Grâce à l’apport d’autres dons, l’abbaye marseillaise y développe rapidement un monastère double, un pour des moines autour de l’église Sainte-Perpétue, qui reste aussi l’église de la paroisse et un second plus important pour des moniales pour lesquelles une deuxième église est construite : Sainte-Marie, consacrée en 1056. Pendant plus de 500 ans ce monastère abrite des bénédictines issues de grandes familles de Provence et du Languedoc. Au XVIIe siècle, un relâchement dans le respect des règles de Saint-Benoît verra les moniales être sanctionnées et transférées dans un couvent à Aix-en-Provence, par Mazarin en personne. La Comtesse de Provence Garsende de Sabran s’y retira en 1225. Le couvent est finalement fermé au XVIIème siècle au début du règne de Louis XIV. C'est en 1990 que la commune de La Celle acquiert l'abbaye et lance les travaux de restauration, avec le relais du département.
Aujourd’hui, votre visite permettra de découvrir, l'église Sainte-Perpétue avec son sarcophage du XIIIe siècle, le chauffoir, la salle capitulaire avec sa voûte à arêtes ogivales à croisillons lourds, le cloître des moniales ou encore le jardin entièrement restauré au XXe siècle et dévoilant plusieurs arbres bicentenaires. L’église du XIIème siècle renferme un mobilier remarquable : notamment des retables et un crucifix catalan du XIVème siècle.
Le monastère dit "primitif" n'est pas celui que l'on voit aujourd'hui. Ce monastère, qu'on appelle primitif, n’est pas celui que l’on peut admirer aujourd’hui. Pour sa construction, les fondations de la villa romaine vont être réemployées, attestés par les fouilles, notamment celles du pressoir à vin qui sont très robustes. D’autres vestiges remarquables du monastère primitif ont été mis au jour lors des fouilles archéologiques successives ; ce sont ceux liés au cheminement de l’eau, indispensable à la vie de la communauté religieuse. L’eau est captée au sud du monastère au pied du rocher de Candelon, puis est canalisée jusqu’à l’enceinte du monastère probablement vers un bassin qui va permettre d’obtenir de la pression pour alimenter un point d’eau dans le préau qui est la pièce maîtresse de ce circuit : le lavabo. Dans les monastères, il est en général situé en face de l’entrée du réfectoire pour permettre aux moniales de faire leurs ablutions avant et après les repas. À son tour il sera détruit et il ne nous est connu que par les vestiges mis au jour lors des fouilles archéologiques : fondations, mais aussi plusieurs murs découverts en 2018 dans l’aile ouest.
La construction du deuxième monastère débute à la fin du XIIe siècle. Le monastère trapézoïdal avec une couverture charpentée est remplacé par un monastère que l'on souhaite orthogonal, sur le plan initial, avec un couverture en pierre de voûtes en berceau. Peu d’écrits permettent de retracer l’histoire de sa construction, mais dans cette recherche du passé, l’archéologie apporte de précieux indices en particulier pour retracer la chronologie de son élévation. Ce sont les bâtiments visibles aujourd'hui lors de votre visite. On notera le très beau préau aux dimensions impressionnantes, entouré d'un cloître de quatre galeries voûtées. L'église est un parfait exemple d'architecture romane provençale avec sa nef unique.
Les bâtiments du monastère s’articulent autour d’un préau, à la fois puits de lumière, mais également espace de méditation. Aujourd’hui végétalisé, ce préau était, jusqu'au XIVe siècle, un cimetière pour les religieuses.
Le préau est encadré par le cloître constitué de 4 galeries voûtées en plein cintre qui desservent l’ensemble des salles conventuelles. Il est fermé au nord par l'église Sainte-Marie et à l'est par la salle capitulaire ; au sud par la cuisine et le réfectoire. Trois galeries subsistaient, donnant sur la cour. On distingue clairement 3 étapes dans la construction du cloître. La galerie nord qui longe l’église est la première à être reconstruite. C’est la plus décorée avec ses baies aux colonnes habillées de feuillages. La galerie nord dessert l'accès aux autres parties des bâtiments. Sur cette galerie se trouvent également l'accès à l'église Sainte-Marie. Le galerie ouest a été intégralement restituée en mai 2021. Le long de la galerie nord, côté jardin, six baies à colonnettes géminées. La voûte en plein cintre est renforcée par des arcs doubleaux. Les colonnes qui supportent au sud les arcs à doubleaux sont dites « à genoux ».
Le Chauffoir : cette pièce est attenante au cellier, par une porte au centre du mur Sud, une ouverture à l'ouest donnant sur le cloître.
La Salle capitulaire ou Salle du Chapitre : c'est une pièce remarquable du XIIIe siècle avec une voûte à arêtes ogivales à croisillons lourds. L'ensemble est supporté par deux piliers trapus, avec des chapiteaux ornés de dessins géométriques, de style roman. Elle comporte à l'est trois ouvertures étroites et cintrées tandis qu'à l'ouest en direction du cloître, une porte et deux arcades. Les moniales s'y réunissaient tous les jours pour lire un chapitre de la règle de saint Benoît et régler les problèmes de la communauté.
L’église Sainte-Marie est un parfait exemple du style roman provençal, elle se compose d’une nef unique prolongée d’une abside en cul-de-four. Les moniales s'y retrouvaient pour les huit offices journaliers. Elle est depuis le début du XIXe siècle l'église paroissiale de La Celle.
La deuxième période de construction concerne les galeries est et sud qui sont de même facture et dont les baies sont pratiquement identiques à celles que l’on trouve dans le cloître de l’Abbaye du Thoronet. Ces similitudes avec l’abbaye cistercienne se retrouvent dans la salle capitulaire dont la porte d’entrée, les baies à ébrasements et la magnifique couverture en croisées d’ogives retombant au centre sur deux colonnes trapues, ont été à l’évidence construites suivant les mêmes canons et par les mêmes bâtisseurs. L’époque de la construction de cette pièce correspond à l’arrivée au monastère en 1225 d’un personnage remarquable, Garsende de Sabran, comtesse de Provence et de Forcalquier. Les donations importantes qu’elle va attirer par sa simple présence permettent l’édification de cette partie du monastère.
Un sarcophage du XIIIe siècle est conservé dans l'église Sainte-Marie. Longtemps attribué à tort à Garsende de Sabran, elle ne sera présente que 150 ans plus tard dans le monastère, il a servi de fontaine sur la place publique après la Révolution. Vendu en 1924 par le propriétaire privé à qui appartenait l'abbaye, il est racheté par le Département du Var en 1999. Sur le mur Sud de l'église se trouve un magnifique crucifix d'origine italienne de la fin du XVe siècle en bois polychrome à la sculpture d'un très grand réalisme. Nous y trouvons également deux retables baroques du XVIIe siècle.
Côté sud se trouve le réfectoire où l’ensemble de la communauté, composée de 50 moniales, prenait ses repas en silence. Une ouverture pratiquée dans le mur de la cuisine voisine permettait le passage des plats. Située sur les vestiges du pressoir de la villa romaine, la cuisine était scindée en deux par un mur soutenu par deux arcs pour séparer la partie cuisson de la partie préparation des repas.
La dernière étape de construction concerne la galerie ouest. Des indices architecturaux prouvent qu’elle aurait dû être implantée perpendiculairement à la galerie sud pour fermer le carré du préau. Mais pour cela, il aurait fallu construire de nouvelles fondations. Il est probable que le manque de moyens financiers ait conduit à reprendre l’implantation des fondations du monastère primitif.
Au monastère de La Celle, si le mur extérieur de l’église peut apparaître comme celui d’une place forte, les murs de l’enceinte du monastère ne permettent pas aux moniales d’être à l’abri des combattants. Elles se réfugient à Brignoles dans une maison achetée pour elles par la Reine Jeanne. De retour dans leur monastère, les moniales vont prendre certaines libertés avec la règle. Elles abandonnent la vie en communauté et l’usage des bâtiments conventuels peu confortables et se font construire des maisons dans l’enceinte monastique.
Les anciens bâtiments conventuels des moines sont composés par l'ancienne l'église conventuelle Sainte-Perpétue. Au XXIe siècle, c'est une habitation privée. Sur le mur, une plaque rappelle aux visiteurs qu'ici vécut Marcel Cervin, prieur du monastère, élu pape en 1555 sous le nom de Marcel II (1501-1555) et qui mourut vingt jours après son élection. Le jardin du Cloître des moines s'étend sur trois hectares, il fut entièrement restauré au XXe siècle à la demande du Département du Var, par un paysagiste choisi par l'architecte en chef des monuments historiques, Francesco Flavigny. Il s'inspire de l'esprit provençal et a gardé les arbres bicentenaires du parc.