Bayeux est une ancienne ville romaine, qui a reçu dès le IVe siècle son premier évêque : saint Exupère. Après avoir formé dans ce pays une chrétienté florissante, il bâtit un oratoire sur un emplacement donné par Regnobert, le plus puissant de ceux qu’il avait convertis. La tradition, suivant le même auteur, rapporte que la sacristie de la chapelle de Notre-Dame, derrière le chœur, occupe la place de l’oratoire de saint Exupère. Les évêques du haut Moyen Âge les plus connus de Normandie sont : saint Loup, saint Vigor et saint Régnobert. Dans l’actuelle commune de Saint-Vigor-le-Grand, près de Bayeux, on conserve encore un trône épiscopal et une cuve baptismale datant de cette époque. En revanche, il ne reste rien des églises qui formaient alors le groupe cathédral.
Trois églises se dressaient probablement dans le quartier ecclésiastique, à l'angle sud-ouest de la cité de Bayeux : l'une est devenue l'actuelle cathédrale ; la seconde, dédiée à saint Étienne, a subsisté au chevet de la cathédrale jusqu'au XVIIe siècle ; la troisième, Saint-Sauveur, a donné son nom à la paroisse. Autour de la cathédrale, les fouilles ont mis au jour les vestiges de bâtiments gallo-romains et ceux des remparts de la cité, près du chevet. Située à l'emplacement présumé du forum de la cité gallo-romaine d'Augustodurum (Bayeux) et remplaçant un édifice d'époque mérovingienne, l'actuelle cathédrale fait partie d'un ensemble épiscopal remarquablement préservé.
La première cathédrale de Bayeux fut soumise à de grands malheurs, elle eut à souffrir les ravages des hommes et ceux de l’incendie. À la suite d'un nouvel incendie, Hugues II de Bayeux (1015-1049) décide la reconstruction de la cathédrale. Elle est terminée par son successeur Odon de Conteville (1049-1097). La cathédrale de Bayeux fut consacrée en 1077 par l’évêque Odon de Conteville en présence de son frère, Guillaume le Conquérant. Cette cérémonie se fit avec grande pompe : outre Guillaume le Conquérant, la princesse Mathilde, son épouse, Robert et Guillaume, leurs enfants, accompagnés d’une foule de barons et seigneurs de Normandie, étaient présents. Deux prélats célèbres par leur courage et leurs vertus, Lanfranc, archevêque d’York, et Thomas Becket, archevêque de Cantorbéry, se distinguaient au milieu d’un grand nombre d’évêques, d’abbés et de moines.
Les historiens pensent que la célèbre Tapisserie de Bayeux fut commandée par Odon afin d’orner sa nouvelle cathédrale, consacrée en 1077. Il faut aussi s’imaginer que la Tapisserie de Bayeux était présentée temporairement, accrochée sur les murs de la cathédrale chaque année début juillet. Commandée par Odon, elle servait à valoriser la conquête de l’Angleterre de Guillaume auprès du peuple tout en lui apportant un caractère sacré. La tapisserie était ensuite rangée soigneusement dans la cathédrale jusqu’à l’année suivante, lui permettant finalement de traverser les siècles jusqu’à nous.
A peine trente ans se sont-ils écoulés, la cathédrale est à nouveau incendiée, victime des fureurs de la guerre. En 1106, Henri Ier, roi d’Angleterre, et Hélies, comte du Maine, furent les auteurs de ce désastre. Rétablie par Philippe de Harcourt, évêque en 1159, et par Henri II, son successeur, elle reçut des accroissements et des embellissements qui emportèrent vite le souvenir de cette dernière calamité.
Commencée à l’époque romane, la cathédrale de Bayeux est dans l’ensemble une église gothique. Comme sa construction s’étale du XIIe au XVe siècle, on y retrouve les différents styles de cet art : gothique premier, gothique rayonnant et gothique flamboyant. Elle a été au cours de sa construction remaniée et agrandie. En réalité, la plus grande partie de la construction est concentrée dans les années 1230-1270. C’est pourquoi elle présente une assez grande unité de style : un édifice gothique du XIIIe siècle enveloppant la structure romane primitive.
L’extérieur de la Cathédrale Notre-Dame de Bayeux est très-imposant. La façade principale, accompagnée de deux flèches pyramidales, la tour de l’horloge, élevée sur le centre des transepts, les deux clochetons aigus placés aux deux côtés de l’abside communiquent au monument une physionomie pleine de grandeur et de distinction. Le portail principal est composé de cinq voussures, dont celle du centre correspond à la grande nef, les autres aux nefs collatérales et aux chapelles des bas-côtés. L’entrée latérale, du côté de l’évêché, est chargée d’ornements et présente un ensemble très remarquable. Les murailles extérieures, surtout autour de l’abside, sont décorées d’arcades ogivales simulées.
Quand on entre pour la première fois dans la Cathédrale Notre-Dame de Bayeux, la première impression qui se dégage, c’est la luminosité intérieure. Les murs sont percés de nombreux vitraux assez éclectiques qui laissent passer beaucoup de lumière pour les plus récents. On éprouve un saisissement secret et solennel, inspiré par les proportions graves et par l’ordonnance majestueuse de l’édifice. En plus d'être lumineuse, la Cathédrale Notre-Dame conserve des trésors architecturaux disparus ailleurs. Comme dans la salle du chapitre datant de la fin du XIIe siècle. Elle possède encore son sol d'origine, orné d'un mini-labyrinthe. De même la salle du trésor dont un des murs est recouvert par un immense meuble datant du XIIIe siècle, lequel n'a pas bougé depuis sa mise en place. Il a été construit pour abriter les trésors de la cathédrale, malheureusement disparus au fil des siècles et des guerres. Néanmoins, la salle du trésor abrite encore un vieux coffre en bois ne payant pas de mine. C'est pourtant lui qui a abrité durant de longs siècles la tapisserie de Bayeux, exposée aujourd'hui dans un musée de la ville.
Les éléments romans primitifs du XIe siècle encore visibles de nos jours sont formés de la crypte (1050-1060) et des tours du massif occidental (vers 1070-1090). La crypte, datée du IXe siècle, est d’ailleurs remarquable. Les piliers et colonnes sont décorés de peintures, datant pour certaine du XVe siècle. Située sous le chœur, cette crypte avait été murée durant des siècles, et on avait oublié jusqu’à son existence même. C’est en réalisant des travaux en vue d’y creuser un tombeau pour l’évêque Jean de Boissey que la crypte fût redécouverte, en 1412. La crypte est constituée de trois vaisseaux voûtés d'arêtes retombant sur des chapiteaux principalement ornés de feuilles d'acanthe. Sont également conservés dans la crypte deux chapiteaux du XIe siècle provenant de la croisée du transept et mis au jour à l'occasion des travaux de restauration de la tour centrale. Ils font partie des plus remarquables chapiteaux historiés normands d'époque ducale (1060-1070). Les autres éléments décoratifs, notamment les fresques, datent du XVe siècle. Elles représentent des saints, des anges musiciens et des apôtres sur des fonds couleur ocre.
La nef principale de la Cathédrale Notre-Dame de Bayeux est remarquable par sa grandeur, par son élévation et surtout par son architecture mélangée. Les arcades romano-byzantines à plein cintre sont très belles. Les archivoltes qui les accompagnent sont décorées de billettes, de chevrons et de feuillages. Le transept est large et majestueux. Il est à regretter qu’il ne soit pas entièrement libre, comme dans le plus grand nombre de nos cathédrales. De larges et magnifiques fenêtres y répandent la lumière. Tout autour de la cathédrale de Bayeux, on compte vingt-une chapelles, sans y comprendre celle de la sainte Vierge. Cette dernière chapelle, originairement dédiée à la sainte Croix, paraît avoir été construite après le corps du monument, peut-être sous l’épiscopat de Philippe de Harcourt ou de Henri II, son successeur.
La Cathédrale Notre Dame de Bayeux, chef d’œuvre emblématique de l’architecture romane et gothique normande, est au cœur du secteur sauvegardé de la ville ancienne. Son histoire est aussi grande que ses deux tours de façade. Des visites guidées permettent de découvrir la salle du chapitre et la salle du trésor, habituellement fermées au public. Plus d’infos à l’office de tourisme.