Manoir du Grandouet
Nous nous arrêterons au Manoir du Grandouet, pour être accueilli chaleureusement par Stéphane Grandval (37 ans) et son épouse Elizabeth. Ce solide gaillard au regard clair représente la troisième génération à maintenir le flambeau de l’exploitation familiale de 30 ha, au pied de la ravissante église de Grandouet du XIIème siècle.
« Notre exploitation est typique du Pays d’auge, confie-t-il en nous faisant visiter sa cave et son pressoir à pans de bois du XVIème siècle. Elle est dédiée aux AOC de la pomme et du lait ». Son cidre AOC Pays d’Auge a été plusieurs fois médaillé d’or et d’argent. « 60 % de notre production est vendue à la ferme, aux habitués et aux touristes.
Le reste ? La restauration et des revendeurs ». Le Manoir du Grandouet commercialise aussi un délicat Calvados fabriqué dans un vieil alambic à repasse, "élevé et vieilli sur les conseils de l’aïeul " mais aussi un subtil pommeau de Normandie (vieilli en fût de chêne), cet alcool apéritif obtenu par l’assemblage de jus de pomme (au 2/3) non fermenté et de Calvados (1/3).
Prochaine halte, le Domaine Familial Louis Dupont à Victot-Ponfol
Changement de dimension, quelques kilomètres plus loin. L’exploitation de 50 ha dont 30 en vergers de pommes, emploie une dizaine de salariés. En 1980, Etienne Dupont, ancien banquier, reprend le domaine familial à la suite de son père et de son grand-père. Il ne cesse depuis d’améliorer les différentes étapes d’élaboration du calvados.
En 2002, son fils Jérôme, ingénieur de formation et qui a travaillé 10 ans en Angleterre dans une filiale d’un géant du BTP, rejoint le domaine et se fixe pour mission de développer le cidre. « Mon expérience à l’étranger m’a ouvert les yeux sur la nécessité d’innover pour nous ouvrir de nouveaux marchés tant en France qu’à l’international", explique-t-il en précisant que 70 % de la production du domaine est exportée (Allemagne, Belgique, Japon, Russie, Chine,….).
Un exemple : un cidre cuvée Colette, élaboré suivant la méthode champenoise. « Longtemps, dit-il, la Normandie s’est concentrée sur le lait et n’a pas suffisamment développé son expertise sur les produits et les alcools issus de la pomme. Le cidre possède un véritable potentiel en termes de développement qualitatif et d’image. Nous y contribuons à notre échelle ».
Etape suivante : Domaine Huet à Cambremer
Les habitants du pays d’Auge nous le confient. « Le Domaine Huet est un poids lourd du cidre ». Situé à Cambremer, épicentre de la Route du Cidre, le domaine, exploité depuis cinq générations, présente un verger de 25 ha composé de 40 variétés de pommes. « Nous avons remporté nombre de récompenses aux Salons de l’Agriculture, notamment la médaille d’or 2010, pommeau de Normandie et la médaille d’or, eau de vie de cidre », rappelle, fièrement, la guide locale.
Les clients prestigieux du domaine témoignent de l’excellence de la production : Hôtel Ritz Place Vendôme, Restaurant Taillevent ou Le Divellec. Avant la traditionnelle dégustation, la visite des chais qui abritent des fûts centenaires déclenche des parfums subtils et capiteux.
Dernière étape : La ferme de Cutesson à Vimoutiers
Direction le sud du Pays d’Auge, dans la Vallée de la Vie, à Vimoutiers (Orne), qui eut la particularité de voir naître sur son sol la célébrissime Charlotte Corday, qui assassina le jacobin radical Jean-Paul Marat le 13 juillet 1793. Dans la verdoyante campagne augerone, nous parvenons à la ferme de Cutesson où nous attendent Ginette Schreiber et son fils Emmanuel, 26 ans (qui vient de s’installer sur l’exploitation) devant leur maison typique en colombages de la fin XVIIème, début XVIIIème.
« Mon mari vient de prendre sa retraite », confie Ginette qui a repris le domaine au milieu des années 90 après que l’entreprise locale qui l’employait ait fermé ses portes. Particularité de la ferme : son parti-pris bio et artisanal, c’est-à-dire qu’aucun pesticide ou traitement chimique n’est utilisé sur l’exploitation.
La production est référencée par Orne Terroir qui en garantit la qualité. « Nous exploitons 32 hectares au total dont 10 ha environ sont plantés de vergers hautes tiges ce qui représente environ 1000 pommiers ». Le reste ? Des prairies où paît un petit cheptel de vaches, nourries au bon foin naturel et aux herbes.
« Le métier est difficile physiquement, surtout lors de la récolte entre septembre et décembre, lorsque les conditions météorologiques ne sont pas optimales, mais c’est un métier de passion » sourit l’exploitante. Pour faire connaître leur production cidricole, Ginette et son fils, outre les traditionnels marchés (Honfleur, Trouville) courent les salons et foires spécialisées dans la région augerone, mais aussi en région parisienne.
Autre circuit de distribution : les AMAP (Association pour le maintien d’une agriculture paysanne) ces associations de particuliers qui s’engagent à acheter la production d’un paysan à un prix équitable en payant par avance. « Nous sommes ravis du lien que nous avons créé avec notre AMAP Vimoutiers/Livarot dont les membres viennent chaque samedi matin en famille récupérer nos produits, ce qui permet de créer un lien social ».