Au milieu du IIIe siècle, Saturnin, fondateur du christianisme à Toulouse et premier évêque de cette ville, fut la victime de l'aveuglement des païens du Capitole. Il passait tous les jours devant ce bâtiment, alors temple des idoles pour aller prêcher dans une petite chapelle . Quand les païens exigèrent de lui qu'il adore leur divinités, il refusât et, par là même, se condamna. Son corps fut attaché par les pieds à la queue d'un taureau sauvage amené là pour être immolé. L'animal traîna sa victime depuis les marches du Capitole jusque sur la voie romaine menant à Agen, où des fidèles l'inhumèrent à l'abri d'une fosse profonde.
Cent cinquante ans plus tard, les ossements de l'évangélisateur furent transférés à Toulouse au sein de l'église Saint-Cernin. On sait qu'au VIe siècle ses reliques gagnèrent l'Auvergne, mais sans plus de précisions quant au lieu exact... Saint-Saturnin a pris son essor au Moyen Âge quand la famille de La Tour d'Auvergne y édifie son château, qui devient le cœur politique de la province et accueillera de grandes personnalités. Les barons de la Tour d' Auvergne devinrent comtes d'Auvergne. C'est de cette famille qu'est issue Catherine de Médicis, fille de Laurent de Médicis et de Madeleine de la Tour d' Auvergne, devenue reine de France par son mariage avec Henri II.
Saint-Saturnin a attiré de nombreux peintres et quelques écrivains, dont Paul Bourget (1852 - 1935). Il demeure de cet âge d'or un important patrimoine architectural et un centre de village de caractère, la campagne environnante offrant un paysage et une nature préservés. Autant d'éléments qui font de la localité une étape d'intérêt lors d'un séjour en Auvergne. Il est dominé par un duo spectaculaire et harmonieux bâti en arkose et pierre volcanique : son église, l’une des cinq églises majeures de l’art roman auvergnat et son château, édifié au XIIIe siècle par la famille de La Tour d’Auvergne.
Déambuler dans Saint-Saturnin est un véritable plaisir. Jadis ceinturé de remparts, le cœur médiéval du village de Saint-Saturnin, ses ruelles étroites et pentues jalonnées d'habitations nobles, d'anciennes échoppes, ou plus simplement de maisons vigneronnes vaut en soi une promenade. Saint-Saturnin est aussi sur l'un des chemins menant à Saint-Jacques-de-Compostelle. De nombreux panneaux disposés dans le village permettent de connaître la grande et la petite histoire du village et de ses monuments.
Vous trouverez un stationnement pour votre véhicule au parking de la Grange de Mai, à côté de la mairie et de l'office de tourisme, place du 8 mai, ce sera le point de départ de la visite du village. Saint Saturnin conserve une atmosphère médiévale. Prendre la rue des Farges, cette rue etait autrefois commerçante, son nom vient de "Forges". Les artisants et antiquaires ont remplacés cordonniers et maréchal-Ferrant.
Poursuivre dans la rue Côte Gros Jean, à mi-hauteur, je me trouve sur ma gauche, sous un passage couvert, une ancienne porte fortifiée qui donne sur la rue de la Boucherie bordée tout son long, par les plus belles maisons médiévales du village. Cette porte du XVe et XVIe était percée au nord-ouest de l'enceinte fortifiée du village, à l'entrée de la rue des Boucheries. L'ouvrage présente un arc brisé surbaissé, chanfreiné, de même que les piédroits. A gauche de la porte, sur l'extérieur, le mur Est est renforcé par un talus. Notez la très belle fenêtre à traverse sculptée de motifs géométriques sur le mur près de la porte du bastion.
La porte des Boucheries donne accès à un passage couvert dont l'issue présente une façade avec trois ouvertures au rez-de-chaussée : une baie de boutique, une porte rectangulaire à encadrement mouluré de cavets, un portail avec linteau en bois. Continuez dans la rue de la boucherie, ici se trouvait donc une boucherie, c’est la dernière échoppe restée en l’état dans cette ruelle. Remarquez deux fenêtres à traverses aux étages. Sa vocation s’est perpétuée jusqu’au XXe siècle.
Un abattoir fonctionna ici jusqu’en 1956. Les vaches et autres animaux y accédaient par la porte principale. A la fermeture de cet abattoir, le boucher, surnommé "le saigneur de St Saturnin" allait de ferme en ferme pour abattre veaux, cochons et moutons. Dans cette rue, vous y trouverez également une maison Renaissance du XVe siècle. Cet immeuble présente un décrochement sur la rue des Boucheries, peu après le passage de l'ancienne porte fortifiée. Un masque est sculpté à l'angle. La façade longeant la rue présente une tourelle établie vers son milieu mais élevée à une hauteur supérieure. Cette tourelle s'ouvre par une porte à l'encadrement mouluré d'un tore reçu sur bases prismatiques et dont l'arc brisé inscrit un tympan chargé d'un écu portant des armoiries bûchées.
Vous poursuivrez votre visite par l'église dédiée à Saint-Saturnin, qui date du XIIe siècle, et qui est considérée comme l'une des cinq églises romanes majeures d'Auvergne. L'ensemble présente une forme pyramidale dominée par un clocher octogonal. Le chevet, le massif, les transepts et les murs latéraux sont ornés d'arcatures, de frises en damiers et de rosaces où alternent les deux pierres locales utilisées pour sa construction, la lave noire et l'arkose.
A l'intérieur de l'église Notre-Dame de Saint-Saturnin, des chapiteaux sont décorés de feuillages, de formes humaines et de bestiaires. Dans le chœur, maître-autel en bois doré provenant de la chapelle du château et marqué aux chiffres de Henri IV et de Marguerite de Valois, la reine Margot, dame de Saint-Saturnin. L'église abrite par ailleurs une peinture murale du début du XVIe siècle représentant l'Annonciation et la résurrection de Lazare. Dans la crypte, une Pietà du XVe siècle est également conservée.
Les alentours de l’église, que l’on nomme "Place de l’Église" est superbe… A côté de l'église, la petite chapelle Sainte-Madeleine, du XIe siècle, fut fortifiée au XIVe siècle. Cette petite église romane, antérieure à la grande église, est le monument le plus ancien de Saint-Saturnin. Elle pourrait avoir servi de baptistère. Transformée en habitation puis en école en 1844, la chapelle a été acquise par la commune et restaurée dans le courant du 20ème siècle en vue de l’utiliser comme salle d’exposition.
L'édifice se compose d'une nef unique voûtée en berceau, le choeur étant voûté en cul-de-four. Quatre colonnettes aux chapiteaux sculptés supportent trois arcs en plein cintre. Une fenêtre unique en plein cintre placée dans l'axe de l'abside éclaire le choeur. Un arc doubleau existe entre le choeur et la nef, qui supportait le campanile extérieur dont une partie subsiste. L'abside a été surélevée en maçonnerie de moëllons vers le XVe siècle pour former une tour de défense faisant partie de l'enceinte fortifiée de la ville. Cette demi tour, possédant encore ses créneaux, est fermée du côté ouest par les restes de l'ancien campanile dont deux arcs et un chapiteau orné existent encore, incorporés à la maçonnerie.
La Chapelle Sainte-Madeleine borde l’ancien cimetière transformé en jardin public accroché au roc. Levez les yeux vers ce linteau gravé ou vous pourrez lire : « Nous avons esté comme vous, un jour vous serez comme nous, Pensez y bien- 1668 ». Vous pouvez remarquer, en contrebas, une poterne de rempart qui donne accès à une des sources qui alimentait en eau le village, ainsi que les profondes gorges de la Monne. De l’ancien cimetière, superbe vue sur l'église Notre-Dame….
Avant de poursuivre votre déhambulation, admirez les beaux bâtiments anciens sur la place de l'église. Jusqu’au XIXe siècle, cette place a été le cœur du village de Saint-Saturnin. Il y a plusieurs témoignages du passé historique et rural. Dans le fond de la place, une maison vigneronne. A la fin du XIXe siècle, le Puy-de-Dôme était le second département viticole de France. De nos jours, seules quelques parcelles de vigne subsistent sur la commune, mais il reste de nombreuses maisons vigneronnes, tout en hauteur, comme celle qui est dans cette place. On descendait quelques marches pour accéder au cuvage, ou le vin fermentait. La cave proprement dite était située au niveau inférieur.
L'ancienne mairie au N°6 s’y trouvait encore jusqu’au début du XXe siècle, vers 1970 y vivait l’actrice Madeleine Berubet qui donnait gracieusement des cours de théâtre aux enfants. Juste à côté, au n°4 l’hôtel Villot, magnifique maison Renaissance du nom du capitaine-gouverneur du château d’Usson où fut emprisonnée la Reine Margot. Il fut l’aïeul du cardinal Villot, qui a servi 3 papes de 1967 à 1979. La maison qui se situe au N°11 est une ancienne échoppe…
Dans un coin de la place, la cabane qui abritait les mécanismes de deux bascules municipales utilisées dès 1907 pour les transactions agricoles, d’une grande portée de 3 tonnes pour les chars, et une plus petite, pour les chargements moins importants et les animaux. Les bascules étaient sous la responsabilité d’un particulier titulaire d’un bail de trois ans sur adjudication. La commune percevait un impôt sur les transactions qui y étaient effectuées. Admirez également la croix de chemin du XVIe siècle en pierre de lave, composée d'une tête dont les trois branches supérieures se terminent par des fleurons. A leur point de croisement se trouve, sur une face, un crucifix quadrilobé. La branche inférieure est rattachée à la colonne formant fût par un quatrième fleuron surmonté d'une bague et formant le chapiteau du fût.
Prendre la rue Noble, elle constituait l’artère principale du village jusqu’en 1860. Vous y trouverez des maisons anciennes du XVIe siècle au XIXe siècle, un vestige des remparts ainsi qu’un jardin surplombant la Monne. Remarquez l'ancien logis rectangulaire du XVe siècle auquel est accolé une tour circulaire. Quelques éléments d'une fenêtre à traverse, moulurée d'un cavet, au linteau en accolade. La façade Est s'ouvre par une porte au linteau en accolade, mouluré, ainsi que les piédroits, de cavets. Au-dessus de cette porte, une fenêtre chanfreinée à appui saillant s'ouvre à l'étage. A l'étage supérieur, apparaissent les encadrements chanfreinés de deux fenêtres bouchées, dont l'une ouvrait sur la tour d'escalier. Cette tour circulaire, renfermant un escalier à vis, s'élève dans l'angle sud-est. Deux petites fenêtres chanfreinées se superposent pour éclairer la montée de l'escalier.
Revenir sur vos pas, puis vous dirigez vers la place de l'Ormeau. Au centre de la belle place de l'Ormeau trône une fontaine remarquable pour sa vasque hexagonale et son style Renaissance. Chaque face du bassin polygonal est ornée d’un décor de branchages entrelacés sur lesquels brochent
des écussons, les uns aux armes de la Tour d’Auvergne, les autres aux armes des Broglie.
Vous voici au niveau du Château de Saint-Saturnin, construit par la famille de La Tour d’Auvergne dans la première moitié du XIIIème siècle, il en devient le fief en 1281. Il témoigne de l'architecture militaire du Moyen-Age. On peut visiter le donjon, le chemin de ronde, des pièces meublées et les jardins à la française. Étape incontournable sur la route des châteaux d'Auvergne, la forteresse a côtoyé un temps les grands du royaume de France. Ses murs abritèrent des représentants de la puissante famille de La Tour d'Auvergne, Catherine de Médicis, Marguerite de Valois et Louis XIII.
Le rempart extérieur est percé au XVIème siècle de fenêtres monumentales et la cour d'honneur finalement ouverte sur l'église romane du village par le démantèlement ultérieur des fortifications protégeant l'accès... Au delà du "jardinet" médiéval coinçé entre le château, la vallée et le mur d'escarpé du fossé, et à partir du XVIéme siècle furent aussi créés des jardins qui s'ouvrent sur un paysage remarquable et préservé de vallées dominées et de collines dominantes.
Votre promenade dans Saint-Saturnin continue vers la rue du Marché et la rue de Laspouze. La tradition orale situe ici le quartier des lépreux, dans un autre âge. Cette ancienne grande maison avec une belle fenêtre à meneaux, était probablement l’hôpital dont on parle dans les textes du Moyen-âge. De vieilles demeures en belles pierres, avec des fenêtres à meneaux, de grands porches voûtés, des alignements et chainages d’angles en belle pierre dorée, on sent ici que ce quartier était tenu par des commerçants ou petits patrons.
En poursuivant, sur la gauche, la maison à tourelle dite le "Colombier" témoigne d’un passé très ancien, avec un joli marteau en fer forgé sur la porte extérieure. Ce quartier se situait à l’écart du village médiéval. La "rue du Marché" se poursuit par un chemin aboutissant à un lieu-dit "Cimetière des Lépreux". Prendre la rue des Granges, une succession de granges donne l'ampleur de l'activité agricole qui règnait à Saint-Saturnin jusqu'au milieu du XXe siècle. N'hésitez pas à emprunter le chemin des lavoirs pour découvrir les Gorges de la Monne en contrebas du village.