Outre l’artisanat et la gastronomie, la Route des Traditions est aussi une invitation à écouter la nature. Les collines du Pré-Bocage, les vallons ombragés, les sentiers qui se faufilent entre les haies offrent des panoramas à la fois apaisants et inspirants. Pour les marcheurs, plusieurs sentiers pédestres balisés permettent de s’immerger dans ces paysages façonnés par des siècles d’agriculture. Les promeneurs sont récompensés par des points de vue ouverts, des coins de rivières tranquilles ou encore des plan d’eau où la lumière se pose comme une aquarelle au coucher du soleil.
Non loin de là, des lieux comme le plan d’eau de la Vallée de Craham ou encore le Souterroscope : une grotte aménagée qui abrite des merveilles géologiques, ajoutent une dimension aventureuse à cette découverte. Dans certains secteurs, des forêts comme celle de Cinglais, aux confins du territoire, invitent à prolonger l’expérience, à respirer l’air boisé et à apprécier la symphonie des oiseaux et des feuilles qui frémissent. La beauté de cet itinéraire tient aussi à sa capacité à surprendre. Une fontaine oubliée, un pont de pierre sur une rivière calme, un verger en fleurs au printemps, ou encore une église médiévale que l’on découvre au détour d’une petite route… Ce sont ces instants discrets qui restent souvent gravés dans la mémoire d’un voyageur.
Il existe des routes touristiques qui se parcourent comme on feuillette un livre d’images. D’autres, plus rares, se vivent comme une rencontre. La Route des Traditions dans le Calvados appartient à cette seconde catégorie : un itinéraire où chaque étape raconte une histoire, où chaque geste artisanal porte la mémoire d’un territoire, où chaque visiteur devient, l’espace d’un instant, un témoin privilégié de la Normandie profonde, celle qui se transmet de génération en génération.
Point de départ de la Route des Traditions, Villers-Bocage (km 0) dispose d'une aire de service pour camping-car. Aux portes du Bocage normand, le Village Étape de Villers-Bocage offre une pause alliant calme, détente et découvertes gastronomiques. Place de marché importante dès le Moyen Âge, la ville continuera à prospérer jusqu'au XIXe siècle.
Détruite à près de 90 % pendant la Seconde Guerre mondiale, Villers-Bocage présente un patrimoine du XXᵉ siècle, notamment son église remarquable. Le château, seul édifice ayant survécu à la guerre, propose aujourd’hui un hébergement haut de gamme. Située sur le circuit "L'Affrontement" de l'Espace Historique de la Bataille de Normandie, le site de Villers-Bocage est connu pour la bataille du 13 juin 1944, qui vit la défaite des Britanniques, devant une contre-attaque des Allemands. Si vous souhaitez découvrir en toute liberté l'histoire de la ville et de ses monuments, les habitants du Pré-Bocage vous raconteront leurs souvenirs sur l'histoire de Villers-Bocage dans un audio-guide disponible au syndicat d'initiative.
Partez également à la découverte des plantes carnivores : Mylène et Damien de l'Ets Eden Carnivore, vous feront visiter leurs serres et vous raconteront tout sur la vie de ces drôles de plantes et leur production. Après cette première découverte sur cette route touristique des Traditions, prendre la direction de Saint-Georges-d'Aunay, via la D6 (6 km), pour votre prochaine étape : Les Escargots de l'Odon (escargots). Les escargots de l'Odon naissent à la ferme et grandissent dans des parcs de végétation. En septembre, ils sont ramassés pour être préparés dans le laboratoire de la ferme. Un arrêt chez un producteur d’escargots est une expérience à la fois curieuse et délicieuse. On y découvre l’élevage, les cycles de croissance des petites bêtes, la transformation en recettes traditionnelles et modernes, et, bien sûr, on déguste dans un cadre champêtre, entouré d’herbes folles et de prairies paisibles.
Saint-Georges-d'Aunay (Seulline), dans le Calvados, se distingue par un riche patrimoine, avec notamment la naissance du poète Charles Lemaître ou son église aux attributs rares. Cela commence avec son château, datant de la fin du XIXe siècle. Autrefois possession du comte de Breuil, il est revendu au début du XXe siècle et est aujourd’hui une propriété privée. Il ne faut pas oublier non plus l’église Saint-Georges, peu banales à plus d'un titre, datant du XIIIe siècle et construite en plusieurs étapes. Si le chœur date effectivement du XIIIe siècle, le clocher est élevé deux siècles plus tard, et la façade occidentale, en 1720. Dans cet édifice, l’un des vitraux, représentant les quatre évangélistes, a été réalisé en 1883 par le maître verrier Duhamel-Marette. On y retrouve également la statue de Saint-Georges terrassant le dragon, ainsi qu’une Vierge à l’Enfant, deux œuvres classées aux Monuments historiques. Dédiée à Sainte-Radegonde, la fontaine de l’église, située sur son flanc droit, se distinguerait par une eau disposant de vertus miraculeuses, capable de guérir les maladies de peau.
Continuez vers Aunay-sur-Odon, (11 km). Situé au carrefour des voies allant de Vieux à Avranches et de Bayeux à Condé-sur-Noireau, le site d'Aunay-sur-Odon est occupé depuis l'époque gallo-romaine. Le seigneur d'Aunay participa à la bataille d'Hastings en 1066. Le seigneur d'Aunay fait construire, au sud-est du bourg actuel, sur le versant nord des monts de Leinque, un château qui sera détruit en 1145, lors des luttes contre Geoffroy Plantagenêt, et, qui servira de forteresse locale jusqu'au XIVe siècle, période à laquelle les Anglais ravagent la contrée. Au début de la guerre de Cent Ans, le château est occupé par des bandes de routiers, que Du Guesclin reprend en échange d'une somme importante. Il fait raser la forteresse en mai 1363.
En 1131, une église abbatiale est fondée par les du Hommet, connétables de Normandie et Aunay se développe et est prospère jusqu'aux invasions anglaises du XIVe siècle. Aunay resta un bourg typiquement monastique jusqu'à la Révolution. Henri II d'Angleterre accorda sa protection spéciale à Aunay et la comtesse de Tesse obtint la confirmation du marché établi dans la ville. Cheminez à travers les rues de la ville d'Aunay-sur-Odon et découvrez son patrimoine de la Reconstruction, notamment son hôtel de ville, son église, ses maisons suédoises… Cette promenade historique vous emène à la découverte de la ville entièrement détruite pendant la Seconde Guerre mondiale, et reconstruite grâce au plan Marshall. La ville a obtenu en 2022 le label normand "Patrimoine de la Reconstruction".
En poursuivant la route des Traditions dans le Calvados, chaque village devient une halte pittoresque. Les ruelles pavées, les églises en granit, les petites chapelles aux murs patinés racontent une histoire vieille de plusieurs siècles. Loin des grandes épopées urbaines, ici ce sont les histoires locales qui fascinent : une pierre sculptée oubliée sur un mur, une cloche ancienne qui chante encore, une fontaine recueillant l’eau claire d’un vallon.
Passez Danvou-la-Ferrière (20 km). Danvou est un village ancien, vallonné et bien exposé, où il fait bon vivre et se promener. Des chemins de randonnées dont le GR221 en partance du Mont-Saint-Michel. Pour ce qui est des plaisirs de la table, vous y trouverez un producteur de foie gras, rillettes, terrines et viandes : la Ferme de Linoudel (produits à base de canard). L'été, des visites de l'exploitation y sont proposées.
Au Moyen Âge, sur le site de la Ferrière-du-Val, est implantée une forge qui fabrique du fer à partir de minerai extrait à Monbasq. En 1680, Henry de Matignon, comte de Thorigny, obtient par lettres patentes l'autorisation de créer une forge sur la Druance et traite le minerai extrait à Brémoy, Ondefontaine, Plessis-Grimoult et Saint-Rémy. Elle cessera ses activités sous le premier Empire. Les bâtiments sont alors transformés en moulin à huile puis moulin à grain.
A voir également sur la commune : Église Saint-Vigor de Danvou du XIXe siècle à clocher-porche, en schiste et calcaire. Le Château de La Ferrière-du-Val du XVIIIe siècle, fut la possession du maréchal Grouchy, général en 1792 de Napoléon, qu'il accompagna dans la plupart de ses campagnes dont Waterloo. Banni à la chute de l'Empire, il gagne Philadelphie, où il reste cinq ans, avant d'être amnistié en 1821. Ainsi que le Château du Hamel appartenant à la plus ancienne famille du village
Votre prochaine étape sera Vassy, via la D26 (36 km). Dès les premiers kilomètres, la lumière change. Les champs s’ouvrent davantage, dessinant des vallons doux où l’agriculture trouve sa voix. Le nom de Vassy est mentionné dans de nombreuses chartes des abbayes bas-normandes. Il est cité pour la première fois en 1107, dans le livre blanc de l’abbaye de Troarn. A l’époque féodale, Vassy est le siège d’une puissante baronnie possédée par la famille du même nom, présente en 1066 aux côtés de Guillaume le Bâtard, duc de Normandie, à la bataille d’Hastings lors de la conquête de l’Angleterre. Les barons de Vassy et leurs descendants possèdent le domaine pendant une grande partie du Moyen Age.
Durant la guerre de Cent Ans, une famille de riches paysans de la région, les Decrouen, rachète la baronnie et se la transmet grâce aux mariages de ses filles héritières avec les nobles de la région, comme les Leverrier, de Marguerie, de Carbonnel, de Canisy qui agrandissent son patrimoine à chaque génération, jusqu’à la Révolution. Pendant cette période troublée, le châtelain, bien qu’il ne soit pas contre les idées nouvelles, souffre des perquisitions faites sur son domaine plusieurs fois pillé. De nombreux massacres ont lieu à Vassy, en particulier à partir de 1796, dus aux luttes qui opposent les Chouans aux Révolutionnaires.
Aujourd'ui, la Gaec de Romilly ( produits cidricoles), vous ouvre ses portes. Là, le visiteur est accueilli par le parfum des liqueurs et des boissons cidricoles. On y découvre l’art de transformer la pomme en boissons raffinées : c’est un ballet de pressages, de fermentations lentes et de recettes familiales qui se transmettent de génération en génération. On apprend à reconnaître les différents crus, à sentir les arômes fruités ou boisés, à comprendre la finesse des assemblages. Et, bien sûr, on goûte : un cidre brut aux bulles fines, un pommeau ambré aux notes sucrées, une liqueur délicate qui évoque presque le miel d’été.
Une chapelle templière se trouve sur la commune, seul reste notable de la commanderie de Courval. A voir aussi l'église Saint-Martin-Notre-Dame-et-Saint-André, datée du XIIIe siècle. Les vestige d'un château du XVIIIe siècle démoli volontairement après la Seconde Guerre mondiale. Maison forte de Cagny du XVe siècle, remaniée au XVIIe siècle.
Prenez la D512 en direction de Vire (52 km). Vire, ancienne ville fortifiée, édifiée au XIIe siècle par Henri Ier Beauclerc, duc de Normandie et fils de Guillaume le Conquérant. Vire fut démantelée en 1630 par Richelieu lors des bombardements de 1944, les fortifications qui structuraient la ville médiévale furent partiellement épargnées et sont toujours visibles aujourd'hui dans la ville reconstruite. C’est toute l’Histoire de la Normandie qui se lit dans les ruelles de cette ville du Calvados. On traverse toutes les époques en se promenant à Vire. Cité fortifiée dès le XIe siècle, la ville a été l’un des théâtres du conflit entre les royaumes de France et d’Angleterre. Le donjon, la tour Coulonces et la Porte-Horloge, autrefois considérée comme l’entrée principale de la cité, sont les vestiges de cette époque. Témoin de la Seconde Guerre mondiale, Vire a subi les bombardements et renaît, après 18 années de travaux, en 1963, vêtue de granit et d’ardoise.
Découvrez le patrimoine de granit et d’ardoise de Vire et surtout ses atouts gourmands. En effet, de nombreuses spécialités gastronomiques sont à découvrir : l'andouille de Vire fabriquée artisanalement à partir de boyaux de cochon et fumées au bois de hêtre ; la teurgoule, riz longuement cuit dans du lait au four dans une jatte en terre ; sans oublier le cidre, le pommeau (apéritif à base de pommes) et le calva. Véritable fleuron de la gastronomie normande, l’andouille de Vire est une institution. Cette saucisse à base de chaudins de porc coupés en fines lamelles est ensuite mise en saumure et fumée au bois de hêtre. Elle se différencie de sa voisine Guéméné par ses marbrures irrégulières. Poussez les portes des Maisons Lesoeuf, Asselot, Paul Danjou ou Jacky Leduc qui se font un plaisir de partager leur passion.
Réservez votre week-end de la Toussaint : chaque année, la Foire de l’Andouille met cette spécialité du terroir à l’honneur. Les produits laitiers sont aussi une vocation. Le site de l’ancienne beurrerie de Vire-Normandie fait d’ailleurs aujourd’hui partie du patrimoine du Bocage. Ce bâtiment et sa cheminée industrielle ont été construits pour abriter la beurrerie Fortin qui a fonctionné pendant plus d’un siècle. La Route des Traditions puise son identité dans l’attachement profond de ce territoire à ses racines agricoles et artisanales. Ici, le patrimoine ne dort pas dans des vitrines de musée : il vit dans les mains des producteurs, dans le chuchotement des traditions, et dans le dialogue chaleureux entre visiteurs et habitants.
Votre parcours touristique passera par Montchamp, via la D55 (68 km). Tout au long du parcours, les producteurs locaux accueillent les voyageurs curieux. Du miel doré aux fromages affinés, des escargots préparés selon la tradition normande aux spiritueux fruités, chaque étape est un dialogue avec un métier, un terroir, un passionné. A Montchamp la Ferme du Pont Esnault (produits à base de boeuf), vous ouvre ses portes. Plus que des lieux, ce sont des personnalités qui jalonnent la Route des Traditions. Des agriculteurs qui racontent comment leurs ancêtres plantaient déjà des vergers, des artisans qui expliquent comment la musique des alambics rythme leurs saisons, des jeunes passionnés qui réinventent des recettes tout en respectant les racines… Chaque rencontre est un moment d’échange, une note de culture vivante ajoutée à votre voyage.