Pour accéder au Fort-Freinet, empruntez le chemin des crêtes avec des portions à travers des chaos rocheux qui pimentent agréablement la balade. Le sentier forme par endroit des blocs de l'escalier taillés dans la roche de schiste, il vous permettra d'ailleurs de marcher sur les traces de ceux qui ont édifié le fort. Le sentier aménagé en lacets à certains endroits longe la falaise jusqu'aux portes du village, où l'on peut voir les restes d'une trentaine d'habitations taillées dans le schiste. Elles s'étagent sur plusieurs niveaux distincts et sont protégées par un fossé de 8 à 10 mètres de profondeur, également taillé dans la roche.
L'histoire du village, la tradition orale populaire, la toponymie de certains lieux, attribue au Fort-Freinet la présence des sarrasins qui ont occupé cette région. Traditionnellement, on localise le lieu d'implantation des Sarrasins en Provence occidentale dans les années 890 à la Garde-Freinet. Les auteurs médiévaux, ont donné à ce territoire le nom de Fraxinet, du latin fraxinetum, bois de frênes, et les historiens l'ont repris sans lui donner toujours la même signification. Avec les Sarrazins, le Fraxinet devient le Djabal-al-Kilal (la montagne des sommets), dépendance du califat de Cordoue. Il s'agit soit de toute une région mal délimitée, soit d'un village (le plus souvent La Garde-Freinet), soit d'une forteresse. Le Fraxinet correspondait en fait à toute la partie côtière et montagneuse des Maures comprise en arc de cercle de Cavalaire à Sainte-Maxime et débouchant au nord sur la plaine de l'Argens.
Les Sarrasins du Fraxinet n'avaient certainement pas pour mission de bâtir, hormis quelques ouvrages défensifs aujourd'hui disparus. Ces hommes installés sommairement attendaient sans doute avec impatience de partir en expéditions guerrières fructueuses ou de rentrer al-Andalus avec leur butin et leurs prisonniers destinés aux marchés d'esclaves de Valence et de Tortose. Le Djabal al Kilal était avant tout une base militaire qui exercèrent leurs ravages en Provence et dans les Alpes. Leur succès est dû non seulement à leur audace et à leur mobilité, mais aussi à l'anarchie politique qui régnait alors en Provence, aux luttes entre seigneurs qui n'hésitaient pas à les enrôler pour triompher de leurs rivaux, à l'irresponsabilité des gens d'église, à la passivité des populations livrées à elles-mêmes et à la maîtrise de la mer exercée par les musulmans.
L'histoire rapporte que c'est le comte de Provence Guillaume Ier dit le Libérateur qui chasse les Sarrasins en 973 après sa victoire à la bataille de Tourtour après 80 années de présence Omeyyade. Philippe Sénac, historien, archéologue et médiéviste français spécialiste de l'Occident musulman, en s’appuyant sur les sources arabes et les données de l’archéologie, montre combien le Fraxinet, ne constituait pas un simple repaire de brigands mais un emplacement stratégique pour les musulmans.
En 1965, des chercheurs décidèrent d’entreprendre des fouilles sur le site en espérant trouver ce que la légende rapportait : les ruines d’une forteresse sarrasine. Plusieurs campagnes de fouilles permirent finalement de mettre au jour les vestiges du village médiéval jusque-là oublié, sans découvrir la moindre trace d’une occupation du site par de ces guerriers venus de l’Espagne musulmane. Si les origines de ce castrum restent obscures, les circonstances de sa destruction sont quant à elles parfaitement connues.
Les vestiges de ce village fortifié du Moyen Âge ont donc été découverts au cours de fouilles archéologiques. L’étude du matériel archéologique découvert lors des campagnes de fouilles semble placer l’origine de l’occupation du site à la fin du XIIe siècle. Un abandon progressif du village fortifié par les habitants eut lieu vers la fin du XIIIe siècle, au profit du col de la Garde, plus proche des voies de communication, mais aussi des terres agricoles et des nombreuses sources d’eau. Le site perché fut donc déserté, seul le "château" demeurait occupé pour des missions de surveillance. C’est probablement cette fonction stratégique qui conféra à cet ancien village le nom de "Fort-Freinet". Son histoire prit fin quand, en 1589, lors des guerres de religion, le Maréchal de La Valette, Duc d’Epernon, Gouverneur de Provence ordonna sa destruction préventive et définitive.
Les hommes du Moyen-Age ont creusé dans le rocher, des maisons, une chapelle, un logis seigneurial et un large fossé. Ils ont fait preuve de beaucoup d'ingéniosité et d'opiniâtreté pour arriver à ce résultat. Place à la découverte de ce village fortifié occupant une surface de 4 000 m². D’après les vestiges dégagés, le castrum s’organise en deux parties distinctes : au sommet le secteur du château, qui s’étend sur une esplanade de 120 m². Il est composé de 5 vastes pièces, dont une plus petite, formant sans doute le rez-de-chaussée d’une tour. C'est une petite pièce entièrement encastrée dans la roche, dont le sol était partiellement recouvert de tommettes.
Le village, en contrebas sur la pente nord et ouest, clairement séparé du « château » par une rue principale qui traverse le site. Composé d’une trentaine de maisons, le village s’étage en éventail sur 3 ou 4 niveaux des versants Nord et Ouest. Plusieurs chemins de circulation permettent d’accéder à ces divers niveaux d’occupation. Les habitations La plupart des maisons sont creusées dans la roche pour former un sol plan. Les pierres extraites servent ensuite à l’élévation des murs maçonnés des autres côtés. Les bâtisseurs ont dû creuser des rigoles pour évacuer les eaux d’infiltration de la roche. On remarque aussi de nombreuses cavités dans la paroi, rappelant l’existence de charpentes et planchers de bois. On peut penser que les maisons comptaient plusieurs niveaux. Les constructions étaient recouvertes de tuiles canal, retrouvées en très grande quantité sur
le site. La majeure partie de ces constructions correspond à des habitations, mais quelques-unes semblent avoir une fonction plus précise.
La chapelle date de la première moitié du XIIIe siècle. De forme rectangulaire et limitée au Sud-Ouest et au Nord-Ouest par deux parois rocheuses parfaitement taillées ; au Nord-Est et au Sud-Est par deux murs appareillés.
Le fossé est entièrement taillé dans le rocher atteignant par endroits 8 m de profondeur, remarquables par leur ampleur et la finesse de sa construction. Cet aménagement remplissait la fonction d’une réserve d’eau. En effet, aucune source permanente n’alimentait le site. Au niveau du fossé, un système de récupération d’eau a été aménagé avec, au sud, un large couloir très pentu permettant de récupérer l’eau de ruissellement et de remplir un premier bassin fermé par un barrage taillé dans la roche. Celui-ci alimente un second bassin de stockage.
L’eau stagnant dans la seule pièce du village, creusée dans la roche à environ 3 m de profondeur, a d’abord fait penser à une citerne collective, élément aussi fréquent que nécessaire sur les sites qui n’ont pas d’eau sur place. Mais plusieurs éléments indiquent que cette pièce servait plutôt de cave collective : les deux escaliers, qui réduisent la capacité de stockage d’eau, étaient utilisés pour accéder à la cave la niche triangulaire située sur le mur nord servait de support à un éclairage et n’aurait pas trouvé de raison d’être dans une citerne les nombreuses encoches dans le mur sud sont les points d’appui de solives. Ceci laisse entendre que la pièce avait un plafond, correspondant au rez-de-chaussée de l’édifice contigu.
On suppose que la petite pièce circulaire a servi de four. C’est du moins ce que semblent indiquer des traces de rubéfaction ; c’est-à-dire rougi par le feu, du fait d’une utilisation prolongée d’un foyer important. Les archéologues ont également trouvé un dallage finement agencé, aujourd’hui disparu. La conception du four permet d’imaginer une toiture voûtée. Un avant-poste occupait un sommet isolé.
Profitez du site pour régaler nos yeux, avec cette vue qui nous entraîne du côté du Verdon et des Préalpes jusqu'à la mer, en passant par le Rocher de Roquebrune et la plaine des Maures qui s'étire à nos pieds. L'originalité de ce site réside dans l'art avec lequel ses bâtisseurs ont su utiliser le rocher. Les habitants ont fait mieux que de s'adapter au milieu minéral, ils ont adapté ce dernier à leurs besoins, profitant des moindres accidents du terrain pour établir leurs demeures. Le Fort-Freinet fait partie de ces sites exceptionnels et rares qu'il est possible de visiter.
Source principal : Conservatoire du Patrimoine du Freinet, Chapelle Saint-Jean, 83680 La Garde-Freinet