Depuis Montélimar pour vous rendre à Dieulefit prendre la D540, dans cette région de la Drôme Provençale, les paysages changent : c’est vallonné ! On y aperçoit les premiers vergers d’oliviers. Entre Dauphiné et Provence, le riche et vert paysage de Dieulefit alterne entre forêt de châtaigniers et premiers champs de lavande. Le village est situé en moyenne montagne verdoyantes au bord de la rivière Jabron. C’est dans un écrin de verdure encerclé par la forêt de Saoû, la montagne de Miélandre et de la Lance que se situe le pays de Dieulefit-Bourdeaux. Rochers, forêts, falaises et sommets rappellent les paysages de moyenne montagne propices à de belles sorties en pleine nature pour se ressourcer.
L'histoire nous apprend que sur le territoire était implantée à l’origine une tribu celte, les Voconces, puis les Romains laissèrent leurs traces, les écrits au Moyen Age établissent la construction de Notre-Dame de la Calle par l’ordre des Hospitaliers et celle d’un château sur le flanc des Rouvières par la seigneurie de Vesc. Dieulefit vit passer au VIIIe siècle les Sarrasins mais connu la prospérité au XVe grâce à une très importante industrie du drap. Malgré des périodes de tension, ce pays protégé, semblait prédestiné à servir de terre d’accueil à tous ceux qui fuyaient les troubles du temps.
Dès 1930, le pays accueillera des Italiens fuyant la crise, puis le fascisme et, entre 1937 et 1939, des Espagnols voulant échapper à la guerre civile. Pendant la Seconde guerre mondiale entre 1940 et 1943, avec la complicité d’une employée de mairie qui fournissait de faux-papiers et celle de la population, Dieulefit a accueilli nombre de réfugiés, enfants juifs, leurs familles, militants politiques, intellectuels, peintres, poètes, artistes... ils trouvèrent un havre de sécurité dans la commune et ses environs. Le nombre d’habitants qui s’élevait à l’époque à 2 500 se vit doubler. Il n’y eut aucune dénonciation. Un mémorial à la résistance civil a été érigé dans le parc de la baume en 2014 et il est possible de visiter le « sentier des réfugiés » qui retrace l’histoire des nombreux artistes qui ont trouvé refuge à dieulefit durant cette sombre période de l’histoire. Plusieurs dieulefitois se sont vu décerner le titre de « Justes parmi les nations ».
Mais d’où vient le nom de Dieulefit ? Plusieurs hypothèses, mais qui n’ont pas été vérifiées, sont énoncées :
Un manuscrit de l’abbé Robin avance que des envahisseurs arabes auraient crié en voyant le village : ALLABA ! Et de l’admiration exclamative de ces hôtes inopinés serait né le nom : « Il est un coteau que l’on nomme les Plattes et qui au Moyen Age s’appelait Allaba, mot composé d’Alla qui, en arabe, signifie Dieu et du verbe ba venant de baon qui signifie faire, ce qui veut dire Dieu l’a fait, Dieulefit, Deusfecit en latin... ».
Origine religieuse disent d’aucuns qui offrent une autre approche « En 1275, Dieulefit possédait un prieuré absorbé au XIVe siècle par la Commanderie de Poët-Laval. Deu lo fes dit son origine : fondation sous une inspiration religieuse d’une ville neuve à une certaine distance de l’ancienne église de la Calle, aujourd’hui sur le site du cimetière, fondation faite à frais communs par le précepteur de Poët-Laval, de l’ordre hospitalier de Saint-Jean de Jérusalem et des seigneurs laïcs ».
La poterie a toujours été étroitement liée à l'histoire de Dieulefit et de sa région. La tradition de la poterie dans le pays de Dieulefit remonte loin dans le passé: les fouilles archéologiques ont livré des vestiges de fours et de poteries datant de l'époque gallo-romaine. Selon la légende, le Pays de Dieulefit fût le premier essai de Dieu lors de la création du monde et son argile servit à créer le premier homme. Une Poterie traditionnelle à usage domestique était fabriquée autrefois à partir d'une argile extraite localement. L’apogée de la céramique se situe au XIXe siècle. Le XXe siècle fait la transition entre une production utilitaire, réalisée par des ateliers employant plusieurs ouvriers, et l’installation d’artistes qui ouvrent la voie à un nouveau répertoire de formes.
De grands noms de la céramique comme Etienne Noël ou Jacques Pouchain ont également marqué la tradition potière de leur empreinte. Aujourd'hui, une quarantaine d’ateliers perpétue l’appellation de “terre de potiers”. De nombreux potiers et céramistes exposent leurs créations dans leurs ateliers, dans les galeries ou des boutiques. Cette tradition artistique s'est élargie à la peinture et à la sculpture : plusieurs galeries d'art se sont installées au cœur du village de Dieulefit. Qualité de vie et art de vivre sont étroitement liés à l’âme de Dieulefit. Ce magnifique village provençal remarquablement préservé avec sa place ombragée de platanes, sa belle église Saint-Roch et un dédale de ruelles charmantes que l'on découvre à pied est un incontournable sur la route de vos vacances.
Les ruelles de la Viale dans la vieille ville sont une invitation à flâner et à remonter le temps, le quartier de la Viale permet de visualiser les différentes époques de l'histoire de Dieulefit. Après avoir stationné votre véhicule, dirigez-vous vers l'Office de Tourisme Pays de Dieulefit-Bourdeaux, situé au 1 Place Abbé Magnet, autrefois place du marché. Dans l’ancienne halle aux grains l’Office de Tourisme s’appuie sur les remparts du XIVe siècle. L'office du tourisme propose un circuit, en suivant des numéros inscrits sur des plaques en poterie qui jalonnent les murs des maisons de la Viale découvrirez ainsi les secrets de ce site ancien.
Sur la place se trouve le beffroi de Dieulefit ou tour de l'Horloge date de 1534, décorée d’une fontaine et d’un cadran solaire où s’inscrit une phrase en langue d’oc locale : «lou temps passo, passo lou ben» ; «le temps passe, passe le bien». L’église Saint-Roch, qui domine la place, fut construite en 1710 pour accueillir les protestants contraints de revenir à la religion catholique après la Révocation de l’Édit de Nantes.
Laissez sur votre droite la rue du Calvaire, les hautes façades de cette rue sont les anciens remparts de Dieulefit transformés en habitations. Vous pénétrons dans la Viale par la Grande Rue du Château. Quelques restes des fortifications et des jardins du château témoignent du passé féodal du village au XIIIe siècle. Tournez à droite, rue des Prisons, puis rejoignez la place Saint-Pierre, le centre de la ville médiévale. On y voit la façade restaurée de la Maison Renaissance, la maison des consuls, patrimoine communal, qui illustre l’architecture de nombreuses demeures de la Viale. Le centre du village est vraiment délicieux, particulièrement la rue piétonne qui le traverse en alignant les adresses gourmandes et les boutiques d’artisanat.
De la place Saint-Pierre, admirez le clocher de l’ancienne église Saint-Pierre, premier bâtiment religieux construit intra muros en 1402. L'église Saint-Pierre, connue initialement sous le nom de Saint-Roch, protecteur de la peste, a été édifiée au début du XVe siècle dans une ville nouvellement enclose par une enceinte.Dans un premier temps, c'est une confrérie de pénitents que dessert l'église, puis celle-ci devient paroissiale en 1648 pour remplacer l'église Notre-Dame de la Calle, jugée trop éloignée du centre du nouveau bourg, et en mauvais état. L’imposant clocher de l’église Saint-Pierre date de 1530. En partie reconstruite au XVIIe siècle, un temps agrandie par l'ajout de deux chapelles qui seront finalement supprimées, l'église Saint-Pierre est à son tour jugée trop exiguë au XVIIIe siècle et elle laisse sa place comme église paroissiale à l'actuelle église Saint-Roch. Seul le chœur voûté d'ogives se révèle d'origine.
L'édifice fut très affecté lors des guerres de Religion, incendié et en partie démantelé par des Protestants en 1561. Vous pénètrez par une porte du XVIe siècle, une partie des décors de la porte et le clocher demeurent typiques du style Renaissance. A l’intérieur de l'église Saint-Pierre, vaste narthex, chaire en pierre et deux autels baroques du XVIIe siècle dont l’un, dédié à Saint-Roch, se situe dans la chapelle du clocher. Elle abrite par ailleurs plusieurs objets classés comme des bannières de procession, un reliquaire, des tableaux et la clôture du chœur qui le séparait de la nef.
Continuez votre balade dans la haute Viale, laissez-vous charmer par un festival d’escaliers et ruelles tordues avec rigole axiale, encore souvent en calades, arches barrant les rues comme dans la rue Saint-Pierre. Engagez-vous dans la Rue supérieure (Superre). Après le passage sous une arche et une voûte typique, vous arrivez sur la place de l’Ancien Temple (rue de l'ancien Temple), détruit par les catholiques à la Révocation de l’Édit de Nantes en 1685. Tournez à droite vers la place des Boulevards. Étonnants noms de rues car c’est loin d’être un boulevard. Souvent dans les villes boulevard signifie l'emplacement des anciens remparts démolis. L’importance des noms des rues lors de vos balades touristiques dans une villes et villages peuvent s'avérer une source de renseignements importantes. Profitez du point de vue sur la «cuvette» de Dieulefit et les toits de la Viale.
Revenez sur nos pas en direction de la rue Zig-Zag, la bien nommée, puis admirer devant vous la "Parterre", bâtisse entourée de maisons Renaissance restaurées et dont la cour est dotée de jardins en terrasses. Sur la droite, passez par la Rue du Terron et sous la voûte pour trouver, blottie sous les remparts, la Fontaine du Terron dont l’eau est acheminée par une tuyauterie en poterie de Dieulefit. Sur votre droite, la rue des Boulevards, abrite une maison Renaissance, à proximité se situait le Château dit des Hospitaliers. Continuez en empruntant la deuxième rue à gauche, rue Casse-Cou, pour arrivez de nouveau dans la Rue du Terron où l’on devine de petits jardins secrets en hauteur. Par l’escalier à gauche au milieu de la rue vous arrivez de nouveau à la Petite Rue du Château, place et rue du Château pour un joli retour dans l’histoire. Le château du Seigneur de Vesc n’existe plus ; des maisons ont été construites sur son emplacement. Les maisons datant du XVIIe siècle font imaginer la ville à l’époque de la révocation de l’Edit de Nantes. Des maisons bourgeoises des XVIIIe et XIXe siècles témoignent de l'évolution architecturale de Dieulefit. Le lavoir, plus loin dans la rue, est encore utilisé
Tournez à droite et passez sous une voûte, puis immédiatement à gauche dans la rue du Pont-Percé, admirez au passage la "viol" couverte typique (viol du latin via : voie et/ou du provençal viou : sentier, chemin rural qui a 1m ou 1m et quart de largeur). Le passage vous emmène rue Justin-Jouve traversez la rue. En bas des escaliers, se trouve la coquette place Gainarde avec à gauche, une fontaine. Descendez encore quelques marches, puis retournez-vous. Une deuxième fontaine se trouve sous la rue, à gauche des marches. Remontez la rue, tournez à gauche pour longez les remparts. Puis, enfin prenez la ruelle à droite pour rejoindre la Fontaine du Portail Neuf fondé en 1551.
Poursuivre la ruelle vers la rue Justin Jouve, sur la gauche la place des Tilleuls domine le ruisseau du Merdari. Dirigez-vous ensuite à droite vers le centre-ville de Dieulefit. Au n° 19 se trouve une portion de la rue Juiverie. Cette rue fut détruite en 1865 afin de permettre la réalisation de la rue Justin-Jouve (dite rue Neuve). Poursuivre en direction de l’Espace Culturel «La Halle», suivie de la Mairie sur la droite.
De retour au pied de l’Horloge, tournez à droite. Plus bas, tournez à gauche après la boutique du cordonnier, sur le carrefour de la Rose, large rue pavée. En remontant vers la rue du Bourg, à droite, découvrez une des curiosités du coin : la rue Couverte ou rue Sous-les-Maisons, passage souterrain qui part du carrefour de la Rose et se glisse noir et mystérieux en contrebas, parallèlement à la rue du Bourg. Dans la rue du Bourg, sur votre gauche, vous pouvez voir une Maison XVIe siècle. Perpendiculairement à cette rue, plusieurs viols montent telle la rue Chinchourle avec sa place du XVIe siècle restaurée, la rue d’Audiffret et ses trois arches ainsi que la rue Brugière qui termine la série des viols.
Le Chemin des artistes réfugiés s'inscrit dans un travail de mémoire original se situe dans un quartier bordant le bourg de Dieulefit. Le chemin des artistes est proche de ce que fut la pension Dourson et de l'école de Beauvallon où plane le souvenir de Marguerite Soubeyran, Catherine Krafft (1899-1962) et Simone Monnier (1913-2010). Le chemin, de moins d'un kilomètre, serpente dans un vallon dominé par les imposantes collines du Montmirail et des Ventes. Les installations qui permettent de découvrir les œuvres sont originales. Elles sont adaptées au décor naturel, à la végétation, à l'œuvre présentée et à l'artiste évoqué. Le chemin se termine par une grotte artificielle creusée dans un grès friable, le safre selon la dénomination locale. Elle porte le souvenir des abris creusés par les membres de l'école de Beauvallon, particulièrement les élèves. Ils devaient être un refuge en cas de rafle par les Allemands ou les autorités de Vichy. Cet abri domine la « cabane d'Eisenchitz » d'abord dénommée la « cabane de mamie » terminée en 1938. À l'intérieur, des panneaux biographiques illustrent les portraits et photographies de Willy Eisenschitz, Claire Bertrand, Otto Wols, Étienne Martin.
Autour de Dieulefit, se trouve 14 petits villages à ne pas manquer. Le circuit des vieux villages comme Le Poët-Laval avec son musée du protestantisme, Châteauneuf-de-Mazenc, Pont-de-Barret, Rochebaudin, Souspierre, Eyzahut, Vesc... Vous êtes également tout proche de la forêt de Saou, l’une des plus belles forêts de la Drôme, avec sa cuvette de 12 km en forme de bateau. Sans oublier la spécialité du Pays de Dieulefit-Bourdeaux : le Picodon ! Fromage de chèvre, classé AOC Drôme-Ardèche, avec un appellation « méthode de Dieulefit » dont la particularité est un goût plus corsé, obtenu par un affinage plus long, entrecoupé de lavages.