Cette Escapade commence à Privas (km 0), bâti sur un éperon rocheux surplombant les vallées de l’Ouvèze et du Charalon, Privas l'ancienne place de sûreté protestante entourée de hauts murs est à présent une bourgade tranquille sur les bords de l'Ouvèze. Privas est riche d’un patrimoine architectural important : la tour Diane de Poitiers du XVe siècle de style Renaissance, le Pont Louis XIII, la Chapelle des récollets… Découvrez, au fil d'une promenade dans cette petite ville tranquille, ses places, ses rues commerçantes et ses témoignages du passé. Un patrimoine à apprécier le long d'un parcours historique jalonné de 24 panneaux informatifs.
Classée « site remarquable du goût », profitez de votre passage à Privas pour gouter ses marrons glacés. Du Montoulon, le point de vue est imprenable sur toute la région. Ancienne capitale huguenote, la ville fut rasée au XVIIème siècle. La vieille ville offre encore quelques témoignages de cette époque. L’élevage de la soie permettra à la ville de renaître. Prenez le temps de visiter le château de Liviers, fièrement posé sur un promontoire au-dessus de Privas. Il bénéficie d'une vue panoramique sur la vallée du Rhône.
Au départ de Privas, prenez la D2 vers Ollières-sur-Erieux. Montez jusqu'au Col du Moulin à Vent (8 km) direction de Pranles par la D344. La route s'élance vers le Col du Moulin à Vent, traversant les forêts de châtaigniers centenaires, témoins de l'histoire de ce pays des Boutières, jusqu'au plateau de Pranles, où vous pouvez visiter le Musée du Vivarais protestant, itinéraire fléché dès le col du Moulin à Vent, entre Privas et Les Ollières-sur-Eyrieux (14 km).
Au Bouschet de Pranles, le Musée du Vivarais protestant est installé dans une maison forte du XVe siècle, du type ardéchois des Boutières. Maison de deux figures emblématiques de la résistance : Pierre Durand et sa soeur Marie. L'histoire de Pierre et Marie Durand imprègne les murs de ce bâtiment. Pierre fut un pasteur qui eut à coeur la restauration de l’église réformée. Il fut arrêté, et pendu en 1732. Marie fut emprisonnée à Aigues-Mortes durant 38 ans.
Autour de cette famille se concrétise le témoignage des huguenots vivarois du XVIIIe siècle. Fondés sur l’Écriture Sainte, refusant toute contrainte en matière religieuse. La visite est commentée par des passionnés d'histoire dans cette belle ferme où rien ne semble avoir changé depuis des siècles. Les documents conservés dans cette maison font connaître la foi et l’espérance de ses habitants. Plusieurs rappellent les circonstances qu’ils durent affronter. Parmi les documents exposés, on voit les édits royaux restreignant puis interdisant toute pratique de la religion réformée, des autographes de Pierre et de Marie Durand, des reproductions de leurs lettres, le registre des mariages de Pierre Durand et, en photocopie, le registre des Actes des Synodes du Désert.
Au carrefour de Très-le-Serre tournez à gauche par la D344a vers la Pizette-Cordon-Blanc. La Pizette est un hameau située à proximité du hameau Basse Garde et Haute Garde. Au carrefour de la Pizette prenez "Pont d'Auzène". C'est sur cette portion que l'on peut imaginer le difficile travail des bâtisseurs qui arrivèrent à tracer une route au plus court dans les reliefs. La descente vers l'Auzène est impressionnante. Les lacets en zigzag dévalent une pente abrupte. C'est un véritable exploit technique pour arriver jusqu'au Pont d'Auzène (20 km). La vallée de l’Auzène est une vallée aux paysages sauvages, naturel, accueillant une grande biodiversité.
Le pont d'Auzène date de la construction de la route des Dragonnades. Un premier pont fut construit mais s'écroula dès le retrait des étais, son architecte fut emprisonné. Le Pont d'Auzène, également pont de la Valette est situé sur la voie intercommunale reliant le hameau de la Valette à Privas. Il franchit à cet endroit un ravin de quinze mètres de profondeur au fond duquel coule la rivière Auzène. Cet ouvrage en pierres construit il y a plus de 200 ans est constitué d’une seule arche plein cintre de 6 m de rayon. Il est long de 27 mètres et large de 3 mètres. Le village de la Valette était relié à Pranles par des chemins ou dragonnades.
Après le pont prendre à droite vers Saint-Etienne-de-Serres (23 km), via La Trav en traversant la D261. Saint-Etienne-de-Serre, fut jadis, l'un des principaux foyers du protestantisme dans les Boutières. Au XVIe siècle, les habitants de Serres passeront à la Réforme protestante et en subiront les vicissitudes jusqu'à la Révolution. En 1691, la route royale dite des "Dragonnades", construite de Privas au Cheylard pour surveiller les habitants protestants, traverse la commune et a longtemps été la seule route importante. En 1726, la petite seigneurie de Craux, abrite clandestinement le 1er synode national postérieur à la révocation de l'Edit de Nantes. Le 10 mai 1744, au Serre de Lès, point culminant de la commune de Saint-Etienne-de-Serres se tint une grande assemblée de 4.000 protestants bravant publiquement le pouvoir royal. Ils ont bravé pacifiquement le pouvoir royal pour écouter le prêche d'un pasteur.
Le site forme un amphithéâtre naturel dominé par une crête surmontée d’une ligne de pins. Le Serre de Lès offre un panorama grandiose à 360° : Alpes, du Mont Ventoux au Mont-Blanc, les Boutières, Montagne et plateau ardéchois, Rocher d'Abraham, le rocher volcanique d'Ajoux, le volcan des Chirouzes, la coulée basaltique du hameau du Chier. L’église Saint-Étienne de Saint-Étienne-de-Serre est citée dès le XIIIe siècle, elle a été beaucoup remaniée au cours des siècles. D'architecture très simple, elle se situe sur un emplacement particulièrement panoramique. Prendre la D8, sur la commune, le temple du Fival (26 km), petit temple niché entre les chataigniers, construit entre 1837 et 1841. L'association Patrimoine huguenot d'Ardèche a décidé de réveiller les mémoires des Bouttières. Le temple héberge aussi chaque année un festival de musique classique "Les musicales du Fival".
Allez vers Saint-Pierreville (34 km), par Tauzuc et Craux en suivant la D8. La route monte puis descend, remonte encore, car il fallait éviter tout détour. Les ponts se succèdent, véritable ouvrages d'art toujours debout, plantés dans a tumultes des cours d'eau. Au cœur de la vallée de l'Eyrieux et des monts du Vivarais qui assurent la transition entre le plateau ardéchois et la vallée du Rhône, traversé par deux cours d'eau parfois impétueux, notamment en automne lors des pluies cévenoles, la Glueyre et la Veyruègne, Saint-Pierreville présente un relief très abrupt, en effet l'altitude du territoire varie de 398 à 1005 m. Du fait de la configuration géographique, avec un relief très accidenté (les Boutières), les distances par la route sont largement doublées.
La route offre de jolis points de vue sur le village et ses vallées. Il faut parcourir ce paysage emblématique, façonné par les hommes et les femmes du terroir, pour comprendre l’histoire rurale et paysagère des Boutières, dans cette région montagneuse, proche de la vallée du Rhône, où se situe Saint-Pierreville. Les terrasses réalisées au fil des siècles pour permettre la culture ont ajouté au charme du paysage, qui comprend des espaces naturels protégés. Dans une région qui fut un bastion du protestantisme, la commune a souffert des guerres de Religion au XVIIe siècle avant de prospérer grâce à la culture du ver à soie et surtout ses châtaigneraies.
Un séjour ou une étape à Saint-Pierreville blotti dans le Parc naturel régional des monts d’Ardèche, peut débuter par une découverte de son patrimoine historique, à commencer par l'église Saint-Pierre-aux-Liens dont les parties les plus anciennes de style roman datent du XIe siècle. L'édifice fut ensuite remanié dans un style gothique. C'est à l'intérieur que son abrités plusieurs joyaux : l'autel, un retable de facture baroque, un baptistère roman et une toile du XIXe siècle, la Délivrance de Saint Pierre. L'œuvre a été restaurée en 1989. A voir également, le temple protestant, place du Clos date de 1825, d'architecture austère, mais on remarque que les matériaux de construction sont en granit. Un beau lavoir ancien, dans le centre du bourg, les châteaux de Sibleyras et du Pras, à ses alentours, témoignent également du riche passé de la localité.
Poursuivez la Route des Dragonnades par Tauzuc et Craux en suivant la D8. La route traverse ensuite les villages et les petits bourgs, se perdant dans de vaste étendues désertiques où surgit parfois une ferme de pierre tapie dans une végétation débordante.
A Saint-Pierreville prenez la direction "Mézilhac", à 100 mètres tournez à droite vers Albon-d'Ardèche (43 km) via la D152 puis la D102. Au cœur des Boutières, dans les Monts du Vivarais et plus précisément dans la haute-vallée de la Glueyre, On y découvre une belle variété des paysages allant de l'étage collinéen à l'étage montagnard. Au cours de l'histoire, ce petit village a été marquée par les troubles religieux qui l'ont touchée aux XVIe et XVIIe siècles, en raison de son importante communauté protestante. Puis, au XIXe siècle, Albon connaît une importante industrialisation entre le XVIIIe et le XIXe siècle avec la construction de nombreux moulinages liés au travail de la soie.
Des mûriers sont également plantés autour de la commune à cette période. Aujourd'hui, la cité ardéchoise d'Albon-d'Ardèche dévoile un patrimoine architectural et naturel des plus intéressants. En se promenant dans le village d'Albon-d'Ardèche, on peut découvrir plusieurs vieilles bâtisses en pierres taillées dans le granit, avec leurs fenêtres à meneaux et leurs larges porches, des fermes dont certaines datent du XVIIe siècle, ainsi que des maisons provenant de la même époque. Le pont du village, ainsi que son temple protestant ont quant à eux été construits dans la première moitié du XIXe siècle. C'est au hameau de Serrepuy où le premier temple d'Albon-d'Ardèche a été bâti : des cultes s'y tinrent de 1810 à 1859. Les pierres du temple ont ensuite été utilisées pour la construction du temple actuel, situé dans le village d'Albon.
Comme le reste du Vivarais, Albon-d'Ardèche et Féouzets sont très touchés par la Réforme et les luttes entre protestants et catholiques seront particulièrement violentes. Les hostilités se feront plus rares à partir de 1598 avec la promulgation de l'Édit de Nantes, mais reprendront dans les années 1620. La haute vallée de la Glueyre est alors majoritairement protestante mais, étant isolée des grandes voies de communication, elle échappe aux destructions de masse qui ont notamment lieu dans la vallée de l'Eyrieux. Le temple protestant de Marcols est détruit en janvier 1684 par arrêt du Conseil du roi et, le 12 octobre 1685, une grande partie des protestants de la paroisse de Saint-Julien et plusieurs chefs de famille renoncent devant notaire et en présence d'un curé au protestantisme sous la pression des troupes qui avancent dans les Boutières. Après la révocation de l'édit de Nantes, Albon-d'Ardèche subit de nouvelles répressions, notamment en 1730.
Plusieurs massacres ont lieu dans la région comme au Serre de la Pal en 1689 et des Albonnais seront déportés et emprisonnés pour « faits de religion » dans diverses prisons jusqu'en 1770. Marie de la Roche, dame de la Chabannerie d'Albon, à notamment été arrêtée et emprisonnée dans la tour de Constance où elle protégea et se lia d'amitié avec Marie Durand. Malgré ces faits, des assemblées secrètes de protestants avaient lieu et à partir de 1756 ces assemblées avaient lieu à date et lieu fixes.
Passez le village d'Albon-d'Ardèche et poursuivez sur la D409 vers Marcols-les-Eaux (46 km) dominée par deux anciens volcans, la Graveyre et le Don, et d'où l'on a un beau panorama sur pas moins de... sept départements. De nombreux éléments architecturaux ou patrimoniaux méritent une attention toute particulière pendant cette étape. L’église du XVIIe siècle à clocher plat, dans le bourg, restaurée, construite avec les pierres du Prieuré. Commencée en 1672 elle est inaugurée en 1688 avec les Dragons du Roi. Les ruines du Prieuré, ancienne église de St-Julien d’Orsival, ancien nom de Marcols-les-Eaux.
A voir également, les vieilles ruelles ou calades, les voûtes agricoles, le four à pain et le moulin du hameau de Mauras : sur les rives de la rivière, la Glueyre, le hameau de Mauras forme un groupement d’une quinzaine d’habitations en grande majorité d’architecture vernaculaire. En outre, il est entouré de pâturages où sont implantés plusieurs bâtiments agricoles. Le petit patrimoine lié à l’eau et aux activités agricoles : lavoirs, fontaine, moulinages, sources d’eau minérale...
Prendre à présent la D102 en direction du Cheylard (70 km) par le col de la Faye de 1019 m. Enfin la route se fait plus douce sur les berge du Talaron, jusqu'à Le Cheylard, centre névralgique du travail de la laine, du tissage et des moulinages de soies, que vous aurez pu rencontrer tout au long du parcours. Situé à 430 m d'altitude, entouré de collines boisées et de terrasses, Le Cheylard est une ville dynamique, au confluent de deux rivières : la Dorne et l'Eyrieux.
À peine stationnée sur l’une de ses places, cette cité invite le visiteur à la découverte. Les visites du château de La Chèze, de la vieille ville du Cheylard, la place Saléon Terras ombragée qui invite le visiteur à se rafraîchir et à se détendre, autant d'éléments agréables qui rendent cette ville conviviale et attrayante. Au fil de la déambulation dans la vieille ville, les maisons avec leurs linteaux sculptés et leurs fenêtres à meneaux, les discrètes placettes, les passages couverts et détournés, les escaliers qui circulent de placettes en placettes ou encore les remparts du vieux château dont il subsiste deux tours visiblement remaniées, sont autant de surprises patrimoniales qui ravissent le regard. Un circuit commenté en 15 points est à votre disposition à l'Office de Tourisme pour une visite autonome.
Ici se termine cette route des Dragonnades ou route des Dragons du roi, que l'on peut suivre avec émotion dans une nature authentique et emplie d'une sérénité retrouvée.