Chef-d’œuvre architectural, prouesse de l’homme, la Tour de Crest est un élément phare du paysage drômois. A travers son apparente unité architecturale, le donjon se décline en plusieurs phases de construction s’étalant de 1120 au XVe siècle. La tour de Crest dans son état actuel occupe la partie nord-est de l’ancien château dont la base des remparts et les glacis sont encore visibles.
Lors de notre arrivée, vous avez le choix entre une visite avec un guide ou un audio guide. Nous vous conseillons l’audio-guide pour une visite en immersion, une scénette avant d’entrer dans la tour vous permet de vous imprégner du lieu. Lorsque vous pénètrez dans cette tour par la porte ogivale dont les vantaux remontent au moins à 1508-1509, vous êtes loin d’imaginer l’intérieur qui se développe sur quatre étages auxquels on accède par un escalier rétabli lors des restaurations. Chaque pièce possède son histoire, des reconstitutions vous permettent d’avoir un aperçu des conditions de vie de l’époque. Des anecdotes vous content les tentatives d’évasion spectaculaires des prisonniers ainsi que leur lutte pour survivre.
Le rez-de-chaussée de la Tour de Crest offre tout d’abord un vestibule depuis lequel vous pouvez admirer la base talutée de la Tour du Croton constituée en partie de pierres à bossage. L’escalier que l’on emprunte pour progresser dans les étages remonte à 1771, date à laquelle il remplaça une échelle de meunier. Le mur nord-est est percé de trois portes ; les deux premières en arc brisé surbaissé et chanfreiné donne accès à deux salles (1 et 2) de dimensions identiques et voûtées en 1775-1776 ; la troisième mène à la cave située au sous-sol de la Tour Neuve.
L’angle sud-est de la Tour a gardé une citerne pouvant contenir 65 m3. En prenant l’escalier pour grimper dans les étages, on passe devant la margelle monolithe octogonale du puits de la citerne. Arrivé au premier niveau, un autre vestibule planchéié permet notamment de jeter des projectiles depuis l’assommoir et l’archère, situés au-dessus de la porte du rez-de-chaussée, dans l’angle est. Un caveau taillé dans la roche a servit à l’origine de fossé entre la Tour Vieille et la Tour du Croton. Au nord-ouest, deux salles (3 et 4) de mêmes dimensions que celles du dessous, sont éclairées par des fenêtres barlongues et sont voûtées en arc brisé.
La salle 4 dite des boucheries a gardé ses anneaux de fer fixés dans la voûte ; ils ont vraisemblablement supportés des carcasses animales. Poursuivez votre montée vers le sommet. Le second étage présente là encore toutes les caractéristiques précédentes. Le vestibule est éclairé par deux baies, l’une barlongue (au sud-ouest) et l’autre oblongue (nord-ouest) ; et se divise en deux parties.
Les salles 6 et 7, dallées sur voûte en arc brisé et faiblement éclairées ont abrité un moulin et un « grenier » selon les mentions de 1394 et de 1508-1509 ; elles sont même dénommées « chambre du moulin » (cameram molendini). A l’est, on accède, par une échelle de meunier, à la salle 10 correspondant au deuxième niveau de la Tour du Croton ; son sol carrelé renferme une ouverture menant au cachot (croton), situé 6,40 m plus bas.
Au troisième étage, un nouveau vestibule vous accueille. L’espace situé devant la pièce 14 est réservé à la chapelle Sainte-Catherine, consistant en un « autel en bois avec une croix de bois » depuis au moins 1474. En descendant cinq marches, on arrive à une porte à deux vantaux remontant au moins à 1484 et qui correspond au premier niveau de la Tour Vieille ; la salle se trouvant derrière), est communément appelée « cachot Saint-Julien » à partir de 1746.
La salle 14 appartient au troisième niveau de la Tour du Croton et devient, à partir de 1377, la pièce où les comtes de Valentinois bâtent monnaie jusqu’en 1419. La pièce 11 dite « de Montlaur » en 1443, et la salle 12 appelée « chambra de lapada » en 1474 présentent chacune une belle cheminée aux piédroits chanfreinés, surmontés de consoles à ressauts en quart-de-rond, supportant les sommiers d’une plate-bande à crossettes, couronnée d’une tablette chanfreinée. Depuis la salle 11, on peut accéder à deux autres pièces dont une est qualifié, en 1394, « de fort belle chambre … avec un poêle ». Enfin, la pièce 12 dispose à l’angle est de latrines sur corbeaux.
Prenez l’escalier de la salle 12 qui nous porte jusqu’au quatrième palier, correspondant au comble de l’édifice. Il se présente sous la forme d’une grande salle couvrant la Tour Neuve, le vestibule et la Tour du Croton. Éclairée par cinq fenêtres à cousièges, l’immense pièce est séparée par un mur de refend soutenu par cinq arcades en plein cintre.
Un autre salle beaucoup plus modeste , dénommé dès 1769 « cachot de la volière », représente le deuxième étage de la Tour Vieille. Un nouvel escalier en bois mène ensuite à un autre, en pierre et à vis, aboutissant au cinquième niveau, la toiture.
Du sommet de la Tour de Crest, on peut évoluer sur un chemin de ronde crénelé de 1,15 m de large. Un chéneau central est chargé de la récupération des eaux de pluie s’écoulant depuis les versants inclinés de la toiture. Une gargouille éjecte le trop plein.
Un escalier de 10 marches mène ensuite à la terrasse basse de la Tour Vieille, puis deux autres volées de marches en pierre donnent à accès à un septième niveau correspondant à la plate-forme intermédiaire de la Tour Vieille et à la coursière basse du mur-bouclier. En forme de triangle, la plate-forme, construite sur l’éperon, présente deux paires d’archères tournées vers le château épiscopal, édifié en 1332. Quant à la coursière du manteau, elle est aussi dotée de trois meurtrières. Des trous de boulins sur des deux éléments présagent de la présence d’un hourdage de bois.
Enfin, le dernier niveau de la Tour de Crest consiste en une terrasse supérieure recouvrant l’éperon de la Tour Vieille et la coursière haute du manteau. Le parapet crénelé a disparu. De cet ultime palier, la vue demeure superbe sur le Parc Régional du Vercors et ses montagnes.