L’étymologie du village de Soyans viendrait de Soant puis Soiantz, elle aurait une racine celtique signifiant "rocher". En 912, Soyans est nommé dans une donation faite aux évêques de Valence par Louis III l'Aveugle, roi de Provence (890-928) et empereur d'occident (901-905). Les premières traces de Soyans remontent à 1093, au point de vue féodal, Soyans était une terre du patrimoine des comtes de Valentinois, qui la donnèrent à Guillaume, bâtard de Poitiers, sur qui elle fut confisquée en 1464 pour être donnée aux D'Eurre, mais dont l'héritage fut néanmoins recueilli par les Poitiers-Saint-Vallier. Un membre de la famille des Poitiers de Saint Vallier fit construire le splendide château.
Les Poitiers-Saint-Vallier, qui vendirent, en 1540, la seignerie aux Clermont. Ceux-ci le revendirent à Diane de Poitiers (1548), devenue dame d’Auriples et de Soyans, favorite du roi Henri II. Les héritiers de Diane de Poitiers cédèrent en 1592 cette terre aux Du Mas, qui furent remplacés par les Sauvain, et l'héritage de ces derniers fut recueilli par les La Tour-Gouvernet, qui obtinrent en 1717 l'érection de Soyans en marquisat, dont ils ont été seigneurs jusqu'en 1789.
Ce village connut aussi La Terreur, le pillage les exactions des grandes compagnies commandées par Raymond de Turenne qui entre 1380 et 1400 ravagèrent la contrée. Le lendemain du 2 décembre 1851, à l’annonce du coup d’Etat de Louis Napoléon Bonaparte, Honoré BRUN prend la tête des habitants de Soyans et rejoint le mouvement insurrectionnel qui marche sur Crest. Honoré BRUN fait partie d’une de ces sociétés, qualifiées de « secrètes », interdites depuis quelques années et qui propagent les idées de la Montagne. Honoré Brun, comme beaucoup d’habitants de la Drôme, et particulièrement de l’arrondissement de Die, est un homme favorable aux idées républicaines.
En tant que chef des insurgés de son village et membre d’une société secrète, Honoré Brun sera condamné à la déportation. Le 26 mars 1852 sept drômois quittent la prison de Valence pour Marseille puis embarquent pour Cayenne et l’île du Diable… Honoré Brun mourra en déportation 2 ans plus tard, quatre mois avant que n’arrive sur l’ile sa lettre de Grace datée du 12 avril 1854. Trop tard… Vingt plus tard, son fils fera apposer, à droite de la porte de sa maison, une plaque commémorative qui existe encore et sur laquelle on peut lire difficilement : "En mémoire de la naissance de François Brun, né le 12 du mois de brumaire an 12 à Soyant ayant construite cette maison en 1843. Déportée à Cayenne an 1852. Décédé le 14 janvier à l'hôpital de l'Île Royal du Salut an 1854..."
La route qui mène à Soyans permet de savourer au loin la silhouette d'une ancienne construction fortifiée. Sur une colline boisée trois formes apparaissent : en bas à gauche : le village, en haut à droite : l'église, en haut au centre : le château fort. Soyans est un village charmant dans sa partie ancienne. Mais il faut regarder un peu dans les coins. On y voit les ruines d’un ancien village qui nous raconte une vie bien différente de celle d’aujourd’hui. Le vieux village est dominé par l'Eglise romane Saint-Marcel et les ruines du château. Il était entouré de remparts percés de deux portes.
Une promenade familiale, en partant de la vallée du Roubion, peut vous permettre de découvrir le vieux village de Soyans. Au départ de la route D136 entre Pont de Barret et Saoû. Se garer à droite, juste avant le tunnel, en direction de Saoû, après le croisement de la route D128. Prendre le sentier qui monte entre le chemin et le tunnel. Le suivre quelques mètres, puis au croisement, à la montée, virer à gauche. Le sentier passe par-dessus le tunnel de la route dans une pelouse, puis continue sur la gauche à l'entrée du bois. Passer l'arête en virant à droite et rejoindre la route. La suivre à la montée et atteindre la sortie du village.
Sur la droite, suivre la Rue de la Calade, passer sous la porte fortifiée et poursuivre par la calade qui rejoint l'Église Saint-Marcel sur son éperon rocheux. Cette chapelle figure dans la donation de 912 sous le vocable de Sainte-Marie. La Chapelle Saint-Marcel initiale fut remplacée par l'église romane Saint-Marcel élevée au début du XIIe siècle. La chapelle Saint-Marcel est dédiée à un évêque de Die (436-510) qui est souvent titulaire des Églises de hauteur. Elle paraît avoir traversée sans trop de dommages les guerres de religions, mais fut agrandie ensuite. C'est alors que furent construit le clocher, la chapelle ST-Barthélémy au sud et la chapelle Ste-Catherine au Nord. Cette dernière communique avec la Nef, à l'origine unique par deux arcs brisés chanfreinés.
A l'extérieur de l'Église Saint-Marcel, la Façade occidentale et le mûr méridional, où se trouve la porte d'entrée, présentent un bel appareil roman très régulier, percés de trous de boulins. A l'intérieur, la Voûte, de facture médiocre,paraît refaite, contrairement aux deux arcs de décharge, l'un en plein cintre, l'autre de tracé brisé, qui s'appuient contre le mur méridional, où s'ouvre une unique fenêtre, très ébrasée à l'intérieur, très étroite à l'extérieur. Le décor, fort disparate, s'étale largement dans le temps. Deux sculptures archaïques du XIe siècle de lions fantastiques sont remployées à l'entrée de l'abside. Le beau dallage conserve les initiales des curés et des paroissiens de Soyans enterrés. Un pilastre porte les traces d'une litre funéraire aux armes du seigneur de Montauban, avec une tour maçonnée et deux oiseaux. La voûte en cul-de-four de l'abside est peinte d'une gloire du 19ème siècles.
L'église romane Saint-Marcel jouxte les ruines du château à l'Ouest, à l'extrémité du vieux village médiéval de Soyans. Le site offrent de magnifiques vues sur le synclinal perché de la Forêt de Saoû. D'ici le regard se perd sur l'étrange silhouette en creux de la forêt de Saoû et la pyramide du Grand Delmas (1 544 m), point culminant de la montagne de Couspeau. Faisant volte-face on aperçoit, les cheminées de la centrale de Cruas à la fumée blanche. Au pied serpente le Roubion, l’église romane Saint-Marcel est perchée au bord du vide.
Contourner l'Église Saint-Marcel par la droite en bordure de falaise et rejoindre les ruines du château. Suivre le sentier qui contourne celui-ci par le bas et arriver devant l'entrée principale. Les ruines encore majestueuses dominent le vieux village et ont eu une histoire fort mouvementée ! Localisé sur une falaise rocheuse qui domine le village de part et d'autre ainsi que le cours du Roubion, un affluent du Rhône, le château à vocation militaire fut édifié dès le début du Xe siècle.
Le château de Soyans, connut les guerres de religion avec les De Gardes et le Baron des Adrets ; seigneurs des deux parties rivales. En 1626, le maréchal et connétable Lesdiguières assiège le site et en chasse l'occupant des lieux, Hector de Montauban, un des derniers chefs du protestantisme dans le Dauphiné, et sa garnison. Celui-ci sera néanmoins récompensé en étant nommé gouverneur de Montélimar. Devenu par la suite propriété d'un marquis, le château reste en l'état, se révélant une des belles résidences de la contrée, mais il ne survivra pas à la Révolution. Après la Révolution le 22 Frimaire de l’an 3 le château fut pillé et brulé par la population ; le feu dura une semainedepuis, les ruines n'ont jamais été relevées.
Le château de Soyans n'est pas édifié sur la partie la plus haute du site vers l'Est, marquée par les vestiges d'une muraille et d'une tour. Un fossé creusé dans le rocher sépare le château de la partie haute ; la tour qui domine ce fossé présente des maçonneries antérieures au XVIe siècle. Ayant subi des déprédations, notamment lors de troubles dans la région au XIVe siècle, l'édifice est entièrement reconstruit au XVIe siècle. Il n'est alors pas préservé d'élément médiéval. Le nouveau château qui suit un plan en "U" relève dès lors du style Renaissance, marqué de fortes influences italiennes. Il est entouré de terrasses, abritant des citernes et jardins. Les hauts bâtiments portent ombre sur les terrasses édifiées sur des structures voûtées d'arrêtes. La totalité ou presque de la construction est parcourue horizontalement d'une corniche au fort quart-de-rond (1/4 de cercle) qui renseigne sur l'homogénéité de la construction aujourd'hui visible, qu'il faut placer plus volontiers sous les Montauban au XVIIe siècle que sous les Poitiers au XVIe siècle.
Le château de Soyans est aujourd’hui propriété de la commune de Soyans. Les remparts ont été renforcés et les ruines partiellement stabilisées ce qui permet une visite sécurisée. Faire un aller/retour jusqu'à la partie sommitale de la crête pour profiter d'une belle vue sur les ruines du château de Soyans et la vallée du Roubion. Placé sur le Roubion et dominant à la fois l’entrée de la Valdaine et celle de Bourdeaux le château a eu une position intermédiaire utilement exploitée.
De retour devant l'entrée principale du château, continuer en face par le chemin qui rejoint la sortie du vieux village. Aujourd'hui, il reste l’unique ruelle du bourg situé à l'extérieur des murailles avec quelques vestiges. Dans les vestiges du vieux village se trouve une plaque matricule en fonte du milieu du XIXe siècle, linteau en plein cintre portant la date de 1686 et le monogramme IHS, arc en accolade et croix de fer sur colonne. A l'extrémité de la rue, la demeure de Joseph Rivière est agrémentée d'un décor Renaissance d'origine incertaine. Joseph Rivière, artiste de talent né à Bordeaux en 1912, est à l'origine du renouveau du village et de la restauration de la chapelle Saint-Marcel. Reprendre la route prise à l'aller qui descend, rejoindre le sentier et revenir à l'entrée du Tunnel par le même itinéraire.