Cette abbaye du Thoronet exprime de façon la plus pure l’art cistercien. Entourée de collines, est l'endroit idéal pour en apprendre davantage sur les cisterciens à travers les siècles, des moines qui ont choisi de vivre en dehors du monde moderne pour créer un lieu dédié au travail et à la prière. Invariablement, la visite d’une abbaye cistercienne commence par une lente descente sur une route poussiéreuse. Depuis la route difficile, de croire qu’ici un joyau cistercien se cache. Le petit chemin ombragé qui y mène depuis le parking laisse planer le mystère jusqu’à l’entrée discrète du lieu. L’isolement prescrit par la règle de Saint Benoît est relatif au Thoronet.
Arrivez sur le site de l'abbaye du Thoronet, observez le dénuement extrême et sobriété des volumes ont pu dicter la vie communautaire des moines. L’église est un modèle de simplicité cistercienne, où l’absence de décors souligne parfaitement la pureté des formes. Lors d’une visite à l’Abbaye du Thoronet, on se rend vite compte qu’elle a été bâtie sur un modèle similaire à celui de ses sœurs, les autres grandes Abbayes de Provence. Sur le lieu même d’implantation de l’abbaye, les moines trouvèrent tout ce dont ils avaient besoin pour assurer leur subsistance : un couvert forestier généreux, des sources d’eau abondantes et une roche féconde.
L’abbaye du Thoronet est très bien conservée et a bénéficié de travaux de restauration particulièrement importants sous l'égide du ministère de la culture et de la communication, propriétaire du monument. Des aménagements d'accueil ont par ailleurs été réalisés par le "Centre des Monuments Nationaux" afin d'améliorer les conditions de visite.
L’eau dans chacune des abbayes cisterciennes est un élément indispensable de la vie quotidienne. Elle sert à la fois pour le travail manuel et à l’alimentation des machines, mais aussi à la cuisine et lors de cérémonies religieuses comme le lavement des pieds (Mandatum) qui se déroulait 1 fois par semaine. L’abbaye du Thoronet ne manquait pas d'eau et l’aridité actuelle du vallon n’est pas significative de la situation à l’époque, bien que l’on sache que le débit d’eau n’était pas suffisant pour l’alimentation en eau d’un moulin, d’où son absence au Thoronet. Les ruisseaux de la Tombarèu et de la Darboussière délimitaient à l’origine l’emplacement du site. Les extrémités Nord de l’aile des Convers et de celle des Moines enjambaient la Tombarèu, permettant un système d’évacuation naturelle des latrines. L’alimentation en eau pour les besoins alimentaires, sanitaires et liturgiques se faisait par la source située au Sud-Ouest de l’enclos. Un débit constant du liquide arrivait jusqu’au monastère par un réseau de canalisations fait d’une maçonnerie de moellons soigneusement appareillés.
C’est la pierre calcaire assez dure et cassante, aux reflets gris et ocre, difficile à travailler qui fut utilisées pour toute l'abbaye du Thoronet. Elle permet les meilleurs effets de son, par les creux, les facettes, les vacuoles, dispersés dans sa masse et de lumière, la pierre crée un lien entre l’édifice et son site. La dureté et la compacité de la pierre contrastent avec la finesse de la taille.
Située sur le point le plus haut du site, au sud, l’église abbatiale du Thoronet est le bâtiment le plus grand de l'ensemble architectural. Comparées à celles de Clairvaux ou de Cîteaux, ses dimensions sont humbles, environ 40 mètres de longueur sur 20 de largeur. Le transept est saillant ; ses bras sont moins élevés que ceux de la nef. Le plan en croix latine est clairement visible de l’extérieur car l’abbatiale est faite de volumes géométriques imposants, agencés dans un esprit de géométrisme absolu. Nulle saillie ne vient perturber les surfaces planes ; les baies sont, quant à elles, discrètes. Le clocher avec sa flèche contrebalance ce jeu d’horizontales et l’hémicycle de l’abside adoucit le jeu des parallélépipèdes.
La façade occidentale est sobre et fonctionnelle, l’harmonie de ses proportions est saisissante. Les pierres sont dressées avec soin, les assises inégales sont pratiquement parallèles. Il n’y a pas de portail monumental, juste deux portes, simplement couvertes d’un arc en plein cintre. Celle du nord était réservée aux frères convers, celle du sud était la porte des Morts. Le clocher primitif date de 1160-1180, sa flèche de pierre culmine à plus de 30 mètres. La seule instruction architecturale formelle que l’on connaisse des abbayes cisterciennes concerne les clochers. Le chapitre général de 1157 énonce qu'« on ne fera pas de tours de pierre pour les cloches ». Les fenêtres sont rares et étroites, percées dans des murs de 1,60 à 1,80 mètre d’épaisseur. Au nombre de quatorze, étroites, elles sont fermées par des vitraux en grisaille. Pourtant, pendant la période 1160-1180, les chœurs des églises cisterciennes s’ouvrent à la lumière, sur le modèle de celui de Clairvaux. Mais il faut tenir compte des différences de climat et de luminosité.
L’église abbatiale du Thoronet est constituée d’une nef à quatre travées dont trois s’ouvrent sur les bas-côtés par des grandes arcades. La dernière travée est flanquée des bras du transept dont chacun s’ouvre sur deux chapelles absidiales. À l’extrémité est, se situe le chœur liturgique de l’église composé d’une abside semi-circulaire voûtée en cul-de-four. Les absidioles formant les chapelles du transept s’alignent avec l’abside du sanctuaire principal, comme c’est le cas dans les églises de Cîteaux et Clairvaux. La nef de cette église est couverte d’une voûte en berceau brisé, marquée par un simple joint d’assise horizontal en quart de rond, ponctuée à chaque travée d’un arc doubleau. La retombée des arcs se fait sur des demi-colonnes engagées reposant elles-mêmes sur des culots.
Le chevet de l’abbatiale est exempt de tout décor, correspondant bien à l’idéal de simplicité prôné par saint Bernard, mais le raffinement de sa réalisation ainsi que sa forme en cul-de-four, parfaitement arrondie, semble s’écarter de l’idéal cistercien. L’abside est le lieu le plus sacré de l’abbaye, l’emplacement de la consécration, donc il peut se parer de la forme la plus représentative de la divinité, que l’on retrouve également dans les chapelles du transept qui sont d’autres lieux de culte. Par sa simplicité, toute la structure de cette église abbatiale du Thoronet est une mise en scène parfaite des idéaux cisterciens, mais elle est également un parcours conduisant le regard de façon puissante vers l’autel principal, ainsi que vers la petite fenêtre en plein cintre en surplomb de l’autel, qui est parfaitement orientée à l’est, direction de laquelle le Christ reviendrait à la fin des Temps.
La sacristie est une petite pièce basse voûtée en plein cintre avec un seul doubleau, dont la nervure repose sur deux culots. Elle est éclairée par une seule fenêtre à l’est dont la base se trouve à l’extérieur presque au niveau du sol. Le sol de la sacristie est en effet à peu près un mètre en dessous du niveau du sol de l’église, à laquelle elle accède par un escalier et une porte percée dans le mur du transept Nord. Le sacristain avait son logement au-dessus d’un massif de 2 mètres de hauteur, sur trois de large et quatre de long, appuyé contre le mur du transept. Ce logement contenait la salle du Trésor, dont il avait la charge. Il accédait à son logement par un escalier et manœuvrait à matines la cloche du dortoir.
L’armarium est grand, puisqu’il occupe une pièce entière. Il abritait les livres utilisés par les moines pour leur propre utilisation. Il semblerait qu’il contenait des livres de médecine, de géométrie, de musique, d’astrologie, et des classiques. Vu la taille de la pièce, les livres devaient donc être nombreux. L’armarium jouxte l’église à la hauteur de l’arcade est du cloître, à l’extrémité sud de la salle capitulaire. C’est une pièce voûtée, se distinguant par son entrée marquée par une fine colonnette soutenant un linteau monolithique en bâtière.
La salle capitulaire date de 1170 pour les murs et les colonnes, de 1200-1240 pour les voûtes d’ogives. Dans tous les monastères de l’Ordre cistercien, la salle capitulaire devait avoir au moins trois fenêtres à l’est et trois baies à l’ouest, sur le cloître, l’une servant d’accès, ce qui est bien respecté au Thoronet. Le pupitre du lecteur était au milieu, entre les deux colonnes. Des bancs de bois étaient aménagés sur et entre les affleurements du rocher33. L’abbé était assis à l’Est, face à l’entrée.
La seule sculpture de règle était la simple croix du chapiteau de la colonne sud, devant laquelle les moines s’inclinaient brièvement. Les pommes de pin entrecroisées, dont le grain est serré dans l’austérité de la Règle, sont les symboles de la recherche de la sagesse. Ces pommes de pin ne sont pleinement illuminées qu’au couchant, alors que le soleil n’atteint la croix qu’à l’aurore. La main tenant une crosse du chapiteau nord est le symbole de l’autorité de l’abbé. Il fut souvent enterré dans cette salle, afin que mort, sa mémoire ajoute à l’autorité de l’abbé vivant. L’importance de la salle capitulaire est reflétée par la qualité de son architecture et de son décor. Elle est voûtée par six croisées d’ogives retombant sur deux colonnes dans l’axe central de la salle. Le procédé utilisé, typiquement cistercien, est celui de l’ogive se terminant dans le mur en fuseau, fréquent dans les abbayes méridionales et espagnoles. Le profil « en amande » de la voûte la rend encore plus légère et raffinée.
Au niveau de la salle capitulaire se trouve un passage pour se rendre vers l'escalier du dortoir des moines. Le dortoir occupe l’intégralité de l’étage de l’aile des moines. C’est une grande pièce possédant un accès de jour depuis la galerie orientale du cloître et un accès de nuit menant directement à l’abbatiale. Il est couvert d’une longue voûte en berceau, scandée par des arcs doubleaux, rappelant le couvrement de l’abbatiale. Dans l’angle sud-ouest, quelques marches mènent au dortoir de l’abbé, qui est une petite pièce séparée du dortoir principal et qui fut construit ultérieurement à la suite du relâchement dans l’application de la règle. Malgré sa proximité avec les lieux spirituels, c’est un endroit consacré aux besoins corporels. Ceci explique une qualité de lumière très différente de l’abbatiale. Dans le dortoir, la lumière coule à flot à travers deux rangs de fenêtre en plein cintre pour une efficacité plus pratique que spirituelle.
Le cloître de l'abbaye du Thoronet forme le centre du monastère. Il mesure en moyenne 30 mètres de côté, comme la plupart des cloîtres cisterciens. Il est en forme de trapèze allongé, suivant deux axes : celui du cellier, et celui de l’abbatiale, parfaitement orientée. Malgré cela, le plan reste très unitaire. La construction commença en 1175, ce qui en fait un des plus anciens cloîtres cisterciens conservés. Elle a commencé par la galerie sud, couverte d’une voûte en berceau continu. Elle correspond à la galerie du collatio, reconnaissable par les bancs disposés sur les deux côtés. On y faisait aussi le mandatum. La galerie est, celle du chapitre, aurait suivi, sa voûte en berceau légèrement brisé témoignant de cette postériorité. Enfin, la construction s’est poursuivie par les galeries nord, celles du réfectoire et ouest, couvertes de berceaux plus franchement brisés.
La sculpture des chapiteaux du cloître est réduite à de simples feuilles d’acanthe, sauf dans la galerie ouest, où elles sont plus élaborées, s’achevant en boules, cette galerie ayant été construite en dernier, peut-être au XIIIe siècle. Les ouvertures adoptent un rythme très régulier. Cette structure est fréquemment rencontrée dans les cloîtres cisterciens. L’architecture du cloître est en osmose avec son environnement naturel. Les galeries sont construites dans et sur le rocher omniprésent qui jaillit spontanément par endroits. La galerie sud est plus courte que celle au nord, située plus bas, en raison de la dénivellation accusée du terrain vers le lit du torrent. Elle est rattrapée par sept marches dans la galerie du chapitre. Les degrés allaient toujours par nombre symbolique : sept, huit (chiffre de la Résurrection) ou douze (réalité du peuple de Dieu). Ils constituent des images lumineuses des degrés de l’humilité et de la sainteté dans l’obéissance à la Règle. L’orientation de la rivière a déterminé l’emplacement du cloître par rapport à l’église.
En saillie sur le préau du cloître avec lequel il communique, le lavabo est considéré comme l’un des plus purs exemples de lavabo cistercien. La disposition hexagonale du pavillon avait une signification symbolique en rapport avec la tradition gallo-romaine de construire ainsi le baptistère, peut-être en mémoire des six jarres d’eau transformées en vin à Cana. Le toit est une coupole de pierre à cinq pans, soutenue par six ogives. Les moines entraient par groupes par une porte et ressortaient par l’autre. Seize robinets sont branchés à la vasque supérieure de 1,35 mètre de diamètre, reconstituée par François Roustan et Jules Formigé après 1900. Seule la vasque inférieure est authentique.
Le Cellier se présente actuellement sous la forme d’une longue pièce rectangulaire accolée à la galerie ouest du cloître, ce qui est une disposition habituelle. La forme du bâtiment n’est plus d’origine car celui-ci a connu de nombreux remaniements architecturaux. Au XVIe siècle le cellier est transformé en cave à vin. Il reste actuellement des pressoirs, souvenir de cette époque. L'ancienne cave, les cuves à vin ou les pressoirs à olives sont les témoins des activités économiques, domestiques et spirituelles du monastère. Au sein même de l’enclos monastique, on trouve deux lieux probables de stockage. Le premier se situe près de la porte dite de Lorgues. Le second est au nord-ouest de l’enclos et est nommé aujourd’hui hôtellerie peut-être à tort, puisque sa facture se rapproche bien plus de celle d’une grange que de celle d’un lieu d’accueil.
Du réfectoire des moines, il ne reste que des ruines. Cela s’explique par le fait que la partie nord de l’abbaye est construite sur un sol plus argileux, moins stable. Comme à Fontfroide, Silvacane et Sénanque, il est parallèle à la galerie du cloître. Mais l’arrachement visible d’un mur témoigne qu’à l’origine il était certainement prévu qu’il soit perpendiculaire à la galerie nord. Cela aurait cependant été plus problématique en raison de la forte déclivité du terrain suivant l’axe nord-sud. D’autres traces visibles restent assez énigmatiques : celles de trois portes en plein cintre percées dans le mur extérieur de la galerie nord du cloître, ce qui est une disposition inhabituelle…
La salle des moines se trouve également tout au nord de l’aile des moines. Les fonctions de cette salle sont multiples : coutures, artisanat, formation des novices… Mais au Thoronet, elle a aussi accueilli un scriptorium, puisqu’elle était la seule pièce chauffée de l’abbaye. À la suite des glissements de terrain, très peu d’éléments en sont conservés. La restitution de cette salle peut se faire en comparaison des abbayes de Sénanque et de Silvacane qui sont elles-mêmes voûtées de croisées d’ogives et munies d’une cheminée.
Une fois passez la courette, vous voici dans le bâtiment des convers du XIIIe siècle. Cette date pour la construction de bâtiments réservés aux convers est étonnante dans le contexte cistercien. À cette époque, la chute des dons en terre, en argent et en homme est patente. De plus, le paysan, mieux nourri et moins pauvre peut espérer vivre en dehors de la protection de l’abbaye. Face à cette construction tardive, on peut se demander si la Provence est en décalage par rapport à cette désaffection. Une autre théorie voudrait que la construction de cette aile ait été rendue nécessaire par la transformation de l’ancienne aile des convers en cellier.
Il est également remarquable que la construction du bâtiment des convers soit de la même qualité que celui des moines. Celui-ci est construit sur deux niveaux comprenant en bas un réfectoire voûté d’ogives et en haut un dortoir éclairé par de nombreuses baies. Il mesure actuellement 36 mètres de long et enjambe le Tombarèu dans sa partie nord. Dans ce puissant contrefort étaient placées les latrines à deux niveaux. Pour rattraper la forte déclivité du terrain, on édifie une pièce au rez-de-chaussée qui a peut-être servi de remise. Cette pièce sert actuellement d’oratoire.
Le cimetière : les moines défunts étaient sortis par la « porte des morts » après la messe pour être portés au cimetière derrière le chevet, où ils étaient enterrés en pleine terre. Le long du mur sud, on peut observer un dépositoire30, qui recevait les corps avant leur inhumation. Si les moines étaient effectivement enterrés dans ce cimetière, on note que certains donateurs ont demandé à y être également inhumés.
L’abbaye du Thoronet est l’une des plus conformes à l’esprit originel de l’Ordre de Cîteaux. Cela se reflète jusque dans l’acoustique, qui, avec son écho forcément prolongé, impose au chant un style particulier et une discipline : les chanteurs doivent chanter lentement et à l’unisson. Chaque année, l'abbaye accueille un festival : " Les Rencontres Internationales de Musique Médiévale du Thoronet" ont une programmation principalement orientée vers les musiques du Moyen-âge. En juillet prochain le chœur "Voix animées" chantera pour la première fois l'œuvre du compositeur ukrainien, Pavel Chesnokov.