La forêt de Saou est une montagne de dimensions modestes, un espace quasiment fermé en forme de navire de 12 km de long sur 2 km de large de crête à crête : le synclinal perché. Le synclinal, c'est d'abord par la poussée d'une plaque qui commence il y a 88 millions d'années et qui dure 40 autres millions d'années que se forme le synclinal, sorte de plis. Le temps a fait le reste, creusant et érodant le calcaire il inverse le relief : le synclinal se retrouve perché. Avec ses importants dénivelés, ses deux ubacs et ses deux adrets, la Forêt est a considérer dans son ensemble.
Le point culminant de la forêt de Saoû se trouve à l'est à 1589 m : les Trois Becs (Roche Courbe, le Signal et le Veyou). A l'ouest, Roche Colombe est à 885 m. Les deux entrées se situent sur la largeur du site : le Pas de Lauzens où jaillit le ruisseau de Lauzens et le défilé du Pertuis d'où débouche la Vèbre. Cette fermeture quasiment complète du site en fait un lieu où nombre d'espèces animales ou végétales ravissent botanistes et entomologistes.
Et pour ce qui est du paysage, encore une fois la forêt de Saou est généreuse : milieux forestiers, landes et pelouses, pentes rocailleuses, milieux humides de forêt alluviale, falaises et vires. Le massif de Saoû abrite chamois, sangliers, chevreuils, martres, belettes, fouines, renards, blaireaux, marmottes. C’est également une grande réserve naturelle d’oiseaux. Plus de cent espèces d’oiseaux nicheurs, grands corbeaux, aigles royaux, rapaces, buses, passereaux...
Quelques repères historiques sur la forêt de Saoû : la forêt a joué au cours des siècles un double rôle de ressource et d’asile. Les premières traces du passage de l’homme dans forêt de Saoû remontent au Mésolithique, avec des couches d’incendie repérées lors du tracé de pistes forestières. Le haut Moyen âge voit l’habitat se grouper et se percher sur les butes de la périphérie, le Roc de Saou, Célas, Mornans, Chastel-Arnaud, Saint-Jean d’Aubenasson, Piégros… Au même moment s’installent deux petites abbayes de chanoines réguliers, Saint-Thiers de Saoû et Saint-Médard de Piégros. qui vont essaimer dans toute la région.
À l’époque médiévale, la forêt a fourni aux paysans de Saoû les ressources nécessaires pour vivre ainsi que les bancs d’argile et de sable blanc au domaine royal, qui ont permis de développer la fabrication de la poterie et du verre. Le nom de la Forêt apparaît pour la première fois en 1329, dans la charte des Libertés accordée par le comte de Valentinois Aymar V aux habitants de Saoû.
Au XVIe siècle, Diane de Poitiers tente de lutter contre l’exploitation excessive de la forêt de Saoû, mais sans succès. Puis éclatent les guerres de Religion. Beaucoup d’habitants vont s’installer dans la forêt probablement afin de se rapprocher de leurs ressources et il faudra un siècle pour régulariser la situation qui entraînait des abus de pâturage et des dégâts divers. En 1661, le défrichement est interdit. Au cours des conflits religieux, la Forêt de Saoû s’illustre à plusieurs reprises. En 1683, elle abrite le « Camp de l’Eternel » où se rassemblent des capitaines protestants de Châteaudouble et de la plaine de Valence, Ils sont massacrés par les dragons de Louis XIV, près de Bourdeaux, le 30 août. En 1688, Isabeau Vincent qui garde les moutons sur le versant méridional de la montagne, va devenir célèbre comme la première des « petits prophètes ». En 1700, les archers royaux dispersent plusieurs centaines de protestants réunis pour un prêche « au désert » au lieu-dit les Huguenots.
En 1731, le roi déclare que la forêt de Saoû fait toujours partie du domaine royal. Il confisque les 28 maisons construites à l’intérieur, interdit la coupe du bois et les pâturages, mais sous l’opposition des Saouniens, la sentence ne sera jamais appliquée. Louis XV en fait don à Pierre Guillaume de Bonnafau de Presque et s’ensuit une lutte acharnée entre ses gardes et la population, qui n’entend pas se faire retirer le droit au pâturage ni au défrichage. La famille de Presque finit par renoncer.
La forêt continue à être dévastée tout au long du XIXe siècle, au point où deux tiers de sa superficie ne possèdent plus d’arbre. Elle sert de refuge aux conscrits réfractaires sous l’Empire, puis en 1851, aux insurgés Républicains qui fuyaient la répression menée par Louis-Napoléon Bonaparte. En 1850, Monsieur Crémieux, Ministre de la Justice sous la Seconde République achète la forêt et y fait construire la villa Tibur, un château de briques roses, qui sera détruite par un incendie puis rasée dans les années 1970. La totalité de la forêt est revendue en 1924, à un riche industriel alsacien, amoureux de la forêt : Monsieur Burrus. Il empierre 27 km de circuit touristique sur les flancs du synclinal, et fait construire l’ auberge des Dauphins, un bâtiment qui s’inspire du Petit Trianon. Dans les années 1930, il y crée un véritable village, autour de l’Auberge des Dauphins, avec son école et sa chapelle, installe des bancs et des tables en dur sur les bords des routes afin d’accueillir le promeneur.
Depuis 2003, la forêt de Saoû est propriété du Département de la Drôme qui la gère au titre d’Espace Naturel Sensible (ENS), avec pour objectif de préserver durablement ce patrimoine remarquable tout en améliorant les conditions d’ouverture et d’accès au public.
La forêt de Saoû est un patrimoine unique où le randonneur peut découvrir sur moins de 2500 hectares une variété d’espèces végétales et animales d’une richesse exceptionnelle. De loin le massif de Saoû est bien visible et très intéressant à observer, au coeur du synclinal si on ne veut pas grimper le meilleur endroit se situe dans le pré face à la bergerie Paturel. Sinon tous les points hauts sont intéressants , Becs évidemment mais aussi Grand Pomerolle, rochecolombe sans oublier la laveuse qui offre de belles vues sur la vallée de la Drôme et le Vercors.
Ainsi le promeneur qui évolue dans des paysages très diversifiés, entre le mystère des marais, la protection chaleureuse de la forêt ou la splendeur vertigineuse des crêtes, peut apercevoir le vol majestueux de l’aigle royal, le piqué du faucon pèlerin, le hibou grand duc, écouter le chant du merle de roche, apercevoir la queue de l’hermine, le nez de la belette, une famille de marmottes sur les Trois Becs, les sauts des chamois sur les sommets, ou assister au repas paisible du chevreuil.
Pour observer des écosystèmes variées , passer par l'emblématique auberge des dauphins. Une promenade peut s'effectuer en partant du parking de la Prade. De la revenir faire quelques mètres en arrière sur la route et s'engager sur un chemin balisé qui en longeant la Vèbre conduit vers la prairie de l'auberge des dauphins. On longe un milieu humide à gauche et à droite on est proche de la hêtraie des versants nord avec sa flore très caractéristique. La plaine et les bâtiments peuvent donner lieu à un rappel historique et à l'action de l'homme sur la forêt.
Prendre ensuite la direction de la grande combe mais après le dernier bâtiment prendre un sentier qui à gauche conduit à l'ancienne route forestière, on est sur un versant sud avec du chêne mais aussi des orchidées, des asphodèles puis de la lavande... à la jonction prendre à gauche la route forestière qui ramène au parking. Possibilité de raccourcir au niveau de la montée vers Saint-Médard, quitter alors par la gauche la route forestière. Lors de vos visites ou randonnées, vous croiserez des éco-gardes, agents assermentés du Département chargés de l’entretien, et de la surveillance du site. Ils sont là pour vous accueillir, vous informer, répondre à vos questions et veiller à votre sécurité.
L’histoire de la forêt de Saoû est intimement liée à celle des habitants des environs. Il y a, dans la forêt de Saoû, plusieurs dizaines de constructions humaines de tailles diverses qui forment un admirable patrimoine bâti souvent méconnu des promeneurs. Le pays de la forêt de Saou, entre Vercors et Drôme Provençale, attire les grimpeurs de falaises, les randonneurs et les familles qui viennent pique-niquer à l'orée du bois. La forêt de Saoû offre une gamme de loisirs sportifs très étendus et pour tous les niveaux ! Randos, promenades pédestres ou équestres, escalade, baignade en rivières, canyoning, tennis, vol en montgolfière... De quoi vous faire passer un séjour revigorant !