Au sein de l’ancien palais épiscopal, l’ex-Chapelle Saint-Nicolas réservée à l'usage privé des l'évêques de Die mérite absolument la visite, elle contient deux vestiges remarquables de l'histoire de Die, qui sont d'une grande fragilité. Il y a tout d'abord la mosaïque des Quatre fleuves du paradis du XIIe siècle, qui représente les quatre fleuves du jardin d'Éden, qui servait de tapis d'autel. Puis il y a les magnifiques fresques médiévales et de somptueux, mais fragiles, papiers peints du XVIIIe siècle, assez rare en France.
La cité de Die fut romaine, gallo-romaine, puis centre ecclésiastique. Chef lieu de cité du peuple des Voconces dans la province romaine de la Narbonnaise, la ville devient naturellement le siège d'un évêché au IVe siècle. Nous sommes dans le Saint-Empire romain-germanique dont la frontière occidentale est constituée par le Rhône et sa rive gauche. Les évêques de Die, de Grenoble et de Valence, sont comtes de Die, de Valence et de Grenoble, mais pas de Diois, de Valentinois et du nord du Dauphiné. Ils sont "princes d’empire" et l’empereur leur a accordé les droits régaliens de faire la guerre, de rendre la justice et de battre monnaie.
L'évêque de Die, à qui les empereurs germaniques concédèrent, en 1178 et 1214, tous les droits régaliens dans son diocèse, et qui prenait encore en dernier lieu le titre de comte de Die, était seigneur temporel de la ville épiscopale et des terres de Aouste, Aurel, Bourdeaux, Bezaudun, Chamaloc, la Chapelle-en-Vercors, Châtillon-en-Diois, Crupies, Jonchères, Mirabel, Montmaur, Poyols, Saillans, Saint-Agnan-en-Vercors, Saint-Julien-en-Vercors, Saint-Martin-en-Vercors, les Tonils, et en partie de Vassieux et de la vallée de Valdrôme. Il avait en outre des droits de fief sur la plupart des autres terres de son diocèse.
L'évêché remontait, suivant la tradition, à saint Martin, qui vivait en 220, mais plus sûrement à saint Nicaise, un des pères du concile de Nicée (325). L'évêché de Die fut réuni à celui de Valence par bulles de Grégoire X données le VII des kalendes d'octobre ; le 25 septembre 1276. L'union des deux églises dura jusqu'en 1687, elles furent de nouveau séparées par le pape Innocent XI. L'évêché de Die a été définitivement supprimé en 1790 et depuis cette époque il fait partie du diocèse de Valence. La réunion avec l'évêché de Valence en 1276 puis sa suppression en 1801 entrainèrent la transformation du palais épiscopal en bâtiment municipal.
A l'intérieur de l'ancien palais se trouve donc la Chapelle Saint-Nicolas, aménagée dans une des tours rectangulaire de l’ancienne muraille du Bas-Empire romain de Die qui ceinturait la ville au XIIe siècle. Elle est mentionnée pour la première fois par les textes en 1194. Elle est désaffectée du culte au XVIIIe siècle, utilisée comme salle de justice de paix. Sans doute s'agissait-il d'une simple salle d'attente..., puis comme dépôt des archives municipales de Die, ce qui explique l'exceptionnelle conservation des merveilles qui se trouvent en ce lieu protégé.
Vous pénètrez dans la chapelle par le portail en fer forgé, la Chapelle Saint-Nicolas, de plan rectangulaire d'environ 5,3 sur 6,7m, occupait tout un niveau et son chœur dont seul l'ouverture est aujourd'hui conservée, était décalée par rapport à l'axe de la pièce afin de laisser un accès aux remparts. Dès l'entrée, on trouve des traces de sculptures anciennes sans doute récupérées sur une partie des anciens remparts. L'intérieur est celui d'une chapelle, vous remarquerez différentes ouvertures en forme d'arc, et même des traces de passages plus anciens qui ont été comblés au cours des temps et de l'évolution du palais...
La majorité de la surface du sol de la Chapelle Saint-Nicolas est toujours occupée par une mosaïque datant de son aménagement qui faisait office de tapis d'autel. La mosaïque occupe presque toute la surface au sol de la Chapelle Saint-Nicolas, elle mesure pour les côtés est-ouest 4,32 mètres et 4,55 mètres, contre 3,70 mètres et 3,79 mètres pour les côtés nord-sud. Constituée de tesselles de marbres et de pierre provenant de régions éloignées donc provenant sûrement des décors de monuments antiques ; plaques de terre cuite rouges et de tesselles irrégulières blanches, noires, beiges ou jaunes, roses ou rouges, vertes. Joyau de l’art roman, la mosaïque des quatre fleuves du Paradis est conservée dans son intégralité et constitue un rare exemple de mosaïque médiévale. Par son caractère exceptionnel, la mosaïque des quatre fleuves compte parmi les plus importants de France. L’intérêt de la mosaïque fut remarqué au XIXe siècle lors d'une visite de François Artaud qui en fit un relevé. Interprétée à tort comme une mosaïque de baptistère, elle est de nouveau signalée 1867 par de Rossi.
La mosaïque des quatre fleuves du Paradis est riche en symboles représentant entre autre les quatre éléments du paradis. Le thème religieux a été interprété au XIXe siècle comme un décor de baptistère, comme illustration de l'eau du baptême se déversant sur le monde. Cette interprétation n'est plus retenue, car elle n'explique pas le décor animalier et végétal, et il manque une figuration traditionnellement associée au baptême, le cerf venant se désaltérer à la source de vie. L'identification comme les quatre fleuves irriguant le jardin d'Éden correspond mieux à cette composition.
La mosaïque est bordée sur ses quatre côtés d'une bande formée de losanges de marbre entre des triangles de terre cuite, prise entre deux bandes étroites qui alternent des plaques de marbre blanc rectangulaires et des carreaux de terre cuite rouge. Une seconde bordure, à l'intérieur de la précédente et sur trois côtés, est constituée d'une série assez mal alignée de cercles de marbre ou de terre cuite rouge. La mosaïque est occupée en son centre par un médaillon duquel part les quatre fleuves du paradis terrestre qui vont se jeter dans l'océan symbolisé par des vagues ou frises ondulantes sur trois coins. Au centre du médaillon de forme circulaire, se trouve une étoile à huit branches qui pourrait être l'étoile polaire, entourée de motifs géométriques mélangeant plusieurs couleurs dont douze ronds de porphyre vert représentant probablement les signes du zodiaque ou les mois de l'année. Le tout est fermé par deux cercles noires encadrant les noms des quatre fleuves irriguant le jardin d'Eden: l'Eufrates (l'Euphrate), le Tigris (le Tigre), la Fison (Pishon dans la bible) et le Geon (Gihon dans la bible).
Le décor se complète avec 17 motifs dans des rosaces pouvant symboliser des astres ou les 17 pierres précieuses parsemées dans le jardin d'Eden. On peut également retrouver la symbolisation des quatre éléments dans la mosaïque: l'eau (les fleuves, la mer et la faune aquatique), la terre (les animaux terrestres), le vent (deux têtes soufflant situées dans des angles) et le feu (l'étoile polaire au centre de la composition). Enfin, plusieurs outils ont été représentés: une clef, probablement celle du paradis, un couteau et des ciseaux pour la tonte des moutons, qui peuvent être volontiers associés au sacrifice d'Abraham.
La deuxième particularité de cette chapelle Saint-Nicolas est de présenter des peintures murales et des papiers peints du XVIIIe siècle et toujours sur leurs murs d'origine, très bien conservés ce qui est assez rare en France. Peint à la gouache et réalisé au pochoir, ils ont été réalisés sur mesure et en plusieurs parties, qui ont ensuite été directement assemblées et fixées sur le mur. Le style du décor est difficilement identifiable même si on y retrouve des influences baroques, classiques et orientales dans un mélange de motifs floraux, d'éléments architecturaux, de médaillons avec des Putti (angelots) ou encore des sphinx. Si la composition générale se calque sur la forme du mur support, on peut remarquer sur le papier peint du fond, qui est également le plus grand, une volonté de rappeler le mur opposé en représentant les contours de l'ouverture du chœur. Ce dernier papier peint couvrant l'ensemble du mur où était situé l'accès primitif à la chapelle, le volume du chœur (accès actuel) avait probablement déjà disparu lors de la pose de celui-ci.
Ces deux décors architecturaux, réalisés avec environ six siècles d'écart ont pour point commun leur état de conservation exceptionnel. Sur la façade extérieure de l’ancien palais épiscopal, figure en réemploi, une pierre taillée commémorant les sacrifices des taureaux, en l’honneur de la déesse Cybèle, chère aux romains. Ce sont des autels antiques commémorant des "tauroboles", c'est-à-dire des sacrifices de taureaux associés à des crioboles (sacrifices de béliers) en l'honneur de la déesse Cybèle, la grande mère des dieux, chère aux romains, dont le culte dominait au IIIe siècle. Sept Autel taurobolique en tout ont été retrouvé à Die et ses environs, mais un a disparu...