Dans le hameau et Notre-Dame se trouve donc la grande basilique de Notre-Dame de Bon secours dont la vierge perchée sur un haut clocher domine toute la région. Du haut du clocher, la Sainte Mère, tournant le dos au sinistre bois de Bourbouillet, lieu d'incantations païennes, semble contempler la plaine fertile et les monts d'Ardèche. La Basilique Notre-Dame de Bon Secours de Lablachère a été fondée en 1682 par Julien Gineste Delille ou De Lisle, ancien gendarme de la garde de Louis XIV retiré au hameau de Montredon à Lablachère où il exerce la médecine.
L'histoire communale raconte que, sorti seul, au cours d'une promenade à cheval, dans la garrigue, Julien Gineste Delille fait une chute accidentelle et se retrouve coincé sous sa monture, enferré dans les étriers. Loin de toute habitation, n'espérant aucun secours, il invoque la Vierge. Dans sa prière il promet à la Sainte Dame de lui bâtir une chapelle, en ce lieu même, s'il parvint à se tirer de cette mortelle situation. Mais, dès lors qu’il fut sorti d'affaire, il oublia sa promesse. L'année suivante, lors d'une sortie à cheval, il fait pareille chute... au même endroit. Une fois encore il invoque la Bonne Mère et recouvre la liberté, sain et sauf. L'ancien soldat décide enfin d'honorer sa promesse et fait ériger à l'endroit dit, une petite chapelle étroite et oblongue, éclairée par une lucarne, le tout ayant une superficie de seize mètres carrés.
La première pierre de la construction fut posée et bénie le jour des rameaux, 22 mars 1682, par ledit Rodilly, curé, et la chapelle achevée fut bénite par le même, délégué par Monseigneur le 8 septembre de la même année. Dans le modeste édifice de l'époque, Julien Gineste Delille place une statue de la vierge, rapportée d'un voyage à Paris en 1682. Le vocable prend naturellement le nom de " Bon Secours ". Cette petite chapelle connait très rapidement une fréquentation de plus en plus importante. En effet, l'histoire de Julien Gineste Delille se répand parmi la population locale et la rumeur de l'événement miraculeux ramène de toutes parts des pèlerins qui se pressent à la chapelle, devenue lieu de dévotion. La chapelle ne cessa ensuite de grandir au fil de nombreux événements pour devenir l'important édifice que l'on connaît aujourd'hui et qui abrite un couvent.
Après les années tumultueuses de la Révolution française pendant laquelle l'édifice religieux est fermé, c'est en 1845, profitant du nouveau régime, que le père Boissin décide de la rénovation du bâtiment. Une nouvelle chapelle voit le jour, bâtie sur les fondations de la première. Peu à peu des ordres religieux s'installent à proximité ; d'abord des frères qui dirigent l'école, puis des Carmélites. Dès le XVIIIe siècle, l’évêque de Viviers y installe des chapelains pour s’occuper des pèlerins, puis y établit les Oblats de Marie Immaculée. L'ordre des "Oblats de Marie" nouvellement créé entreprend de grands travaux conduisant à la naissance de la basilique actuelle. Ses membres achèvent le cœur et installent le clocher où domine une statue de la Sainte Mère, identique à celle reproduite sur la médaille miraculeuse ; suite aux évènements de 1830, qui eurent lieu rue du Bac à Paris.
Eugène de Mazenod, évêque de Marseille, fondateur de l'ordre des Oblats de Marie-Immaculée consacre l'église en Août 1880, en présence de plus de 20.000 personnes. Au cours de cette cérémonie la statue primitive est couronnée d'un bijou acquis par souscription. Il s’était écoulé deux siècles, depuis le jour de l’acte de fondation de la chapelle et le pèlerinage de plus en plus fréquenté. L'église est élevée au rang de Basilique mineure le 14 Août 1930. Une Maison diocésaine est construite à partir de 1936, en face du sanctuaire pour l’accueil des fiancés et de groupes de réflexion et d’échanges. Confiée aux Sœurs de Saint Joseph, elles y assurent l’accueil de pèlerins, de retraitants et de différentes rencontres et sessions.
Le 4 novembre 1880, le préfet de l’Ardèche Edmond Robert (1879-1881), arrivait à la Basilique Notre-Dame de Bon Secours accompagné de plusieurs brigades de gendarmerie pour faire le siège de la maison des Pères Oblats de Marie-Immaculée et les en chasser, à la suite de la loi sur l'expulsion des congrégations. Dès l’aube, le tocsin sonnait et les populations des alentours arrivèrent. Un certain nombre de notables s’enfermèrent avec les Pères, la foule se massant aux abords du monastère. Elle accueille les gendarmes aux cris de « Vive les Pères », « Vive les gendarmes », auxquels on témoigne de la sympathie car il suffit de voir leur attitude pour comprendre qu’ils obéissent à regret aux ordres qu’ils ont reçus.
Le commissaire de police somme les Pères d’ouvrir et sur le refus formel qui lui est fait, il donne l’ordre aux nommés Lucien Jouve serrurier à Largentière, François Lèbre et Théodore Vesseau, menuisiers à Joyeuse, de crocheter la serrure ou d’enfoncer la porte à coups de hache. La femme Lèbre accourt et forçant la ligne de gendarmes saisit son mari et l’entraîne aux applaudissements frénétiques de la foule. Théodore Vesseau poursuit seul sa triste besogne, accablé par les malédictions.
Le préfet, pendant ce temps reste enfermé dans sa voiture et voit défiler devant lui les Pères portés en triomphe, aux cris de « Vive les Pères », « Vive la religion », À bas les bourreaux, les tyrans, les infâmes décrets, vivent les Oblats, ils reviendront. En effet, après quelques mois, les Pères reconnus un peu trop tard faire le service d’une chapelle autorisée reprirent peu à peu leur propriété et leurs fonctions. Ces violences inutiles n’ont servi qu’à raviver la foi et à attirer à Notre-Dame de Bon Secours, un nombre toujours croissant de pèlerins.
Les premières expulsions de 1880, avaient eu un caractère d'injustice et de tracasseries odieuses, mais en somme anodines quant à la continuité des œuvres; l'église demeurait ouverte. Non seulement les concours annuels n'étaient pas interrompus mais leur importance augmentait chaque année. Emile Combes, le "persécuteur", le reconnaîtra lui-même à sa façon. En 1903, toutes les écoles congréganistes ayant fait une demande d'autorisation en vertu de la loi du 1er juillet 1901, ont vu cette autorisation refusée par le ministère de l'intérieur et des cultes. Le conseil général de l'Ardèche émit le vœu que toutes les congrégations du département fussent autorisées. Il y eut quelques abstentions mais personne n'osa voter contre. Le conseil municipal de Lablachère, sous la présidence du maire M. Roche, à l'unanimité, s'est prononcé en faveur de leur maintien, peut-être plus pour des raisons économiques liées au pèlerinage de Notre-Dame de Bon Secours que sur le dévouement et l'œuvre éducatrice accomplie.
La tension déjà forte qui règne entre les deux camps (républicain et réactionnaire) croîtra encore lorsque les mesures gouvernementales porteront atteinte à la congrégation des Oblats de Marie-Immaculée de Notre-Dame de Bon secours. Les pères Oblats sont chargés d'assurer un service régulier du sanctuaire de Notre-Dame et doivent en être en même temps des auxiliaires pour les curés et desservants qui feraient appel à eux, notamment pour les prédications extraordinaires. Grâce à leur action et à leurs nombreux déplacements dans les diocèses voisins et celui de Viviers, ils ont rendu très populaire le pèlerinage à Notre-Dame de Bon Secours : le nombre annuel de pèlerins est évalué à 60 000. Chacun d'eux dépensant au moins un franc pour l'achat de manuels de piété, images de la statue miraculeuse, médailles, le revenu du sanctuaire peut être estimé à une soixantaine de mille francs.
En outre, l'établissement dispose de maisons et de terres d'une superficie d'environ 12 hectares, d'une valeur vénale de d'environ 70 000 francs. Parallèlement au pèlerinage, la congrégation exploite une pension tenue par des sœurs et appelée "Maison de Saint-Antoine de Padoue" et qui héberge les personnes désireuses de se recueillir auprès du sanctuaire. Les Oblats sont au nombre de douze en 1901, tous étrangers à nos deux cantons de Joyeuse et des Vans : deux sont originaires de Lozère, deux de l'Isère, un de Savoie, un de la Drôme, un du Doubs, un de Marseille, un de l'Ardèche; les trois autres sont des étrangers, un italien, un espagnol et un alsacien.
Le 3 juin 1903, le préfet, Mr Belleudy, représentant la République, intervient avec la gendarmerie et affronte la population menée par la droite locale représentée par Me de Malbosc, Mr Cambon maire de Berrias et Mr de Bournet. Ceux-ci, ainsi que les quatre oblats sont arrêtés. Le maire de Lablachère craignait quant à lui la perte de ressources liées au pèlerinage. Ils furent condamnés à de faibles peines à Largentière, puis en appel à Nîmes. Cet épisode de lutte entre réformistes radicaux, souvent protestants et Droite catholique conservatrice, mais qui en appelle aussi à la République en ce qui concerne la liberté de parole et d'exercice du culte, n'est pas sans rappeler le deuxième camp de Jalès, cent ans auparavant.
Le pèlerinage du 4 octobre 1903 eut lieu , réunissant une foule considérable, malgré son interdiction par la préfecture par un arrêté du 2 octobre. Mgr Bonnet évêque de Viviers et les meneurs du 3 juin sont présents et prennent la parole. Aujourd’hui, les Oblats sont partis et les prêtres du diocèse de Viviers la gèrent.
En pénétrant dans la Basilique de Notre-Dame de Bon Secours, le regard est tout de suite attiré par l’autel, symbole du Christ, qui reçoit la lumière d’en haut. Il nous dit la place centrale que tient l’Eucharistie dans la vie chrétienne. La Basilique Notre-Dame de Bon Secours dévoile quelques vestiges de la chapelle d'origine, à l'instar de la statue en bois de la Vierge et d'une pierre encastrée dans l'un des piliers du chœur. Dans cette belle construction où de puissantes voûtes sont supportées par d'élégantes arches gothiques, la pièce majeure demeure dans le cœur de l'édifice.
Par un déambulatoire qui fait le tour de l’édifice,se trouve l'authentique statue en bois de la vierge, celle-là même qui fut déposée dans la première chapelle par Julien Gineste en 1680. Elle nous présente son Fils qui, de la main gauche tient le monde et qui, de la main droite, index relevé, nous enseigne. Un sceptre à la main, parce que Reine de la Paix, elle esquisse un pas vers celui ou celle qui vient à sa rencontre lui confier ses peines ou ses joies. On attribue à cette vierge de nombreux bienfaits, notamment des guérisons, comme en témoigne l'imposante collection d'ex-voto qui tapissent les piliers de la basilique, sur toute leur hauteur.
Dans la Nef, les Saintes Femmes, les vierges et les martyrs, les Saints fondateurs, les Saints Prêtres et Évêques ; dans le chœur, la voûte est ornée des mystères de la vie de Marie et de Jésus : Marie vénérée par les anges, la Présentation de Marie, la Visitation, La Présentation de Jésus, le Couronnement de Marie au Ciel, l’Annonciation, la Nativité, Jésus retrouvé au temple, la Montée de Marie au Ciel. Le long du déambulatoire, le nombre impressionnant de confessionnaux installés en 1862, nous rappelle que notre vie pleine d’embûches nous éloignant de Dieu comme de nos frères, la réconciliation nous est offerte en permanence. Au-dessus de la porte d’entrée, Saint Pierre et Saint Paul annoncent à tous les peuples la Bonne Nouvelle de l’Amour, nous renvoyant nous-mêmes à notre mission d’artisans de la Paix dans le Monde que nous retrouvons en sortant.
Sur la gauche en sortant, une plaque de marbre noir mentionne que l’église est érigée en Basilique Mineure. Une plaque de marbre noir à l’entrée de la chapelle de la Vierge évoque la consécration de l’église par Mgr Eugène de Mazenod, depuis lors canonisé. De la chapelle primitive ne subsistent que la statue en bois de la Vierge et une pierre encastrée dans l’un des piliers du chœur. Deux pierres tombales renferment les corps des deux premiers chapelains. : le père Richard à gauche et le père Boisson à droite. A l'intérieur, il est également possible de découvrir une Mise au tombeau, peinture à l'huile de la fin du XVIIe siècle. La beauté de la statue de la Vierge ainsi que les peintures murales du bâtiment et l’harmonie de son architecture en font une des plus belles églises du département.