Le Pays des Sorgues témoigne d’un riche passé religieux, de part ses églises typiques de style Roman provençal ou son joyau Baroque la Collégiale Notre-Dame-des-Anges. Territoire papal dès 1274, le Pays des Sorgues témoigne d’un riche passé religieux grâce à son patrimoine. Déjà, avant que cette partie de la Provence ne devienne le Comtat Venaissin pontifical, on avait bâtit de belles églises et chapelles romanes sur l’ensemble du territoire. Plus tard, l’influence italienne due à la domination des papes jusqu’à la Révolution française, et la mise en place de la contre-réforme à partir du XVIe siècle, permettra la construction d’édifices religieux de grande beauté. Aujourd’hui, ce patrimoine religieux est riche d’une grande diversité architecturale.
La Collégiale Notre-Dame-des-Anges se trouve au cœur de la ville de L'Isle-sur-la-Sorgue, dans l’ancien quartier de Ville Boquière. Cette collégiale a par le passé été souvent modifiée. Construite au XIIIe siècle, elle fut reconstruite totalement entre les XVe et XVIIe siècles. Elle est à la fois l’une des dernières réalisations gothiques comtadines (chevet), l’une des rares compositions locales de style Renaissance (clocher) et l’un des plus remarquables ensembles baroques de Provence.
Historique de la collégiale Notre-Dame-des-Anges
Un édifice roman préexistait à cette Collégiale qui fut élevée le 12 mai 1222 selon la volonté de l’évêque de Cavaillon, Bertrand de Durfort. Elle fut placée sous le vocable de Notre-Dame-des-Anges. Les raisons de cette fondation résident sans doute dans la volonté de l’évêque de contrecarrer les pouvoirs du consulat seigneurial. Le titre de collégiale fut ensuite confirmé par le pape Honorius III. Comme une cathédrale, une collégiale est une église capitulaire : c'est-à-dire qu'elle possède un chapitre de chanoines composé d'un nombre fixe de clercs séculiers. À ce collège de prêtres, il incombe de chanter quotidiennement l'office divin et d'accomplir les fonctions liturgiques plus solennelles dans l'église. Tous les chanoines possèdent un siège dans le chœur de l'église afin de s'y réunir et d'y chanter ou réciter l'office divin, une maison canoniale, un revenu et des fonctions précises.
Nous savons peu de choses de l'édifice roman, il ne reste rien de l’église primitive ; la Basilique Saint-Laurent. On trouve seulement des traces de cette première collégiale, située au même emplacement mais entièrement reconstruite par la suite, dans quelques représentations anciennes du clocher. Il s’agissait probablement de l’une des premières réalisations gothiques régionales.
Dès la fin du XVe siècle, le chapitre décide de reconstruire la totalité de l'édifice.
Dès le XVe siècle, la collégiale menace de tomber en ruine. Il va alors être décidé de la reconstruire progressivement, en commençant par la partie orientale: le chevet et le clocher. Cette campagne va avoir lieu environ entre 1485 et 1540.
Le chantier débute par la partie orientale de l'église et adopte un style gothique méridional, en vogue dans la région comtadine depuis le XIVe siècle. Le chevet bas, de plan polygonal avec des contreforts rayonnants, est la première partie reconstruite et vraisemblablement achevé en 1520. Erigé en suivant la tradition gothique locale (plan polygonal et clocher au sud), il développe un style flamboyant, encore perceptible dans la balustrade. Des pinacles et des réseaux de fenêtres, aujourd’hui disparus, contribuaient à l’homogénéité du chevet flamboyant.
Le clocher est achevé vers 1538 et marque une évolution stylistique du gothique flamboyant vers le style Renaissance. Les premiers niveaux de ce dernier sont édifiés dans un style gothique, tandis que les deux derniers affichent un style Renaissance empreint de références à l’Antiquité : pilastres et chapiteaux, frise glyphée,... Sur le clocher comme sur le chevet, des gargouilles sont positionnées en forte saillie. Elles jouent un rôle important dans l’évacuation des eaux de pluie, car elles permettent de rejeter ces dernières loin de l’édifice. Elles sont aussi un terrain de jeux pour les sculpteurs qui y développent tout un bestiaire de monstres prenant également une valeur symbolique.
La reconstruction de la nef au XVIIe siècle
Dès 1547, on constate que l’église est trop petite et que, de surcroît, elle est dans un état désastreux. Mais le projet d’une éventuelle réfection tarde à se mettre en place et, vers 1633, un effondrement affecte une travée située entre le chœur et la nef. Cet événement va générer un projet de reconstruction totale de la nef et des chapelles latérales. La construction s’étale sur plusieurs années.
La plus grande partie de la nef est réédifiée entre 1645 et 1675 sur les plans de l'architecte avignonnais, François Royers de la Valfenière. L'architecture extérieure austère, influencée par le style jésuite, contraste avec l'ostentation de ses décors intérieurs. La large nef voûtée est bordée de chaque côté par un réseau de six chapelles latérales, surmontées par des galeries de circulation protégées par des balustrades. Ce plan est particulièrement adapté à la religiosité de cette période de Contre-Réforme catholique : une grande nef pour l'accueil des fidèles et la prédication, ainsi que des chapelles confinées pour abriter des confréries. De nombreux artistes de la région, comme Mignard, Vial, Péru ou Parrocel, ont participé à la qualité et à l'abondance de la décoration de l'édifice.
La consécration de la nouvelle collégiale intervient le 29 mai 1672 et placée sous le patronage de l’Assomption, sous l’égide de Jean-Baptiste de Sade, évêque de Cavaillon. De nombreux travaux d’aménagements et d’embellissements se succèdent jusqu’à la Révolution. En effet, la collégiale reçoit les décorations intérieures des couvents de l’Isle sur Sorgue fermés dès 1791.
Une façade monumentale du milieu du XVIIe siècle
La façade de la Collégiale Notre-Dame-des-Anges a été reconstruite au milieu du XVIIe siècle sur les plans de François Royers de La Valfenière dans un style dit "jésuite". Cette façade est sobre, parfois considérée comme austère, mais très imposante par sa composition plus large que haute. On y retrouve une superposition des ordres classiques avec l’utilisation du dorique au rez-de-chaussée et de l’ionique à l’étage. La partie centrale de la façade est rythmée de colonnes avec, en partie basse, la porte principale, couronnée d’un tympan au relief détruit à la Révolution.
La porte d’entrée relativement modeste est surmontée d’un tympan dont aucune décoration n’a subsisté. La façade se décline en deux niveaux composés des ordres classiques (dorique et ionique) avec une ouverture centrale flanquée de deux colonnes. Deux rangées de pilastres séparent les deux niveaux et au deuxième, quatre colonnes surmontées d’un fronton triangulaire prolongent et équilibrent l’ensemble.
À l’étage, un double cadran (horloge traditionnelle et lunaire), au-dessus duquel figurent les armes de la ville, est souligné par une balustrade. En partie sommitale se trouve un fronton triangulaire flanqué d’une balustrade et surmonté d’une croix en pierre. De chaque côté de la façade, on discerne des ailerons, typiques dans les édifices de style jésuite, ainsi que des dômes placés au sommet des escaliers à vis permettant l’accès aux toits des bas-côtés.
Dans un des angles de l’édifice s’élève la tour carrée du clocher. Des bandeaux moulurés la divisent en 5 étages, le dernier étant percé de baies encadrées de pilastres cannelés. Le sommet de la tour est surmonté d’un édicule en fer forgé abritant une cloche. Cette tour sauvegardée au moment de la reconstruction générale de l’église date du XVIe siècle.
Architecture de la collégiale Notre Dame des Anges
Le plan de l’architecture de l’église de l’Isle sur Sorgues a de très nombreuses similitudes avec l’église du collège Henri IV de La Flèche dans la Sarthe ; ce qui les différencie est l’obligation de faire coexister deux constructions de deux époques différentes à la collégiale Notre-Dame-des-Anges.
Le plan de l’édifice s’articule autour d’une vaste nef unique de six travées, qu’encadrent onze chapelles latérales séparées par des contreforts. Ce plan est parfaitement conforme à celui que prône la contre-réforme, à savoir une large nef pour accueillir les fidèles lors des offices, tandis que les chapelles peuvent abriter des confréries pour des messes privées et des dévotions spécifiques.
L’intérieur de la nef est assez lumineux malgré l’obstruction en 1666 des baies nord, trop exposées au vent. L’élévation intérieure compte trois niveaux : le premier est constitué des grands arcs cintrés des chapelles latérales, le second de tribunes ceintes d’une balustrade, et le dernier de grandes baies en plein cintre.
À l’intérieur, dès l’entrée, on est frappé par la richesse et l’exubérance du décor. Depuis sa construction, les modifications, puis les restaurations de la collégiale ont été nombreuses, qu’il s’agisse du bâtiment, du mobilier ou des décors.
Le chœur
Le chœur est agrémenté par un immense retable de 15 m de haut encadré par une boiserie du XVIIe siècle, lovée dans l’abside de la chapelle rayonnante centrale. L’ensemble est doré et richement sculpté. Le retable est composé de deux colonnes torses et cannelées encadrant un tableau de Reynaud Levieux représentant l'Assomption de la Vierge, peint à Rome en 1680. Ces colonnes supportent une arcature finement sculptée sur laquelle reposent deux anges. L’arcature est elle-même surmontée d'un fronton triangulaire en retrait, supportant deux autres anges encadrant une statue de la Vierge.
Des piédestaux supportent quatre statues entièrement dorées également. Il s’agit, en commençant par la droite de Saint Paul avec le glaive instrument de son martyre, saint Pancrace, saint Pierre avec les clés du royaume divin et Saint-Laurent avec un grill objet de son supplice. Le maître-autel est en marbre polychrome. À chacune de ses extrémités, une statuette en marbre de Carrare représentant un ange qui se recueille harmonise l’ensemble. Le tabernacle protégé par des colonnes disposées en arc de cercle est surmonté d’un baldaquin.
Les chapelles latérales
Elles ne communiquent pas entre elles ; au contraire, un passage est percé entre chaque tribune. D’autre part, la balustrade se continue sur le mur, au revers de la façade, portée par des consoles sculptées. On peut ainsi faire, à l’étage, tout le tour de la nef. Les chapelles sont voûtées en berceau. Les chapelles latérales sont toutes agrémentées de très riches boiseries et décorées de diverses œuvres d’art.
Outre les peintures en faux marbre des pilastres et arcs, on remarque surtout la longue série de personnages féminins assis ou allongés dans les écoinçons des arcades des chapelles latérales, qui sont toutes des allégories des Vertus de la Vierge, identifiables par les objets ou instruments qui les accompagnent. Cette mode est incontestablement venue de Rome et contribue puissamment à l'aspect italien de l'édifice. Ici, ce décor dû au ciseau du sculpteur avignonnais Jean Péru a été mis en place à partir de 1688. Ces allégories avaient été codifiées par Cesare Ripa dans un célèbre traité d'iconologie, traduit en français par Jean Baudouin dès le début du XVIIe siècle. Ainsi côté nord et en partant du chœur on observe les figures suivantes :