Largentière est un toponyme, variante d'Argentière, avec le sens de mine d'argent ou de minerai argentifère. La commune s'appelle L'Argentèira en occitan, elle était une des huit villes du Vivarais qui députaient aux Etats du Languedoc.
Le château de Largentière au travers de l'histoire
Pour comprendre l'histoire de la cité et du château, il faut bien prendre en compte le pouvoir des mines d'Argent de Largentière. La période de conflit entre carolingiens et bosonides a entraîné le partage du royaume entre la Provence et la Bourgogne qui sont réunifiés par Rodolphe II de Bourgogne après la mort de Louis III l'Aveugle, en 928. La croissance des échanges commerciaux va repartir au Xe siècle en Europe occidentale. Le manque d'or va amener la recherche de mines d'argent pour devenir la matière première de la monnaie avec le denier. Plusieurs mines de plomb argentifère sont exploitées le long de la vallée de la Ligne. Après la mort de Rodolphe III, le royaume de Bourgogne, ou royaume d'Arles, est rattaché au Saint-Empire romain germanique en 1034.
La première mention de Largentière est un bref d'obédience des chanoines de Viviers du IXe ou Xe siècle dans lequel il est écrit que le chanoine Audebert possède Largentière et Saint-Pierre-de-Colombier. En 1146, l'empereur Conrad III accorde à l'évêque de Viviers Guillaume le droit de battre monnaie. En 1169, Hugues d'Ucel donne ses mines de Largentière à l'évêque Raymond d'Uzès, mais il s'est reconnu l'année suivante vassal du comte de Toulouse, Raymond V pour ses châteaux d'Ucel, de Saint-Laurent-sous-Coiron et de Rochecolombe en présence de Raymond, évêque d'Uzès. Le 16 mars 1177, l'empereur Frédéric Ier de Hohenstaufen fait de l'évêque de Viviers un prince du Saint-Empire. Le droit de battre monnaie par l'évêque de Viviers est confirmé en 1177 par l'empereur Frédéric Barberousse, en 1216 par l'empereur Frédéric II.
Il semble que ce n'est qu'après la mort de l'empereur, en 1190, que Raymond V, comte de Toulouse, a commencé à vouloir mettre la main sur les mines de Largentière comme semble de montrer une charte de l'archevêque de Vienne Robert (1186-1195), probablement de 1193, constatant un accord passé entre l'évêque de Viviers et le comte de Toulouse concernant les mines. Raymond V accepte d'abandonner ses droits à l'évêque contre 6 deniers d'argent par livre extraite et les châteaux de Grospierres et d'Aiguèze. De plus l'évêque doit payer cent marcs d'argent pour l'abandon des droits du comte de Toulouse sur la ville de Viviers. Après la mort de Raymond V, son fils Raymond VI a remis en cause cet accord.
Une tour a alors été construite par l'évêque de Viviers sur un éperon surplombant la Ligne, en rive droite, à proximité de la principale mine de plomb argentifère. sur un lieu que s'est appelé Segualeriæ (Ségualières) jusqu'au XVIIIe siècle. Cette tour appelée "Argentaria" ou argentière permettait de contrôler la route menant à Tauriers et Jaujac et de protéger la mine. Cette tour permettait aussi aux évêques de Viviers d'affirmer leur revendication sur la propriété des mines face à celle des comtes de Toulouse qui possédaient le château de Fanjeaux ou Fanjau, situé en rive gauche de la rivière.
En 1198, un accord entre le comte de Toulouse, Raymond VI de Toulouse, et Nicolas, évêque de Viviers prévoit un partage du castrum de Ségalières. Le comte de Toulouse reçoit la moitié du fief et la moitié des mines. L'autre moitié revient à l'évêque, mais sur sa part, l'évêque doit donner un tiers à Aymar ou Adhémar II de Poitiers, comte de Valentinois, seigneur de Crest et un autre tiers à Bermond d'Anduze. Le comte de Toulouse construit une tour au sud de celle de l'évêque dont il ne subsiste plus que le soubassement sous forme d'une terrasse semi-circulaire en avant de la cour supérieure. Cette tour était reliée à une enceinte enserrant le donjon de l'évêque. À la même époque, les deux autres coseigneurs alliés au comte de Toulouse et qui avaient obtenu une partie de la seigneurie de Ségalières, Adhémar de Poitiers et Bermond d'Anduze, construisent des tours à l'avant de l'enceinte pour protéger son accès.
On distingue plusieurs phases dans l’utilisation et la construction du château : Le tour "Argentaria" est citée en 1210 dans un texte donnant un accord entre l'évêque de Viviers et le comte de Toulouse. Cette tour va devenir le donjon du château. Cette tour romane se caractérise par ses murs de 3 mètres d’épaisseur appareillés en moellons à bossage et par l’absence de toute ornementation extérieure hors une arcade en plein cintre. L’accès se faisait uniquement par le premier étage dont le sol reposait sur une voûte ; les étages supérieurs à l’origine sur plancher étant reliés entre eux par un escalier à vis dans l’épaisseur du mur. À son sommet, à plus de 30 mètres, une toiture surbaissée à quatre pans surmontait de larges baies. Cette tour était liée à une première enceinte enserrant le donjon épiscopal. Dès avant 1299 la petite cité est entourée d’une enceinte qui englobe aussi le château ainsi qu’une église paroissiale, peut-être tardive, elle existe toutefois déjà en 1214, dédiée à la Vierge. L’évêque et le chapitre de Viviers possèdent alors chacun une maison à Largentière.
Le 15 janvier 1208 le légat du pape, Pierre de Castelnau, est assassiné près de Saint-Gilles-du-Gard, sur les terres du comte de Toulouse. L'entourage du pape Innocent III accuse le comte d'être à l'origine du crime et décide d'exposer en proie les terres du comte le 10 mars 1208. Dans cette période, pour obtenir l'appui des bourgeois de la ville de Largentière dans son conflit avec le comte de Toulouse sur la propriété des mines, l'évêque de Viviers leur accorde des franchises le 12 juillet 1208. Le 10 août 1210, Raymond VI fait hommage à Burnon, évêque de Viviers, pour ses mines de Largentière.
Profitant d'une nouvelle défaite de Raymond VI, l'évêque de Viviers s'est attribué le tiers de Largentière. Raymond VI meurt en 1222. Pour contrôler les mines de Largentière, le comte avait fait construire ou reconstruire plusieurs châteaux, à Montréal, à Tauriers et à Fanjeaux. Raymond VII va tenter de reprendre Largentière en 1222. Après un échec, il réussi en 1223, et l'évêque Bermond d'Anduze fait appel au pape Honorius III. Après la fin de la croisade des Albigeois qui soumet le Comté de Toulouse au pouvoir du Roi de France, l’Evêque de Viviers demeure seul possesseur des mines et de l’ensemble castral. Le produit des mines appartient à l'évêque pour les deux tiers, et au chapitre pour un tiers. Le 2 janvier 1308, l'évêque de Viviers, Louis de Poitiers, se rend à Vincennes et se reconnaît vassal du roi de France Philippe IV pour ses domaines. Le Vivarais est intégré au royaume de France.
En 1404 ou 1481, on sait que évêques Jean de Montchenu et Claude de Tournon renforcent l’enceinte et agrandissent le château à la fin du XVe siècle, comme en atteste l’inscription datée 1481 qui attribue cette réalisation à « Me Renaud et ses compagnons ». Les évêques de Viviers construisent un châtelet pour en protèger l’entrée, un avant poste fut construit au devant de l'entrée, pourvu d'une poterne et d'une porte carrée alors que l'entrée intérieure forme une arcature à plein cintre, on voit encore à l'extérieur les entailles ou s'engageaient les poutrelles du pont levis. Ils intègrent à l’enceinte fortifiée les deux tours jumelles qui surplombent désormais la porte principale, construisent le corps de bâtiment dit "tour pentagonale" qui relie ces tours au donjon. Si la structure est complexe, l’ensemble se présente désormais comme un château unique. L’autonomie est accrue par un puit creusé jusqu’au niveau de la rivière. Subsiste aussi de cette période faste la trace d’une fenêtre de style gothique flamboyant, encore visible sous la façade sud.
Mais l’évêque de Viviers est loin, s’intéresse d’autant moins au château de Largentière qu’il cesse à partir du XIVe siècle de battre monnaie au profit du roi de France, les améliorations ne compensent pas la faiblesse d’une forteresse mal entretenue et dépourvue de garnison. Le 31 mai 1562, Victor Bermond de Combas, seigneur de Saint-Remèze, Brison et Versas, avec son frère, Jean de Combas, son fils Valentin, et à la tête d'une troupe protestante, ont pillé et brûlé le couvent des Cordeliers de Largentière, ont aussi massacré les religieux9. Ils prennent la ville et tiennent les châteaux de Largentière et de Montréal. Victor de Combas est tué le 13 novembre 1562 à Bourg-Saint-Andéol. Largentière repasse sous le contrôle des catholiques et sous la protection des seigneurs de Balazuc.
Le gouverneur du Bas-Vivarais pour le roi demeure au château avec 30 hommes d'armes. Sous Louis XIII des conflits religieux entre catholiques et protestants continuent à mettre Largentière en alarme. Le château de Fanjeaux ou Fanjau sur la colline de Bédéret à Largentière est détruit car il est tenu par des protestants. Les protestants l’occupent brièvement à deux reprises, avant que Montréal et les seigneurs catholiques n’y réinstallent une garnison. En 1670, pendant la révolte de Roure, Largentière est prise mais le château résiste. Le siège du château dure deux mois et il est finalement délivré par 200 mousquetaires et 300 fantassins dirigés par le commandant Le Bret. Le chef des révoltés, Jean-Antoine Du Roure (1640-1670), propriétaire terrien et petit noble aisé de Lachapelle-sous-Aubenas, chef de la révolte contre la politique fiscale de Louis XIV, a été roué vif à Montpellier le 29 octobre 1670.
Après une longue période d’abandon, qu’avaient précédé les guerres de religion, le 5 novembre 1714, le château, la baronnie avec le droit de siéger aux États particuliers du Vivarais sont achetés 144 000 livres par François Grimoard de Beaumont de Beauvoir du Roure, marquis de Brison, à l'évêque de Viviers, Martin de Ratabon. Cette somme a permis aux évêques de construire leur nouveau palais épiscopal de Viviers. Les Brison, revenus en cour à l’issue des guerres de Religion, avaient construit sur les hauts de Sanilhac un château aujourd’hui ruiné proche de la tour du même nom.
Le marquis de Brison va remettre en état l’ancienne construction médiévale et le transforme pour en faire une demeure seigneuriale ayant tous les aménagements nécessaires à une résidence. Deux étages sont élevés au-dessus de l’ensemble reliant les tours jumelles au corps principal et entre elles, la façade principale est transformée et cadencée de larges baies éclairant de vastes pièces de réception, des terrasses sont construites et des jardins agencés. Le marquis de Brison fait construire la route carrossable plantée de marronniers entre la ville et le château permettant aux voitures d'accéder à la cour supérieure. Dans son prolongement on a réalisé la route de Tauriers. Le château est occupé à partir de 1723, chaque année, par le marquis puis ses descendants, apportant une grande animation dans la ville… ceci jusqu’à la Révolution. Le marquis meurt en 1734. Son fils, Joseph, meurt peu après, en 1738. Son petit-fils, François Denis Auguste de Brison (1723-1811) hérite du château de Largentière. Il a épousé en 1752 Anne Françoise de Chaponay-Feysins. Ce mariage l'a fait entrer dans la haute société de Grenoble et de Lyon et ne s'intéresse guère à Largentière.
A la Révolution, François Denis Auguste de Brison émigré, le château est mis sous séquestre, quelque peu pillé avant d’être occupé par la commune. La municipalité pétitionna pour acquérir le château de "l'émigré Brison". La salle des États devient salle du tribunal, des gendarmes sont logés, des prisons installées, notamment à la base de cette tour ronde aujourd’hui démolie. Les archives concernant les mines médiévales sont brûlées avec tous les papiers sur le pont des Récollets.
Sous le Consulat, il fallut rendre aux émigrés les biens qui n'avaient pas été vendus, la propriété du château est restituée en 1802 aux Beauvoir du Roure, marquis de Brison, qui le louent pour 1100 francs par an à la commune pour le même usage, jusqu’en 1845. Date à laquelle la commune acheta l'édifice pour en faire un hôpital local jusqu'en 1996 et connaît nombre de bouleversements. Celui-ci n’a été que très récemment désaffecté. Au XXe siècle des bâtiments annexes sont accolés au château le long de la route de Tauriers et des balcons en ciment sont ajoutés à la façade Sud-Ouest.
Aujourd’hui, seules quelques salles sont ouvertes au public. Tous les étés les extérieurs du château accueillent des animations médiévales « le temps des chevaliers » proposées par l’association Au-delà du temps et une pièce du rez-de-chaussée du monument reçoit l’exposition « 1000 ans l’histoire » proposée par l’association de Sauvegarde du patrimoine largentiérois. Ainsi les visiteurs peuvent approcher le monument en attendant de pouvoir le visiter.
Après cet historique vous pouvez accédez par l’escalier à vis à la galerie de réception située au premier étage puis, par une porte percée au même étage, à l’intérieur du donjon, l’occasion de découvrir que l’ouverture médiévale qui donnait accès au donjon se trouvait encore cinq mètres plus haut. Les étages inférieurs, alors pourvus de planchers, n’étaient accessibles depuis cette ouverture que par des échelles. L’occasion aussi de vérifier qu’avec des murs de trois mètres d’épaisseur on maintient certes une température constante, mais on ne dispose pas de grandes pièces.
Le Temps des Chevaliers au château de Largentière
Chaque année, en juillet-août, le château de Largentière accueille « Le Temps des Chevaliers », des spectacles vivants avec animations et savoir-faire médiévaux.
Dans l’enceinte du château de Largentière, en Ardèche, chevaliers, troubadours et artisans font revivre le Moyen Âge : animations participatives et spectacles de rue avec références historiques et humoristiques sont au programme de cette reconstitution épique grandeur nature, donnée par Le temps des chevaliers, une troupe d'une dizaine de comédiens. Un banquet médiéval sur la présentation des us et coutumes de la table au Moyen Âge.