L'apparition du tracteur les vouent à l'abandon mais leur présence est encore un vivant témoignage de cette civilisation de la pierre sèche. Les pierres servent également à construire les bories dont la conception remonte très loin sans doute jusqu'aux civilisations celto-ligures. Les pierres plates sont disposées sans aucun ciment ni liant en paroi circulaire ou carrée, se rétrécissant vers le haut pour constituer une voûte fermée : elles servent alors de bergeries, de cabanes à outils ou de refuges en cas de danger. Ce sont les premières versions des mas provençaux.
Des hautes demeures coiffées d'ardoises aux mas trapus de Camargue, chaque micro-région de Provence présente des caractéristiques bien spécifiques, dépendantes du climat, des matériaux régionaux et des exigences professionnelles agricoles locales. En Camargue, les mas ou maisons de maître sont édifiés en pierres de taille acheminées par bateaux sur le Rhône depuis les carrières de Beaucaire ou de Fontvieille.
Parallèlement, à ces riches demeures, les communs, les habitations les plus modestes jusqu'aux cabanes des gardians, des pêcheurs, des sauniers et les bergeries étaient construits avec des matériaux trouvés sur place. Les branches de saule, d'ormeaux constituaient la charpente, gerbes de " sagno ", roseau faisant office de " remplissage des murs " et de toiture. Certains murs étaient édifiés en terre battue dans des coffrages en bois.
Cette technique était limitée aux zones de terrains sédimentaires des vallées du Rhône et de la Durance. Elle fut utilisée uniquement pour la construction des maisons paysannes. Malgré son grand pouvoir d'isolation thermique, elle était considérée comme étant pauvre et ordinaire.
En Provence, la pierre sèche est reine. Les murs des " restanques ", les cabanes du bord de mer, de la montagne de Lure ou appelées bories du côté de Bonnieux ou encore de Gordes, assemblés en hameaux, sont de véritables oeuvres d'art.
Dans les vallées et les plaines alluvionnaires, les " clapiers ". Ces hauts amoncellements de galets extraits du sol lors de la mise en culture des terres agricoles, servaient de réserves à matériaux pour construire des murs de soutènement, souvent appareillés en épis ou arêtes de poisson. En basse et moyenne Provence, la terre cuite est pratiquement le seul matériau employé pour les sols et les toits des habitations. Les toitures sont constituées de tuiles dites " canales ". La jonction entre toit et façade est parfois établie par un élément décoratif appelé " génoise ".
Il s'agit là de deux ou trois rangs de tuiles canales superposées en degrés croissants vers la bordure du toit. Les sols sont pavés de carreaux de terre cuite brune de section carré ou hexagonale, appelés, dans ce cas précis, tomettes.
En région de montagne, dans les Alpes, les demeures sont plus élevées qu'en plaine. Elles peuvent comporter trois niveaux : au rez-de-chaussée se trouvent les écuries, la bergerie, la cave, au premier étage, la pièce commune et, enfin, au second, les chambres et le grenier. Les toitures à une seule pente sont recouvertes indifféremment de lauzes, d'ardoises ou de tuiles écaillées de terre cuite plane, plus rarement de chaume.
Dans les maisons paysannes, la cuisine était la pièce à vivre dont l'équipement incontournable se composait de la cheminée, provençale dans le Var, au foyer bas et en haute Provence, marseillaise, au foyer surélevé, de l'évier (la pile) souvent monolithe ou en terre cuite (tian) et enfin du potager, fourneau maçonné où l'on mettait les braises pour mitonner les plats. La cuisine se prolongeait souvent par une alcôve qui abritait le lit conjugal. Les enfants et les petits-enfants dormaient dans des pièces contiguës ou au premier étage.
Les types d'habitations des Villages et cités de caractère en Provence-Alpes-Côte d'Azur
On distingue le mas, petite maison sans étage avec ses fenêtres de dimensions modestes permettant de garder le maximum de fraîcheur à l'intérieur et doté de tuiles romaines. La maison de village est dotée quant à elle, d'un étage et parfois d'un grenier destiné à constituer une isolation supplémentaire entre la toiture.
La bastide ou "maison de maître" est une sorte de maison bourgeoise à la campagne systématiquement bâtie en pierre de taille. Beaucoup plus solide et plus luxueuse que le mas, les pierres utilisées pour les façades, invention purement esthétique des résidents secondaires de notre siècle, sont soigneusement crépies afin de les protéger des intempéries, des animaux nuisibles et de la prolifération du lierre.
Dans les bastides bourgeoises, la distribution des pièces était plus sophistiquée. A la cuisine, uniquement réservée à la préparation des repas, faisait suite la salle à manger, parfois un salon ou un boudoir. Les chambres étaient situées à l'étage. Certaines de ces demeures comprenaient aussi une chapelle. Parmi les dépendances, se trouvait assez souvent un pigeonnier.
Les bâtiments d'exploitation sont disposés autour de la maison de maître. Aujourd'hui les Parisiens, nouveaux acquéreurs fortunés de bastides anciennes, décroûtent les murs et vont donc à l'encontre du principe fondamental de l'habitat rural. On trouve aussi des bastidons, sortes de petites maisonnettes en miniature et des cabanons, initialement simple appentis de jardin, aujourd'hui très souvent détourné de leur vocation première pour devenir une minuscule résidence secondaire en plein champ.
La maison de village située au cœur d'un village fortifié tout en hauteur possède des pièces minuscules et comporte quatre ou cinq étages pour hisser ses dernières mansardes au plus près du ciel. Chaque niveau correspond à une fonction précise : la cave, fraîche par définition, contient les réserves alimentaires comme l'huile, le vin ou la farine. Le rez-de-chaussée (de plain-pied) abrite le mulet ou l'âne. L'étage noble au premier niveau, est aménagé à l'usage d'habitation.
Les étages supérieurs servent de logement pour les domestiques, de garde-manger pour les fruits et les légumes. Enfin, le dernier grenier est bourré de foin que l'on hisse depuis la rue par une poulie pour assurer l'isolation du froid en hiver, de la chaleur en été. Les maisons des campagnes sont aménagées différemment : au rez-de-chaussée se trouve la pièce de séjour.
Au nord, dans la partie la moins exposée à l'ardeur du soleil, est construite la cuisine dont la fraîcheur permet de conserver les fruits, légumes et fromages. Les chambres sont au premier étage : elles sont petites et souvent sans couloir de desserte ce qui consomme de la place perdue. On traverse donc la première chambre pour accéder à la seconde et ainsi de suite.
Somme toute, dans le monde rural, chaque maison est construite à proximité d'une source ou d'une fontaine dont le simple bruissement est une promesse de fraîcheur. L'eau de source inutilisée se déverse dans une roubine, petit canal d'irrigation qui conduit le précieux liquide jusqu'au potager. Dans la région de Nice et dans son arrière-pays, les toitures à la niçoise n'ont pas moins de quatre pentes, chacune partant du centre, coiffant l'une des quatre façades.
Devant la maison, il y a souvent un petit jardin de quelques mètres de profondeur qui ne remplit qu'un rôle décoratif : le jardin principal, celui où l'on se tient, est toujours bien caché derrière pour protéger l'intimité de la famille. Les sols sont en tomettes hexagonales cirées : en saison chaude, la tomette procure une délicieuse sensation de fraîcheur : il fait bon y marcher pieds nus.
Terrasses, jardins et volets
Le Méridional vit en grande partie dehors. La terrasse est presque considérée comme une pièce de la maison, en plein air. On passe sans effort de la salle commune à la terrasse, de la terrasse au jardin. L'hiver, on y prend le soleil de plein fouet : il rentre dans les pièces de la maison alors que les branches sont dégarnies de feuilles tandis que l'été, on y prend le frais à l'heure du pastis sous la glycine ou la treille, supportée par des consoles en ferronnerie qui constituent l'aménagement essentiel de la terrasse.
Il reste encore un ornement qui fait le charme des maisons provençales : les volets. Souvent bleus, parfois mauves, ils tranchent sur l'ocre des façades. Ils sont en bois massifs, épais, cloutés comme des armures. On les ouvre et on les ferme avec un claquement sec sur le mur. L'été, on les entrebâille au moyen des persiennes ce qui conserver la fraîcheur de la pièce.
Les campaniles
Une autre particularité architecturale de la Provence et de la Côte d'Azur sont les clochers en forme de cages à vent ou campaniles. Dans sa fonction originelle, le campanile était un simple support permettant de soutenir la cloche. Les campaniles possèdent des structures de ferronnerie en forme de bulbe ou de kiosque, plantées sur la maçonnerie de la tour pour éviter que la toiture ne soit emportée par le mistral : le vent peut ainsi souffler à travers les tiges de métal en toute liberté.
Chaque campanile est constitué de deux parties distinctes : l'embase et le couronnement. L'embase s'inspire le plus souvent d'une forme géométrique simple : cylindre, cube, polyèdre sur laquelle vient s'emboîter une coupole. Ils possèdent tous une forme particulière : on en dénombre plus de 250 ! Aujourd'hui, par son esthétisme et son originalité, le campanile provençal est devenu une oeuvre d'art.
Presque chaque village de la Côte d'Azur possède le sien. Avant de quitter un village, consacrez quelques minutes à lever les yeux vers ce témoignage d'un art naïf qui reste un des plus beaux fleurons de l'architecture campagnarde héritée des siècles passés.
En Provence, on vous parlera aussi des magnaneries car la sériciculture faisait partie des principales activités économiques de la région, durant les siècles derniers. Dans toutes les chaumières, on élevait des vers à soie, mais lorsque l'élevage était trop important on se mit alors à construire des magnaneries destinées à l'éducation du Bombyx mori. La maison a toujours été le refuge familial, et nos aïeux, après avoir trimé toute leur vie, poussaient leur dernier souffle avec les siens.
Dans ce cocon protégé, aucune puissance humaine ou maléfique ne devait pénétrer. Dans ce but, des rites et des pratiques étaient mises en oeuvre pour assurer sa protection. C'est ainsi que l'on fixait aux portes, plantes, animaux, objets aux certains pouvoirs dissuasifs : chardon étoilé, pilon, croix, assiettes de faïence, chouette. Franchissant le seuil de leur nouvelle demeure, les habitants apportaient du pain, de l'huile, du sel, du laurier, gages de défense contre les menaces extérieures. Oustaou, mas, bastido, campagno, granjo, casteu, meisoun, autant de termes qui caractérisent ces habitations, selon les régions, leur utilité et leur classe.
Ne prenons pour exemple que le mas, que l'usage contemporain a étendu à toutes les habitations rurales, il peut aujourd'hui aussi bien désigner le grand domaine en Camargue ou en Crau ou encore les bâtiments d'une petite exploitation agricole dans les Alpilles. Fort heureusement, des chartes architecturales ont été établies (notamment par les parcs) afin de conserver l'âme de la Provence dans le respect des traditions ancestrales.