Saint-Saturnin a pris son essor au Moyen Âge quand la famille de La Tour d'Auvergne y édifie son château, qui devient le cœur politique de la province et accueillera de grandes personnalités comme Catherine de Médicis. Une belle église romane est également construite aux alentours de 1150 sur décision de l'évêque Etienne de Mercoeur, à l'emplacement d'une petite communauté monastique clunisienne fondé en 1040 qui dépendait de l’abbaye Saint-Austremoine d’Issoire. Quelques vestiges du cloître primitif sont accolés au sud de l’église.
Perché sur cet éperon, l’édifice roman est la plus petite des 5 églises romanes majeures d’Auvergne. Elle s’en distingue par l’absence de chapelles rayonnantes autour du chevet. La forme pyramidale de l’ensemble mène le regard vers le ciel par l’intermédiaire du massif barlong et du clocher octogonal. Lors de la révolution, sous la terreur, l’église fut rachetée par monsieur Verdier de Pagnat, afin qu’elle soit soustraite à la profanation. Le clocher, épargné, servit de modèle à ceux de Saint-Austremoine d’Issoire et Notre-Dame du Port de Clermont, reconstruits au XIXe siècle.
On dit que l'église fut dédiée à saint Saturnin, premier évêque de Toulouse martyr au IIIème siècle, dont les reliques parvinrent en Auvergne au VIe siècle, ainsi que le rapporte Grégoire de Tours. Au milieu du IIIe siècle, Saturnin, fondateur du christianisme à Toulouse et premier évêque de cette ville, fut la victime de l'aveuglement des païens du Capitole. Il passait tous les jours devant ce bâtiment (alors temple des idoles) pour aller prêcher dans une petite chapelle . Quand les païens exigèrent de lui qu'il adore leur divinités, il refusât et, par là même, se condamna. Son corps fut attaché par les pieds à la queue d'un taureau sauvage amené là pour être immolé. L'animal traîna sa victime depuis les marches du Capitole jusque sur la voie romaine menant à Agen, où des fidèles l'inhumèrent à l'abri d'une fosse profonde. Cent cinquante ans plus tard, les ossements de l'évangélisateur furent transférés à Toulouse au sein de l'église Saint-Cernin. On sait qu'au VIe siècle ses reliques gagnèrent l'Auvergne, mais sans plus de précisions quant au lieu exact...
Puisque l’architecture sera toujours un livre d'histoire ouvert, témoin du temps, on apprend ici en regroupant les informations que l’église de Saint Saturnin est vraisemblablement le dernier des édifices majeurs de l’ Auvergne romane. Elle présente un caractère assez sobre quant à l’ornementation du bâtiment. L’appartenance au style de Basse Auvergne demeure, mais il reste vrai qu’on assiste ici à une évolution liée d’une part à un souci d’économie, d’autre part à l’abandon de formes mises en place un siècle plus tôt. L’absence notamment de narthex et de chapelles rayonnantes en témoigne et contribue à la singularité de l’église de Saint Saturnin.
Construite selon un plan en croix latine orienté, l’église Notre-Dame de Saint Saturnin se compose d’une nef principale qui s'ouvre du côté Nord sur trois chapelles latérales et au Sud sur un porche et une chapelle. Cette nef se termine par un chevet en cul-de-four. Les façades latérales de la nef sont marquées par quatre grands arcs de décharge dont certaines sont percés d’une baie en plein cintre. Ils sont surmontés d’arcatures aveugles tripartite dont celles du centre est percée d’une baie en plein cintre. Une croix est posée sur la façade Nord du transept. Des corniches supportées par des modillons à copeaux, ceignent la toiture de l'église.
Une structure pyramidale couronnée par un clocher octogonal compose le chevet. L’église de Saint-Saturnin dispose du plus petit chevet des églises majeures. Le chevet possède une décoration remarquable par sa polychromie, obtenue par l'utilisation de basalte noir. Le chevet et le déambulatoire possèdent une corniche largement débordante ornée d'une frise en damier et soutenue par des modillons à copeaux. Sous la corniche du chœur se déploie une mosaïque de rosaces polychromes réalisées avec du basalte. Sous cette mosaïque, les fenêtres du chœur alternent avec des loges rectangulaires abritant chacune trois colonnettes. Dominant le chœur, les arcs des fenêtres du "massif barlong" sont ornés de claveaux polychromes.
L'église de Saint-Saturnin ne possède ni chapelle rayonnante autour du déambulatoire, ni chapelle axiale. Le mur pignon, au caractère très austère, est percé d’une porte en arc plein cintre qui est surmontée d’une baie en plein cintre. La façade est épaulée par deux contreforts. Autre originalité, le clocher. Le clocher octogonal est d'origine, il n'a pas été abattu à la Révolution. C'est le seul original avec la basilique d'Orcival. Sa forme à huit côtés et ses deux étages de baies jumelées sous une flèche de pierre qui élance l’ensemble, est d’une sobriété exemplaire et d’une simplicité particulièrement élégante.
Quand on est à l'intérieur de l'église de Saint-Saturnin, on découvre que ce massif est totalement évidé. On a le sentiment que la coupole est suspendue. On a 4 arcs, dits arcs diaphragmes, qui se découpent dans l'espace avec leurs baies géminées. Le chœur, voûté en "cul-de-four", est entouré de six colonnes couronnées de chapiteaux sculptés de motifs végétaux supportant des arcs surhaussés surmontés d'une deuxième série de baies, alternativement ajourées et aveugles. Les collatéraux, étroits, sont séparés de la nef par des piliers renforcés par des colonnes engagées surmontées de chapiteaux historiés. Ils possèdent des voûtes d'arêtes séparées par de puissants arcs-doubleaux.
Le choeur possède un maître-autel en bois doré provenant de la chapelle du château marqué des initiales d’Henri IV et de Marguerite de Valois. Dans la deuxième travée du bas-côté nord, vous trouverez une remarquable peinture murale du XVème siècle : à gauche de la fenêtre vous pourrez voir avec quel souci du détail et quelle richesse de palette, Saint Gabriel a été peint. La perspective est très réussie et le décor merveilleusement réaliste...
L'église de Saint-Saturnin abrite une pietà en calcaire polychrome du XVème siècle. La Vierge est entourée de Saint-Jean et Sainte-Madeleine. L’intérieur de cette édifice est à l’image de Saint-Nectaire, blanc immaculé. Ici, tout est sobre, bref, c’est l’antithèse d’Issoire dont les couleurs sont vives et les vitraux flamboyants.
Aller à la découverte de l’église de Saint-Saturnin, c’est aussi faire la connaissance avec le merveilleux village où elle se trouve. L’ensemble crée une unité architecturale qui n’a pas beaucoup varié depuis le Moyen-âge. Aussi peut-on se mettre à rêver en pensant que nos propres pas empruntent des itinéraires d’antan.