Aux confins du Périgord et du Bordelais, dans un village entouré de vignes, découvrez le site archéologique de Montcaret, sa villa gallo-romaine, ancienne résidence aristocratique rurale et ses thermes privés aux exceptionnels pavements de mosaïque. La villa est à proximité du tracé présumé de la voie antique reliant Burdigala (antique Bordeaux) à Vesunna (Périgueux). L’emplacement de la villa est à 30 mètres d’altitude sur les premiers
contreforts du plateau qui domine la rive droite de la Dordogne, situation qui la met à l’abri des inondations et des vents du nord. La présence de sources résurgentes assure son approvisionnement en eau.
Le site archéologique de Montcaret est un ensemble unique : dans cette riche demeure aristocratique, on observe les vestiges d'une salle à manger de plan cruciforme (triclinium) protégée dans un espace muséographique, une vaste salle de réception de 350 mètres carrés et des bains privés. Des pavements de mosaïque variés la décorent, et notamment le frigidarium, le bain froid - orné d'une mosaïque composée de 16 panneaux carrés dont 13 sont parfaitement conservés. Ils illustrent le monde de la mer : poissons et crustacés. Les pavements des autres pièces sont décorés de motifs géométriques et végétaux.
Les fouilles de ce site archéologique habité depuis l'Antiquité ont été menées pour l'essentiel entre 1922 et 1939, par Pierre Martial Tauziac sous la direction de l'architecte en chef des monuments historiques Jules Formigé ; elles ont révélé des vestiges des Ier, IVe-VIe siècles remaniés au Moyen Âge. Quelques découvertes fortuites au cours du XIXe siècle démontrent l'existence d'une implantation antique romaine à Montcaret, mais elles restent sans lendemain. En 1827, le creusement d’un lavoir met au jour des murs et une mosaïque antiques, qui sont réutilisés comme fond du lavoir.
En 1873, lors du nivèlement du terrain de la future gare, le curé de Montcaret, l’abbé Delpeyrat, repère ce qu’il qualifie de "tombeau", une tombe antique construite en tegulae (tuiles plates à rebord) et contenant deux urnes avec des restes d’incinération d’un enfant. Il intéresse à ses découvertes antiques un de ses élèves, Pierre Tauziac (1866-1941), qui va consacrer ses efforts à la recherche archéologique sur Montcaret. Dans le cimetière implanté autour de l’église du village de Montcaret, le creusement de nouvelles tombes atteint souvent des mosaïques ou déterre des monnaies et des fragments de céramiques, qui alimentent la collection de Pierre Tauziac. Dans une tranchée ouverte dans le prolongement du cimetière, sont extraites des monnaies de bronze émises sous les Antonins, les Sévères et les Constantiniens.
Pendant des années, Tauziac tente d’attirer l’attention des autorités publiques sur le potentiel archéologique de ce cimetière, mais il ne rencontre que du désintérêt, et parfois même de l’hostilité, car à cette époque, les sites préhistoriques du Périgord monopolisent les recherches. Il doit attendre 1919, pour que le marquis de Fayolle, président de la société archéologique du Périgord, signale l’intérêt de Montcaret au ministère des Beaux-Arts. Le ministère envoie en 1920 Jules Formigé, architecte en chef des Beaux-Arts, effectuer des sondages dans le cimetière désaffecté.
Dans la partie ouest du cimetière, les fouilleurs découvrent d'abord des tombes, sarcophages monolithes, cercueils de dalles et tombes en maçonneries, superposées jusqu'à trois niveaux en certains points, parfois creusés dans l'épaisseur de murs plus anciens. Ils relèvent quelques objets qu’ils datent de l'époque mérovingienne : une francisque, une croix-reliquaire en bronze. Au niveau inférieur de la fouille de ce secteur, on découvre une monnaie de bronze de Constantin incluse dans un mur de soutien des mosaïques, ce qui situe leur réalisation au IVe siècle. Enfin, parmi les nombreux fragments de céramique sigillée mêlés aux déblais, des coupelles portent l’estampille Eppiae, marque d’Eppuis, potier à Montans (Tarn) dans les années 90-100 apr. J.-C5.
En 1936, à 300 mètres à l’est du bourg de Montcaret, les restes de deux bassins sont fortuitement mis au jour. De forme carrée (1,54 mètre de côté), profonds d’un mètre avec un sol dallé muni d’une cuvette de vidange centrale, ils sont interprétés dans un premier temps comme une installation de meunerie en raison de la découverte à proximité d'une meule à grains. La découverte en Gironde autour des années 1957 de bassins à cuvettes similaires à ceux de Montcaret autorise Jacques Coupry à les identifier comme des cuves viticoles servant au foulage du moût de raisin. Cette installation pourrait faire partie des dépendances agricoles de la villa. Parmi les remblais qui comblaient les cuves, une assiette à marli de type DSP et une épaule d'amphore originaire de Gaza en Palestine, qui est datée du Ve siècle ou plus probablement du VIe siècle, ce qui atteste de l'occupation tardive du site et d'un commerce avec l'orient.
Formigé publie en 1939 une synthèse des travaux de fouilles avec un plan d’ensemble des vestiges. Il identifie deux grandes périodes d’activité du site. La première à partir du Ier siècle est celle d’un édifice qui selon lui est un complexe thermal, avec une grande salle à abside à l’ouest et un espace dégagé central servant de palestre. Formigé suppose que ce complexe fut détruit lors des incursions barbares en Gaule au cours de la seconde moitié
du IIIe siècle. Il situe la seconde phase de reconstruction et d’aménagements au IVe siècle, avec les décors de mosaïques, le remaniement des sous-sols de la salle à abside, l’ajout d’une salle cruciforme à l’ouest et d’une piscine à l’est. Enfin, Formigé interprète la présence de nombreuses tombes dans la salle à abside comme le signe de sa transformation en église, tandis que la salle cruciforme devenait selon lui un baptistère.
Les héritiers de Pierre Tauziac ont fait don à l'État de sa collection. Elle regroupe ses trouvailles faites avant et pendant la fouille du site autour de l'église, mais aussi des objets de provenances diverses, ailleurs sur la commune ou sur le département. Cette hétérogénéité, des discordances avec les notes prises par Auguste Conil et les imprécisions d'inventaire induisent des incertitudes sur la localisation d'origine des pièces archéologiques et leur rattachement certain à la villa gallo-romaine de Montcaret. Le site archéologique de Montcaret est donc constitué par la Pars urbana d’un vaste établissement romain. Il se compose de deux niveaux : le Haut Empire et Bas-Empire, eux-mêmes subdivisés en plusieurs états.
Le dernier état du Ve siècle p.C. présente la plus grande salle basilicale de la région, un triclinium, une piscine et des mosaïques très bien conservées. Le site est réoccupé au Moyen Âge par une église romane et une nécropole. Le site a été étudié dans son environnement diachronique et synchronique et la Pars agraria du domaine située à proximité a fait l’objet d’une recherche particulière. Les objets retrouvés lors des fouilles : Monnaies romaines et médiévales, céramiques romaines et médiévales, fragments architectoniques, Croix-reliquaire, sarcophages, sépultures de périnatals ont fait l’objet d’études particulières menées chacune par des spécialistes et se trouvent aujourd’hui présentés dans l’espace muséal du site que l’on peut visiter.