendant son histoire, l’abbaye Notre-Dame de Grestain fut richement dotée : trente acres à Grestain même (l ’enclos actuel de l’abbaye), les bordages tenus par les pêcheurs de la Franche-table de Grestain, les bois de Normare et de Fiquefleur, le tiers des moulins de Sainte-Mère-Eglise (Notre-Dame du Val) et de Carbec, cent trente acres à Foulbec, Martainville (Seine-Maritime), Bretteville l’Orgueilleuse et Tilly-sur-Seulle(Calvados), Vauville et Munneville-sur-mer (Manche), Sainte-Scolasse (Sarthe), et au Marais Vernier.
Nichée au cœur d’un parc boisé, traversé par un ruisseau aux eaux bienfaisantes, les imposants vestiges de l’abbaye de Grestain se situent près de Carbec, le long de la route bordant l’estuaire depuis Pont-Audemer jusqu’à Honfleur. Bien qu'abolie en tant qu'abbaye en 1750 et presque entièrement détruite en 1790, ses vestiges sont du plus haut intérêt. Parmi ceux-ci, le très élégant mur d’enceinte du XIe siècle, le portail du XIIIe siècle, le logis abbatial du XVIIIe siècle, avec son rez-de-chaussée du XIIIe siècle, et les vestiges de l’église. L'abbaye Notre-Dame de Grestain est aussi le lieu de sépulture d'Arlette, mère de Guillaume le Conquérant, ainsi que de plusieurs autres membres de la famille ducale.
Découvrez également le phare de Fatouville et sa légende. Situé en pleine campagne, à proximité du hameau de la Côte, ce phare a été construit par Léonce Reynaud en 1849. La commune de Fatouville-Grestain compte d'autres monuments à mentionner : l'église Saint-Martin de Fatouville, ses fondations sont du XIe siècle, construites en pierre et en silex, elle conservent quelques traces romanes. À proximité, une source est dédiée à saint Méen, elle alimente, en contrebas, le lavoir à Carbec de la première moitié du XIXe siècle.
Revenez vers la D180, suivre la direction de Pont-Audemer, via la D675, puis tournez sur votre droite vers Saint-Germain-Village (20 km). En 1025, une charte de Richard II mentionne le bourg du nom de Pontem Haldemari (Pont-Audemer), Saint-Germain est alors une des quatre paroisses de Pont-Audemer. Elle appartient à l'abbaye Saint-Pierre de Préaux qui fait édifier sur un promontoire l'église Saint-Germain dans le courant du XIe siècle dans le style roman. Elle fut modifiée aux XIIIe et XVe siècles.
La façade principale en mur pignon est tripartite et possède deux niveaux. La partie centrale abrite le portail à voussures et piédroits surmonté par une baie cintrée, et est épaulée par deux contreforts. De part et d’autre, les deux bas-côtés couverts en appentis sont percés d’une fine baie cintrée en partie haute. La tour-clocher en pavillon de section carrée est percée sur chaque face de quatre baies, celles aux extrémités étant aveugles et celles centrales étant en arc brisé. Elle est flanquée au nord d’une tourelle en poivrière permettant l’accès à la tour.
Le transept est percé aux extrémités d’une large baie en arc brisé à remplage flamboyant. Le choeur est percé d’une grande baie à remplage quadrilobé. Les flancs nord et sud sont épaulés par des contreforts, et les murs sont percés par des baies cintrées. La nef et le transept sont couverts en bâtière tandis que les bas-côtés possèdent une toiture en appentis. Les corniches de la nef, du transept, des collatéraux et de l’absidiole sont décorées de modillons sculptés représentants des masques humains ou des êtres zoomorphes. Un des caractères remarquables de l'église Saint-Germain tient dans la présence sur les façades de l'édifice de 186 modillons qui ornent les corniches de la nef, des collatéraux, des deux bras du transept et de l'absidiole. L’église Saint-Germain abrite le gisant de pierre du seigneur Richard de Malortie, officier du roi Charles VII, datant du XVe siècle. Le cimetière, créé en 1827 abrite la tombe de Robert Leblanc, fondateur du maquis Surcouf ainsi que celle d'Alfred Canel.
On peut également voir sur la commune le château de Saint-Gilles, route de Honfleur. Élevé sur l'emplacement de l'ancien prieuré du même nom, fondé en 1135 par Waleran de Meulan, fils de Robert de Beaumont, pour y recevoir les lépreux des environs. Il fut appelé communément la léproserie, jusqu'à sa destruction. On y reconstruit ce château typiquement normand au XIXe siècle.
La prochaine étape sera le Château de Montfort situé à Montfort-sur-Risle (35 km), au cœur de la vallée de la Risle, via la D675 et D130. Le château médiéval est implanté sur un éperon rocheux situé à 120 mètres d’altitude dominant, d’une part le bourg de Montfort situé en contre-bas, d’autre part une partie de la vallée de la Risle. Une vue panoramique exceptionnelle, accessible depuis la seconde zone de pique-nique, permet de découvrir cette vallée. Les origines du château sont assez controversées. D’origine gallo romaine pour certains, franque pour d’autres, ces hypothèses ne sont encore que partiellement vérifiées, il n’en demeure pas moins que les vestiges subsistants semblent dater des XIe et XIIe siècles.
Plus sûrement, l’édifice actuel a été construit en 1035 par Hugues Ier de Montfort qui le tenait de Torsten de Bassebourg ayant reçu l’honneur de Montfort. C’est au XIIe siècle, sous Hugues IV de Montfort, que le château reçu de nombreuses transformations. Les tours éperons et le donjon sont érigés. Le dispositif défensif est renforcé : un glacis vient recouvrir les courtines originelles tandis que les parties sommitales sont rehaussées. Théâtre de nombreux faits d’armes, la forteresse est assiégée une première fois en 1123 par Henri II d’Angleterre et une seconde fois en 1154 par Galéran de Meulan (1104-1166) qui tentera de ravir, sans succès, le château de son neveu Robert II de Montfort. Pris par l’armée de Philippe Auguste en 1204, le château sera partiellement démantelé puis inoccupé.
Le Château de Montfort se compose, au nord, d’un ouvrage avancé appelé communément le Grand Ber qui est entouré par un large fossé. Cet ouvrage semble apparenté à une basse-cour de dimensions modestes. Au centre, subsistent les vestiges d’une enceinte en pierre qui comprend, au nord et au sud, sept tours. À l’intérieur de l’enceinte, placé au sud-ouest et assez loin de l’entrée, se distingue un donjon de forme rectangulaire. Une courtine l’isole de cet ensemble. Au sud, en direction du plateau, le château se termine par une vaste basse-cour entourée par un fossé et protégée par un rempart de terre lui-même renforcé parfois par un mur de pierres maçonnées.
Par ailleurs, plusieurs autres édifices sur la commune mérites votre attention : le château de la Motte du XVIIe ; le manoir dit le Franc Manoir du XVIIIe ; l'église Saint-Pierre-et-Saint-Paul ; un lavoir datant probablement du XVIIIe siècle.
Poursuivre en direction de Saint-Philbert-sur-Risle (36 km), via la D47. Tout près de Montfort dont elle n'est séparée que par la Risle, cette commune possède un riche patrimoine historique. D'après les fouilles archéologiques, l'église de Saint-Philbert-sur-Risle, dédiée à Saint-Ouen, était une collégiale au XIe siècle, avant d'être réutilisée par les moines au XIIe siècle comme église prieurale et paroissiale. Une charte souscrite par Hugues II de Montfort en 1076 mentionne pour la première fois l’église de Saint-Philbert. On a retrouvé une fresque murale polychrome datant de l'époque romane et représentant la vie de Saint-Ouen, ainsi que deux fenêtres romanes du XIIe siècle.
Au XIIIe siècle, l'église aurait été détruite et une deuxième église aurait été reconstruite en forme de croix. Le XVe siècle est un tournant important dans l'histoire de l'église de Saint-Philbert : le choeur du deuxième édifice est détruit, et une chapelle est construite sur ses fondations dans le style gothique flamboyant. Cet événement marque la séparation de l'église paroissiale et de la chapelle attribuée aux moines jusqu'à leur départ au XVIIIe siècle. On y trouve aussi la pierre tombale de Nicolas Dubosc, prieur de Saint-Philbert, qui, en 1562, soutint victorieusement l'assaut d'une bande de huguenots armés.
Le Prieuré Saint-Pierre jouxtant l'église Saint-Ouen fut fondé vers 1120 par Hugues II de Montfort. Le site fut originellement érigé en tant que collégiale, desservie par huit chanoines séculiers sous le vocable de Saint-Pierre, avant de devenir un prieuré au XIIe siècle. Les chanoines sont alors remplacés par une communauté monastique régie d'après la règle de Saint-Benoît. Durant les XIIIe et XIVe siècles, le prieuré continue de prospérer même si, en 1398, la guerre de Cent Ans a pour incidence de retirer l'église de Saltwood, située en Angleterre, du patrimoine détenu par le prieuré. C’est à partir du XVIe siècle que le prieuré de Saint-Philbert, va perdre de son importance.
De nos jours, subsistent le mur d'enceinte (XIIe), le logis à pans de bois parfaitement restauré avec un escalier extérieur d'époque (XVIIe), un four à pain doublé d’un colombier (XVIIe), son système hydraulique, ainsi qu'une chapelle du XVe à usage de cellier. Les différentes fouilles archéologiques ont permis de mettre en évidence un potentiel important : abside de la collégiale, bâtiment conventuel, maison du prieur. Non loin du four à pain, se trouve une fontaine dite de "Radegonde" fréquentée autrefois pour la guérison des maladies de peau.
Toujours sur la commune de Saint-Philbert-sur-Risle, dirigez-vous vers le manoir épiscopal, désigné comme la résidence des évêques d'Avranches. Suivre la D39, puis le lieu-dit "La Baronnie" (39 km). Érigée en manoir épiscopal dès le XIe siècle, la Baronnie fût habitée par les évêques d’Avranches qui utilisaient le manoir comme relais lors de leurs différentes pérégrinations les menant d’Avranches à Rouen. Identique à son origine, l’enceinte de l’actuelle Baronnie s’étend sur environ 1,5 hectares. L’enclos est ceint de quatre tours cylindriques à chaque angle, dont trois sont relativement bien conservées. L'enceinte étant dépourvue de fossé, elles offraient un flanquement efficace en cas d’attaque. L’entrée, placée à l’arrière de l’édifice, au pied de la forêt, se signale par une large porte flanquée de deux tours équipées d’archères. À l’intérieur de la cour, deux bâtiments : un pressoir et une grange dîmière, magnifiquement conservés, sont adossés en enfilade le long du mur nord.
Ce manoir doit son appellation à un éminent personnage : Jean d’Ivry. Des quatre enfants de Raoul d’Ivry, Jean le cadet est nommé évêque d’Avranches en 1060 et le restera jusqu’en 1067 avant de prendre le titre d’archevêque de Rouen. Il hérite de la terre du Vièvre que lui transmet son père. Jean est désigné Jean d’Ivry, Jean d’Avranches ou Jean de Saint-Philbert. En 1066, il participe au concile de Lillebonne aux côtés du Duc en vue de préparer la conquête de l’Angleterre. Après sa mort, la baronnie continue d’être habitée par les évêques d’Avranches.
Rendez-vous à présent au Logis seigneurial situé à Glos-sur-Risle (41 km). Traversez la Risle en suivant la D577, tournez à droite dans la Rue Saint-vincent. L’édifice se situe dans un environnement de prairies et de bosquets, dans la vallée de la Risle, au lieu dit "Les Prés de Glos", d'où la vue est dégagée vers les rives de la Risle. La topographie des lieux indique encore que le manoir était au centre du village, jouxtant l’église paroissiale Saint-Vincent et proche du moulin des Magnants dont les occupants du logis devaient probablement recevoir les bénéfices. L'ensemble, composé d'un colombier et d'un manoir roman bénéficie d'un cadre champêtre empreint de sérénité.
Ce manoir, de dimensions modestes, a été construit au cours du XIIIe siècle en fond de vallée de la Risle. Le logis est de plan rectangulaire avec cellier à demi-enterré et étage à usage d'habitation. Il possède encore des fenêtres géminées à colonnettes à chapiteaux sculptés. Le colombier circulaire a été remanié au XVIe siècle. Les deux bâtiments ont perdu toute toiture. Dans l'ancien enclos se trouvaient d'autres bâtiments, disparus. L'église paroissiale Saint Vincent, largement reconstruite au XVIIIe siècle, mais dont les parties les plus anciennes remontent aux XIIe et XIIIe siècles, pourrait correspondre à l'ancienne chapelle seigneuriale du manoir.
Glos-sur-Risle comprenait plusieurs fiefs. Toutefois, un seigneur Guy de Glos est attesté en 1090 et donne, avec sa femme Anserada, à l’abbaye du Bec, les possessions qu’ils tiennent à Fontainecourt et Thierville. En outre, en 1140 un autre Gauthier de Glos donne une rente aux chanoines de Bourg-Achard. S’agissant des occupants du manoir seigneurial, il est attesté qu’au XIIe siècle un château fort érigé par la famille de Grente se trouvait sur le territoire de Glos à côté de l’Église. Manifestement, la famille de Grente fut en possession du chef-lieu de la seigneurie. Notons par ailleurs qu’Hugues de Grente participa à la bataille de Hastings aux côtés du duc Guillaume en 1066.
A présent, rejoignez directement Le Bec-Hellouin (48 km), classé "plus beau village" où se trouve Abbaye Notre-Dame du Bec. Depuis près de mille ans, l’abbaye du Bec est liée par l'histoire au diocèse de Canterbury, en Angleterre, à laquelle elle a donné trois archevêques. Contrairement à ce qui se faisait le plus souvent au XIe siècle, l'origine de la fondation de l'abbaye du Bec n'est pas une dotation de riches seigneurs normands, mais celle d'Herluin, simple chevalier sans éducation, tardivement touché par la dévotion. Propriétaire de terres à Bonneville, sur le plateau ouest de la vallée du Bec, Herluin s'y retire et y bâtit un ermitage, en 1034, avec l'accord du comte Gilbert de Brionne, le seigneur local et son ancien maître.
Sous l’influence des intempéries et des guerres, l’architecture initiale de l’Abbaye du Bec-Hellouin se modifie fortement. Malgré les fortifications construites en 1358, elle n’échappe pas aux ravages de la guerre de Cent Ans. Elle est en partie pillée et détruite par les Anglais en 1418. À partir de 1450, l'abbé Geoffroy d’Epaignes entreprend d’importants travaux de rénovation dont l’imposante tour Saint-Nicolas qui domine l’abbaye. Au XVIIe siècle, la congrégation bénédictine de Saint-Maur sauve l’Abbaye du régime de la commende . Elle s’attèle à la reconstruction du cloître, de l'hôtellerie, de l'infirmerie et du dortoir. Dans la première moitié du XVIIIe siècle, le logis abbatial et le réfectoire sont aussi rénovés. Mais à la Révolution française, les bâtiments sont mis à sac et dégradés. En 1790, les derniers moines sont expulsés et l’Abbaye se transforme alors en caserne de cavalerie.
L'Abbaye du Bec-Hellouin actuelle se compose de la salle capitulaire, du cloître du XVIIe siècle et de bâtiments conventuels du XVIIIe siècle. De la grande église abbatiale, il ne reste que les fondations, une colonne engagée et l’amorce d’une nervure de la salle capitulaire élevée en 1141. L'église actuelle occupe l’ancien réfectoire. L’ensemble est dominé par la puissante tour Saint-Nicolas construite au XVe siècle. Niché au creux du vallon du Bec, Il est agréable de se balader dans la rue principale de ce village du Bec-Hellouin mettant en valeur les maisons colorées à pans de bois. Le village étant petit, on peut facilement se représenter la vie foisonnante d’un village médiéval lorsque l’abbaye bénédictine rayonnait. Le visiteur peut imaginer les décors d’antan au milieu des rues pavées, des façades à colombages et la relation étroite avec la nature environnante… de nombreux sites et vestiges sont visibles tout autour de ce petit bourg.
Ce parcours de la route touristique de l’Héritage Médiéval passera par le Donjon-forteresse de Brionne, via la D130 (55 km). Situe sur un éperon, les ruines de cet ancien château dominent toute la ville offrant ainsi de nombreuses perspectives sur l'ensemble de la vallée de la Risle. Selon toute vraisemblance, le château de Brionne a été érigé à la fin du XIe siècle, voire au premier quart du XIIe siècle. Le château primitif se tenait sur l’île située entre les deux bras de Risle et formant le premier bourg castral.
La situation privilégiée du site fit de Brionne l’objet de nombreux enjeux. Dans les années 850, le chef viking Rollon lors des expéditions normandes, pilla Brionne. La ville devient normande à la suite d'un accord conclu avec Charles le Simple. Vers 980, Richard Ier de Normandie, duc de Normandie donna en dot à Godefroy de Brionne. Il devient ainsi comte de Brionne jusqu'à son décès vers 1020 pour être remplacé par son fils Gilbert de Brionne. La tutelle administrative fut confiée à Guillaume le comte d'Exmes, son tuteur. Assiégée par Guillaume le Conquérant durant trois années, la ville était alors resserrée sur l’île formée par les deux principaux bras de la Risle et défendue par un château de pierres et de bois érigé en fond de vallée. Brionne fut érigé en comté dès la fin du Xe siècle et tenu par Gilbert de Brionne, neveu du duc Richard II. Blessé à la bataille du Val-ès-Dunes, en 1047 alors qu’il tente d’usurper le trône de Guillaume, Guy de Brionne se réfugie dans son château de Brionne, avec une importante troupe armée, et en renforce les fortifications. Durant plus de trois ans le duc Guillaume y tiendra siège et Guy de Brionne finira par se rendre. C’est lors de cette campagne que Guillaume fait édifier deux contre châteaux espacés de quelques centaines de mètre dont l’un d’entre eux sera modifié et sur lequel sera construit un donjon quelques années plus tard.
Cité très ancienne, la ville de Brionne possède encore quelques vestiges de ce passé glorieux et antique. Le domaine de Lorraine, bâti au XVIIIe siècle, se compose d'un manoir et de différentes dépendances. Son ancien pressoir abrite aujourd'hui l'Office de Tourisme de la ville. Deux églises trouvent refuge à Brionne, la première, l'église Saint-Maritn, a été bénie en 1458 et contient de nombreux éléments de cette période malgré des modifications successives. L'église Saint-Denis est aujourd'hui désaffectée et sert de salle de sports. Dans les rues de Brionne, on peut découvrir différents vestiges du passé industriel et agricole de la ville. Ainsi, il est possible d'admirer des moulins à huile du XIXe siècle, des moulins à blé, ou encore un moulin à foulon. Des filatures de laine ou même de coton sont encore visibles.
Après votre visite de Brionne, continuez votre balade en direction d'Harcourt, via la D26 et la D137 (61 km). Fief d'origine de la famille ducale d'Harcourt, une des plus anciennes familles nobles de France et d'Angleterre, qui tirerait ses origines de Bernard le Danois. Le village tient son nom du latin Hariulfi Curtis, signifiant le domaine d'Harolf. Cela serait la preuve d'une possible occupation du territoire à l'époque carolingienne. Harcourt dévoile à ses visiteurs un patrimoine architectural et naturel d'exception, en commençant par le Château d'Harcourt. Cet édifice médiéval, bâti au XIIe siècle, a conservé intact une grande partie de sa structure originelle.
Une première forteresse, édifiée en terre et en bois, ceinte d'une palissage et d'un fossé fut probablement érigée au XIe siècle. Elle serait l’œuvre d’Errand d’Harcourt, seigneur d'Harcourt et de Boissey-le-Châtel, ayant combattu aux côtés de Guillaume le Conquérant (1027-1087). La forteresse évolua vers une construction en pierre sous Robert II d’Harcourt (1142-1212) qui la dota d'un donjon carré que l’on peut encore distinguer, inséré dans des maçonneries plus récentes. Le château d'Harcourt a connu de nombreuses transformations aux XIVe, XVIe et XVIIe siècles. Le château médiéval est l'un des mieux conservés de la région.
Cet ancien château fort d'Harcourt, très bel exemple d'architecture médiévale, a conservé une très grande partie de sa structure d'origine. Il se présente aujourd'hui sous la forme d'une vaste courtine extérieure et d'un château avec tours jumelles d'entrée et donjon découronné. Le domaine comprend également un arboretum aménagé à compter des années 1820 composé de 500 espèces d'arbres et d'arbustes. On y observe notamment des cèdres du Liban, un platane à feuille d'érable, des séquoias et thuyas géants, des ginkgo biloba…
En vous baladant dans la commune d'Harcourt, ne manquez pas non plus d'admirer l'église Saint-Ouen du XIIe siècle, elle présente un chœur et un clocher d'origine, ainsi qu'une façade du XVIe siècle. L'église Saint-Ouen dispose également d'une chambre de charité du XVIe siècle avec décor peint. L'hôtel de ville, mérite lui aussi le détour. Ancienne halle de la fin du Moyen Âge, il est devenu propriété de la commune au XIXe siècle. La commune présente également le prieuré Notre-Dame-du-Parc du XIIIe siècle dont il subsiste les vestiges d'une crypte souterraine et deux constructions carrées, le château des Rufflets ou le château de Beauficel.
Prendre la direction de Beaumont-le-Roger, via la D25 (72 km). À l'origine propriété des ducs de Normandie, la cité de Beaumont-le-Roger devient la possession de l'abbaye Notre-Dame de Bernay suite au don de Judith de Bretagne, épouse de Richard II de Normandie. Domaine royal jusqu'au début du XIVe siècle, la commune de Beaumont-le-Roger est passée dans différentes mains au fil des siècles. Pillée par Henri V d'Angleterre au XVe siècle, elle doit attendre la Révolution pour connaître à nouveau la prospérité.
De passage par Beaumont-le-Roger, ne manquez pas d'admirer les vestiges du prieuré de la Sainte-Trinité du XIe siècle. Il faut prendre la direction de Beaumontel pour s’approcher du site, dont les puissants contreforts dominent la route. On aperçoit de loin les ruines du prieuré en arrivant à Beaumont-le-Roger par la route de Bernay ; elles dominent fièrement la charmante cité traversée par la Risle.
La construction de la collégiale de la Sainte-Trinité commence en 1070 sous l'impulsion de Roger de Beaumont (vers 1015-1094), puissant baron et conseiller de Guillaume le Conquérant. Son inauguration a lieu en 1087-1088, en présence de Guillaume Ier Bonne-Âme, l'archevêque de Rouen, de Robert Courteheuse (vers 1051-1134), fils de Guillaume le Conquérant et duc de Normandie depuis 1087, Robert d'Harcourt, Roger de Thibouville, et d'autres seigneurs de la contrée. L'édifice est d'abord une collégiale confiée à des chanoines anglais de Sainte-Frideswide d’Oxford. Au milieu du XIIe siècle, il devient la propriété de l'abbaye du Bec qui en fait un prieuré.
L'accès aux ruines se fait par une longue galerie voûtée dont la muraille est flanquée de contreforts massifs. Ceux-ci ont été rendus nécessaires par l'emplacement à flanc de coteau de l'édifice. Cette galerie, qui a été modifiée et restaurée à la fin du XVe siècle, est précédée d'un porche. Remanié au XIIIe siècle, celui-ci devait servir de poterne au château-fort bâti au-dessus du prieuré. Les vestiges les plus importants sont ceux de l'église priorale, construite au XIIIe siècle sur un plan rectangulaire. Elle s'achève à l'Est par un chevet plat percé d'une grande et large baie. L'ensemble de l'édifice est divisé en huit travées éclairées par des hautes fenêtres en tiers point. Le mur nord est orné intérieurement sur toute sa longueur par des arcatures aveugles, assez profondes pour avoir servi de sièges aux moines. Les restes de la salle capitulaire sont accolés au pignon occidental. La base du clocher, édifié au XIVe siècle, flanque extérieurement le mur nord de l'église.
Vous pourrez également découvrir le manoir du Hom. Cet édifice du XVIe siècle est une ancienne demeure fortifiée du XIe siècle tenant son nom du nordique signifiant Île dans un marais. Ne manquez pas d'admirer l'église Saint-Nicolas, érigée entre le XIIIe et le XVe siècle, elle est la dernière survivante des cinq églises que comptait autrefois la commune de Beaumont-le-Roger. D'autres sites sont également visibles comme la chapelle Saint-Marc du XIXe siècle, la mairie installée dans l'ancienne prison du bailliage du XVIe siècle ou encore un beau four à chaux du XVIIIe. Les amateurs de maisons anciennes y trouveront quelques belles demeures de pierre, de briques ou à colombages et des bâtisses appareillées de silex.
Pour conclure cette route touristique de l’Héritage Médiéval dans l'Eure, prendre la direction de Bernay, via la D133 (89 km). Entre 996 et 1008, le duc de Normandie, Richard II, offre cette région en douaire à son épouse, Judith de Bretagne, fille de Conan le Tort. Elle décide d'y élever un monastère dédié à Notre-Dame et rattaché à l'Ordre de saint Benoît. Richard II fait venir de Bourgogne le moine bâtisseur Guillaume de Volpiano, architecte de Saint Bénigne à Dijon, et des compagnons comme Isambardus. Le résultat est somptueux et les siècles passés n'ont en rien entamé la majesté et la beauté de cet édifice.
Les moines aménagent le site par des travaux hydrauliques importants : assainissement, moulins, pêcheries,.. et la construction d'une abbatiale. Pour couvrir les frais et assurer leur défense, ils cèdent une partie de leur propriété en 1048. L'église abbatiale Notre-Dame de Bernay est considérée comme l'une des premières manifestations de l'art roman en Normandie, tant d'un point de vue architectural que décoratif. Construite en tuf, l'église abbatiale se signale par la beauté de ses élévations dont les grandes arcades ont retrouvé leurs belles proportions. Ses chapiteaux richement sculptés s'apparentent à ceux de l'École de Bourgogne. Le logis abbatial des XVIe et XVIIe siècles est occupé par le musée des Beaux-Arts. Les bâtiments conventuels, reconstruits par Guillaume de La Tremblaye, servent aujourd'hui d'hôtel-de-Ville.
Une promenade en centre-ville vous fera découvrir des vieilles maisons à pans de bois de la cité qui dressent leur pittoresque silhouette le long des rues Thiers et Gaston Folloppe témoignant du riche passé de la cité. De même, typique du vieux Bernay, la rue de Geôle a su conserver tout son charme. Elle vous surprendra par son aspect médiéval et l'étroitesse de sa chaussée sans trottoir. Situé rue de la Comédie, le couvent des Cordeliers fut fondé en 1275. Il occupe un large espace, non loin de l'abbaye bénédictine et possède de remarquables entre-colombages constitués de petites briques disposées en motifs décoratifs avec des monogrammes ainsi que des symboles religieux.