Si cette route peut être parcourue en voiture, elle révèle toute sa poésie à un rythme plus lent. À vélo, chaque montée et chaque descente dévoile un paysage nouveau, chaque odeur : foin coupé, terre humide, herbes sauvages, devient une note dans la symphonie normande. À pied, vos pas résonnent sur les chemins ancestraux, et la nature vous parle d’une voix plus intime. L’itinéraire est jalonné de panneaux invitant à explorer les environs, mais une part de l’aventure consiste à s’en écarter, à bifurquer vers un sentier bordé de buissons, à suivre le filet d’une rivière qui chante dans un vallon. C’est cette liberté de découvrir sans contrainte, de s’arrêter où l’on veut qui fait toute la magie de cette route.
Suivez la route des moulins pour découvrir, au fil de la Thue, de la Mue et de la Seulles, la campagne du Bessin, ses villages pittoresques, son riche patrimoine bâti, et bien sûr, ses nombreux lavoirs et moulins. Vous apercevrez sur votre chemin de nombreux édifices, témoins de l’époque médiévale et de la renaissance.
La Route des Moulins : Un Voyage au Cœur de la Normandie Verte
Avant de prendre la route, il faut comprendre ce qui rend ces moulins si attachants. En Normandie, ils furent partout : plus de 3 000 moulins parsemaient autrefois les rivières et les collines. Certains étaient modestes, d’autres imposants, mais tous jouaient un rôle essentiel dans la vie quotidienne : moudre le grain, fouler le drap, presser les pommes, scier le bois, battre le fer. Aujourd’hui, beaucoup ont disparu, mais ceux qui demeurent ont été restaurés avec passion.
Commencez votre parcours à Rucqueville (km 0), commune située dans le Bessin, à neuf kilomètres de Bayeux. À l'époque de Guillaume le Conquérant, quatre grandes familles normandes se partagent des terres à Rucqueville. La famille de Turstin Haldulp fonde l'abbaye de Lessay, les vicomtes d'Avranches font élever celle de Saint-Sever, tandis que les seigneurs de Creully font bâtir le prieuré de Saint-Gabriel. La quatrième grande famille est celle de Renouf, vicomte du Bessin. Le fait rare en Normandie, que plusieurs puissants seigneurs possèdent des terres dans la même localité, peut selon les historiens, expliquer la présence inattendue des chapiteaux richement sculptés et d'une facture inhabituelle dans la petite église Saint-Pierre de Rucqueville.
L'église Saint-Pierre de Rucqueville est une église datant du XIe siècle. En forme de croix latine, l'église est de petite taille et son aspect extérieur semble banal. Sous un aspect anodin elle cache des chapiteaux historiés remarquables qui attirent l'attention des historiens depuis le passage d'Arcisse de Caumont au début du XIXe siècle. L'édifice est composé d'une courte nef, d'un transept flanqué d'une tour centrale et d'un chœur à chevet plat. De l'église du XIe siècle les baies romanes ont presque toutes disparu, remplacées dans le transept sud, le mur est du chevet et le pignon ouest, par de plus grandes ouvertures en arc-brisé et par des fenêtres en plein-cintre dans le mur sud du chœur. Le collatéral nord rajouté postérieurement a été supprimé au XVIIIe siècle.
Prenez la direction de Cully, via la D126 (4 km), la commune regorge de merveilles à découvrir comme le Moulin-Foulon. Le moulin foulon est attesté en Basse-Normandie dès le XIe siècle. Alimenté par la Thue, le moulin est équipé d'une roue hydraulique verticale par en-dessus, à augets en fer, installée, selon des sources orales, dans les années 1930. Les bâtiments, en moellons de calcaire, sont couverts de toits à longs pans en tuile mécanique ou plate. L'atelier de fabrication et le logement du meunier comportent un étage carré. Deux paires de meules et leurs mécanismes, dont le rouet de fosse, sont en place. La charretterie-grange a été remaniée et un nouveau bâtiment construit. Le pont enjambant le bief a mis en place en 1996.
Il faut admirer la solidité et la grandeur de l’architecture de ce moulin, dans une région où la pierre est abondante, et la terre riche ; ce qui explique l’ampleur de ces constructions, et leur fonctionnalité (grange, boulangerie et fournil). Le Moulin-Foulon est privé et visible de la route. A voir également l'église Saint-Martin du XIIIe siècle. Le Manoir de Cully, rue de Richemond et le Manoir de Guerville, ainsi que la fontaine Guerville.
Continuez vers Thaon, via les D93 et D83 (11 km). Le bourg de Thaon a le rare privilège de posséder un trésor architectural et une très longue histoire. Dès la préhistoire, des chasseurs exerçaient leur art tout au long du cours de la Mue. Nous avons retrouvé des pointes de flèches en silex, ainsi que des haches préhistoriques sur le site de Bombanville. A l’époque où les gaulois envahissaient cette région, un village était déjà implanté sur le territoire de Thaon. Ensuite les invasions romaines laissèrent aussi de nombreux vestiges, tels que ces greniers à grains découverts près du Stade Claude Marin. Déjà dans la vallée, un bâtiment gallo-romain existait à l’emplacement de la Vieille Eglise, que celle-ci a remplacé dès que le christianisme devint la religion prédominante de nos campagnes. La Vieille Eglise était implantée à proximité de nombreux chemins et desservait tous les villages environnants.
Située au fond de la vallée de la Mue, à l'écart du bourg de Thaon, L'église Saint-Pierre des XIe et XIIe siècles est un très bel exemple de l'architecture romane normande. On trouve sur le site de l'église la trace de plusieurs édifices cultuels : des sarcophages du VIIe siècle, peut-être marqueurs de sanctuaires antérieurs, une église du haut Moyen Âge, une autre pré-romane aux IXe et Xe siècles, une première église romane de la fin du XIe siècle et une deuxième vers 1130-1150. Dans son état actuel, l'église se compose d'une tour à deux étages, seule partie encore en élévation d'un premier édifice roman érigé au cours de la seconde moitié du XIe siècle, d'un chœur rectangulaire à deux travées de 9 m de longueur par 5,50 m de largeur et d'une nef à cinq travées de 15,50 m de longueur par 6,50 m de largeur construits à la fin du premier tiers du XIIe siècle. La nef possédait à l'origine deux bas-côtés aujourd'hui disparus.
La première mention de l'église Saint-Pierre apparaît dans une bulle du pape Eugène III et dans une charte de l'évêque de Bayeux, Henry, en 1147. Entre l'achèvement de l'édifice aux XIIe et XVIIe siècles, l'église subit peu de modifications si ce n'est, au XIIIe siècle le remplacement des baies du mur sud du chœur par des ouvertures plus grandes afin de donner plus de lumière.
À la fin du XVIIe ou au tout début du XVIIIe siècle, les deux bas-côtés sont supprimés et les grandes arcades sont bouchées avec des pierres de récupération. En 1729, le curé de Thaon entreprend la construction d'une sacristie derrière le chevet du chœur. Comme l'indique une date inscrite au-dessus du portail occidental refait à cette occasion, d'importants travaux d'entretien ont été réalisés dans les années 1771-1772. À partir de 1792, l'église est transformée en atelier de salpêtrerie. Celui-ci est fermé en 1796 et l'église est de nouveau affectée au culte en 1803.
C’est surtout à l’époque médiévale que le bourg de Thaon se développa grâce à ses moulins, ses fermes et ses carrières de pierre qui furent exploitées jusqu’au début du XIXème siècle. Chaque édifice de Thaon, en passant par les Monuments, raconte une histoire, offrant des aperçus de l’évolution culturelle, artistique et historique de la ville. Ces monuments ne sont pas seulement des attractions touristiques ; ils sont les gardiens de l’âme de notre Histoire. En commençant par le château de Thaon, du XVIIIe siècle. Le parc du château fait l'objet d'un pré-inventaire aux jardins remarquables.
Le patrimoine du territoire de Thaon comprend également les menhirs des Grosses Devises et l'ancien moulin. Le moulin du Vivier, aussi appelé moulin de Bombanville, est mentionné en 1476 dans un contrat de fief passé par Jacques d'Harcourt et Guillaume de Rouville au profit de Jean Hamelin. La date 1784 portée sur l'une des lucarnes du logement indique une extension du bâtiment. Equipé d'une roue en 1813, le moulin, complété d'un "rotoir", espace servant au rouissage du textile, est propriété de Daudeville, abbé de Cheux. Réglementé par arrêté préfectoral du 5 février 1879, il est alors équipé de deux roues par en-dessus (diamètre 2,60 m) entraînant deux paires de meules, l'une pour le blé, l'autre pour l'orge ; il est exploité par Eugène Lemière, qui a succédé à son père Armand, pour le compte de Jean-Jacques Leroy. La veuve de ce dernier engage "d'importants travaux" dans les années 1890, peut-être pour l'installation de la turbine hydraulique. Une maison est construite en 1894. Exploité par Emile Bachelet en 1901, le moulin est converti dans les années soixante en discothèque ("la Mine à Poivre"), puis transformé en maison d'habitation au milieu des années 1980. La salle des meules a été restaurée au début des années 2000.
A présent, prendre la direction de Fontaine-Henry, via la D170 (13 km) pour admirer le Château de Fontaine-Henry, domaine familial qui a traversé le temps en accumulant savoirs et objets. Cela a été rendu possible car le château n'a jamais été vendu et s'est transmis de génération en génération depuis environ dix siècles. Portez aussi votre attention à l'église de la Nativité-de-Notre-Dame, le lavoir public de Fontaine-Henry. L'église Saint-Clair du XVIe siècle, ancienne église paroissiale de Moulineaux. Le lavoir de Moulineaux.